« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier
"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

frise2

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vendredi 19 octobre 2007

Le retour du bibliopégimane... Reliure Lyonnaise?

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Commme vous le savez, certains jours, malgré la présence d'un Malleus Maleficarum à quelques mètres, le démon s'empare de moi et je deviens l'affreux, l'infâme, le terrible bibliopégimane...
Aaargh, je le sens, il est en moi aujourd'hui... Voici donc un exemple de reliure lyonnaise en provenance directe de ma bibliothèque. Veau fauve mosaïqué à la cire, avec entrelacs polychromes (verts, bleus, rouges), et semble-t-il des armes au centre des plats ainsi qu'un supralibros (mot adéquat?) sur chaque plat : Codis Pars Prima (etc) sur le 1er plat, et la devise RESANA FRUISCIO sur les 2nds plats.
Le texte : un code Justinien de 1551, à Lyon, chez Guillaume Rouillé, in-16.

Mais qui c'est ceux-là demande le bibliopégimane? Bouge pas lapin, je t'explique.
Guillaume Rouillé : né en 1518 en Touraine, Guillaume Rouillé travaille d'abord à Venise chez des éditeurs (Giolito) liés aux Portonariis Lyonnais, dont il devient le gendre. Il finît par s'installer à Lyon comme libraire à son compte ("A l'écu de Venise") en 1545. Il deviendra rapidement l'un des libraires importants de la place, avec des correspondants dans toute l'Europe. Il développera ses affaires de façon significative, devenant même négociant en vins. Sa marque? Un aigle qui maîtrise un serpent et se dresse sur un globe terrestre.

Le Code Justinien : Le Code Justinien, aussi connu sous son nom latin de corpus juris civilis est la plus grande compilation de droit romain antique. Il est issu de l'ambition de Justinien Ier, empereur de l'Empire romain d'Orient. Celui-ci souhaitait disposer d'un code de droit utile à son empire et fidèle à la tradition romaine. Cette œuvre législative prendra une importance fondamentale en Occident car c'est sous cette forme reçue de Justinien que l'Occident médiéval, à partir du XIIe siècle adopte le droit romain, ancêtre de notre droit.

Le fait que ce Code Justinien soit paru chez Rouillé est assez intéressant et symptomatique. En effet, celui-ci, nouveau venu sur la place, a réussi à se faire un nom grâce à une politique éditoriale bien particulière : alors que La Compagnie des Libraires proposait le même ouvrage en format in-folio, Rouillé va proposer une version in-16, beaucoup plus maniable. Il fera de même pour la médecine, proposant des petits formats aux étudiants, et des textes plus humanistes (il préfère Galien à Hippocrate, par exemple), ainsi que des traductions de grands classiques dont Dante, mais aussi Alciat et Marot.

Mais je m'arrête là... sinon, vous allez finir par penser que je suis bibliophile...

H

P.S. : kezako Resana Fruiscio?

13 commentaires:

Isa a dit…

Bonsoir,
"Re sana frui scio" est une devise en latin mais j'ignore si elle a une origine littéraire ou historique.
Comme toutes les devises, elle est difficile à traduire en respectant sa concision. Mot à mot, cela doit signifier : "Je sais profiter de ce qui est sage".
Sana vient de sanus qui signifie "sain" d'où "raisonnable", "sensé"
ou "sage".
Raphaël pourrait sans doute nous en dire plus.
Cordialement,
Isabelle

Hugues a dit…

Merci Isabelle,
L'un de vous saurait à qui on peut attribuer cette devise?
Merci
H

dede155 a dit…

Bonsoir

Hugues, une photo de la page de titre d’un des ouvrages serait la bienvenue.

Cordialement

Isa a dit…

Re-bonsoir,
Hypothèse personnelle : et si c'était une devise créée par Guillaume Rouillé pour lui-même, pour se féliciter d'avoir produit un format de livre "pratique"("Je sais utiliser ce qui est bien adapté") ou plus simplement d'avoir publié des oeuvres de qualité ("Je sais jouir de ce qui est de bon goût") ?
Le verbe "frui" signifie assurément "jouir de". Mais l'adjectif "sanus" a bien des sens, toujours positifs et en rapport avec ce qui est de qualité et sans défaut physique ou moral...
En l'absence de référence exacte, tout cela ne reste donc qu'une hypothèse...
Cordialement,
Isabelle

Hugues a dit…

Dédé et Isa:
1. Dédé, j'ai ajouté une image de la page de titre.
2. Isa : je trouve votre hypothèse très séduisante, elle cadrerait bien avec l'approche de Rouillé. Il a néanmoins sa devise sur la page de titre "In virtute et Fortuna"...

Alors je demande aux spécialistes, cette coexistence de deux devises pour un seul homme vous choque-t-elle?

Ne peut-on penser que Rouillé a appliqué sa devise habituelle sur la page de titre et une autre sur la reliure, parce qu'il était fier du format?

Hypothèse 1...

ou alors, la devise Re Sana Frui Scio serait celle du noble dont les armes figurent sur le plat.

Hypothèse 2... mais qui est-ce?? Vous voulez une photo des armes?

H

Jean-Paul a dit…

Hugues,

Oui, on veut une photo des armes. La devise appartient au propriétaire, comme les armes. Rouillé n'a jamais utilisé cette devise. Je suis d'accord avec la première traduction d'Isabelle.

Amitiés

Jean-Paul

Hugues a dit…

Armes ajoutées

Jean-Paul a dit…

Le temps de vérifier ... : les devises de Rouillé sont "In Virtute et Fortuna", "Rem maximam sibi promittit Prudentia". Au passage, il est né à Dolus, près de Loches.

Jean-Paul

bertrand a dit…

Je pense qu'il s'agit de la devise du premier propriétaire qui a fait relier ses livres.

A la manière d'un Grolier dont la devise était comme chacun sait ici :

"Grolieri et amirocum"

Je regarde bientôt dans OHR les armes.

Amitiés, Bertrand

Anonyme a dit…

Moi, je regarde dans la bibliothèque d'Alexandrie du pauvre en tapant la devise dans Google Livres et je trouve des choses..oh! pas grand chose, mais tout de même...un petit peu... d'autres livres de droit avec le même type de reliure et la même devise. Allez voir.

Montag

bertrand a dit…

entre deux essais argentins... euh... le tango ça va cinq minutes...

Rien dans Guigard non plus !

Pour info, je crois que ce que Montag a trouvé dans Google Livres pourrait bien être une partie de ce même exemplaire (même date, même reliure, même propriétaire), malheureusement on en sait pas plus....


Amitiés, Bertrand

Anonyme a dit…

Oui , vous avez raison Bertrand, en modifiant un peu les thèmes de recherche, on élargit l'extrait du catalogue jusqu'à la mention d'un ex-libris : "ex biblioth C. Caroli, Paris" identique à celui que montre la photo.

Par contre, rien de rien sur la pourtant goûteuse base "Provenance" de la BM de Lyon.

Montag

Anonyme a dit…

Ne s'agirait-il pas plutot de "S[anctis] Caroli Paris[iensis]", ce qui renverrait ainsi à la bibliothèque de la Maison Saint-Charles des Pères de la Doctrine Chrétienne,... ? Mais ceci n'éclaire en rien le problème de la devise... j'en conviens.

Alexandre

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