« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier
"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

Trois coups de coeur à suivre

dimanche 6 mai 2007

Un Filou à l'Honneur.... ou les tribulations de l'académicien Chasles

Amis Bibliophiles bonjour,

Dimanche dernier je vous parlais de Fortsas, et de sa vente imaginaire... Ca se confirme, le dimanche est le jour des filous. En voici un autre...




Du livre ancien au manuscrit, il n'y a que quelques pas... Et du manuscrit tel que le conçoivent les bibliophiles (relié, etc.) à l'autographe, le chemin est encore plus court.

A l'heure des filouteries et autres canulars (Fortsas, Libri), je ne peux résister à conter les exploits assez comiques de Vrain-Lucas. Son histoire a défrayé la chronique vers 1860-1870.

Vrain-Lucas était un faussaire particulièrement doué, facétieux et sûr de lui, ce qui finît naturellement par le perdre. Il écrivît en effet plus de 27000 (oui, vous avez bien lu), 27000 lettres de personnages célèbres dont Pascal, mais aussi... de Charlemagne, Pythagore, Alexandre Le Grand, Cicéron, Jules César et Cléopâtre... écrites en vieux français!!!


L'escroquerie qui le rendît célèbre se fît aux dépens du célèbre mathématicien Chasles auquel Vrain-Lucas, à partir de 1861, vendît une grande quantité de lettres. Stimulé par la naïveté de l'acheteur, il lui vendît les lettres d'Alexandre le Grand à Aristote (!), la correspondance amoureuse de Jules César à Cléopâtre (!), celle entre Lazare et Saint-Pierre, excusez du peu... à ceci vinrent s'ajouter les pensées des plus grands personnages de l'histoire tels que Ponce Pilate, Jeanne d'Arc, Marie-Madeleine, Pascal, etc.

Le tout, est c'est là que cela commence à être savoureux, en ancien français (Jules César, visionnaire, le maîtrisait visiblement aussi bien que Saint-Pierre ou Cléopâtre et Judas...), et sur un ancien papier...

Chasles le polytechnicien "gobait" le tout avec le féroce appétit que peuvent avoir les collectionneurs quand la névrose pointe le bout de son nez. Cela dura 8 ans, soit environ si vous faites le calcul... 8 lettres par jour.

Si on s'interroge sur la quantité de travail que cela a dû supposer, on ne peut que rester abasourdi par la naïveté du grand homme, qui y laissa 150 000 francs or, une somme considérable pour l'époque.


Et cela aurait pu durer de nombreuses années encore si Vrain-Lucas n'avait proposé à Chasles deux lettres adressées par Pascal à Robert Boyle, et dans lesquelles il apparaissait que Pascal connaissait la loi de la gravitation avant que Newton ne la formule. Chasles offrît ces deux lettres à l'Académie des Sciences et l'Europe de la science se passionna pour cette découverte... mais le soufflé retombât rapidement et la falsification fût découverte.


Rapidement confondu, Vrain-Lucas fût condamné à 2 ans de prison et 500 francs d'amende, mais Chasles fût contraint de venir témoigner, ce qui le ridiculisa auprès de la communauté scientifique.

Au delà des questions que je me pose toujours face à un envoi, une lettre ou un autographe, cela pose la question de l'humilité dont devrait toujours se draper bibliophiles et aux autres passionnés.

Ainsi, histoire véridique, j'ai un jour entendu deux personnes discuter à Drouot au sujet d'un livre. L'une des deux déplorait le fait que le livre qu'avait acheté la seconde ne porte pas d'envoi (texte ou signature autographe de l'auteur)... son interlocuteur lui a répondu avec un sourire entendu "pas encore...". Je pense que c'était de l'humour mais cela m'a laissé rêveur.



En bibliophilie comme en tout... méfions-nous des imitations, surtout si on nous propose un rare traité de cuisine néhanderthalien rédigé en vieux français!


Sacré Chasles!
H
Ouvrage présenté : Histoire du Gouvernement de Venise, 3 volumes in-12, veau glacé, 1705, de très nombreuses planches

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