« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier
"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

frise2

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jeudi 13 décembre 2007

Courrier des lecteurs...

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Voici quelques questions reçues par email, dont je ne doute pas que vous connaissiez les réponses :

1. Selon vous, en dehors des livres de prix, peut-on considérer qu'un livre portant les armes d'un bibliophile a effectivement appartenu à ce bibliophile?

2. Vraie question de bibliophilie : connaissez-vous la signification et l'intérêt d'un exemplaire réglé? A quel moment ce "réglage" intervenait-il, et quel en était le but? J'ai une idée (calage du texte avant impression peut-être, ou pour rendre la lecture plus agréable en "centrant" mieux les blocs de textes?)

3. Un nouvel ami du blog cherche à identifier ce fer... Auriez-vous une idée?
4. Pascal s'interroge toujours sur la "valeur" de son encyclopédie : les 36 volumes de texte et les 3 volumes de planches (complets) de l'édition Pellet (Genève 1777). Ils sont dans leur reliure d'attente. Quoi? J'ai bien lu ou bien j'ai la berlue? En reliure d'attente... mais Bertrand et Jean-Paul en rêvent!

H

10 commentaires:

Pilou a dit…

Pour les armes, de ce que j'en sais, en tout cas pour les familles royales et princières, les armes signifiaient parfois uniquement l'appartenance à la bibliothèque de la personne. Les armes de France par exemple, ne signifiaient pas forcément que le roi ou les membres de la famille royale les aient lus, mais qu'ils faisaient partie de leur bibliothèque, qu'ils leur ont été offerts ou autres choses de ce genre.
Par contre, pour la plupart des personnes, comme il en va des ex-libris, les armes sont un moyen d'exprimer l'appartenance et la reconnaissance d'une certaine forme de culture personnelle. Donc, oui, on peut dire que pour le comte Untel de Trifouillis-les-Oies qui met ses armes sur son livre de prière ou sur son Spectacle de la Nature, ce livre lui a vraiment appartenu.

N'hésitez pas bien sûr à me corriger!

bertrand a dit…

En ce qui concerne les exemplaires réglés (réglure), voici un texte qui traite de la réglure des manuscrits médiévaux. A mettre en parallèle sans doute avec la réglure des livres imprimés.

"La réglure :

Avant d'être confiés au scribe, les feuillets du manuscrit recevaient ce qu'on appelle la réglure, c'est-à-dire un ensemble de lignes déterminant la surface écrite. Celle-ci est à peu près régulière pour un même manuscrit. La réglure avait pour utilité d'homogénéiser l'aspect de la copie, de guider le scribe et de permettre à celui-ci de calibrer son écriture. La réglure peut être de deux types : à longues lignes ou à deux colonnes d'écriture (rarement plus), ce deuxième type étant utilisé de préférence pour les manuscrits de format grand ou moyen. Structurant la mise en page, la réglure délimite aussi l'espace réservé aux illustrations. Tracée dans les temps les plus anciens à la pointe sèche, elle le fut par la suite à la mine de plomb puis à l'encre, parfois même avec des encres de couleur, faisant entrer cet élément indispensable dans le domaine de la décoration." (extrait du site de la BNF - section Fouquet - http://expositions.bnf.fr/fouquet/reperes/32/index32a.htm

Amitiés, Bertrand

bertrand a dit…

Toujours une référence aux manuscrits médiévaux :

"Avant rédaction, on traçait sur chaque page la réglure : de fines et discrètes lignes droites décrivant la structure de la page (lignes de texte, cadre des enluminures, etc.). Un copiste pouvait ensuite recopier le texte dans les emplacements prévus, s’assurant ainsi de la régularité du texte écrit, tant pour la hauteur des lettres que pour l’horizontalité des lignes de texte. Afin de faciliter l’opération de reliure, le premier mot d’une page était parfois répété en bas de la page précédente (la réclame). En cas d’oubli d’une partie du texte par le copiste, des renvois à la marge pouvaient être effectués à l’aide d’appels de note, ou bien le texte pouvait être ajouté entre deux lignes.

Ensuite, les manuscrits les plus importants étaient transmis à un enlumineur qui ajoutait les lettrines et miniatures." (extrait de Le médiéviste et l'ordinateur - http://lemo.irht.cnrs.fr/45/indexation.htm

Amitiés, Bertrand

Pascal de soissons a dit…

Bonsoir à tous,
lors d'une visite sur ebay, ( http://cgi.ebay.fr/JEAN-DU-TILLET-RECUEIL-DES-ROYS-DE-FRANCE-1602_W0QQitemZ180186588074QQihZ008QQcategoryZ34188QQssPageNameZWDVWQQrdZ1QQcmdZViewItem)
j'ai interrogé le vendeur sur la signification du terme reglé qu'il utilisait dans sa description.
voici sa réponse .
Le vendeur à répondu à votre question à propos de cet objet

Si le message vous invite à finaliser la transaction en dehors d'eBay, ne répondez pas à l'expéditeur. Ces propositions vont à l'encontre du règlement d'eBay, peuvent s'avérer frauduleuses et ne sont pas couvertes par les programmes de protection pour les acheteurs. En savoir plus

Cher(ère) pascal21435 ,

Bonjour et merci pour votre question. un exemplaire réglé est un livre dont les pages ont été préalablement tracées à l'encre rouge avant d'être imprimé. le procédé permettait à l'imprimeur de "caller" le texte et les illustrations afin d'assurer une mise en forme cohérente, l'objectif étant bien sûr d'obtenir un qualité en terme d'impression, la plus esthétique à l'oeil et la plus parfaite.(éviter par ex que le texte ne donne l'impression de flotter dans la page...). Ce réglage s'effectuait bien sûr à la main (règle et encre)ce qui laisse deviner le travail que cela devait représenter. Une fois terminé ce "callage",et donc la mise en forme définitive (cases et caractères), l'impression d'autres exemplaires (en serie) pouvait débuter. Nous sommes à la fin du XVIème siècle, les presses sont à bras et l'impression d'un tel livre coûtait cher. Sachant que la concurrence était rude et le public toujours plus exigeant(bien que peu nombreux), l'imprimeur-libraire n'avait pas droit à l'erreur. Une telle édition n'est pas qu'une curiosité typographique (même si par définition il n'y a que peu d'exemplaire, ce qui bien sûr lui confère ce caractère unique). A travers cet exemplaire, c'est aussi un peu de la vie d'un atelier, de celle de ces hommes tout juste sortis du Moyen Age que nous revivons en tournant ces pages pliées une par une, après que l'encre ait sèchée, il y a un peu plus de 400 ans "rüe Sainct Jacques à Paris, au Compas d'OR". Cordialement et en m'excusant pour la naïveté de cette réponse. D'autres personnes ayant enchéri sur ce livre et donc ayant montré leur intêret pour celui-ci, pourraient compléter ou corriger cette tentative d'explication...
- uchisar96

Amis du blog bonne soirée et vivement Lundi soir .
Pascal

Anonyme a dit…

Si pour les manuscrits la réglure a un aspect pratique, pour les imprimés, elle est uniquement décorative ; elle renforcait la ressemblmace aux manuscrits des premiers imprimés et cette habitude est restée pour les exemplaires de présent un peu plus luxueux que les autres, mais l'aspect pratique a disparu.
Jean-Paul, vous devez en savoir plus...
Philippem

Jean-Paul a dit…

Vous avez tout dit Philippem,

Il faut avoir pratiqué un peu l'imprimerie pour comprendre cette différence que vous signalez.
Autant la réglure du papier se fait avant l'écriture, pour la diriger, dans les manuscrits, la réglure est faite après l'impression (avant, elle ne sert à rien, elle est même gênante)dans les imprimés, surtout au XVIe , moins au XVIIe, puis de nouveau au XIXe, pour souligner l'esthétique de la mise en page et de la typographie.

Jean-Paul

Jean-Paul a dit…

Un mot pour Pascal, qu'on ne peut pas laisser seul avec ses reliures "d'attente" ...
Cette édition in-4° en 39 vol. est une contrefaçon de l'Encyclopédie, présentée comme la 3e édition, publiée par le genevois Jean-Léonard Pellet et par la Société Typographique de Neuchâtel. Imprimée dans différents ateliers lyonnais, avec la complicité du libraire Joseph Duplain, d'après Robert Darnton. Seuls les tomes VI, XV, XIX, XXIV et XXXV sont sortis des presses de la STN, selon ses archives. Elle aurait été tirée à 8525 exemplaires.
Ai-je besoin d'ajouter que sa reliure "d'attente" ne me gêne pas dans la mesure où il s'agit d'un "usuel" et non d'un ouvrage "précieux". On pourrait la faire relier dans un veau raciné, sans vouloir faire un pastiche, avec une simple étiquette de titre et tomaison, mais à quel prix ? Quant à sa valeur actuelle sur le marché, je n'en sais rien : probablement le prix que vous l'avez payée ? Les cotes trouvées sont très variables et subjectives ....

Jean-Paul

Gonzalo a dit…

La réglure était très pratiquée au XVIe siècle. Elle n'était en aucun cas faite avant l'impression proprement dite (le texte n'a pas besoin de lignes à l'encre pour être calée dans la galée). C'est une pratique de propriétaire de livre, qui trouve cela plus élégant.

Je ne suis pas tout à fait d'accord avec Philippem (cela dit sans animosité) qui restreint cette pratique aux livres luxueux ou de présent. J'ai pu avoir entre les mains un certain nombre d'exemplaires réglés (tous du XVIe) sur des livres on-ne-peut-plus ordinaires (pour le XVIe siècle): in-8° à destination d'étudiants ou autre.

Le seul intérêt d'une telle pratique est esthétique, aucune utilité à cela. Si c'est bien fait, et que les marges sont suffisamment larges, j'avoue y trouver un certain charme.

bertrand a dit…

Message à l'attention de Pascal de Soissons.

Le Du Tillet, Recueil des Roys de France 1602 que vous avez croisé sur Ebay étant désormais sur mes rayonnages (le monde de la bibliophilie est petit), trop gros volume pour que je puisse l'apporter au diner de lundi à Paris, mais j'aurais été ravi de vous le montrer et que nous discutions "bibliophilie" ensemble.

Pour une autre fois sans doute. Mais vous venez lundi je crois ?

Amitiés réglées, Bertrand

Anonyme a dit…

Vous avez raison Gonzalo, ce n'était pas réservé aux livres "luxueux", mais plutôt à ceux pour lesquels on montrait un peu plus d'attention, que l'on soit étudiant ou trésorier du roy...
Cordialement
Philippem

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