« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier
"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

vendredi 31 août 2007

Montfaucon de Villars et le comte de Gabalis

Je laisse la parole à Jean, qui a eu la gentillesse de m'envoyer un message sur l'abbé Montfaucon de Villars et le comte de Gabalis.

L’Abbé Montfaucon de Villars naquit en 1635 au manoir de Villars qui dépendait du diocèse d’Alet et pour l’anecdote, situé à une dizaine de kilomètres de Rennes le Château.

Après avoir fait des études théologiques à Toulouse, il s’installe à Paris vers 1660. Ses fréquentations le conduisent à la Bastille ou son séjour sera de courte durée. La mort de Mazarin mit un terme à sa détention. Quelques temps après, revenu dans son domaine il se livre à une vendetta familiale : En compagnie de ses frères et de sa sœur il assassine son oncle, ce dernier ayant certainement participé au meurtre du père de notre Abbé, et incendie son château.

Un arrêt de la chambre de Toulouse condamne par contumace les auteurs de ce meurtre à être roués ; les justiciables ayant déjà quitté la province seul un valet subira le châtiment.
C’est en 1670 que fut édité Le Comte de Gabalis. Si le contenu de l’ouvrage démystifie les sciences occultes (si j’étais sûr que tous mes lecteurs eussent l’esprit droit et ne trouvassent pas mauvais que je me divertisse aux dépens des fous.) une lecture plus attentive peut laisser supposer que ce sont en fait les dogmes de L’Eglise qui sont principalement visés.

Néanmoins l’Abbé de Villars révèle les rituels des sociétés secrètes : Rose-Croix etc.. (Même le Mot magique des grandes invocations est divulgué* et expliqué.)
A t’il été initié, et trahi leurs arcanes ? On peut facilement le supposer. Si le succès de l’ouvrage lui valut d’être souvent plagié (La rôtisserie de la reine Pedauque pour ne citer que le plus célèbre) les inimitiés furent nombreuses et féroces.
En 1665 l’Abbé Montfaucon de Villars fut retrouvé assassiné sur la route de Lyon . Vengeance des Rose-Croix (sentence Vehemique), brigands, Vendetta familiale ? Le crime resta impuni.

(Messieurs les curieux ne manqueront pas de dire que ce genre de mort est ordinaire à ceux qui ménagent mal les secrets des Sages, et que depuis que le bienheureux Raymond Lulle en a prononcé l’arrêt dans son testament, un ange exécuteur n’a jamais manqué de tordre promptement le col à tous ceux qui ont indiscrètement révélé les Mystères Philosophiques)
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On peut attribuer à l’Abbé de Villars les livres suivants :
Le Comte de Gabalis ( 1670)
La critique de Bérénice (1671)
De la délicatesse (1671)
L’Amour sans faiblesse (1671)
Le Geomyler : qui fut beaucoup lu par les mondains parce que ce Don Juan, par la faveur du prophète, se glisse d’alcôves en alcôves dans une ambiance de féerie. (R. laufer)
Sur De Villars : Histoire secrète du Languedoc – René Nelli
Google print : Nombreuses entrées.

En ce qui concerne le Comte de Gabalis lui-même:

La première édition du Comte de Gabalis est imprimée en 1670 chez Barbin à Paris.

Les rééditions, les contrefaçons sont nombreuses on peut citer : Barbin 1671 in 12 (Ouvrage présenté), Jacques le Jeune Amsterdam 1700, De Coup Amsterdam 1715, P Marteau Cologne sd, etc…

L'ouvrage donnera aussi naissance à quelques ouvrages Apocryphes ::

- La suite du Comte de Gabalis ou Nouveaux entretiens sur les sciences secrètes touchant la nouvelle philosophie, sans nom d'auteur, Amsterdam, 1708, E. Roger, in-12. (Nous tenons ce texte comme n'ayant pas été écrit par Montfaucon de Villars)
- Les génies assistans et gnomes irréconciliables, ou suite au Comte de Gabalis, La Haye, 1718, in-12. (Barbier attribue ce texte au P. Androl.)
Histoire secrète du comte de Gabalis ou Nouveaux Entretiens, Amsterdam, s. d., E. Roger, in-12.
- Le Comte de Gabalis ou Entretiens sur les sciences secrètes, nouvelle édition augmentée des Génies assistants et des gnomes irréconciliables, par l'abbé de Villars, Londres, 1742, Les frères Vaillant, 2 tomes, in-12.
- Nouveaux entretiens sur les sciences secrètes touchant la nouvelle philosophie, Londres, 1742, in-12.

L’ouvrage eut un tel succès qu’en sus des apocryphes il fut également imité et pastiché:

Abbé COINTREAU : L'amant salamandre ou les aventures de l'infortunée Julie, 1756.
H. DE SANDISSON : Les aventures d'Abdallah, fils d'Hanif, 1745 (Abbé J.-P. Bignon).
CRÉBILLON, fils : Le Sylphe.
Abbé BORDELON : Histoire des imaginations extravagantes de Monsieur Oufle, 1710.
Abbé COYER : Bagatelles morales (Le Sylphe amoureux).
ST FOIX Le Sylphe 1756
Et pour le plus connu : La rôtisserie de la Reine Pédauque d’ANATOLE FRANCE

Merci Jean!

H

jeudi 30 août 2007

Portrait rétrospectif : Restif de La Bretonne et son Œuvre

Après le portrait de Danton, Bertrand nous propose un nouveau portrait rétrospectif très instructif, celui du Hibou, j'ai Restif de la Bretonne. Je lui laisse la parole.

Portrait rétrospectif : Restif de La Bretonne et son Œuvre, vus par Eusèbe Girault de Saint-Fargeau (1839).

Je vous propose de suivre le portrait de Restif de La Bretonne tracé par Eusèbe Girault de Saint-Fargeau que l’on trouve dans second tome (p.199-204) de sa Revue des romans, recueil d’analyses raisonnées des productions remarquables des plus célèbres romanciers français et étrangers, contenant 1100 analyses, faisant connaître avec assez d’étendue pour en donner une idée exacte, le sujet, les personnages, l’intrigue et le dénouement de chaque roman. Cet ouvrage, publié en 1839 chez Firmin-Didot (2 vol. in-8), largement oublié aujourd’hui des bibliographes et des amateurs de romans du XVIIIè et du XIXè siècle, mérite pourtant le détour à plus d’un titre. On y trouve en effet nombre de notices des plus intéressantes sur des ouvrages aujourd’hui dédaignés ou peu connus, on peut connaître grâce au « résumé » détaillé de l’intrigue, connaître la teneur exacte d’un titre.

Mais c’est ici Restif de La Bretonne qui va nous intéresser. Bien connu aujourd’hui des amateurs, ses éditions originales s’arrachent aujourd’hui à prix d’or (justifié ou non ?, mais là n’est pas le propos). Ce polygraphe excentrique, ce diable d’homme pourrait-on dire a produit une œuvre immense. Mais laissons la parole ou plutôt la plume à Girault de Saint-Fargeau :

« Environ deux cent cinquante volumes sont sortis de la plume de ce fécond écrivain (né à Sacy dans l’Yonne, le 22 novembre 1734 et mort en 1804 ou 1806, car on n’est pas d’accord sur l’époque précise de son décès – ce point étant désormais éclairci, Restif est mort à Paris le 3 février 1806, il avait 72 ans).

Mais ses habitudes, peu en harmonie avec la dignité de l’homme de lettres, le retinrent presque toujours dans une basse et repoussante société. Il ne put jamais acquérir du goût, et manqua de la connaissance du grand monde ; aussi le peignit-il mal lorsqu’il voulut l’essayer : en revanche, nul mieux que lui n’a fait connaître le langage, la manière de sentir, les mouvements de l’âme, les mœurs, les usages des dernières classes du peuple de Paris.

Il y a dans ses tableaux des choses frappantes de vérité, des traits admirables, et qui peignent ce qui passe sous nos yeux. Il a pris la nature sur le fait ; il la montre dans toute sa simplicité, ou dans son horrible turpitude. Il décrit les caprices, les fantaisies du vice en homme qui a puisé aux sources. Il ne faut pas demander à ses personnages la délicatesse idéale des héros, des héroïnes de nos romans de bon ton ; il ne se doute pas qu’elle existe. Il rend les femmes telles qu’il les a vues, les hommes tels qu’ils se sont montrés à son regard ; mais ce sont bien eux véritablement. Restif, en général, n’est connu dans la littérature que d’après ses parties les moins recommandables. La platitude ordinaire de son style, l’extravagance de son amour-propre, le peu de distinction des personnages qu’il fait mouvoir, la singulière orthographe qu’il avait adoptée, l’ont rendu ridicule : on s’est moqué de lui, on a étouffé sa réputation. Cet homme, étranger d’ailleurs aux plus simples convenances, n’ayant nulle retenue, ennemi de toutes les règles, brille néanmoins par une richesse d’imagination surprenante. Il retrace des caractères avec habileté ; la fable qu’il invente attache presque toujours. Il y a dans son dialogue une vérité naïve qui charme ; il écrit des pages délicieuses de naturelle et de douce volupté ; il trouve des tableaux frais et riants ; il appelle tour à tour le rire, la réflexion, la pensée profonde, et, presque toujours, jette dans le cœur une émotion extrême.

Ces qualités sont toutefois obscurcies par un dévergondage sans pareil, par des infamies racontées comme avec plaisir, par d’obscènes peintures, qui montrent l’espèce humaine dans un état complet de dégradation. Ses filles publiques sont vraies à faire frémir ; ses escrocs repoussent par la hideuse figure qu’il leur donne. En un mot, Restif, avec ses qualités et ses défauts, n’est pas aussi connu en France qu’il mérite de l’être : tel auteur qui le méprise ne le surpassera jamais ; ses ouvrages sont une mine féconde, dans laquelle il y a de bonnes choses à prendre ; la plupart de nos faiseurs de comédies, de vaudevilles, de drames, si pauvres d’invention, y rencontreraient des sujets de pièces très attachants, ou propres à provoquer la gaieté. »

Quel éloge ! Est-ce lié au fait que Girault de Saint-Fargeau est également natif du département de l’Yonne (à peine plus de 60 kilomètres séparent Sacy de Saint-Fargeau). En tous les cas, pour l’époque, si frileuse en récompense littéraire pour les esprits libres… bel hommage.

Evidemment, les puristes, les amateurs éclairés d’aujourd’hui, à la lumière de nouvelles données sur la vie et l’œuvre de Restif, ne manqueront pas de noter quelques différences dans les appréciations d’hier à aujourd’hui. D’ailleurs, les réactions sur Restif et son œuvre sont les bienvenues.

Mais laissons poursuivre Girault de Saint-Fargeau qui nous propose l’analyse détaillée, selon ses propres critères de 10 ouvrages :

Le pied de Fanchette, ou l’orpheline française. 3 vol. in-12, 1768. On trouve dans ce roman de l’originalité et des situations touchantes. Il a obtenu une cinquième édition publiée sous le titre du Pied de Fanchette, ou le Soulier couleur de rose, 3 vol. in-18, 1801. (Pour ce titre, Girault oublie, sans doute volontairement, d’expliquer l’intrigue du roman…)

Le pornographe, ou idée d’un honnête homme sur un sujet de règlement pour les prostituées. In-8, 1769. Dans cet ouvrage qui fit beaucoup de bruit, Restif propose d’ériger en loi la prostitution. Les filles publiques devaient être cloîtrées ; leurs vies, leurs plaisirs, leurs devoirs, tout est tracé dans ce singulier ouvrage rempli de détails obscènes. On a cru, dans le temps, et cela est fort probable, que la police n’était pas étrangère à sa publication : ce n’était pas sans doute dans l’intention de corriger les abus qu’il signalait, car elle trouvait trop son compte à leur existence ; mais enfin elle avait une intention secrète qui n’a pas été connue.

La paysan perverti, ou les Dangers de la ville. 4 vol. in-12, 1776. (aucun commentaire. Voir au titre suivant).

La paysanne pervertie, 4 vol. in-12, 1776. Dans le principe, le Paysan perverti formait un ouvrage à part. Restif ensuite le fondit avec la Paysanne pervertie, et n’en fit qu’une seule production. Le Paysan perverti est sans contredit le meilleur ouvrage de Restif.

Le nouvel Abeilard, ou Lettres de deux amants qui ne se sont jamais vus. 4 vol. in-12, 1778. C’est une composition bizarre qui renferme une excellente morale. On y trouve de charmants épisodes, et il y aurait peu à faire pour qu’elle devînt un très bon roman, utile à l’instruction des nouveaux époux.

Les contemporaines, ou Aventures des plus jolies femmes de l’âge présent, etc. 42 vol. in-12, 1780 et années suiv. Cet immense recueil de plus que quatre cents histoires, presque toutes vraies au fond, offre une variété de sujets bien remarquables. De même que dans les Provinciales et dans les Nuits de Paris, Restif a eu l’impudence de joindre, à des noms obscurs et méprisables, ceux de plusieurs femmes que des erreurs de jeunesse n’empêchaient pas d’être estimables, et dont quelques-unes moururent de chagrin d’avoir vu révéler des fautes qu’elles avaient d’ailleurs expiées par un long repentir, et une conduite à l’abri de tout reproche. – La lecture de ce recueil est en général très amusante ; tous les goûts trouvent à s’y contenter, tous les genres s’y rencontrent : le terrible, le tendre, le galant, le naïf, le bizarre, etc.

La découverte australe, ou les Antipodes. 4 vol. in-12, 1781. C’est un roman imité des Voyages de Gulliver et de l’île inconnue, dont l’idée principale est bizarre. L’auteur veut que l’homme ne soit que la perfection de chaque espèce d’animaux, que par suite de nos vertus et nos vices proviennent des appétits de nos pères primitifs ; ainsi, la colère est descendue du lion, la férocité du tigre, la bonté du mouton, la faculté de ramper du reptile, etc
La vie de mon père. 2 vol. in-12, 1778. Ce roman est sans conteste le chef-d’œuvre de l’auteur ; aucune tache ne le dépare. On y trouve une touchante et délicieuse image des mœurs champêtres, des descriptions riantes et gracieuses, des détails d’une naïveté charmante, des traits pleins de sentiment et d’énergie ; tout l’ouvrage respire la vertu et l’humanité.

Les nuits de Paris, ou le Spectateur nocturne. 15 vol. in-12, 1788-1791. C’est un recueil d’anecdotes scandaleuses dans le genre des Mille et une nuits, mais sur un autre plan. Les premiers volumes peuvent être comparés à ce que Restif a fait de mieux.

Monsieur Nicolas, ou le Cœur humain dévoilé, etc.16 vol. in-12, 1796-1797. Ce sont les mémoires de la propre vie de Restif, qui a voulu imprudemment marcher sur les traces de J.-J. Rousseau. Tout surprend dans cet ouvrage, dégoûtant de cynisme, d’amour-propre, de haineuses passions.

Ces analyses, très détaillées, apportent, il me semble, un éclairage sympathique à la vision globale du personnage « Restif » et à son « Œuvre », désormais tous deux reconnus.

Pour ma part, ayant lu les Nuits de Paris (ou plutôt survolé je dois l’avouer…), j’ai trouvé quelques passages sublimes, de nombreux passages sympathiques, une majeure partie de l’ouvrage, d’un style lourd et ennuyeux… Les fantaisies typographiques et stylistiques de l’auteur, avec les innombrables digressions que l’on sait, ne facilitant pas l’assimilation d’un texte long et peu cohérent. Il faut dire que pour les Nuits, comme pour les Contemporaines et d’autres ouvrages, le nombre de volumes (le nombre de pages devrais-je dire) est plus que conséquent… J’ai lu quelque part que toute l’œuvre de Restif pourrait être réduite à quelques dizaines de volumes seulement si l’on éliminait, d’une part tous les morceaux inintéressants et d’autres part toutes les redites (de nombreux ouvrages ou passages d’ouvrages sont en effet intégralement et presque mot pour mot dans d’autres ouvrages parus sous d’autres titres…) ??
De nombreux ouvrages de Restif ont eu du succès grâce aux très belles illustrations dues au talent de binet. C’est certainement aujourd’hui un des éléments forts en faveur de l’engouement bibliophilique autour des EO de Restif lorsqu’elles sont illustrées.

Je vous laisse juge.

Exposez-nous votre vision du monde rétivien ? La pensée, le style et la bizarrerie rétivienne vous passionnent, alors donnez-nous votre sentiment de lecteur, de collectionneur, d’amateur.

En espérant vous avoir fait passer un bon moment de lecture,

Amicalement, Bertrand pour Eusèbe Girault de Saint-Fargeau.

H

mardi 28 août 2007

Un livre à l'honneur : Le Compendium Maleficarum par Guazzo

Le Compendium Maleficarum de Guazzo.

Francesco Maria Guazzo (15??-16??) était un prêtre italien de Milan. Il est resté célèbre pour avoir écrit le Compendium Maleficarum (1606), dans lequel il a tenté de faire une synthèse sur la sorcellerie et le malin.
Il a décrit les onze formules ou les cérémonies permettant d'invoquer Satan, ainsi que de nombreuses et circosntanciées descriptions des interactions, y compris sexuelles entre les hommes, les femmes, les incubes et les succubes.
Les sorcières y sont considérées comme l'une des preuves de l'existence du Diable et Guazzo explique comment elle allument un « feu fou et ignoble » à leurs sabbats :

« Le Diable est le président de l’assemblée et est assis sur un trône, sous une forme épouvantable, un bouc ou un chien, et elles s’approchaient de
lui pour l’adorer… »

Le Maître apparaissait aux sorcières du Valais sous la forme d’un bélier noir. Le bélier noir est le grand archétype du Dieu Cornu, Le Dieu des Animaux, le destructeur et le régénérateur de l’autre monde dont les symboles sont le crâne et le phallus.
En plus de ces lignes sur la sorcellerie, il a enfin établi une célèbre classification des démons, inspirés par un travail précédent par Michel Psellus. La voici en substance :

- Les démons des couches supérieures de l'air, qui n'établissent jamais une relation avec les hommes.
- Les démons des couches inférieures de l'air, qui sont responsables des tempêtes.
- Les démons de terre, qui demeurent dans les champs, les cavernes et les forêts.
- Les démons d'eau, qui sont des démons féminins
- Les démons de la partie souterraine de la terre, responsables de garder les trésors cachés, causant les tremblements de terre
- Les démons de la nuit, qui sont noirs et mauvais. Ces démons évitent la lumière du jour.
Cet ouvrage rarissime est un témoignage unique sur la vision de la sorcellerie, du Mal, du Diable et de la vision qu'en avait la Chrétienté au début du 17ème siècle.
En conclusion, deux choses :

1. Si vous en croisez un exemplaire, ce n'est pas le moment de faire le mesquin, dégainez votre carnet de chèques...

2. En relisant ces lignes et en repensant au Guazzo, ou au Malleus... je ne peux m'empêcher de citer un grand philosophe de la fin du 20ème siècle :

"Où sont les exorcistes quand on a besoin d'eux pour chasser la bête qui est en nous?..." Kurt Cobain, Nirvana.

Hugues


Images : les images incroyables du Compendium Maleficarum.

Débat n° 2 : pour ou contre ebay ou ebay nuit-il à la bibliophilie?

Bon, on dirait que vous dormez... ou alors est-ce l'énigme d'hier qui vous a assommés?

Rien de tel qu'un petit débat pour vous réveiller, en tout cas je l'espère.

Nous avons déjà effleuré le sujet à travers d'autres débats, mais voici une façon de le traiter plus complètement.

Jusqu'à il y a une dizaine d'années, il n'y avait que trois façons d'acheter des livres anciens : s'adresser à un libraire, hanter les salles des ventes et visiter les divers salons et marchés (je passe sur les brocantes, anecdotiques en termes de quantité et non spécialisées). Aujourd'hui, internet a changé la donne, on peut avoir accès aux catalogues de libraires du monde entier, ce qui ne change pas la façon d'acheter, mais plus la taille du marché, mais on peut surtout désormais acheter aux enchères dans le monde entier via le site ebay, à des particuliers ou à des professionnels.

Je ne fais bien sûr aucun prosélytisme en faveur d'ebay, mais force est de reconnaître que le site n'a pas de concurrents sérieux.

La question est : comment ce site, et la possibilité d'acheter des livres aux enchères sur internet, a-t-il modifié l'univers du livre ancien, et finît-il par nuire à la bibliophilie?

Je suis certain que vous avez un avis.

H

Solution de l'énigme n°6

Bon...

Et bien je pense que vous déclarez forfait! La solution de l'énigme était l'Edition Originale de la traduction de Lucien (de Samosate), publiée chez Abel l'Angelier en 1582 (ou en 1581 pour les chanceux).

Dites moi, avez-vous cherché? C'était trouvable quand même. Voic comment j'avais trouvé la réponse, en passant par la devise et deux images.

La devise sur la marque est celle d'Abel l'Angelier (comme le laisse sous entendre la traduction d'ailleurs : "je donnerai le gras en sacrifice, et non le maigre").

Ensuite, avec les deux gravures (celle avec les mots : la Calomnie des Grecs, et celle du centaure femelle allaitant) auraient pu vous mettre sur la trace de Zeuxis, qui illustra le premier Samosate.

Et nous y étions!

Vous aurez votre revanche la semaine prochaine.

H

lundi 27 août 2007

Enigme n°6

Bertrand m'a posé cette énigme il y a quelque temps, pour mesurer mes connaissances bibliophiliques, je vous la propose à mon tour.

Il s'agit d'un livre illustré d'une suite de 8 belles vignettes à mi-page, non signées. La marque sur le titre est bien connue.



Voici les 8 vignettes et la marque au titre. A vous de me donner auteur, titre de l'ouvrage et si possible l'édition.




Bien sûr, vous pouvez me répondre par email (c'est mieux) ou via les commentaires.

A vous de jouer!

Hugues

dimanche 26 août 2007

Les dépareilleurs

"Les dépareilleurs" sont une catégorie bien spécifique d'escrocs qui hante l'univers du Livre Ancien.
Et je ne parle pas ici de ces marchands qui n'hésitent pas à "casser" un atlas pour vendre les cartes une à une, même si je juge cette habitude des plus déplorables, voire plus.

Non, les dépareilleurs sont des bibliophiles utilisant une technique bien particulière pour alimenter leurs rayonnages. Leur principe de base est qu'un ouvrage incomplet vaut beaucoup moins cher qu'un ouvrage complet : ainsi un ouvrage en deux tomes vendus 100 euros, ne se vendra plus que 30 euros s'il manque un tome, ou un atlas de 20 cartes vendu 100 euros ne vaudra guère plus de 50 s'il vient à manquer 4 ou 5 cartes, etc.
On connaît plusieurs types de dépareilleurs. Les dépareilleurs de volumes tels ce bibliophile lyonnais bien connu des libraires de la ville qui avait pour habitude de se présenter dans une librairie, d'y subtiliser un volume d'un ouvrage en plusieurs volumes avant de disparaître et de se représenter dans la même librairie quelques semaines plus tard. Il s'intéressait alors à l'ouvrage incomplet, soulignait le défaut et négociait un bon prix pour cet ensemble désormais invendable. Il ne lui restait plus alors qu'à rentrer chez lui pour jouir de la série complète, obtenue à très peu de frais.

Mais les dépareilleurs exercent également leurs méfaits dans les ventes aux enchères, ainsi cet amateur rémois qui se présentait aux expositions le matin de la vente, identifiait l'ouvrage qui aurait ces faveurs et profitait de la cohue pour découper une planche ou une carte d'un rapide coup de scalpel. Au moment de la vente, il demandait à feuilleter l'ouvrage en question, tombait naturellement sur le manque et dépréciait de fait l'ouvrage... Naturellement, il offrait immédiatement de l'acquérir à un prix dérisoire, pour "soulager" le commissaire-priseur de cet encombrant livre "taré".
Pour qui connaît Drouot et a assisté à des expositions et des ventes, ces méfaits pourraient encore se produire aujourd'hui, dans la cohue matinale.

J'ai moi même surpris un dépareilleur en flagrant-délit à Drouot. Je pense que l'homme en question dépassait allégrement les 75 ans, sonotone sur l'oreille certes, mais toujours le bon oeil... Farfouillant dans une manette à côté de moi, je l'ai vu s'intéresser à un traité de cavalerie du 18ème en deux volumes... et hop, l'un des deux volumes fût prestement escamoté dans une poche intérieure. Nul doute qu'il a retrouvé son frère dépareillé qui l'attendait depuis longtemps dans la bibliothèque de notre amateur. L'ai-je dénoncé? Devinez.
Voici pour nos "amis" les dépareilleurs. Demain, n'oubliez pas, une nouvelle énigme.

H

Images : La Fauconnerie de Jean de Franchières, in-4, 1607
.

samedi 25 août 2007

Nos lectures de l'année

A travers les divers échanges que j'ai avec les lecteurs du blog, soit via email, soit par l'intermédiaire des commentaires, j'ai constaté qu'il était rare que le bibliophile ne soit pas également un gros lecteur, y compris de livres contemporains.
Pour changer un peu, et avant le message de demain sur les escrocs du monde du livre et celui de lundi, une nouvelle énigme, j'avais envie aujourd'hui de demander à chacun quel a été son coup de coeur littéraire de l'année, juste avant la rentrée.

Vous pouvez bien sûr répondre dans les commentaires.

Je sais que c'est toujours une décision difficile que de choisir un ou deux livre dans la foule de ceux lus en une année, mais on peut au moins s'y essayer.

Pour ma part, loin devant tous les autres ouvrages, j'ai choisi Les Bienveillantes, de Jonathan Littell (prix Goncourt). Je connais bien cette période de l'histoire, notamment pour des raisons familiales, et ce livre m'a littéralement "scotché", on y retrouve d'ailleurs le thème des Erinyes dont parle Isabelle dans son livre. Je ne suis pas amateur de Goncourt(s) mais là, j'en suis resté étourdi. Bien sûr, 903 pages, quelques détracteurs, des passages insoutenables, mais cela en vaut la peine.
A côté de ce chef d'oeuvre, j'ai également beaucoup apprécié 1491, de Charles C. Mann, un essai assez complet sur ce qu'était les Amériques d'avant Christophe Colomb. C'est un livre formidable, que je conseille à tous les amateurs de voyages et d'histoire (je pense notamment à l'un des Philippe du blog, étudiant en histoire, s'il ne l'a déjà lu).
Plus léger, j'ai également apprécié le dernier Brett Easton Ellis, "Lunar Park", le dernier Houellebecq (mais le moins bon malgré tout... et ça je sens que ça va faire débat), et le très très très poignant et extraordinaire "Ecoute-moi" de Margaret Mazzantini....
Un classement alors...? Dur, mais je ne vais pas me dégonfler :
1. Les Bienveillantes
2. Ecoute moi (sorti en 2005; lu cette année)
3. Lunar Park (relu, sorti en 2005)
4. 1491

On est ce que l'on lit. Je vous laisse décoder.

Et vous? Que nous conseillez-vous?

H
P.S. : j'ai naturellement occulté les livres anciens et tout ce qui a trait à la bibliophilie.

Commentaires

Ca vous plaît la nouvelle interface avec les derniers commentaires sur la gauche? Ou est-ce superflu?
H

"Nom de Zeus!" ou "Dans les bras de Morphée" par Isabelle

Avant tout, j'espère que la nouvelle interface pour les commentaires vous plaît, je la trouve plus lisible, et je suis certain qu'elle va rendre nos débats encore plus dynamiques!
Mais passons, saviez-vous que ce blog n'est pas seulement le point de rencontre d'un bibliophile nombriliste (moi), de bibliophiles passionnés et compréhensifs (vous), d'un libraire biblioschizophrène (je dis cela avec beaucoup d'amitié!) et de quelques grincheux (vous les reconnaîtrez)?

Je vous avais déjà parlé de Jean-Paul Fontaine, qui a publié quelques très beaux et très intéressants ouvrages touchant à la bibliophilie, sachez désormais qu'un nouveau lecteur du blog vient d'être publié.

Il s'agît d'Isabelle Korda, dont je vous ai présenté le portait de bibliophile le 21 juin dernier (http://bibliophilie.blogspot.com/2007/06/portrait-de-bibliophile-isabelle.html), professeur de lettres et heureuse propriétaire d'un très bel envoi de Sacha Guitry adolescent (que nous lui envions).

Isabelle vient en effet de publier "Dans les bras de Morphée" chez Points (excusez du peu)... Elle a choisi de parler de la mythologie gréco-romaine et des expressions qui en sont issues, le tout d'une manière récréative.

Voici la présentation faite par l'éditeur :

"Zeus voulait que son fils soit nourri au lait d’une déesse pour lui permettre de gagner l’immortalité. Du sein de la déesse sortit une giclée de lait qui est à l’origine de l’expression voie lactée en français pour désigner la voûte du ciel tachetée d’étoiles, comme s’il s’agissait de gouttes de lait."

Connaît-on vraiment l’origine des expressions telles que « gagner le pactole », « tomber dans les bras de Morphée », « s’endormir sur ses lauriers »… ? Isabelle Korda s’emploie, avec humour et intelligence, à combler nos lacunes. Racontant les mille et une aventures des dieux et héros antiques (grecs et romains), elle nous plonge dans une culture qui a profondément marqué la langue française, au travers d’un récit des origines instructif et distrayant.


Je ne sais pas pour vous, mais moi ça me donne envie de le lire. Je précise que je ne suis pas actionnaire de Points, ni agent d'Isabelle, ni de sa famille (ceci à destination des grincheux).

Il m'a semblé intéressant de vous présenter cet ouvrage, que je n'ai pas encore lu pour cause de sortie imminente., parce qu'il ne me semble pas trop éloigné de ce que nous aimons tous, et parce qu'Isabelle est une membre active du blog (portrait, commentaires, images, etc.). Enfin, comme elle le dit "si ça n'apporte rien à la bibliophilie, ça flatte ma bibliomanie". Et vous savez ma tendresse pour les bibliomanes.

H

Image : le livre en question. Longue vie à lui.

P.S. : Isabelle, il va quand même falloir nous expliquer l'histoire du bonbon sur la couverture!

vendredi 24 août 2007

Exposition d'ex-libris II

Pour me faire pardonner mon absence d'hier, je vous poste immédiatement une deuxième exposition d'ex-libris, proposés par Bertrand.

Merci à lui. A noter, l'heureux Cattaui Pacha, qui se payait le luxe (début XXè) d'avoir son ex libris en version noir et blanc et couleurs (lithographie couleurs)!









D'autres suivront. Merci.
Ci-dessous, l'expo n°1.



Exposition d'ex-libris I

Comme vous le savez, je suis paralysé par un gros problème informatique, je poste ceci depuis un autre ordinateur.

(j'ai noté que le blog a décidé de me lâcher le jour où la panne frappe, pour me simplifier la vie. Il y a un problème avec l'affichage des derniers commentaires. On verra ça plus tard).

Je vous propose quelques ex-libris photographiés dans mes livres (certains d'entre vous m'ont envoyé d'autres images... n'ayez crainte, je les garde pour une autre "exposition", je n'aime pas ce mot, mais je n'ai pas trouvé mieux!).

Les voici (à noter le texte manuscrit qui accompagne l'ex-libris Lugol sur le songe de Poliphile).













H

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