« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier
"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

frise2

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samedi 9 février 2008

Livre Ancien ou Estampe... il faut choisir son camp.

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Les beaux jours reviennent et les marchands pensent à vous en "organisant" presque coup sur coup deux événements importants à Paris :

1. Le 15ème Salon de la Bibliophilie, du vendredi 15 au dimanche 17 février 2008 au carrousel du Louvre (j'y reviendrai).
2. Le Salon International du Livre Ancien et de L'Estampe au Grand Palais, du 17 au 20 Avril 2008.

Je ne vais pas m'interroger sur la pertinence d'avoir deux salons importants aussi rapprochés, j'imagine que c'est un signe que finalement, même si les marchands disent souvent le contraire, le marché va bien, dans la mesure où être présent sur un salon représente souvent un coût "important" pour un libraire.

Non, la question que je me pose plutôt est :

Alors que l'un des maux les plus terribles pour la bibliophilie sont ces gens, galéristes ou "libraires", qui dépècent les livres anciens pour en extraire les planches et les vendre séparément, est-il normal, logique, légitime... de coupler ainsi salon du Livre Ancien et Salon de L'Estampe?

N'est-ce pas étrange quand on sait que les vendeurs d'estampes au sens large vivent en partie aux dépends les vrais amoureux du livre, voire aux dépends des livres tout simplement?
(un exemple... http://www.marais.biz/commerce/galerie_jpr/idees_cadeaux.htm)

J'avoue que cela m'interpelle un peu... Qu'en pensez-vous?

Plus avant... que pensez-vous de ces salons?

H

P.S. : si unmarchand d'estampes me lît, je serais bien sûr ravi de lui permettre de s'exprimer dans ces colonnes.

37 commentaires:

Gonzalo a dit…

Je pense qu'il ne faut pas mélanger torchons et serviettes.

Je ne connais pas le salon de la bibliophilie, mais j'ai très longuement trainé au salon du livre ancien au Grand Palais l'année dernière: certes, il y avait à la fois des libraires et des marchands d'estampes, mais aucun des marchands d'estampes que j'y ai vu ne proposait des gravures découpés dans des livres. Au contraire, ils accordaient plutôt une large place à l'estampe contemporaine, à la création.

Les "vrais" marchands d'estampes sont des amateurs qui aiment cet art pour sa richesse. Les autres aiment la richesse, et ne sont que commercant. Il y a marchands d'estampes et marchands tout court, qui vend de l'estampe comme il pourrait vendre autre chose. Je serai sans pitié pour celui qui, sous prétexte qu'il peut récupérer trois fois plus d'argent, vend au détail des gravures découpées dans des recueils.
Mais il faut savoir aussi reconnaitre aux marchands d'estampe le mérite de faire vivre un art (et des artistes) qu'un amateur de livre ne peut pas délaisser.

bertrand a dit…

Gonzalo désolé de te dire cela mais je crois que tu vis sur une autre planète !

Les marchands d'estampes anciennes et modernes, fussent-ils les meilleurs du monde dans leur domaine, seraient bien incapables de tous survivres s'ils ne débitaient que des estampes originales d'artistes spécialement conçues pour être encadrées et exposées et non issues de livres imprimés.

Pour preuve quelques exemples :

Allez sur franceantiq et tapez dans Books - Search service (en haut à droite), ORTELIUS par exemple, vous obtiendrez ceci :

Ortelius ; Barbariae et Biledulgerid nova descriptio.
1603

33 x 50 cm.

300,00 Euros

Ortelius ; Tartariae sive magni chami regni typus.
1603

35 x 47 cm.

2 000,00 Euros

Ortelius ; [Valence] Valentia regnum.
1589

Complete description - Description complète
100,00 Euros

Ortelius ; Japoniae insulae descriptio.
1595

Complete description - Description complète
4 000,00 Euros

On comprend pourquoi un atlas d'Ortelius ou de Mercator valent une fortune lorsqu'ils sont complets de toutes les estampes.

Rentrons dans le vif du dépeçage avec quelques liens pris au hasard sur le net :

http://www.lamesure.fr/rubriques/gravures.html

Quant à Callot, il n'a qu'à bien se tenir ! voyez plutôt :

http://www.galerietroncin.com/fiche.asp?langue=fr&artiste=17&article=682

idem pour Grandville dont les fleurs animées palissent à vue d'oeil détachées de leur texte :

http://www.galerietroncin.com/artiste.asp?langue=fr&artiste=18

N'oublions pas les magnifiques atlas de Mérian, dépecés outre-rhin comme de vulgaires cochons-tirelires eurotisants !!

Non, ta vision Gonzalo est incomplète. Evidemment il existe un marché de l'estampe originale, du tiré à part, celui-ci est tout à fait respectable et respecté je pense. Mais serait-il suffisant pour faire vivre tout un pan du marché de l'art ???

Pour ma part je n'ai vendu qu'une seule fois des estampes et je souligne le mot, il s'agissait d'un lot de gravures toutes tirées à part des oeuvres de Jean-Jacques Rousseau (eaux-fortes sur papier de Chine contrecollé, signées de Desenne, Johannot, et autres graveurs et dessinateurs romantiques). Les estampes ne provenaient assurément pas de livres, elles avaient d'ailleurs une légende en bas au crayon et quelques commentaires sur le tirage (1er état, 2ème état, avant la lettre, etc).

L'estampe détachée de son livre d'origine vaut à peu près autant pour moi qu'une marguerite cueillie dans un champs trop violemment et dont on aurait uniquement réussi à attraper la fleur... sans la tige...

Mais ce n'est que mon avis,
nous verrons bien sur pied au salon du carrousel du Louvre si les estampes proposées sont toutes... avec des tiges...

Amitiés, Bertrand

Gonzalo a dit…

> L'estampe détachée de son livre d'origine vaut à peu près autant pour moi qu'une marguerite cueillie dans un champs trop violemment et dont on aurait uniquement réussi à attraper la fleur... sans la tige...

Belle image, à laquelle je souscris.

Etienne a dit…

D'accord avec vous Bertrand. Ne rêvons pas, les vendeurs d'estampes qui sont présents dans les salons pour "bibliophiles" ou "du livre ancien" ne vivent pas d'estampes d'art contemporain... mais bien de lambeaux de livres anciens en grande partie.
Sinon, ils choisiraient plutôt des manifestations d'art...
Etienne

Jean-Paul a dit…

Alors, qu'est-ce qu'on attend pour les f...... dehors !

Gonzalo a dit…

>Sinon, ils choisiraient plutôt des manifestations d'art...

Je trouve que le Salon du Grand Palais est un salon d'art. Le fait qu'il se déroule au grand palais est déjà en soi révélateur!

LA question de savoir si la bibliophilie doit être comprise dans le marché de l'"art" est intéressante.

Le marché de la "haute bibliophilie", et de la bibliophilie en général, a toutes les qualités (jouissance esthétique, intérêt culturel,...) et les défauts (spéculation...) de ce que l'on nomme le marché de l'art. Ce n'est à mon avis pas un hasard si l'une des fondations les plus actives pour la promotion du livre de la Renaissance est celle d'un certain Barbier-Mueller.
Mais je ne veux pas faire dévier le sujet avec mes balivernes. Je vous prie de m'excuser.

Intaglio a dit…

A mon humble avis, le bibliophile ne peut qu'inclure l'estampe dans sa passion vu sa place dans le livre (ornements, frontispice, illustrations, etc.). Les 2 ne s'opposent donc pas. En revanche, il est en effet malheureux de voir certains ouvrages débités au feuillet par ceux qui devraient en être les premiers défenseurs. Il en va surtout des atlas et autres recueils d'estampes. En voici encore une déplorable preuve chez ce marchand qui s'enorgueillit de proposer une "collection of more than 4000 leaves" (on ne peut être plus clair.) Il propose notamment des feuillets de la Cosmographica de Munster... Je signale son site (http://www.cepuckett.com/catalogue.asp?state=Manuscript&class=19)tout en espérant qu'aucun visiteur du blog n'ira acheter chez lui !

Martin a dit…

N'oublions pas qu'il n'est pas tout à fait nouveau de découper des images d'un livre. N'y a-t-il pas quelqu'un sur ce blog qui possède un manuscrit ancien, orné de gravures provenant d'un livre ancien? Quoi faire? Au feu les images et garder le manuscrit?

bertrand a dit…

La chose n'est peut-être pas aussi simple qu'elle y parait.

Les libraires peuvent à la fois proposer des cartes extraites d'un atlas d'Ortelius à l'unité (provenant d'un atlas incomplet au départ et donc invendable au prix maxi en entier), et à la fois des atlas d'ortelius complets reliés pour les bibliophiles purs et durs amateurs d'atlas.

Le calcul est simple pour le libraire qui est spécialisé dans les livres à cartes ou à planches : il achète par exemple un atlas XVIè d'Ortelius normalement composé de 100 cartes (pour faire simple) et il en manque 5.

Reste donc 95 cartes, on va dire coloriées, vendues 300 euros l'unité (pour faire simple - on a vu plus haut qu'une seule carte XVIè en couleurs du Japon ou de la Chine par exemple pouvait atteindre les 3, 4 voire 5.000 euros et plus).

Mais faisons simple. Nous avons donc 95 cartes à 300 euros = 28.500 euros.

Il faut donc pour que le libraire décide de ne pas casser l'atlas incomplet que le prix de vente de l'atlas entier soit sensiblement égal à 25/30.000 euros. Est-ce souvent le cas ? Bien évidemment que non. Le fait même de proposer à un client un incomplet à 25.000 euros serait dans la plupart des cas une hérésie.

Donc le libraire prend patience, vend une à une 95 cartes à 300 euros voire plus, le gain est lent, certes, mais certain et plus que rentable.

Evidemment j'ai pris volontairement un cas d'école où tous les chiffres sont ronds et simples à identifier. Ce qui n'est jamais vraiment le cas.

Une remarque encore. La fréquentation des salles des ventes apprend beaucoup de choses sur les ventes d'atlas et de livres à planches notamment (cartes, botanique, histoire naturelle, etc). On y entend parfois de drôles de conversations au téléphone...

Genre : ouais tu sais, y'a 120 cartes, bon, à 50 euros du bout ça ferait 6.000. Je mets jusqu'à 4 et il est pour moi. A la revente c'est tout bon.

J'ai vu partir devant moi plusieurs atlas incomplets de cette manière, atlas qui ont été poussés par les libraires qui les voulaient absolument et qui savaient de toute façon que jusqu'à un certain prix et après dépeçage, le gain était là.

C'est un peu navrant, mais une fois de plus l'homme est homme et on ne pourra jamais empêché de telles pratiques.

Néanmoins, je proposerais, comme cela peut être le cas dans d'autres corporations, un label qui pourrait s'intituler "Estampes qui ne proviennent pas d'un livre imprimé" ou au contraire "Estampe qui provient d'un livre imprimé", les choses auraient au moins le mérite d'être claire.

Regardez bien les galeries d'estampes, sur le net ou sur les salons de bibliophilie à venir, nombre d'entre elles ne prennent même pas la peine de signaler de quel ouvrage est extrait le document graphique. C'est tout simplement honteux et montre une déontologie mise largement à mal.

Amitiés, Bertrand

Hugues a dit…

Martin,
Je pense que tu parles de mon Vestergan? Content que ne l'aies pas oublié, même s'il est vrai qu'il est difficile à oublier!
Dans ce cas précis, j'ai le sentiment que c'est très particulieur. Evidemment, je ne connais pas les circonstances qui ont amené la création très ancienne de cet hybride, mais il me semble là que c'est le contraire de ce que nous dénonçons : ici, c'est une tentative de sauvetage des gravures, non?
Hugues

bertrand a dit…

désolé pour les fautes d'orthographes... Je n'ai pas le courage de publié l'errata...

Amitiés, Bertrand

Jean-Paul a dit…

Non, Intaglio : l'estampe n'a rien à voir avec le livre quand elle est hors du livre. De même l'ex-libris, petite estampe, qui n'existe que dans le livre : le collectionneur d'ex-libris n'est qu'un collectionneur d'estampe qui a mutilé un livre !Le Salon du Livre Ancien s'honorerait grandement en priant les Iconophiles d'exposer ailleurs ! Tout est très bien résumé chez nos voisins et amis belges :leur Société, royale bien sûr, est faite de bibliophiles et d'iconophiles, témoin de cette spécificité d'être bien avec tout le monde...

bertrand a dit…

Que dire de ceci par exemple :

http://cgi.ebay.com/1565-ATRIPLEX-woodcut-by-KANDEL-440-yrs-old_W0QQitemZ360020847459QQihZ023QQcategoryZ156195QQssPageNameZWDVWQQrdZ1QQcmdZViewItem

Le vendeur est un très bon vendeur avec lequel j'ai déjà eu affaire.

Que penser de ces belles gravures sur bois de botanique XVIè vendues à la pièce et à prix très bas ???

Il a eu l'ouvrage incomplet, il vend les planches à l'unité. Il n'allait pas les jeter, c'est certain. Sans être spéculateur on peut lui reconnaître le droit de gagner quelques centaines d'euros avec des feuillets de toute façon destinés à être d'éternels incomplets ad vitam eternam.

La chose n'est pas si simple ! Je m'en rend compte.

C'est l'acte de dépeçage qui est condamnable dans tous les cas, mais ce n'est pas évident de juger le dépeceur.

Comment voyez-vous la chose ? (j'aimerais bien l'avis d'un pro : Nicolas ? Pierre ?)

Amitiés, Bertrand

Martin a dit…

Bien vu, Hugues. Un peu d'ironie. Impossible de discuter sérieusement ce soir, désolé.

Hugues a dit…

Ce sont deux choses différentes : c'est une chose que de pouvoir éventuellement trouver des circonstances atténunantes au dépeçage d'un incomplet, c'est est une autre que de faire se cotoyer estampes et livres anciens dans un salon aussi prestigieux que celui du Grand Palais, non?
H

Martin a dit…

Lisez imcapable au lieu d'impossible. Mes excuses.

Pilou a dit…

Personnellement, je préférerais compléter un incomplet avec des feuillets d'un autre incomplet... Dépecer un incunable ou un atlas, alors qu'on peut en reconstituer un avec deux en morceaux, c'est pour moi largement préférable et bien plus en accord avec mes sentiments par rapport au livre. Bien sûr, cela implique de détruire un volume sur les deux. Mais le mal est moindre s'il permet d'en sauver un, plutôt que de conserver deux ruines... Peut-être n'est-ce point possible, mais dans un monde idéal, c'est ce que j'aimerais qu'il se passe...

Jean-Marc a dit…

Je ne peux que souscrire à tout ce qui a été dit sur le dépeçage des livres pour en vendre les estampes. Je me souviens d'un exemplaire de l'album du Dauphiné (192 lithographies) dans un tel état de délabrement que je ne voyais pas d'autre issue pour lui que d'en ôter les lithos propres et en bon état. Je ne doute pas que la déontologie de tous les vendeurs d'estampes est telle qu'ils ne travaillent que sur ce type d'exemplaires (sourire !).

Pour revenir aux deux salons. J'aime beaucoup le salon du Carrousel. Il est exactement du niveau qui me convient : de la qualité, avec tout de même des choses courantes, sans excès et le tout à dimension humaine (ce n'est pas une épreuve de fond, dont on sort lessivé). J'irai aussi au Salon du Grand Palais, mais plutôt pour voir (encore que l'année dernière, j'ai un peu acheté). Je ne peux qu'inciter les gens à aller dans ces salons. Cela reste la meilleure façon de voir beaucoup d'exemplaires, de livres et de comprendre ce qu'est la diversité du livre et, pour un exemplaire, la diversité des conditions. C'est tout de même mieux qu'e-bay pout se former le goût !

Jean-Paul a dit…

Cela existe, Pilou. Je connais un grand libraire parisien qui achète des incomplets pour refaire un autre incomplet : dans des conditions idéales, biensûr, même édition, même tirage, mêmes marges.etc..Je me souviens avoir vu cette opération pour un Ambroise Paré.
Jean-Marc, pour le goût, il y a effectivement mieux que ebay : au total, ebay me sert à compléter ma "banque d'images", quand les photos sont suffisamment bonnes.Quant aux Salons, ils sont incontournables dans la formation et l'information du bibliophile, même sans acheter.J'ai appris ainsi, l'année dernière au Grand Palais, en lisant une longue dédicace de Barbey d'Aurevilly, qu'il n'aimait pas écrire !Un comble pour un écrivain ! Je ne l'avais jamais lu ni entendu dire.

Pilou a dit…

Alors, Jean-Paul, ce libraire est un grand libraire et un grand homme! Je trouve qu'on peut même citer son nom ici... :)
C'est encore plus facile je trouve de reconstituer un atlas, car souvent, les feuillets sont pliés et d'une taille à peu près égale, donc très facile à remettre ensemble.

Montag a dit…

Désolé de faire le grain de sable dans la chaussure, mais un conservateur ou un archiviste qui rapproche deux exemplaires imparfaits pour que soit conservée pour la collectivité une trace de ce que pût être l'original, révérences et moulinets du chapeau ; par contre un libraire qui se bricole tout ça gentiment en l'enrobant dans une reliure pastiche, tiens, mon pied au c...et avec mon soulier ferré encore, tout grand soit-il (le libraire)!

Montag

Hugues a dit…

Bibliophile débutant, je me suis lancé une ou deux fois dans ce genre de rafistolage... Passons sur le fait qu'il faut que les exemplaires soient réellement identiques (marges, état du papier, etc.), pour en venir directement au résultat.
Pour faire un complet de deux incomplets, et bien il faut acheter deux incomplets (qui ne sont pas toujours propotionnellement moins chers), les "casser", les "refaire", et faire relier le tout.
Au final, cela coûte plus cher qu'un exemplaire complet acheté directement.
Alors, à moins que l'ouvrage concerné soit rarissime, vraiment, je n'en vois pas l'utilité... et la rentabilité pour un marchand, encore moins.
C'est sans doute pour cela que se développe un marché de "l'estampe", les marchands qui comptent bien ayant rapidement compris que la vente à l'estampe rapporte plus au final qu'un hypothétique et hasardeux bricolage.
Enfin, au final, c'est toujours le vrai bibliophile qui se fait "estamper"!
Hugues

Jean-Paul a dit…

Il ne s'agissait pas de "rafistolage" ou "d'enrobage dans une reliure pastiche" : il y a longtemps que je ne fréquente plus ces "libraires" (?) là !
Ce libraire, qui restera anonyme pour de multiples raisons que vous pouvez bien comprendre, a mis plus de dix ans à récupérer pour pas grand chose des incomplets de l'EO des Oeuvres d'Ambroise Paré de 1575 (in-fol, portrait, près de 400 bois in-texte..etc..) avant d'en faire profiter un exemplaire exceptionnel par sa reliure et sa provenance auquel manquaient seulement deux feuillets. "L'insertion" fut faite par un pro qui fait partie des rares restaurateurs agrées par la BnF : les deux feuillets étaient avec le même filigrane, de même marge, de même teinte...Même si cela a pris plus de dix ans de recherches, l'investissement fut mineure (environ 50 OOO FF + restaurateur) pour remettre sur les rayons de la bibliothèque d'un grand chirurgien bibliophile parisien un exemplaire à 80 000 € dont absolument personne, sauf le libraire et le bibliophile qui avait été informé de la chose,ne pouvait déceler quoique ce soit de l'opération. Cette opération n'avait rien d'extraordinaire ni d'anormal: cet exemplaire extra-ordinaire était redevenu strictement ce qu'il avait été autrefois..le libraire aurait pu ne rien dire..(le chirurgien aussi, sinon je n'en saurais rien !)

Hugues a dit…

Oui, c'est ce que je disais, en dehors d'exemplaires exceptionnels, cette pratique n'est pas intéressante.
H

olivier a dit…

Bonjour à tous,
Y-a-t-il un juriste dans la salle (virtuelle)? En un mot les livres anciens ont-ils un statut juridique qui permettrait de les protéger et cesser la pratique du dépeçage? Si je prends l'exemple des manuscrits enluminés, ne bénéficient-ils pas du statut d'antiquité, voire d'oeuvres d'art? Pourtant pas une semaine sans que des feuilles ne soient en vente (souvent en provenance d'Allemagne)? Que dirait-on si l'on débitait les momies ou les bas-reliefs (y compris ceux qui sont contemporains des livres en question)?
Bien à vous tous,
Olivier

Pilou a dit…

Les livres anciens sont effectivement considérés comme objets d'antiquité. Après, savoir s'ils ont un statut de protection, aucune idée... Surtout que la plupart proviennent d'Allemagne. Donc pour agir, c'est difficile. Et comment prouver que les pages ont été découpées par le vendeur?

bertrand a dit…

Votre remarque est intéressante Olivier et rejoint mon idée (voir plus haut) de créer un label "estampe garantie non issue d'un livre imprimé".

De mon côté je ne passais pas par la voie législative mais c'est une idée à étudier. S'il existe déjà des textes, je doute fort qu'ils soient respectés.

Amitiés, Bertrand

Montag a dit…

>dont absolument personne, sauf le libraire et le bibliophile qui avait été informé de la chose,ne pouvait déceler quoique ce soit de l'opération.

Ca me fait un peu tousser malgré l'onction de votre autorité, l'intervention du restaurateur très habile agréé et l'aura du grand libraire.

Si l'histoire est racontée sur le premier contre-plat avec noms et circonstances, je nuancerais ma position...mais est-ce le cas ?

N'en rien dire en dit beaucoup.

Montag

Anonyme a dit…

Pilou, je partage votre position : completer des incomplets est largement plus respectueux que de les dépecer sous prétexte qu'ils sont incomplets. Certes, si il y a tricherie, sur l'objet, vendu comme irréprochable alors qu'il est constitué de fragment assemblés, cela pose problème, mais on ne complète pas forcément des ouvrages pour les vendre et tromper le chaland, cela peut aussi être fait pour soi.
Personnellement, cela m'est arrivé, sans désir de tromper qui que ce soit, simplement pour améliorer un exemplaire défectueux d'un ouvrage qui me tenait à coeur.
dans l'esprit c'est un peu la même chose que de rassembler des dépareillés pour leur rendre leur intérêt...
Philippem

Jean-Paul a dit…

Vous toussez, Montag ? Prenez un peu sirop !
...Je n'ai pas bien compris le sens de votre réflexion.... J'ajouterai à mon histoire vraie, que je n'approuve pas cette façon de faire, même si c'est bien fait : mais alors, tous les exemplaires concernés finissent sur le trottoir d'un vide grenier, ebay (on ne répétera jamais assez le nombre d'incomplets qui s'y trouvent), voire la poubelle.
J'en ai eu, comme tout le monde, des incomplets : j'ai fini par m'en débarrasser (certains sont effectivement allés à la poubelle), sans regret.Je suis bibliophile, pas collectionneur de vieux papiers : collection respectable et respectée, mais qui n'est pas de la bibliophilie.

Montag a dit…

>J'ajouterai à mon histoire vraie, que je n'approuve pas cette façon de faire, même si c'est bien fait.

Voilà du sirop de baume de Tolu qui me va tout à fait.

Jean-Paul a dit…

Je savais bien que j'avais quelques beaux restes...de thérapeute...

Jean-Marc a dit…

Dans un message précédent, j'ai essayé de ramener le débat vers le sujet "Salons". Peine perdue ! Le sujet des estampes semble intéresser plus les lecteurs du site. Pourtant, je suis tellement persuadé de l'intérêt des salons, que j'aurais aimé être un peu suivi. Peu importe, cela ne m'empêchera pas d'aller au Salon du Carrousel la semaine prochaine.

Jean-Marc

bertrand a dit…

Peut-être (sans doute) nous verrons-nous Jean-Marc au Carrousel, j'y serai le samedi 16 au matin et sans doute jusque dans l'après-midi.

A samedi peut-être alors, ce serait sympa de s'y retrouver pour discuter ensuite autour d'une Blanche de neiges.

PS : moi aussi j'aime me rendre sur les salons, j'y vais d'ailleurs plus en amateur qu'en marchand (je n'en fais pas moi-même). Mon oeil revient toujours émerveillé de belles choses, un peu déçu d'autres.

Amitiés, Bertrand

Pilou a dit…

J'essaierai d'y aller ce vendredi. Ce sera mon premier salon de ma "carrière" de bibliophile, alors, espérons que ça me plaira.

bertrand a dit…

Bonne visite au carrousel Pilou, juste un mot.

Dis-toi que tu es autant acteur de ta réussite de "bibliophile" que le vendeur qui est en face de toi.

C'est à toi à trouver LE livre qui te fera rentré chez toi heureux.

C'est à toi à dénicher LE livre qui n'aura pas été mis en valeur par le libraire et qui pourtant le méritait.

C'est à toi à laisser de côté les livres trop clinquants qu'on essaiera de te jeter aux yeux.

La bibliophilie est affaire de goût, de bon goût, de sensations, d'odeurs, de ressentis, de visions même je dirais. Alors laisse-toi porter, et surtout, ne te laisse pas influencer par la taille de ta bourse. Ne la regarde qu'en dernier lieu, sans doute sera-t-elle bien souvent trop peu garnie (comme nous tous ici), mais sans doute aussi pour 30 ou 50 euros tu trouveras sans l'avoir prévu, l'ouvrage inconnu qu'il ne te restera plus qu'à découvrir une fois rentré à la maison.

A bientôt,

Amitiés, Bertrand

z1k a dit…

Bergamote et moi irons Vendredi soir.
Eric

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