« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier
"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

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lundi 25 février 2008

Escapade d’un bibliophile à Paris

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Décidemment, le bibliophile est moins casanier qu'on ne pense, après Jean-Marc qui concilie randonnée et vérification bibliographique, je vous propose aujourd'hui de mettre vos pas dans ceux de Pierre. Tarasconnais, celui-ci échappe aux clichés et ce n'est pas pour venir assister aux très dignes débats du Salon de l'Agriculture qu'il est "monté" à Paris... Non, non, non, c'est sur un chemin bibliophile qu'il nous invite à le suivre...

"Le mois de février, à Paris, est un mois où le petit jour ne se lève vraiment jamais. Et quand il se lève, il n’est pas très bien réveillé non plus, comme cette vieille dame fripée avec sa perruque de travers ou ce livreur trainant son parfum de gauloise (Daumier)… Je pose mes bagages et me dirige vers un pont sous lequel coule la Seine…

Ma première étape est une librairie du quartier St Michel. Le propriétaire a dressé un rempart de livres contre les acheteurs impécunieux… Peine perdue, j’y trouverai un Daudet bien illustré, quelques brochés numérotés et un exemplaire des fleurs du mal en EO complet de ses poèmes (mon côté espiègle), le tout pour une somme très raisonnable.
L’après-midi est réservé à visiter un vieux libraire d’anciens près du lycée Charlemagne. Notre connivence est confraternelle. Nous parlerons Drouot, avenir de la profession, auteurs (Hugo, Baudelaire et Rimbaud sont les valeurs sûres aux yeux des touristes de passage) et peinture… car c’est un artiste maudit, érudit à rendre l’âme mais heureusement plein d’approximations qui sera, à cette heure, notre unique client. Le libraire a ouvert un coteau du Layon 18eme siècle et le génie incompris, déjà gris, nous a amené quelques pâtisseries grasses, mémoires de notre puissance coloniale, auxquelles je résisterai par respect pour les ouvrages feuilletés… Je ne mens pas ! Tout ceci est vrai, jusqu’à ce tableau de 2m 50 de côté acquis à Drouot pour une misère de milliers d’euros qui trône devant les rayonnages cachant le Brunet convoité… Je sortirai avec les deux discours de réception à l’académie de Gresset et Paulmy et la réponse de Boze pour une somme dérisoire (hommage d’un ancien à un futur). J’ai pourtant mis en garde ce sympathique octogénaire, qui à dilapider ainsi son fond risquait la ruine dans les dix ans à venir ! Des calissons de Provence viendront, à n’en point douter, remercier ce protecteur de la bibliophilie.

Lendemain : Direction la BNF et sa bibliothèque de l’enfer. Une personne à qui je demandais mon chemin à la sortie du métro m’accompagne gentiment à la salle de l’exposition. « 7€ pour ça ? Enfin, si cela vous dit… Merci d’être venu ». Il faut reconnaître que l’évocation des parties génitales ou de la sodomie dès 10h du matin peut décourager le plus lubrique des visiteurs ithyphalliques… Il n’empêche ! Les illustrations 18 et 19eme sont magnifiques et j’ai retrouvé avec plaisir notre fameux exemplaire des fleurs du mal de « Poulet-Malassy » avec, ici, les annotations de Baudelaire. Combien pour un tel ouvrage aujourd’hui ?


Quelques heures et quelques livres achetés plus tard me voici sur les quais de Seine pour dénicher le chopin de mes rêves. C’était sans compter sur l’extrême flair des patrons de boite. Le bon Huysmans est rare, le Dumas cher, heureusement le Bourget est abordable ! Mes articulations inter-phalangiennes commençaient à souffrir le martyr et j’appréhendais mon retour à l’hôtel. Il faut dire que l’on trouve à Paris, et pour rien, ces lourds catalogues (Berger, etc) dont vous nous parlez sur ce forum mais qui sont inconnus en province.

Jour d’après : Muni de ma carte de la bibliothèque Mazarine, je fis l’ouverture de la salle des oracles. Quelques formules de politesse plus tard, une accorte hôtesse de ce siècle se charge pour moi de la recherche des cotes des ouvrages demandés et me les amène de sa démarche chaloupée… (du pur fin 17eme en très belle reliure). Lorsque 3 heures plus tard, je remis à sa gracieuse remplaçante les ouvrages empruntés en précisant qu’un des volumes faisant doublon, je me proposais pour une somme dérisoire d’en faire l’acquisition, un sourire figé répondit à ma plaisanterie : Il y a des résistances au charme qui sont admirables…

L’après-midi, fut consacrée à la flânerie. Je n’ai pas osé entrer chez Clavreuil/Teissedre (ou l’inverse). Comme certains d’entre-nous, je suis intimidé par l’opulence et une question banale de ces professionnels pourrait mettre en lumière mon incompétence. Et qu’on ne me dise pas que je pèche par modestie ! J’ai déjà été mouché pour une erreur de 10ans dans l’emplacement de la période romantique ! (bien élevé mais susceptible). Dans mon cabas, une histoire de la littérature côtoie un ouvrage sur les gravures sur bois du 19eme, un Mirbeau, un Allais, un très beau Malraux en EO et plein d’autres petites choses bien coupantes aux doigts… J’ai terminé par un demi bien frais. Normal, non ?

Der des der : Métro porte de Vanves. Ma dernière journée est consacrée à Brassens.
Quel Superbe rendez-vous que ce lieu dédié aux curieux. L’ancien est cher (comme toujours mais est-ce vraiment anormal ?). Le broché et le livre curieux sont nombreux et variés. J’ai discrètement étudié les profils ethnologiques curieux et variés des acheteurs et des vendeurs. Vous comprendrez qu’ayant la chance d’être à la fois transparent et d’un modèle fort courant pour l’époque, je ne me suis pas appesanti sur mon propre cas… Le résultat est rassurant. Le bibliophile est plutôt un homme bien élevé, solvable et gentil avec la serveuse du restaurant à qui il a commandé un plat de nouille recouvert d’un ragoût appétissant. Il boit son demi avec le sourire satisfait de celui qui a fait de bonnes affaires. Certains lisent leurs découvertes en mangeant ce qui les distingue des odieux spéculateurs que nous envions. En somme, cette absence de vulgarité m’a conforté dans l’idée que ma marotte était bien pardonnable…

Lorsque j’ai repris le chemin de la gare pour ma chère Provence, j’ai laissé tomber des petits cailloux blancs pour retrouver le chemin. De toute façon, j’étais déjà assez chargé avec tous ces bouquins !"

Merci Pierre pour cette promenade!

H

2 commentaires:

Jean-Paul a dit…

Quelle belle promenade..et belle écriture ! Merci pour cette ballade de rêve,avant d'aller plus pragmatiquement chercher ma fille à la gare nouvelle du TGV, en rase campagne, près de Reims, vers 22h...il doit faire froid dehors...

Pilou a dit…

Vraiment très joli! Ca donne envie aux parisiens de redécouvrir leur ville... Et maintenant, les bons élèves vont pouvoir aller au lit et dormir du sommeil empli de rêves livresques, avant de se lever pour retourner travailler dans le havre des livres, à la BnF (non, ce n'est pas pour se rincer l'oeil que les étudiants y vont!)

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