« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier
"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

frise2

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dimanche 18 novembre 2007

Reliure moderne et livre ancien.... Débat.

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Je n'en ai pas l'air comme ça, mais je réfléchis beaucoup, et en ce moment, je m'interroge sur l'intérêt de faire relier quelques ouvrages anciens.

Il s'agît d'ouvrages du 18ème, que je qualifierais de rares. Mes exemplaires n'ont jamais été reliés (brochés, sous papier), même si à la parution la plupart des exemplaires semblent avoir été reliés, exemplaires frères que l'on retrouve actuellement dans le commerce, chez quelques libraires. Ce sont des ouvrages extrêmements délicats (je parle de leurs particularités) et qui méritent beaucoup mieux.

Mon idée (pour l'instant je garde pour moi le titre des ouvrages) est de les faire relier assez simplement, dans un maroquin moderne, avec un dos à nerfs, sans ostentation, mais à la manière des maroquins de la fin du 18ème.

Nous avons déjà abordé le sujet, mais jamais directement et j'aurais aimé avoir votre avis, et profiter de votre conseil et de votre expérience.

1. Que pensez-vous de les faire relier? Les ouvrages sont réellement rares, et d'une grande finesse, mais leur aspect actuel ne leur rend pas hommage, et j'ai peur qu'ils se détériorent avec le temps.

2. Sur le plan plus pratique, avez-vous déjà fait effectuer ce genre de travail (je parle d'une reliure pastiche et non pas d'une reliure "moderne")?

3. A votre avis, combien cela peut-il coûter?

4. Connaissez-vous un relieur à qui je pourrais confier ce travail?

H
P.S. : j'ai ajouté des exemples pour donner une idée des reliures que j'imagine.

47 commentaires:

Anonyme a dit…

Je n'opterais pas pour une reliure (pastiche en plus, vous êtes provocateur, nous le savons !) mais plutôt pour un étui simple pour éviter aux livres brochés de s'affaisser ou une boite si vous voulez protéger les plus précieux.
Etui et boites peuvent se recouvrir des matériaux les plus simples aux plus précieux pour le plaisir de l'oeil sans altérer l'authenticité du livre qu'ils contiennent.

Mais c'est juste un avis.

Montag

la_reliure a dit…

Bonsoir Hughes,

Je suis de l'avis de Montag, une chemise et un étui, ou alors d'une belle reliure janséniste et sa chemise. Mais je suis partisan d'une reliure "actuelle" sur un livre moderne du XIXe/XXe.
Bien Cordialement
xavier

Anonyme a dit…

Tout à fait d'accord avec Montag.
Rien contre les reliures pastiches bien exécutées, remplaçants une reliure ancienne sans valeur. Mais détruire un exemplaire "tel que paru"?
En comparaison au nombre d'exemplaires reliés, à l'époque ou plus tard, il n'y a que très peu de livres du XVIIIe qui ont survécu en couverture d'origine. Je pense qu'on devrait les sauver.
Martin

Anonyme a dit…

Je suis moins choqué que vous, ne peut-on imaginer que si le premier propriétaire de ces livres en avait eu les moyens, il les aurait faits relier?
J'ai quelques textes du 18ème reliés postérieurement par Marius-Michel, ou Duru, et je ne trouve pas que cela les gâte, au contraire.
Finalement, pourquoi devrait on s'interdire ce que certains de nos prédécesseurs en bibliophilie ont fait en faisant relier délicatement des ouvrages anciens au 19ème?
D'un côté, nous recherchons ces ouvrages aujourd'hui, de l'autre, nous nous interdirions de le faire?
Hugues... suivez votre instinct!
Alexandre

Jean-Paul a dit…

J'approuve les avis qui viennent d'être donnés.
Hugues, ne commettez pas de "criminal offense", comme ils disent, outre-Manche : les boites ont été créées pour conserver les livres qu'on veut (ou doit) garder dans leur état d'époque, et il me semble que c'est le cas ici, surtout s'ils sont rares. C'est d'ailleurs l'attitude qui a fini par être adoptée dans les grandes (et souvent aussi dans les petites) bibliothèques publiques, après les études, réflexions et recherches de plusieurs générations de conservateurs pour la plupart très compétents.

Bravo Hughes, pour avoir gagné un "h" !

Amitiés du soir à tous, et rions un peu : comme d'habitude, on aura l'avis du Maître Libraire, en dernier! ...prudent le bougre !

Jean-Paul

Hugues a dit…

Je précise que les ouvrages sont sans couvertures, une garde de papier et la page de titre, directement.
Hummm... Vous m'avez convaincu... mais à moitié...
H

Gonzalo a dit…

Bonsoir,

D'accord avec Montag pour l'option étui. Conserver un exemplaire dans son état original est toujours moins risqué, il me semble.
Par ailleur, on peut donner à des étuis ou des chemises l'allure d'une vraie reliure. Ca peut être une solution, si vous voulez un "emballage" qui leur rende hommage. Ca a également l'avantage d'être moins cher.

Il serait intéressant de voir s'il existe d'autres exemplaires brochés de ces ouvrages. Vos brochures sont-elles muettes? Il me semble que la brochure imprimée (et non une simple couvrure d'attente) apparait au XVIIIe s. mais qu'elle est très rarement conservée.

Si vous tenez absolumenet à faire relier vos ouvrages (et si vous voulez mon avis!), je ne suis pas partisan d'une reliure pastiche. Il faut que ce soit très bien fait, et je n'en vois pas l'intérêt. De même, je ne trouve pas de charme aux faux-nerfs. Il y a un juste milieu entre le pastiche et la reliure de création contemporaine (qui peut aussi avoir son charme sur un livre ancien) A mon avis, pour des livres du XVIIIe, l'idéal serait une reliure sobre, en plein cuir, à dos plat, sans fioritures.

Je suis justement passé chez un relieur vendredi après midi pour me renseigner sur les tarifs. Elle m'a dit que le marocain n'existait quasiment plus, qu'on n'en trouve peu de qualité, et qu'il est donc ce que l'on fait de plus cher. Le chagrin est plus commun, et il en existe de beaux (j'ai pu en voir un certain nombre). D'après elle, le chagrin est un cuir solide et qui vieilli bien. Le veau est plus cher.
En gros, les tarifs pratiqués par elle pour un in-8° étaient de l'ordre de 150 euros pour un demi-chagrin à coins, 300 euros pour une reliure plein chagrin (et beaucoup plus cher pour un plein veau). Une reliure toile doit couter (il me semble) une soixantaine d'euros. J'imagine que les tarifs sont à peu près les mêmes partout? Peut-être ceux qui ont "testé pour nous" pourront nous renseigner?

Hugues a dit…

Oui Gonzalo, couverture d'attente, muette.
H

bertrand a dit…

hum hum...

bien bien...

Intéressant tout ceci...

Mais encore...

Amitiés brochées, Bertrand

PS : (message pour le moment purement utilitaire puisqu'il me permet de m'inscrire au fil par le follow-up...)

Jean-Paul a dit…

Très amicalement Gonzalo : maroquin

Jean-Paul

Gonzalo a dit…

On devrait se relire avant de poster des messages, cela éviterait d'écrire des énormités.... Merci Jean-Paul!

LUCA a dit…

bonsoir a tous

je voudre citer Clouzot-Guide du bibliophile francais:
A) BROCHÉS. - On rencontre parfois encore des ouvrages romantiques brochés, tels qu'ils ont paru. Cet état est rare. Certains bibliophiles préfèrent les conserver ainsi plutôt que de les faire relier actuellement. Cette théorie se soutient fort bien qui consiste à conserver un ouvrage dans son premier état. Mais outre le fait qu'un exemplaire bien établi en reliure moderne est conservé intact, nous devons signaler qu'un livre romantique à l'état broché est pratiquement inutilisable pour la lecture. Le dos, brûlé par les ans, se casserait rapidement. Il doit même être conservé dans un étui.

salut LUCA

Jean-Paul a dit…

Pour le sondage, une rubrique manque : "Plusieurs fois par jour".

Jean-Paul

xavier a dit…

Pour les tarifs, la chambre syndicale de la reliure-dorure (tél. : 01 43 54 85 82) devrait pouvoir vous donner des tarifs "conseillés".

Hugues a dit…

Pour le sondage, et pour ceux qui viennent sur le blog plusieurs fois par jour... une cure rapide de désintoxication à base de bière blanche et autres cépages, accompagnés de diverses victuailles sera organisée à Paris lors de la venue de Bertrand.
C'est notre formule "Pantagruel"!
H

bertrand a dit…

euh...

Si Dieu pouvait arrêter de me faire passer pour le Messie...

Merci.

Amitiés gargantuesques, Bertrand

z1k a dit…

Reliez les, selon votre gout. La reliure fait partie intégrante de la bibliophilie. Devons nous renoncer à un livre parce qu'il a été relié ? Non, au contraire. Pour moi, un livre est fait pour être relié (et lu). Si cela n'a toujours pas été le cas, alors il faut le faire au plus vite. Le fait de ne pas toucher au livre pour en respecter l'authenticité ne me convainc pas. Un tel argument pris à la lettre interdit toute restauration du livre et si je vais encore un peu plus loin, tout contact physique avec le livre, qui au fil des années le détériorerait. Je touche mes livres anciens, je les lis, je les restaure si nécessaire, et je les fais relier. Question : à partir de quelle ancienneté vous interdisez-vous de relier un livre ? Dès sa sortie en librairie (fini la reliure contemporaine), 10 ans, 100 ans ?

Jean-Paul a dit…

Pas de mélanges z1k...c'est mauvais pour la santé...des livres ! Il y a des restaurations qu'il ne faut pas faire, c'est comme ça, personne n'y pourra jamais rien...sauf ceux qui dérogeront et qui gâcheront tout définitivement : ils ne seront plus là depuis longtemps quand leurs successeurs critiqueront.

Jean-Paul

xavier a dit…

Hughes, si vous choisissez de les faire relier il faut un "bon relieur", beaucoup ont massacré des ouvrages, soyez STRICT et FERME, pas de cisaille !!!, ou très peu.

Intaglio a dit…

Z1k plaide pour la reliure systématique des ouvrages non reliés. Cependant la rareté dans les bibliothèques et sur le marché de certains ouvrages brochés, dans leur forme d'origine, plaide pour la conservation en l'état. Notamment dans le cas -qui n'est pas celui qui nous est soumis ce soir- des couv. en papier marbré par exemple (http://www.bl.uk/catalogues/bookbindings/LargeImage.aspx?RecordId=020-000006280&ImageId=ImageId=42745&Copyright=BL).
Pour finir, les bons restaurateurs emploient des matériaux et techniques dites réversibles. Le respect de l'authenticité n'interdit donc pas la restauration.

xavier a dit…

Les matériaux réversibles : je n'ai jamais réussi à les enlever sans marques .....irréversibles ! :--)))

Wall a dit…

Cela ne me choque nullement de relier un livre XVIIIè qui ne l'a jamais été. Pour l'instant, j'ai fait relier deux livres 1900 dont un avec une reliure très moderne. Je vais en faire relier 4 autres, dès que j'aurai l'argent, de manière toute aussi moderne.

Personnellement, je reste de marbre face des à idées comme celle citée par luca (Clouzot-Guide du bibliophile francais). C'est juste une idée comme une autre, que je ne partage pas. Je suis un amoureux du cuir et des reliures, et donc je préfèrerais faire relier mes livres plutôt que de les laisser en l'état de sortie d'imprimerie.

Wall a dit…

Pour préciser, les autres livres donc je parle sont plus ancien. Et je ferais de même avec des livres XVIII, si ceux-ci me plaisent autant que ceux que j'ai fait ou je vais faire relier

Anonyme a dit…

Cela fait quelques mois que je connais votre blog maintenant. Je me décide à vous envoyer un commentaire aujourd'hui pour la première fois.
Avant votre blog, mon expérience et mes contacts en matière de bibliophilie se limitaient à mes visites chez des marchands ou à la lecture du Magazine du Bibliophile, auquel je suis abonné.
Je voulais vous dire merci. Simplement.
Depuis, je vis ma bibliophilie au quotidien, je me sens moins isolé, et surtout je suis confronté à des avis de bibliophiles, ce qui est vraiment je trouve l'atout essentiel de votre blog : les échanges entre amateurs.
En réalité, non, c'est sa deuxième qualité, la première, c'est que j'apprends chaque jour au moins une chose en lisant le blog, et parfois bien plus. C'est très précieux pour un passionné.
Vous êtes le Quotidien du Bibliophile! Continuez!
Merci pour cela!
PA

Gonzalo a dit…

Il me semble que la notion de rareté occupe une place importante dans l'intérêt que portent les bibliophiles aux livres. Pour ma part, si je possèdais un ouvrage dans un état "d'origine" rare (brochage avec couvrure imprimée du XVIIIe par exemple), je ne saccagerai pas ce trésor en l'affublant d'une reliure, même très belle. Il y a assez de livres en besoin de reliure pour qu'on prenne la peine de garder des brochures si leur état est intéressant (papier marbré, par exemple), même si "un livre est fait pour être relié" comme disait Z1k.
Ceci n'est pas le cas qui intéresse Hugues, car les brochages du XVIIIe ne sont pas si rare que ça.

Hugues a dit…

En effet, et dans ce cas précis, je le redis, le brochage est sans intérêt.
Hugues

Jean-Paul a dit…

Il est dejà bien tard. Bonne nuit à tous, et bonne fin (?) de débat à ceux "quibus voluminum suorum frontes maxime placent titulique".

Jean-Paul

bertrand a dit…

Bonsoir ou bonne nuit à tous, contrairement à ce que dit Jean-Paul, je ne souhaite pas que mon commentaire soit le dernier de ce passionnant débat.

Mais pour apporter ma petite pierre voici ce que je vous rapporterais si j'osais :

Extrait de la préface du Catalogue des Livres rares et précieux composant le cabinet de feu M. le Baron de Ruble et de Lurde ... Paris, Em. Paul, 1899.

"Non seulement M. de Lurde découvrit des livres, mais il fut au premier rang de ceux qui découvrirent un relieur d'une merveilleuse habileté dont le nom devait, par la suite, devenir célèbre, Trautz-Bauzonnet.

Je n'ignore pas qu'il est de mode, dans certains cénacles de snobs de la bibliophilie, en cette année de grâce 1899, de railler le vieux Trautz, ou même, en style fin de siècle, de le "débiner". C'était peut-être inévitable : l'engouement avait été excessif, une réaction a suivi, violente et injuste. Mais je maintiens ceci, qu'on a pas le droit de juger Trautz si l'on a pas vu les reliures qu'il exécuta pour son client de prédilection M. de Lurde. (...)

Aussi regardez de quels noms étaient signées les 423 reliures modernes du cabinet qu'il légua : 15 étaient signées Bauzonnet, 140 Bauzonnet-Trautz, et 268 Trautz-Bauzonnet. (...)

On assure que M. de Lurde, emporté par la Trautzolâtrie, fit casser des reliures anciennes qui auraient pu être respectées. Fort heureusement il en conservait quelques-unes (...)

Mais, cela dit, je crois fort que les vieux veaux, même les vieux maroquins, à moins qu'ils ne fussent parfaits, ne trouvaient pas grâce à ses yeux. Ce fut un tort de sa part ; rien ne vaut, pour un livre, le vêtement d'origine, contemporain de son apparition, témoin et garant de son authenticité. Avant d'y toucher, il faut être certain, non pas une fois, mais dix fois, que toute mesure de préservation ou de restauration est impossible et que la substitution d'un habit neuf s'impose. (...)

Préface signée de A. de Claye (d'Eylac).

Je crois mes amis que j'ai ma réponse qui n'est autre que celle de l'ami A. de Claye :

"Rien ne vaut, pour un livre, le vêtement d'origine, contemporain de son apparition, témoin et garant de son authenticité."

Simple non ?

Maintenant à chacun d'apprécier les termes "trouver grâce à ses yeux" et là c'est bien le côté hétéroclite et subjectif qui rentre en jeu.

Pour ma part de modeste libraire amateur de livres, j'avoue une vénération certaine pour les brochés du XVIIè au XIXè, même sous simple couverture de papier gris, bleu ou rose, avec ou sans étiquette imprimée au dos ou manuscrite, l'essentiel étant pour moi toujours la même chose : Que l'exemplaire soit intact, complet et bien conservé. Ce qui est évidemment de plus en plus difficile à constater plus on remonte les siècles ! Et bien heureux ce me semble serait celui qui pourrait se targuer de posséder un exemplaire de La plaisante et ioyeuse histoyre du grand géant Gargantua, 1547 en simple brochage d'époque, le plus simple du monde, à toutes marges... En reste-t-il seulement un ? (un exemplaire au maroquin XVIIè aux armes de La Vieuville est proposé actuellement à 75.000 euros par la Librairie S.) Combien celui-là vaudrait-il ?

J'ai eu en mains récemment 2 exemplaires de la même édition de 1664 de la Satyre Ménippée des Elzevier (Petit in-12). L'un relié en maroquin XIXè (Duru) et l'autre en velin hollandais XVIIè. Et bien il y avait quelque chose de superbe dans l'exemplaire relié par Duru, une perfection, une ligne totalement parfaite qu'il n'y avait pas dans l'autre. Mais ce qu'il y avait dans l'autre, celui relié simplement à son époque et donc forcément dans le goût de son temps, un petit quelque chose que je nommerais tout simplement...

Le fil de l'histoire.

Dans un cas il était là, fortement présent et imprégnant encore ce volume relié en vélin. Dans l'autre cas, le livre, magnifique certes, avait été transformé, ce fil du temps était rompu.

En ce qui concerne la valeur marchande. La différence n'est pas si évidente car les atouts qui valent pour l'un et désservent l'autre, existent dans les deux cas.... Vous aurez compris.

Ces réflexions je les appliquent évidemment également aux brochés des siècles passés.

Sur ce, Bonne nuit,

Amitiés débrochées, Bertrand

Anonyme a dit…

Ah, c'était mieux avant! C'est ce qu'on pourrait penser en lisant certains commentaires... Je m'explique :
Pour ce qui est d'Hugues et de sa demande d'avis sur une reliure pastiche, de mon côté, je ne suis pas trop pour, je trouve ces reliures trop souvent mal exécutées. Mais ce qui me surprend plus lorsque je lis certains messages, c'est que souvent, votre avis s'exprime par la voix d'anciens : Mahcin a dit dans texte de 1866, truc certifie dans son ouvrage de 1909, un autre condamne absolument dans sa bibliographie de 1875, etc.
Ce qui me gêne, c'est qu'on a vraiment l'impression en lisant ces commentaires, que la bibliophilie se serait arrêtée à la fin du 19ème et que les avis ont été arrêtés définitivement à cette époque...
Aaah, c'était mieux avant!
Ce n'est pas mon avis, la bibliophilie évolue, ses règles aussi, et le temps passe sur les livres, une thèse qui pouvait être valable (et qui n'est d'ailleurs qu'une thèse, il y a fort à parier que sur les blogs de l'époque, les divers intervenants n'étaient pas d'accord non plus) à la fin du 19ème quand un livre du 18ème n'avait que 100 ans peut-elle encore être d'actualité 100 ans plus tard, si le livre a passé ses jours dans des lieux humides, etc.?
Non, les anciens n'avaient pas toujours raison, ils avaient un avis (qui pouvait d'ailleurs aussi être dicté par leurs intérêts personnels, ne l'oublions pas), mais n'avaient pas toujurs raison.
D'ailleurs, si on y réfléchit : ce sont souvent des pros du livre (bibliographe, historiens, experts, etc.) qui condamnent le fait de faire relier, etc... Alors que les amateurs, les très grands bibliophiles de l'époque, dont on peut également penser qu'ils n'étaient pas plus idiots que les pros susnommés, firent relier à tour de bras.
Donc quoi? qui a raison?
Condamner? Au nom de qui? Sur l'avis d'un individu dont on ne connaît que les écrits, et qui datent de plus d'un siècle?
Mon avis : je n'aime pas les reliures pastiches, mais comme chacun construit sa bibliothèque à son image, il est légitime qu'il puisse également faire ce choix librement.
Alors Claye, Clouzot, et les autres, on vous respecte, mais vous n'êtes point prophètes.
Etienne.

A.A.A a dit…

> Gonzalo
Vos prix me paraissent assez bas. Est-ce pour une "vraie" reliure (les couvertures solidaires de l'ouvrage) ou un Bradel (couvertures collées aux pages de garde) ?

En ce qui concerne la question de Hugues, je serais plutôt pour une reliure qu'un simple emboitage. C'est une question éthique et utilitaire. Je crois que sans reliure ces livres ne seront plus lisibles bien que protégés, c'est un peu une façon d'arrêter le temps, de les "muséifier". Vous êtes aussi légitime que le premier propriétaire. Il a fait un choix (surement économique) que vous pouvez remettre en cause, surtout s’il permet au livre de survivre et de continuer à être consultable.

De plus, vous pouvez demander au relieur d'abimer le moins possible l'ouvrage, par exemple en ne le massicotant pas. Une reliure n'est pas si "invasive" que cela, globalement, seul le dos sera abimé par le grecquage.

J'ai eu, il y a peu de temps, un livre du 18e non relié, le choix a été plus simple, car il avait déjà été apprêté pour la reliure. Je l'ai relié, avec le sentiment qu'il m'avait attendu 250 ans.

bertrand a dit…

Bonjour Etienne et merci d'avoir réagi vivement à mon dernier commentaire, certes très... conservateur...

Pour ma part je suis conservateur en ce qui concerne la bibliophilie et à chaque fois que je vois des reliures d'art contemporain, je me dis que je ne suis vraiment pas concerné par ces déformations et autres livres-objets dont on se plait à vanter les mérites à tour de bras dans la revue Arts & Métiers du Livre (par exemple).

Et oui, vous avez raison, les anciens ne sont pas prophètes. Mais avouez tout de même qu'on leur doit au moins le respect sinon l'obéissance aveugle.

Pour ma part, ce n'est pas tant à leur avis que je me range bêtement, mais à une logique, un bon sens tout pragmatique et sans aucune notion autre.

Car enfin, cela ne vous parait pas juste de dire que les livres brochés du XVIIè au XIXè sont comme des reliques d'un passé que l'on doit respecter ??

N'allez pas me dire que vous cautionnez ces californiens débordant de dollars qui se permettent de faire poser un abat-jour en peau de zèbre sur un pied de lampe en bronze Napoléon III !!

Le bon goût et le bon sens est de toutes les époques et de tous les siècles, et nous n'avons ni plus tort ni plus raison que nos anciens ni que nos successeurs.

Je crois seulement qu'il y a des choses à respecter et que l'on ne respecte plus. (allez c'était ma minute vieux papy ronchon... j'ai 36 ans je peux me permettre...)

Amitiés, Bertrand

Anonyme a dit…

Là où je ne vous suis plus Bertrand, c'est qu'il me smeble que d'une façon vous confondez l'avis que peuvent donner des historiens du livre et la position des propriétaires du livre.
C'est toujours facile d'avoir un avis quand on n'est pas concerné (je parle des autorités du 19ème, pas de vous).
Ne pensez-vous pas que le premier propriétaire du livre, s'il avait pu le faire relier, aurait fait ce choix et que ce sont probablement des contraintes économiques qui en ont voulu autrement?
Dans ce cas, l'état actuel du livre n'est que l'incarnation d'une certaine frustration de la part du 1er propriétaire.... De plus le livre d'Hugues semble être rare... Ne vous semble-t-il pas que c'est lui rendre grâce que de lui fournir un écrin digne de lui?
Le premier propriétaire n'en serait-il pas content, finalement?
Etienne

A.A.A a dit…

Je suis entièrement en accord avec Etienne, je ne comprend pas en quoi relier un livre broché du 18e serait irrespectueux.

Je suis aussi d'accord sur la reliure pastiche. Cela n'est pas à mon gout, mais je comprend très bien que l'on puisse faire ce choix. Cependant, une reliure contemporaine très sobre, conviendrait aussi.

Ensuite sur l'exemple de Bertrand, je crois que le cas est très différent. Claye parle d'une personne cassant d'ancienne reliure uniquement pour "unifomiser" sa bibliothèque selon son gout actuel. Ce sont 2 démarches très différentes, Hugues ne cherche pas à transformer le livre mais à le préserver (cad le faire vivre mais aussi en permettre la lecture).

En tout cas, merci Hugues pour avoir lancé ce débat passionnant.

Anonyme a dit…

Et allez donc, soyons fous, relions les brochés en pastiche et faisons sauter les reliures d'époque et lavons les pages pour enlever toutes ces saletés de notes manuscrites...

...et reconstruisons les chateaux-forts et entourons-nous de ces merveilleux faux meubles Boulle ou Henri II,

...et puis aussi vive Badinguet et ses bourgeois bibliophiles, tiens pendant qu'on y est...

Ce que les barbares n'ont pas réussi à faire, ce que les guerres ont épargné, faut-il absolument que nous le dénaturions ?


Montag

Jean-Paul a dit…

Bonjour Bertrand,

Je ne vais pas répéter la même chose que vous. Je co-signe votre texte: le jeune de 64 ans rejoins le vieux de 36 !

Bonjour Etienne,

Qui a dit que le ou les propriétaire(s) précédent(s)n'ont pas eu les moyens de faire relier cet opuscule ? Ils voulaient peut-être, eux aussi, le conserver en l'état ?

Bonjour Montag,

Il n'y a rien de nouveau sous le soleil : les "tanneries" de La Bruyère existent toujours... tant mieux pour les relieurs et pour "Art & Métiers du Livre" !

Jean-Paul

Pilou a dit…

Il en va des goûts en matière de reliure comme des personnes: chacun est unique et se fait sa propre idée sur la chose. Si Hugues veut relier son livre de la façon dont il l'entend, alors pourquoi le lui interdire. Pastiche, moderne ou broché? C'est à son propre entendement sur la question. Il semblerait en plus que le brochage des livres en question ne puisse plus permettre une survie à long terme du livre. Alors pourquoi lui interdire toute modification sur les reliures.
Vous parliez de ces fameux ancêtres les gaulois du XIXème siècle qui préféraient conserver les reliures d'origine. Mais peut-être que dans 150 ans, on parlera d'Hugues comme de la personne qui a permis, par son action et la remise en valeur d'ouvrages décrépis, de les sauver de l'usure du temps.

En ce qui concerne d'ailleurs les textes de ces Pères de la bibliophilie (moderne?), de ces Auctoritas contemporains, faut-il vraiment les prendre au pied de la lettre? L'Histoire, les thèses, sont faites pour être toujours remises en question, discutées et dépassées. L'n des fondateurs de l'Histoire Maritime, pour prendre mon cas personnel, est l'Amiral Mahan, à la fin du XIXème siècle. Pourtant, il a depuis longtemps été remis en cause, et je ne me vois absolument pas adhérer à ses idées sans les rediscuter avant.
Il en va de même pour ces fameux savants positivistes de l'époque. Accepter sans sourciller leurs idées, c'est rester cloitrer dans un passéisme handicapant et immobiliste. Si on les écoutait, on ne toucherait plus à rien... D'ailleurs, on ne toucherait même plus aux livres, car mettre nos petits doigts potelés dessus aboutirait à rompre "le fil de l'Histoire".

bertrand a dit…

Visiblement il y a conflit de pensée entre bibliophiles amoureux des livres "témoins" et "outils de connaissance" et ceux que je ne peux me résoudre à définir comme tel et qui ne voient dans le livre qu'un "outil documentaire".

A ce moment, vous pouvez aussi dire que de simples photocopies d'un ouvrage rare du XVIè vous satisfont...
C'est beau une photocopie... et moderne en plus !

Non, nous ne sommes pas sur la même longueur d'onde, désolé. Je reste sur ma position.

Amitiés, Bertrand

Wall a dit…

Sur les prix des reliures (chez ma relieuse):

Pour un livre au format 19*12cm env, cela coute:
-de 60€ maxi en demi reliure (suivant le cuir)
-à 150€ pour une reliure doublée

Pour 300€ maximum, on peut avoir une reliure mosaïquée de qualité, avec des scènes très intéressantes, en maroquin.

Pour les formats plus grands, je ne connais pas les prix, ne m'étant pas renseigné.


En ce qui concerne le maroquin, il se trouve toujours, et même de qualité, mais le relieur doit chercher. Un des deux livres que j'ai fait relier, en demi reliure maroquin est nickel, avec un très beau cuir, très soigné, mais ma relieuse cherche beaucoup pour trouver de très bon cuir, elle ne commande pas.

Gonzalo a dit…

"Vous parliez de ces fameux ancêtres les gaulois du XIXème siècle qui préféraient conserver les reliures d'origine. Mais peut-être que dans 150 ans, on parlera d'Hugues comme de la personne qui a permis, par son action et la remise en valeur d'ouvrages décrépis, de les sauver de l'usure du temps."

Et peut-être qu'après avoir parlé d'Hugues en ces termes, dans 300 ans, on se demandera s'il existait au XVIIIe s. des livres brochés... L'argument du futur me semble un peu limité.

Méfions-nous des accusations de "passéisme handicapant et immobiliste": Mieux vaut ne pas avancer qu'aller dans le mur. L'immobilisme a parfois ses vertus. Mieux vaut être sûr de ce que l'on fait, et ce débat montre suffisamment que l'on ne saurait être sûr de ce qu'il convient de faire dans cette situation.

Je le dis sans aucune animosité, Pilou. ;o)

Cela dit, les livres de Hugues lui appartiennent, et une belle reliure peut parfois être à elle seule une oeuvre intéressante.
Je n'ai pas de certitude sur la question, en fait, juste des doutes. Mais des doutes suffisant pour qu'en fasse du même problème, je me contente de faire faire un joli emboitage. "Dans le doute, abstiens toi", dit-on...

Bon après-midi!

Gonzalo a dit…

"en face", je vous prie de m'excuser... Mon orthographe connait quelques approximations.

LUCA a dit…

Bonjour a tous

Wall vous n'avez compris pas Clouzot que soubtilment partage pour la reliure des oeuvres romantiques broches, mais d'ailleurs il faut annoter(pour Clouzot)que il y a une nouvelle tendance pour maintenir les livres dans leur etat d'origine.
Pour ma part je suis de l'avis que:
pour le XX il faut toujours relier les livres broche car les couvertures des editions originales sont assez laides et surtout on peut le conserver a l'interieur meme le dos
pour le XIX selon le gout mais je d'hesitation a fair relier un rare broche ainsi je le cherche en reliure d'epoque ou deja relie avec couverture conserve
pour le XVIII et au dessou souvent la couverture d'attente est tres interessant(papier Remondini cartonnage Bodoni.......)mais un tres anonime papier muet gris, aussi si le livre est en tres grandes marges, je ne l'acheterai jamais car mon gout aime la reliure et je n'aurai le courge de le relier.
D'ailleurs j'avoue que cettes ouvrages broche ou en couverture d'attente sont importantes pour le musees ou pour les biblioteques pubbliques qui doivent avoir des regles filologiques, mais etre bibliophile est une autre chose
salut LUCA

Anonyme a dit…

Le débat fait rage... Personellement, mon gout (immodéré) pour l'"authenticité" me pousserait à conserver les ouvrages tels quels, quitte effectivement à les associer à un étui ou une boîte qui satisferait mes penchants pour la reliure, mais débrocher les ouvrages d'Hugues si cela ne s'avère pas nécessaire pour leur bonne conservation n'est pas chose à faire. Etre bibliophile ce n'est pas forcément accumuler les maroquins et les ors, c'est aussi s'attacher à des témoignages plus fugaces qui reflètent peut-être d'autres types de lectorat tout aussi intéressants.
Hugues, vos ouvrages ont réussi à conserver leur brochage durant 2 siècles, laissez le leur encore...
Amivcalement
Philippem

Pilou a dit…

A Gonzalo: Ne vous inquiétez pas, je ne l'ai pas mal pris du tout! Surtout, mon message avait pour but de faire réagir.
Je pars surtout du principe qu'apparemment les livres brochés d'Hugues sont en mauvais état, si j'ai bien compris, et que s'il veut les faire relier, rien ne lui interdit, et surtout pas un texte publié au XIXème siècle!
Je suis d'ailleurs d'avis de conserver les livres dans leur état d'origine, suivant bien entendu leur état (j'avais d'ailleurs posé un peu le même style de question à propos d'un broché qui correspondait à l'une de mes oeuvres incomplètes, et qui elle était reliée), aussi bien par goût d'authenticité que par soucis historique. Mais dans ce cas, il s'agit des goûts propres à notre cher maître de cérémonie, et sil estime que pour le livre lui-même et pour sa bibliothèque dans son ensemble une reliure maroquin correspond mieux qu'un brochage d'origine, alors qu'il n'hésite pas.

En gros, toutes les positions ont leurs intérêt et significations propres. Et il y a autant de réponses à ces questions de reliures que de bibliophiles!

Anonyme a dit…

Bonsoir, je viens de lire vos positions bibliophilique et autres... Je vous confirme que le vrais maroquin c'est fini depuis dix ans (source : Julien, paris). Il faut de la chèvre du Cap pour faire du maroquin, celle-ci à été croisé avec une autre race. Et, de plus l'alimentation à changer aussi. Quand à savoir si il faut relier ou non un brochage d'attente, le choix se fait, au cas par cas, et la personnalité du bibliophile entre en ligne de compte. Mais rien ne vaut sa première idée, ou le conseil de professionnels. Mais, je finirais par dire que se sont les bibliophile qui font les reliures et les relieurs sont leur techniciens (source : étude sociologique sur les bouquiniste, bibliophile et relieur). Cordialement, Michel d'Alchimie du livre ®

bertrand a dit…

Bonsoir Michel,

heureux de te retrouver ici,
je suis entièrement d'accord avec toi au niveau du relieur,
le relieur ne travaille bien que s'il est bien dirigé.

Un bibliophile sans aucun goût (si si ça existe...) fera bien faire n'importe quoi.

A bientôt sur le blog,

Amitiés, Bertrand

Anonyme a dit…

Bonjour
Des années aprés, (:-0)) baillement) c'est qu'on retrouve toujours les mêmes arguments... comme pour le debat sur les "Jean de Bonnot"... toujours aussi polémique... Vous fatiguez pas, tous vos livres finissent un jour sur les bancs d'Emmaüs... allez y en ce moment... C'est pure folie.
Tout ça pour être remplacé par une espéce de tablette à écran toujours grasse, parce que tactile, pour pouvoir lire les blogs des uns et des autres... Faire relier des livres, les préserve et les décore... avec bon gout; Il suffit de jugeotte et de dicernement.
Et d'eduquer ses enfants pour qu'ils soient un peu plus respectueux et un peu plus modérés.
Sandrine.

Laureline a dit…

Bonjour, Je pencherai plutôt pour une reliure de conservation en parchemin blanc (vélin), il est ensuite possible de réaliser une boîte de relieur de type pastiche pour faire un rappel du style de l'époque. Les avantages de la reliure de conservation: la réversibilité, l'absence de collage, la stabilité des matériaux.. Et personnellement je trouve que l'esthétique de ces reliures mêlent modernisme, sobriété et utilisation de matériaux nobles.

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