« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier
"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

frise2

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mercredi 3 octobre 2007

Débat : des libraires...

Il est certain qu'internet a changé la donne et que finalement, on peut aujourd'hui vivre sa bibliophilie sans jamais être en contact avec un libraire et en s'approvisionnant sur ebay, ou même dans des salles des ventes non virtuelles.

C'est un véritable changement, quand on sait qu'il y a quelques décennies, le libraire "faisait" le marché et occupait la place centrale de la bibliophilie.

Qu'en est-il aujourd'hui? Rencontrez-vous encore des libraires, dans la vraie vie?

Et comment les voyez-vous? Dinosaures? Sages? Meilleurs amis du bibliophile? Meilleurs ennemis? Partenaires obligés?

Voici le débat du jour : quelle place occupent désormais les libraires dans votre bibliophilie?

Comme toujours, je donnerai mon avis un peu plus tard.

Les amis libraires qui lisent le blog peuvent également s'exprimer et nous dire comment eux, ils se positionnement (mais je les sais très réservés, ils lisent le blog, mais interviennent fort peu en général).


H

16 commentaires:

Anonyme a dit…

En ce qui me concerne, jeune bibliophile, j'ai trop souffert des libraires qui m'envisageaient d'un air plus que sceptique, voire suspicieux, quand je pénétrais dans leur librairie...
Aujourd'hui, je dois avouer que je me passe très bien d'eux... ou alors, je procède par correspondance, via internet.
Antoine.

Pilou a dit…

Il en va de même pour moi... Sans compter que les prix pratiqués sont souvent encore trop élevés. Mais j'en ai déjà parlé dans d'autres commentaires. :)

Jean-Paul Fontaine a dit…

J'ai depuis de nombreuses années plusieurs amis libraires d'ancien, à Paris, en province et à Bruxelles. Je connais bien leurs habitudes et leurs positions dans ce débat. Ayant souvent "travaillé" avec eux, je connais aussi les règles du marché. Toutefois, certains tirent un peu trop sur la ficelle : retrouver vos livres vendus quatre fois leurs prix d'adjudication, cela ne ma choque pas, car en dehors de gagner leur vie, ils vont parfois attendre plusieurs années un acheteur (raison pour laquelle ils achètent aujourd'hui le plus souvent quand ils ont déjà l'acheteur); mais les retrouver dix fois le prix d'adjudication (je peux en apporter la preuve)j'ai envie de râler un peu, mais je me tais en pensant que c'était à moi de mieux négocier ou de ne pas leur vendre !
Mais comme la plupart des libraires d'ancien sont aussi bibliophiles, ce sont donc des gens de bonne compagnie, avec lesquels les échanges sont toujours intéressants. La plupart d'entre eux pratiquent des prix raisonnables,parallèlement néanmoins au fait général de l'augmentation de la baguette, et il n'est pas rare de penser que tel ouvrage doit être marqué 1200 F et de constater qu'il est marqué 1200 € !
Un mot d'ebay : trop d'ouvrages sont vendus dans un état lamentable (reliure très endommagée, manque de page de titre !), avec la mention "rare" très peu souvent justifiée ; mais il semble qu'ils trouvent des acquéreurs (qui doivent être bien déçs à réception !); il est vrai que cela est plus souvent le fait de particuliers, très rarement de "libraires" (?).
Encore un débat qui mériterait de nombreuses heures de discussion entre nous, avec une bière !

Amitiés à tous

Jean-Paul

Anonyme a dit…

Tristan dit : Très juste. Pour tout dire, je fréquente encore les librairies, mais je n'y achète plus. Quitte à appeler le libraire une fois chez moi, où je me sens moins "intimidé", et plus libre de négocier que dans ces temples que certains libraires ont fait de leurs boutiques.
Le métier change, aucun doute, on voit apparaître une nouvelle génération de libraires, plus abordables je trouve, et pas seulement au niveau des prix.
Sur les prix pratiqués, et bien, je dirais qu'il faut bien qu'ils vivent et nourissent leurs familles... je suis donc moins choqué que d'autres.
Reste une chose, mais qui tend à disparaître. Il me semble, mais je me tromper, que les libraires à l'ancienne avaient parfois un peu trop tendance à fixer les prix du marché entre eux, et non en fonction de la demande et de l'offre... quitte à organiser la prétendue rareté de certains ouvrages.
Mais je pense que ce temps est révolu, internet ayant volé au secours du porte-monnaie des bibliophiles!
Tristan

Jean-Marc a dit…

Je crois que malgré tous leurs "défauts" (je ne reviendrais pas dessus, on vient de les signaler), les libraires restent des intermédiaires indispensables pour pénétrer le monde de la bibliophilie. Le niveau général des livres sur e-bay est tellement affligeant que je n'imagine pas que l'on puisse se construire une culture bibliophilique seulement par cet intermédiaires. Sur mon domaine de prédilection (les livres sur les Hautes-Alpes, le Dauphiné et la montagne), j'ai des contacts continus avec des libraires passionnées, connaisseurs et attentifs. C'est une source inépuisable d'échanges et de contacts. Il ne faut pas le négliger.
Pour revenir sur le premier commentaire, je n'ai pas eu beaucoup d'expériences désagréables avec des libraires. Certes, j'ai vingt ans de plus. Comme tout le monde, les libraires n'accordent leur confiance qu'après une petite période d'approche. Il ne faut pas hésiter à persévérer, car, selon mon expérience, on rencontre des gens vraiment intéressants, prêts à partager leur savoir. C'est tout de même mieux qu'un échange de mails avec un vendeur e-bay... (même si de bonnes choses s'y trouvent).
Quant aux prix, vous trouvez vraiment qu'Internet et e-bay sont moins chers ? Certes, pour de petites choses, c'est peut-être vrai, mais j'ai aussi vu des prix "délirants".

Jean-Marc

Wall a dit…

Pour ma part, je connais tous les libraires de la ville où j'étudie, et tout ceux d'autres villes, et je me souviens en entendre dire:
"Tout ces libraires qui vendent sur ebay", etc (il y a 4 ans pas exemple).
Au final, ils s'y sont mis. La plupart sy sont mis, via ebay ou livre-rare-book, voire les deux (par exemple). Seuls les plus vieux y rechignent à cause de l'informatique.

Je crois que le rôle de librairie tend de plus en plus vers le magasin virtuel.

Dans tous les cas, cela reste ma meilleure source d'achat car j'achète, en gros, 50% en librairie (en direct ou sur catalogue), 40% sur ebay, 10% en librairie via le net (les SVV sont négligeables).
Bien souvent sur ebay, il y a des vendeurs genre "startup" qui ont bien marché (vous devez voir à qui je pense en particulier, pour les habitués d'ebay) ou des libraires qui vendent beaucoup.

Wall

Wall a dit…

Je viens de lire le commentaire de Jean Marc, que je partage: les libraires restent une source indispensable. Rester un moment à discute suffit souvent. Ils vous gardent en mémoire, et mettent de côté ce qui vous intéresse, même si vous n'avez rien acheté chez eux.

Anonyme a dit…

Sur les fesses... je suis sur les fesses quand je lis les mots de Jean-Marc : "Comme tout le monde, les libraires n'accordent leur confiance qu'après une petite période d'approche. Il ne faut pas hésiter à persévérer...".
Car enfin, les libraires sont avant tout des commerçants, passionnés peut-être, mais pas forcément plus que mon charcutier (j'ai même croisé des libraires qui n'aimaient pas plus les livres que ça, mais voyez-vous ils avaient hérité d'une librairie...).
Imagine-t-on devoir mériter la confiance de son charcutier, ou même d'un grand cuisinier? Faut-il montrer patte blanche pour acheter une saucisse, ou un menu 3 étoiles Michelin? Non!
Pourquoi devrions-nous mériter la confiance des libraires pour qu'ils daignent nous vendre un livre? Incroyable!
Pour moi, on touche là du doigt le problème : des libraires qui croient être les seuls à détenir la vérité...
Je connais un libraire parisien, héritier de l'un des grands spécialistes de la place. Ce jeune homme vend ses livres sur internet et sur ebay. Je l'ai vu de mes yeux se faire insulter à Drouot par deux libraires à l'ancienne qui vilipendent internet... Il leur a répondu très justement..."Quand je vous écoute, j'entends le chant du cygne...".

Mériter la confiance des libraires? C'est le monde à l'envers!

Sophie.

Hugues a dit…

En réponse au commentaire de Wall sur ebay et les libraires... Ceux qui y vont, ceux qui n'y vont pas... Méfions-nous des religions clamées ainsi...

Si je voulais me faire quelques ennemis, je pourrais là, tout de suite, vous donner les pseudonymes utilisés sur ebay par 4 ou 5 des plus grands libraires français, qui y achètent sous ces faux nez, et qui au grand jour, critiquent ebay et internet au sens large...

Plus fort? J'ai assisté ébahi à la conférence d'un libraire qui critiquait ebay de façon très véhémente... alors que, sous un faux nom bien sûr, il possède sur ebay deux comptes vendeurs et un compte acheteur, totalisant plus de 1000 évaluations....

Des noms? Uniquement à Jean-Paul, et encore, sur l'oreiller, s'il accepte de me dire que m'a traité de rigolo! :)

Hugues
Je plaisante sur la fin, mais tout le reste est vrai.

Hugues a dit…

Un commentaire distinct pour évoquer ma relation avec les libraires... Je l'ai déjà dit, j'ai un grand respect pour eux, parce qu'ils sont les gardiens du temple et concentrent une connaissance du livre phénoménale.
Pour le reste, j'ai moins de sympathie pour leur conception du marché, en tout cas pour ceux qui sont restés figés en 1974.
Et comme disait d'ailleurs le grand Valéry, sur ces mots "Au Revoooiiir".
Hugues

Jean-Paul a dit…

Hugues,

Je ne mange pas non plus de ce pain là !
Bonne nuit les petits ..!

Jean-Paul

Anonyme a dit…

nous achetons toujoures pres des libraires, soit via ebay soit via abebooks soit sur place. Le seul chemin pour ne coire pas d'y achter sont les salles de vente.........(sur ebay les livres rares ou avec un etat exellent sont mis en vente par les libraires, les autres sont dehore de la bibliophilie)
pardonnez moi je suis italien mais j'achete livres francais

bertrand a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
bertrand a dit…

Bonsoir,
beau débat !

La tournure qu'il prend me fait penser irrésistiblement à l'éternelle question ésotérique de savoir s'il y a de bons et de mauvais chasseurs ? Sont-ils tous bons ? Sont-ils tous mauvais ?

Pour le libraires idem, faut-il appliquer la même question ou bien me faut-il ressasser la question qui hante mes nuits, comme je l'ai déjà évoqué ici dernièrement :

Jésus-Christ possédait-il la robe qui le vêtait ? (question à laquelle d'ailleurs personne n'a su répondre à ce jour... même pas frère Guillaume...)

Amitiés bibliophiliques, Bertrand

bertrand a dit…

Blague à part,

Ah qu'il serait doux de vivre dans un pays où les libraires fussent bénévoles et les bibliophiles vertueux !

Résumons-nous :

Il était une fois un livre, rare de préférence. Un acheteur. Un vendeur. D'où, si je compte bien, pour cette intrigue. Trois protagonistes exactement.

Jusque là tout va bien. Le monde est tout ce qu'il y a de plus normal et équilibré.

Un livre. Objet de désir. Ah déjà, là, on rentre en phase passionnelle, les problèmes se profilent à l'horizon.

Un acheteur. Forcément passionné (enfin presque, sauf au dessus d'un prix de 50.000 euros l'unité - là on appelle ça du placement financier - c'est autre chose - s'adresser ailleurs).

Un vendeur. Forcément cupide (surtout au delà de 50.000 euros l'unité - là on appelle cela du vol manifeste par consentement mutuel - mais ça marche).

Notez bien que je n'ai rien contre les livres à 50.000 euros pièce, d'ailleurs je les aime plutôt bien, mais ce que je n'ai guère eu l'occasion de les approcher en vrai (sauf à la vente Bérès).

D'ailleurs j'ai fixé le montant probatoire à 50.000 euros mais j'aurais tout aussi bien pu mettre 40.000 ou 100.000, ou plus ou moins, chacun mettra sa limite. C'est un détail. Surtout à ce niveau, n'est-ce pas.

L'acte d'achat-vente. Les trois protagonistes sont désormais réunis , la cérémonie d'ouverture peut commencer (espérons qu'elle soit meilleure que celle de la coupe du monde de Rugby 2007 qui m'a laissé... perplexe... art contemporain oblige sans doute).

Donc. Je disais... Ah oui.

Nous sommes dans la phase de tractation.

L'homme passionné veut acheter un beau livre, rare de préférence, et somme toute, le moins cher possible.

L'homme cupide veut vendre son ouvrage, rare de préférence, le plus cher possible.

Le livre dans tout ça, attend patiemment son inexorable sort d'objet inerte et amoral, il ne sait de quel côté pencher.

Préfèrera-il être vendu à vil prix pour contenter un acheteur pécunieux.

Préfèrera-t-il être mis en valeur par un prix affiché digne de ses atours ?

Il ne sait se décider, et c'est bien malgré lui, que, d'une fois il tombe dans les mains d'un acheteur qui le méritait, d'autre fois non.

Morale de cette histoire (puisque le livre en lui-même est amoral il faut bien la poser pour lui).

Il faut de tout pour faire un monde.

Des acheteurs francs, sympathiques et honnêtes servis par des vendeurs savants, généreux et affables.

Il faut aussi des acheteurs mesquins, avaricieux et sans vergogne, déservis par des vendeurs hypocrites et sans vergogne.

Mais là où ce jeu à trois se complique, c'est quand les rôles sont mélangés, car il n'est pas rare que l'acheteur honnête soit déservi par le vendeur sans vergogne, tandis qu'une autre fois l'acheteur avaricieux sera avantagé par un vendeur sympathique et affable, et vice et versa, comme on dit.

Ce mélange des rôles, c'est cela la société humaine, n'y cherchez pas autre chose. Nous parlons de livres rares comme nous aurions pu parler de voitures de luxe ou de voyages aux Seychelles, c'est un fait certain pour tout ce qui concerne les méandres de la morale de l'homme (par avance perdu, mais ça nous le savons tous très bien).

Ainsi donc va la nature de l'homme.

A chacun d'y trouver son bonheur ou plutôt d'y éviter les écueils par trop voyants qui émergent par ci par là. Mais les icebergs existent et parsèment la mer de la sphère bibliophilique de naufrages annoncés.

Pour ma part, je suis heureux et fier de ne sentir bien dans ma peau de libraire. Petit libraire, certes, mais présent tout de même dans cette sphère.

Certains messages d'amis-clients réchauffent le coeur. C'est le principal pour continuer.

Il n'est pas si facile de toujours aimer, jours après jours, vendre les livres que l'on aimerait garder pour soi.

Mais comme d'aucun l'on soulevé, il faut bien vivre et faire manger sa famille. Et même dans les plus grosses librairies anciennes du Monde, en connait-on qui sont cotées en bourse ? En connait-on qui rentrent dans le Top Forbes ??

Non, je vous le dis, en vérité, mes frères, il n'est pas de libraires qui ne soient riches que dans leur coeur et dans leur tête, des milles et milles merveilles, qu'ils ont eu, un jour, une heure, une seconde, entre les mains. Merci de votre patience pour avoir lu jusqu'au bout ce dithyrambe un peu boiteux.

Sur ce,
bonsoir à tous,

Amitiés bibliophiliques, Bertrand

Anonyme a dit…

Très joli message Bertrand... A ceci près qu'il y a quand même quelques libraires richissimes....

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