« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier
"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

jeudi 27 mars 2008

Débat : qu'est ce qu'un bon Libraire?

Amis Bibliophiles Bonsoir,

On a beau retourner le problème dans tous les sens: sauf pour ceux qui ont le temps de hanter les salles des ventes et ceux qui ont hérité d'une bibliothèque, la relation bibliophile-libraire est la clef de voûte de la bibliophilie. Un bibliophile cherche des livres; un libraire les lui propose.

Laissons aux libraires le soin de disserter sur ce qu'est un "bon bibliophile", et réfléchissons de notre côté à ce qu'est un "bon libraire".

Le libraire, nous le savons, n'est pas un simple commerçant, notamment parce qu'il vend un produit complexe, "intelligent", culturel, etc. Mais qu'est ce qu'un bon libraire au fond?

J'imagine que nous avons tous des conceptions différentes, et ces conceptions peuvent d'ailleurs évoluer considérablement avec les époques, notamment aujourd'hui, où la relation bibliophile/libraire est moins "physique" qu'elle n'a été.

En ce qui me concerne, je ne suis pas particulièrement attaché à la relation humaine, même si j'apprécie évidemment un contact sympathique avec le marchand. En fait, si je devais résumer, je cherche un juste équilibre entre la spécialisation, le choix, l'accueil et le prix. Cette dernière dimension étant apparue récemment avec la possibilité d'acheter beaucoup plus facilement dans le monde entier, via internet.

Point crucial : le choix. Avec le temps, j'ai remarqué que je délaisse progressivement les librairies (ou le marché Brassens par exemple) dont le stock ne se renouvelle pas assez. Je comprends les contraintes du métier, mais rien ne me déprime plus que de voir le même ouvrage proposé (au même prix, cela va sans dire) depuis des années dans la même vitrine.

Point important : la spécialisation. Je ne suis pas un bibliophile hyper-spécialisé, vous le savez, mais j'avoue que j'apprécie de me rendre dans une librairie dont je sais à l'avance quel type d'ouvrages je vais trouver. Notamment parce que dans ces cas là le libraire a également développé une compétence et un conseil importants dans son domaine.

Autre point important : l'accueil. Je fuis les librairies "sur rendez-vous" ou les libraires qui me dévisagent quand je franchis leur pas de porte, simplement parce que je ne correspond pas à l'image qu'ils se font d'un bibliophile... solvable.

Corollaire : le prix. Ah le pouvoir d'achat! Je n'achète plus sans comparer les prix. Finalement, même si tous les livres sont différents, cela me semble encore plus justifié que de comparer le prix d'un kilo de tomates.

Et vous? Qu'en pensez-vous? Qu'est ce qu'un bon libraire?

H

18 commentaires:

Antoine a dit…

Anatole France disait des libraires "ils croient avoir de l'esprit parce qu'ils en vendent". Et je crois qu'il était lui même fils de libraire. Je n'irai pas jusque là, comme dans toutes les corporations, le meilleur cotoie le pire.

Pour ma part, je suis devenu très attentif au prix, mais j'ai aussi remarqué que je n'ai jamais rien acheté au libraire avec lequel j'ai les meilleures relations (il n'a pas ce que je recherche). Les deux sujets semblent donc être déconnectés.

Un bon libraire alors? C'est comme un bon maraîcher : accueillant, avec des produits frais, connaisseur, et surtout, surtout, qui ne me prends pas de haut. En ce qui concerne les connaissances, j'apprends peu des libraires, en dehors de ceux qui ont la délicatesse de m'envoyer leurs excellents catalogues.

Antoine

Pierre a dit…

Pour l’instant, et peut-être par idée préconçue, je fais une différence entre le bouquiniste et le libraire d’anciens.

Je m’attends à trouver chez le premier l’ouvrage original, curieux et à fort potentiel spéculatif que celui-ci aura feint d’oublier dans un linéaire… Je sais que j’y trouverai l’exemplaire d’une oeuvre classique dans une bonne édition, quelquefois numérotée, simplement illustrée et en bon état mais toujours dans une marge de prix qui me semble raisonnable (un livre à prix raisonnable est, pour moi, un livre que je pourrais offrir plutôt qu’on ne me le rende pas…). J’aime flâner. Il est rare que je demande conseil avant d’acheter un livre chez un bouquiniste mais j’ai toujours le plaisir de partager des conversations après l’achat. Le bouquiniste est un commerçant qui fait bien son travail. J’en connais beaucoup qui aimeraient ne pas être bibliophiles…

Je trouve chez les libraires d’anciens des ouvrages dont j’ai une idée de la valeur avant d’entrer dans la boutique. Je sais pourquoi je suis venu et je trouve normal qu’ils me demandent la raison de ma visite. Il m’est, en effet, arrivé d’en croiser à l’allure condescendante mais il m’est sûrement arrivé de dire un tel faisceau d’âneries que je peux comprendre leur légitime découragement. Mon évidente aisance financière a toujours dissipé ce malaise passager ! (sic) C’est chez le libraire d’anciens que je trouve toujours ce plaisir presque physique à admirer un ouvrage rare et magnifiquement illustré…

Quelquefois, le libraire et le bouquiniste sont la même personne.
J’étais dimanche à l’Isle sur Sorgue pour le « grand déballage de printemps ». Mistral, froid, stands qui bougent, poussière sur les livres, ouvrages qui tombent, on les ramasse, mince un coin de la reliure s’est cassé, dommage… Compassion… J’ai rencontré une exposante qui proposait un choix digne d’un libraire d’anciens (c'en était donc une !), un voyage de Cook richement illustré, un très fort in folio de chants Grégorien du 17eme, des reliures romantiques comme s’il en pleuvait, une édition de Daudet très rare… Je lui demandai alors l’adresse de son magasin (j’avais promis à ma chère et tendre qui maugréait déjà de na pas m’attarder aux livres…). Pas de boutique Msieur ! Nous, on fait que d’l’itinérant…

Il n’y a qu’un seul point commun à tous les libraires… Ils sont tous différents !

Cordialement. Pierre

Guillaumus a dit…

D'un point de vue sordidement intéressé, je dirais que le "bon" libraire est celui qui ne connaît pas la valeur de ses livres, et qui propose à des prix fort bas de fort bons ouvrages... Un "mauvais" libraire est donc un "bon libraire" pour un client.
Plus sérieusement, et dans mon regard extérieur, il me semble qu'un bon libraire doit encourager les amateurs, d'abord désargentés ou économes qui, peu à peu, se révéleraient de bons clients - ou pas d'ailleurs; il est aussi appréciable que le libraire s'intéresse (ou feigne de s'intéresser) aux centres d'intérêt de ses clients.
J'ai toujours été intimidé - et le suis encore - par les belles devantures, mais quand, derrière, l'accueil est chaleureux -ce qu'il est la plupart du temps - je prends plaisir à acheter à ce commerçant en particulier, même en pouvant trouver un peu moins cher sur internet (disons que jusqu'à 15 pour cent d'écart, je préfère acheter "en direct").
Bon Week end à tous !
Guillaumus

Gonzalo a dit…

Je me baserai sur ma très modeste expérience de non-acheteur pour répondre au débat sans tenir compte de considérations sur les prix ou les expertises.

Un mauvais libraire est d'abord un commerçant. Quelqu'un qui ne vous dit pas bonjour s'il pense que vous ne pouvez rien lui acheter; quelqu'un qui vous méprise si vous avez l'air trop jeune pour être un client; quelqu'un qui se plaint sans cesse que les jeunes ne s'intéressent plus au livre et qui ne fait rien pour les y encourager.

Un bon libraire... c'est l'inverse. C'est un amateur avant d'être un commerçant. C'est quelqu'un qui vous mets les livres dans les mains même si vous n'êtes pas acheteur, et qui prend la peine de vous expliquer de quoi il s'agit; c'est quelqu'un qui sait discuter avec vous à titre purement gratuit; quelqu'un dont il n'est pas besoin d'acheter la conversation en lui achetant un livre.

Un bon libraire c'est quelqu'un qui devrait faire faillite parce qu'il est trop généreux, et qui survit miraculeusement, qui devient même parfois millionnaire parce qu'il sait gagner la confiance de ses clients par un savant mélange de discours et d'écoute.

Un bon libraire, c'est quelqu'un qui vous donne envie de posséder un livre sans vous le montrer, parce qu'il sait en parler.

z1k a dit…

Un bon libraire est d'abord un commerçant. Quelqu'un qui vous dit bonjour même s'il pense que vous ne pouvez rien lui acheter; quelqu'un qui s'intéresse à vous même si vous avez l'air trop jeune pour être un client; quelqu'un qui aime son travail et arrive à convaincre le non bibliophile que le livre est la chose la plus précieuse au monde.

Eric

Pilou a dit…

Un bon libraire est toujours quelqu'un qui sait accueillir le client, qu'il ait vingt ou cinquante ans, qui ne vous met pas à la porte parce que vous lui semblez étrange, sans le sou, limite suspect, qui sait discuter avec vous, être ouvert, sans vous prendre de haut, en vous faisant croire en une science supérieure qu'il aurait acquis au cours de sa longue expérience au milieu des livres, et qui vous fait doucement sourire intérieurement, parce que vous savez qu'il a tort (ça m'est arrivé...).
C'est aussi un commerçant qui sait être commerçant justement, qui ne monte pas ses prix en douce, en effaçant, au moment où vous allez payer le livre tant désiré, le prix inscrit sur la page intérieure, en vous disant "Ah, mais mon bon monsieur, le livre vaut 75€, vous vous êtes trompé!" (ça m'est également arrivé). C'est quelqu'un qui accepte de marchander, de réduire ses marges, voire parfois de vous offrir un livre, même si vous n'achetez rien à côté! (eh oui! Il en existe! Ca aussi, je l'ai vécu! Incroyable!).
Donc, le bon libraire, c'est comme le bon boulanger, le bon garagiste ou je ne sais quoi. C'est un commerçant qui aime son métier et qui "aime" ses clients.

Olivier a dit…

Bonsoir à tous,
- Un bon libraire est celui qui ne vous accueille pas d'un "qu'est-ce que vous voulez?" en vous donnant l'impression que vous vous êtes trompé d'adresse (comme quoi cela semble une maladie répandue...).
-Un bon libraire est quelqu'un qui en sait plus que vous et est prêt à vous le faire partager.
- Un bon libraire, à y réfléchir, c'est comme un bon boucher : lorsque vous avez une pulsion irrésistible pour un tournedos, et qu'il sait que la bête n'est pas "bonne", vous dira : "prenez plutôt du veau", et qu'il aura raison.
Bien à vous tous,
Olivier

Gonzalo a dit…

> "Un bon libraire, à y réfléchir, c'est comme un bon boucher"

Houla! Ca va loin quand même...
:o)]

Tristan a dit…

Ne serait-il pas intéressant que Bertrand nous donne son avis sur la question?
tristan

bertrand a dit…

> "Laissons aux libraires le soin de disserter sur ce qu'est un "bon bibliophile", et réfléchissons de notre côté à ce qu'est un bon libraire"

J'ai préféré donc ne pas intervenir sur ce débat. Ma position de libraire rendrait délicate les interprétations.

Je préfère que vous débattiez entre "bibliophiles" comme annoncé dans le texte de présentation de l'ami Hugues.

Amitiés, Bertrand

Jean-Paul a dit…

Ta position était, pour moi, une évidence, mais je suis content de te retrouver et de te savoir bien vivant, Bertrand !

Pilou a dit…

Mais Bertrand, avant d'être libraire, ne serais-tu pas bibliophile? Qu'est-ce qui a pu t'amener à devenir un bon libraire, quels sont les écueils que tu as cherché à éviter suite à tes expériences avec des libraires en tant que simple amateur, ou au contraire les points positifs qui t'ont poussé à faire ce métier? Je trouve justement que l'avis des libraires sur ce qui est bon dans leur métier, c'est aussi intéressant que ce que pensent les bibliophiles de ceux qui sont leurs principaux "dealers"! :)

Gonzalo a dit…

Bertrand, es-tu un bon libraire?

* sourire *

;o)

bertrand a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
bertrand a dit…

Ce n'est pas à moi à répondre à cette question Gonzalo, Pilou.

Ce que je peux dire c'est que bien souvent je me trouve assez mauvais, voire très mauvais, et c'est alors dans le sens qui arrange le bibliophile...

Ce serait avec plaisir que je lirai les prochaines interventions d'autres libraires sur le sujet.

Amitiés, Bertrand

Tristan a dit…

Réponse sybilline... Est-ce à dire que vous ne connaissez pas les livres et que vous les vendez à vil prix (comme en rêve Guillaumus), qui conseille le veau quand le boeuf n'est pas bon (comme le suggère Olivier), ou alors qui offre carrément ses livres pour rien (là, c'est Pilou qui fantasme!)?
Il y a tant de possibilités...
:)
T.
P.S. : Pilou, il est où ce libraire si généreux?

Raphael Riljk a dit…

Un bon libraire, ce peut être aussi celui qui, connaissant les goûts d'un amateur, lui signale un exemplaire recherché chez un confrère en lui donnant son avis sur l'état et le prix.

S'il nous lit, ce gentilhomme altruiste qui a rendu deux hommes heureux, se reconnaîtra et j'en profite pour le remercier encore.

Peut-il faire meilleure promotion de lui-même ?

Pilou a dit…

Tristan: je vous rassure, ce n'était pas un libraire d'ancien, mais un libraire de livres d'occasions qui fermait boutique, pour cause de non vente et de changement d'orientation commerciale. Mais si les libraires d'ancien pouvaient également s'y mettre...!

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