« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier
"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

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mardi 8 mai 2007

Oexmelin et la Flibuste : le chef d'oeuvre du genre

Enorme succès d'édition dans toute l'Europe à sa parution, "l'Histoire des avanturiers flibustiers" d'Alexandre-Olivier Oexmelin est l'ouvrage de référence sur la flibuste et plus généralement la présence occidentale aux Antilles au 17ème siècle.


Oexmelin, originaire de Honfleur (et non hollandais comme on le crût longtemps)et étudiant en médecine, fût contraint de quitter la France face à l'interdiction faite aux huguenots de pratiquer la médecine. Après une étape aux Pays-Bas, il finît par s'embarquer pour les Antilles comme engagé volontaire. Ce type de contrat permettait à un européen de voyager "gratuitement" à la condition d'être vendu comme esclave pour une durée de trois ans.

Arrivé sur l'île de la Tortue en 1666, il vécut une première année extrêmement difficile avant d'être accueilli par un "chirurgien" local (dont certains pensent que c'est auprès de lui qu'il apprît réellement le métier) et de prendre finalement la mer avec les flibustiers comme chirurgien de bord.



A ce titre, il participa à toutes les grandes expéditions menées par les Frères de la Côte et croisa la route des plus fameux d'entre-eux, de l'Olonnais à Morgan. Ce fabuleux récit nous plonge dans la vie quotidienne des pirates et autres flibustiers, au fil de descriptions réalistes des exactions et autres cruautés commises par ses pairs (il participa ainsi au sac de Maracaibo). Le récit se teinte également parfois d'un naturalisme qui en fait également l'un des grands classiques sur les Antilles.

Vers 1678 il revînt en Europe et acheva ses études de médecine dans les Flandres. Ses mémoires parurent alors et de nombreuses éditions suivirent. En général, on considère que la 1ère édition parût à Amsterdam en 1678, et que la première édition française fût éditée en 1686.




Au 18ème sicèle, cette édition (1686) en deux tomes se verra avantageusement complétée par l'Histoire des Pirates Anglois (dont les deux femmes pirates Anne Boney et Mary Read) qui est une traduction de l'anglais (auteur Capitaine Charles Johnson, qui n'est autre que Daniel De Foe), et par Le Journal du voyage fait à la Mer du Sud de Ravenau de Lussan.

Par la suite Oexemelin servît jusqu'en 1697 sur le Sceptre, comme chirurgien. Il mourût en 1707.

Ouvrage de référence, passionnante épopée, témoignage de première main... l'oeuvre d'Oexmelin est un classique dont je ne peux que vous recommander la lecture.

En passant, l'ouvrage fût également célèbre parce qu'il fût a l'origine de la première condamnation d'un éditeur pour diffamation... En effet, Morgan, flibustier embourgeoisé et peu respectueux de ses pairs, fût présenté peu avantageusement par Oexmelin (avec lequel je suis d'accord, Morgan ayant peu en commun avec les idéaux et valeurs de la flibuste...) et attaqua l'éditeur anglais en justice. Morgan l'opportuniste était alors gouverneur de la Jamaïque et remporta ce procès.

C'est l'un de mes ouvrages favoris, sans conteste, et je suis acheteur s'il en est parmi vous qui ont un exemplaire à vendre.

H
Ouvrage présenté : une édition de 1744, 4 volumes, et de nombreuses gravures dépliantes.

7 commentaires:

Anonyme a dit…

Entièrement d'accord avec Hugues, cet ouvrage est une clé de voûte de l'histoire de la flibusterie, des Antilles et du Nouveau Monde (notamment sur son organisation géo-politique). Néanmoins, je souris en lisant " Morgan ayant peu en commun avec les idéaux et valeurs de la flibuste... " On sait que d'aucuns aimeraient donner une dimension glamour à l'épopée de ces scélérats (Michel Lebris essaie même d'en faire les premiers communistes, une blague !) mais ce ne sont jamais que des mafieux, motivés par une seule chose : l'argent. Valeur s'il en est, direz-vous. Mais loin de toute noblesse lorsque cet argent est sale. Ils ne faisaient que le prendre à des Espagnols l'ayant trempé dans le sang des Indiens, direz-vous encore. Au moins les Espagnols (avec tous leurs défauts et Dieu sait que ce livre est xénophobe à leur égard) ont-ils essayé de bâtir : des villes, des points de commerce... Les flibustiers, eux, ne font qu'enchaîner les rapines, mettre les gens "à la gêne " (les suspendre par les testicules, les brûler vifs, leur extorquer de l'argent contre leurs enfants, leurs femmes...), couper des têtes, piller et s'en aller dépenser leur butin auprès des putes et des tenanciers de tripots de la Jamaïque (ou St Domingue pour les Français). Un vrai bonheur ! :-) L'organisation "politique" des flibustiers, existante et assez élaborée, permettait simplement à ces gens de se supporter avec des règles pour atteindre leur but commun. Il faut certes juger les hommes à l'aune de leur temps mais en trahissant ses "camarades" pour s'enrichir, Morgan ne faisait qu'appliquer les valeurs fondamentales des "siens". :-)

L'édition fin 18ème me semble particulièrement enrichie de ses deux derniers volumes. Celui du jeune idiot de Ravenau rappelle que ces parasites dangereux n'étaient pas tous du calibre d'un Morgan ou d'un Teach. Et que nombreux ont vécu des aventures misérables où la souffrance le dispute aux déceptions. Combien sont morts de fièvre sur un rivage oublié ? Combien ont peiné des jours entiers, souffrant de la faim et de la maladie avant de pouvoir, enfin ! torturer quelque Espagnol ! Après 4 ans d'un périple incroyable, Ravenau ne semble pas être revenu riche sur ses rives natales (je n'ai pas dormi pendant plusieurs jours, confie-t-il. Par peur de me réveiller encore de l'autre côté de l'océan).

Enfin, le Volume de Defoe brille par la qualité incomparable de sa plume : récit dramatique, réflexion et non simple description et condamnation sans partage d'une flibusterie qui le fascine néanmoins. Une lecture passionnante. Mais je m'emporte, je m'emporte. Et crains de lasser...

TE

Philippe a dit…

En parlant de société modèle, et puisque l'on a parlé de Raynal un peu plus haut, relisez sa partie sur les flibustiers. A partir du moment où on tue les Espagnols, on est courageux, et le profil type de l'homme idéal!

Hugues a dit…

Pour Philippe : on peut dire ce qu'on veut, il n'a pas totalement tort pour les Espagnols, si on se replace dans le contexte... :) Allez hop, tous les conquistadors à l'estrapade!

Pour Thibault : on pourrait en parler des heures, mais on ne peut nier qu'il y avait un idéal libertaire (ou anarchique) derrière la flibuste! Mais ça fait plaisir de voir ton enthousiasme pour l'ouvrage!

H

Anonyme a dit…

Anarchique plus qu'anarchiste, en effet !! les criminels refusant l'ordre établi de la société sont souvent vus comme des libertaires (jusqu'à un Mesrine). Un joli mensonge qui recouvre des actes n'ayant qu'un seul but : satisfaire la cupidité personnelle.

Quel était l'idéal de Morgan ? Qui a d'ailleurs fini Gouverneur de la Jamaïque après avoir fait pendre nombre de ses anciens compagnons à Gallows Point ? S'enrichir...

Celui d'Oexmelin, de Teach de Rakham ou de Raveneau ? S'enrichir.
Et revenir vivre dans le luxe et la haute société de la confortable Europe.

Le mouvement de la flibuste a été très important politiquement, loin de moi l'idée de le nier. Il a aussi été récupéré à des fins officielles (comme le sont toutes les mafias). Mais enfin, soyons honnêtes malgré notre fascination : ces gens étaient des scélérats :)

Les Espagnols étaient haïs du fait de leur exclusivité sur le Nouveau Monde accordée par le pape (l'ONU de son temps). Devant leur refus de laisser les autres nations européennes puiser dans leur garde-manger, ils ont éveillé l'idée selon laquelle les dépouiller n'était que justice. Parce qu'ils n'étaient que de sales égoïstes, d'abord. Et parce qu'ils avaient été ignobles avec les sauvages; que tout autre peuple européen aurait traité avec la plus grande courtoisie, on s'en doute :)

Mais faut-il parler ici de haine, Ou d'acte révolutionnaire ? :)

TE

Hugues a dit…

Grrrr. J'avais dit pas de débat. :)
Peu importe au fond, le pas est vite franchi entre un idéal et les actions qui l'accompagnent, voir la Révolution Française, et son cortège de décollations...
On ne peut nier qu'à côté de leur caractère impétueux (j'euphémise à dessein, Thibault, ne t'enerve pas, sourire), les flibustiers ont développé des pistes intéressantes : assurance maladie/matelotage, élection du capitaine, partage raisonné du butin.
Enfin, à chacun de se faire sa propre opinion... voilà une autre bonne raison de lire cet ouvrage!
H

Anonyme a dit…

Un débat, un échange d'idées ? Sur un blog consacré aux livres ! Une angoisse, soudain, me saisit : serions-nous allés trop loin ?

:)

TE

Hugues a dit…

Du tout, du tout, au contraire même... Mais comment veux-tu que j'écrive un message par jour si en plus je dois te ramener dans le mauvais chemin!

Sourire
H

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