« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier
"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

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mardi 18 mars 2008

La Reliure à Plaque / Dubuisson

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Après la dentelle et la reliure Aldine, abordons aujourd'hui la reliure à plaque (ou "à la plaque"), et par extension, les reliures exécutées par Dubuisson, l'un des grands relieurs du 18ème siècle.

La reliure à plaque se réalise en appliquant une plaque métallique sur le plat d'une reliure pour y "imprimer" son empreinte. La plaque est alors le décor obtenu, et la reliure à plaque, la reliure dont les plats présentent ces plaques. Elle se distinguent des reliures à la dentelle, qui utilisent le plus souvent des petits fers, poussés à la main par le relieur.
Les plaques sont apparues dès le 15ème siècle, mais c'est Dubuisson qui va réellement leur donner leurs lettres de noblesse au 18ème siècle. En effet, Pierre-Paul Dubuisson, qui sera relieur du Roi à partir de 1758, va créer une vingtaine de plaques décoratives, qu'il apposera ensuite sur de nombreuses reliures de la seconde partie du 18ème siècle.

Ces plaques sont particulièrement élégantes et fines et elles laissent le plus souvent libre le centre des plats, pour permettre d'y frapper les armes de leur propriétaire éventuel. La plupart des plaques connues et attribuées à Dubuisson étaient destinées à des formats in-8 ou in-12. Pour des reliures de grande taille, le relieur pouvait raccorder des plaques de tailles différentes pour créer des décors à l'échelle.
Dubuisson est mort en 1762, ce qui a donné lieu à des débats pour lui attribuer telle ou telle plaque. Si vous souhaitez plus d'informations, ou si vous souhaitez identifier l'une de vos reliures afin de savoir si la plaque est bien de Dubuisson, vous pouvez vous rapporter à deux ouvrages :

1. Les travaux d'Edouard Rahir, dans son catalogue "Livres dans de riches reliures", Paris, 1910.
2. Le Manuel de Bibliophilie de Christian Galantaris, Editions des cendres, dans lequel Monsieur Galantaris a complété les travaux de Rahir et présente une vingtaine de plaques attribués à Dubuisson.
Bien sûr, il existe aussi des reliures à plaque du 18ème qui ne sont pas l'oeuvre de Dubuisson, attribuables à Padeloup par exemple.

Vous allez me demander comment on attribue une plaque à un relieur, alors que les relieurs du 18ème signaient très rarement leurs oeuvres. Il y a plusieurs solutions, mais la plus simple est que Dubuisson en a malgré tout signé quelques unes. Ainsi, sur un Almanach Royal de 1752, avec une reliure à plaque, on a pu retrouver l'étiquette suivante : "Du Buisson le Fils relieur doreur […] Fait en or les armes de toutes les têtes couronnées, princes, princesses, prélats, grands officiers de la couronne et de la maison du Roi".

Si vous avez une plaque à identifier, n'hésitez pas à m'envoyer une image, je ferais de mon mieux pour vous aider.

H

11 commentaires:

Gonzalo a dit…

Merci pour ce message Hugues.

Je ne connaissais Dubuisson que de nom jusqu'à aujourd'hui. La première réflexion qui me vient à l'esprit, c'est que ces reliures à plaque "à la dentelle" (ce qui répond à ma question d'hier soir) sont l'exact opposée des reliures à plaque "traditionnelles" (qui existent depuis le XVe siècle).

Dubuisson fait des plaques qui laissent le centre du plat vide, alors que la plupart des reliures à plaque que je connais laissent les bords des plats vides, et la plaque s'inscrit au centre. C'est ce qu'ont adoré faire les romantiques (cf. Relieurs et reliures décorées en France à l'époque romantique), mais c'est déjà ce qui se pratiquait au XVIe siècle (avec un relieur comme André Boule par exemple).

Si je peux me permettre un commentaire très personnel, et sans tenir compte des plaques type dentelles présentées dans le post de ce soir, j'ai beaucoup de mal à aimer les reliures à plaque centrale dorée (comme on les adorait au XIXe siècle), alors que je trouve généralement les mêmes plaques estampées à froid charmantes... Qu'en pensent nos amateurs de reliure (Bergamote, Xavier, etc...)?

Hugues a dit…

Tu as raison Gonzalo, la plaque 18ème est assez éloignée des plaques à froid des siècles précédents. Mais n'oublions pas que certaines des plaques de Debuisson couvraient entièrement les plats, sans laisser de réserve au centre.

En ce qui me concerne, je ne suis pas fan des reliures estampées à froid, comme je suis assez insensible au charme des reliures à plaque romantique de type Thouvenin...

Ah, le 18ème, a-t-on vraiment fait mieux?

H

Jean-Paul a dit…

Oui, Hugues, on avait fait mieux au XVIe !

Hugues a dit…

Non, Jean-Paul! Et puis chacun ses goûts! En plus je ne parlais pas seulement reliure, mais dans l'ensemble (politique, histoire, livres, etc.), le 18ème siècle, c'est quand même le plus beau, non?
H

bertrand a dit…

Une histoire de goûts en effet. J'aime tous les siècles de l'histoire du livre , le XVIè s. pour la magistrale beauté de ses éditions, les reliures exceptionnelles ou simples qu'on peut y rencontrer, le XVIè s. pour son côté précieux, ses maroquins rouges et sa littérature classique composée de chefs d'oeuvre incontournables (La Fontaine, Molière, etc), le XVIIIè s. c'est pour ses nouvelles idées surtout que je m'y intéresse, la reliure n'est pas fondamentalement plus belle ni plus originale qu'avant je trouve, le XIXè s. c'est la nouvelle révolution du livre imprimé, les EO des classiques (Hugo, Balzac, etc), la reliure change de tête, on aime ou pas mais moi j'aime bien. Je m'arrête à l'aube du XXè s. qui ne fait plus partie de mon domaine de prédilection.

Amitiés, Bertrand

Gonzalo a dit…

Je n'ai encore jamais trouvé beau un livre du XIXe siècle, à part pour quelques reliures.... et encore! je pense que sur 100 reliures du XIXe s., il y en a peut-être trois qui me plaisent... en moyenne.

Je me posais tout à l'heure une question: peut-on acheter un livre simplement pour sa reliure?
J'étais cet après midi chez un libraire, et j'ai avisé un superbe maroquin rouge à grains longs, avec plaque centrale, dentelle à froid, joli jeu de filets dorés, gardes à la colle, très belle reliure du XIXe (et oui! comme quoi, même moi...). A l'intérieur, un texte sans intérêt, sur un papier roussi... J'ai reposé le livre après avoir longtemps admiré la reliure, en disant "dommage que le texte n'ait aucun intérêt". Et le libraire m'a répondu: "je le vends pour la reliure".

Qu'on achète un livre dont le texte n'a que peu d'intérêt pour sa reliure, je peux comprendre, si le livre n'est pas laid. Mais pour un livre vraiment moche dans une très belle reliure, que faire... ?

Jeter le livre en recyclant le reliure? ;o)

Que le chef me pardonne de dévier un peu le débat...

Bergamote a dit…

Trop de dorure tue la dorure ;-) Pour répondre à ta première question, Gonzalo, je ne suis vraiment pas fan de dorure à la dentelle, et encore moins de dorure à plaque. Un veau brun du XVIème (ou du XVème, soyons fous) estampé à froid avec cornières, bouillons ou ferrures, pour moi il n'y a que ça de vrai.
Evidemment, je n'en possède pas. Mais ce sont à peu près les seules reliures (avec les parchemins anciens et celles du XXème siècle) qui me font rêver.

Hugues : "le 18ème siècle, c'est quand même le plus beau, non?" Ha non, assurément. Je trouve les reliures de cette époque somme toute assez banales. On a l'impression de voir le même livre en plusieurs exemplaires. C'est toujours pareil.

Gonzalo : "Mais pour un livre vraiment moche dans une très belle reliure, que faire... ?" J'ai l'impression que les bibliophiles ne lisent que peu souvent le contenu des livres qu'ils achètent (détrompez-moi si je suis dans l'erreur). Et je parle bien de lire, pas de feuilleter. Alors acheter un livre inintéressant pour sa seule belle reliure ne me choque pas tant que ça. Pas plus que de posséder un livre et de ne pas l'avoir lu...

bernard a dit…

Pour moi, la reliure n'est que la protection extérieure d'un texte écrit. Elle doit être d'époque, en bon état et adaptée à son contenu. Je n'aime pas le surplus de dorures sur le dos, les plats...Achèteriez-vous une très belle boite de chocolats , sans vous inquiéter du contenu? Je sais, je suis très provocateur; pardon aux collectionneurs de reliures.Amitiés à tous.

Romain a dit…

Bonjour à tous,

Gonzalo : "Je n'ai encore jamais trouvé beau un livre du XIXe siècle, à part pour quelques reliures.... et encore! je pense que sur 100 reliures du XIXe s., il y en a peut-être trois qui me plaisent... en moyenne"...

Certes dans le domaine de la reliure tout est une affaire de goût mais quand même, n'est-ce pas un petit peu brutal comme jugement que de rejeter ainsi la reliure 19ème ?

Et Thouvenin, et Simier, et Lortic, et Vogel et tant d'autres ? Et l'inégalable qualité d'exécution des reliures du 19ème ? Et ses magnifiques reliures industrielles qui ornent les illustrés romantiques ?

Et puis, le 19ème n'est il pas justement LE siècle du maroquin à grains longs ?...

Bien sympathiquement,

Romain

Hugues a dit…

Tout ceci n'est qu'affaire de goûts en effet, mais c'est vrai que c'est un peu gonflé de dire que Lortic, Chambolle Duru, Trautz et consorts sont des tâcherons de la reliure! Et pourtant ils sont bien 19ème.

En ce qui me concerne, la plupart des aspects de la bibliophilie m'intéressent et si l'idéal est de posséder un exemplaire "parfait", alliant texte que l'on lît et reliure de maître, je m'intéresse aussi à de grands textes (que je lis) banalement (mais proprement) reliés et à l'opposé, à de belles reliures emballant des textes pour lesquels je n'ai aucun intérêt.

Dans ce dernier cas, c'est la dimension technique et artistique de la reliure qui m'intéressent.

J'ai toujours trouvé regrettable cette opposition que certains bibliophiles, souvent débutants (j'ai un cas précis en tête, qui conspue les amateurs de reliure... trop superficiel), créent entre contenu et contenant.

En général, j'ai d'ailleurs constaté que les bibliophiles lecteurs, avec le temps et même s'ils s'en défendent, finissent toujours par rechercher des exemplaires très bien reliés.
H

Mâr A a dit…

Bonjour,
En observant certains dos longs à décor continu du 18ème, dont le plat était lui-même à la plaque, je me pose la question: est-il possible qu'un dos soit doré à la plaque? Si oui, comment procède-t-on?
Merci

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