« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier
"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

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dimanche 2 novembre 2008

Crise boursière et marché du livre ancien

Amis bibliophiles Bonsoir,

Comme tous les dimanches, je prends le temps d'appeler quelques amis bibliophiles. Aujourd'hui, j'ai passé du temps à échanger avec un ami libraire, en particulier sur la situation du marché. Ce professionnel, bien au fait du marché, et qui vend à la fois sur les salons, sur ebay et dans sa boutique me faisait part d'une légère inquiétude.

En effet, il a observé une chute de son chiffre d'affaires concomitante avec la crise financière internationale? Il m'expliquait ainsi qu'en général il reçoit environ 5 appels par jour dans sa librairie, et que depuis 3 semaines, le téléphone ne sonne plus. Il ajoutait aussi que les commissaires-priseurs de Drouot sont également frappés par cette crise, ce qui les conduit à ne plus tolérer les délais de paiement importants de la part des libraires, voire à exiger des paiements comptant. C'est un problème pour une profession dont l'équilibre est parfois fragile. Les prix semblent d'ailleurs de fait avoir baissé en salles.

Enfin, il observe le même phénomène sur ebay, où ses livres se vendent moins bien: il pratique d'ailleurs de plus en plus la mise en vente avec prix de réserve, ce qui n'était jamais le cas avant, pour ne pas vendre à perte.

Avez-vous observé les mêmes faits? En ce qui me concerne, j'ai fait quelques achats récemment, à la fois en salle, où j'ai obtenu mes livres à un bon prix, mais sans savoir si c'est le fait du hasard ou si c'est lié à cette "crise"... sur ebay, à des prix corrects et chez un libraire, où j'ai pu négocier un prix sympathique, mais est-ce une preuve?

Qu'en pensez-vous? Dans tous les cas, si vous n'avez pas tout perdu en Bourse, et si les prix sont vraiment à la baisse, c'est le moment de faire des achats. J'y pense, M. Sourget doit être ravi, ces derniers événements donnent un peu plus de crédit à sa thèse "Livres anciens = valeur refuge et très profitable"... Reste à savoir si l'on parle encore de bibliophilie.

H

9 commentaires:

Anonyme a dit…

Bonjour,
J'ai aussi entendu parler à Brassens du fait que les CP de Drouot demandent des paiements comptant aux professionnels: c'est vécu comme une révolution dans les salles des ventes et semble faire baisser les prix.
Sur ebay: j'ai l'impression diffuse que les prix baissent. Il y a aussi plus de prix de réserve, c'est vrai. Et certains libraires font des promotions: frais de port offerts, voire 50% de réduction.
Ces deux choix me laissent dubitatifs: je ne me décide pas à acheter un livre à 200 euros parce que 10 euros de frais de port sont offerts... Quant aux livres proposés à -25% ou -50%, la seule chose que cela m'inspire, c'est que : 1. ces libraires pratiquaient des prix beaucoup trop élevés avant si à -50% ils margent encore. 2. C'est contrariant en tant que bibliophile: désormais, j'aurais toujours l'impression de payer trop cher les livres que j'aurais pu leur acheter (en réalité, je les raye de mon carnet). 3. Désormais, j'attendrai leurs promos! Pourquoi payer plus cher, surtout en ce moment.
Je crois que ces offres ne créent pas un cercle vertueux: elles dévalorisent les livres, qui passent du jour au lendemain de 1000 euros à 500 euros.
Pour les amis libraires qui ont des politiques de prix plus "normales": je suis toujours client, je suis trop bibliomane pour avoir mis de l'argent en Bourse, courage à vous pour ces temps un peu difficiles. :-)
Loïc

pierre a dit…

Bonsoir,
On peut être bibliophile et aimer les bonnes affaires… Sourget n’a pas tout à fait tort.

J’achète peu, faute de temps, en salle des ventes mais si les commissaires priseurs cèdent à la panique générale en limitant leur crédit, le nombre d’acheteur diminuera de facto et les enchères seront plus courtes donc moins hautes… C’est mathématique mais sans relation directe avec « la crise » à mon avis.

Même conséquence pour Ebay puisque le système d’enchère est analogue mais plus révélateur d’une éventuelle « crise du livre ancien dans la crise » puisque c’est le client final qui paie (encore que… Quelle est la proportion d’acheteurs professionnels, quelle est la proportion d’acheteurs particuliers qui ne font jamais commerce sur Ebay ? ) Jusqu’à aujourd’hui, je n’ai pas vu de différence sinon que les professionnels mettent plus fréquemment un prix de réserve qui me semble contraire à la philosophie du site. Là encore, un réflexe lié surtout à une perte de confiance du vendeur… Prendre des risques, oui mais sans risque !

Plus symptomatique de la "crise" est l’accueil de mes amis libraires que j’ai trouvé plus prévenants qu’à leur habitude. Cédant, comme beaucoup d’entre nous, au catastrophisme ambiant (peut être à raison, s’ils sont petits porteurs) ils ont fait preuve de prompts gestes commerciaux sur des livres qui m’intéressaient sachant que je ne marchande jamais…

En fait, je crains moins la "crise" du moment que celle de demain… Je vis dans un milieu paysan où elle est un des fondements de la conversation après la pluie et le beau temps. J’ai vu, il y a deux ans, des personnes me commander des masques chirurgicaux en plein milieu de la "crise" de la grippe aviaire, quand ils étaient épuisés en pharmacie, des élevages entiers de bovins abattus et brulés pour une épidémie de vache folles sans victime et des moustiques éradiqués dans une Camargue sans chicoungougnia (orthographe approximative comme l'épidémie).

Du coup et pour panser ma douleur, j'achète des livres... Ce qui fait monter les cours !

Vaste problème. Cordialement. Pierre

Anonyme a dit…

Vaste problème en effet, et puis le livre ancien n'est pas réellement comparable à un un cours de Bourse ou à un baril de pétrole. Il y a donc un cours, des cours, un prix, des prix qui varient d'un libraire à l'autre, du simple ou quadruple parfois. Qui a raison, qui a tort? Et comment comparer les prix d'un libraire à l'autre alors que leurs exemplaires sont (forcément) de qualité différente.
La seule méthode serait d'observer l'évolution des prix chez un même vendeur: trop long et trop compliqué chez un libraire, idem sur abks et consorts, reste ebay où j'ai effectivement moi aussi observé des prix de vente fixe en baisse de parfois 50%. Signe de panique? Possible. Même si quelques acheteurs en profiteront, je doute que ce soit bénéfique au marché.
Mais comment nier que cette crise dont on nous rebat les oreilles n'a pas d'impact?
Un exemple: j'ai une maison en vente en région parisienne. Avant la "crise", j'avais 2 à 3 visites par jour. Depuis, rien.
Mais c'est vrai qu'une maison n'est pas un livre. En tout cas, cette baisse supposée/observée du prix des livres tend à donner tort à Sourget.
Tristan

Hugues a dit…

J'ai supprimé le commentaire d'Eric à sa demande. Eric, on attend la reformulation! :)
Hugues

Anonyme a dit…

Merci Hugues.
Je vais essayer d'être plus constructif.
A plusieurs reprises, tu t'es fait l'écho des difficultés des libraires. Marché mature globalement en stagnation, arrivée d'internet avec tous ses méfaits (la baisse des prix engendrée par la mise en évidence de multiples exemplaires dans le monde de livres réputés rares, ebay avec son lot de livres incomplets et en mauvais état, le paracommercialisme), et maintenant, la crise financière. Déjà que la profession était censée être à l'agonie il y 5/6 ans, avec tous ces malheurs je me demande comment il reste encore des libraires ! J'ai envie de dire qu'à force de crier au loup...

Comme vous le savez (cf. mon portrait), il m'arrive parfois, pour pouvoir enrichir ma bibliothèque, de vendre des livres. Et de fait j'achète en permanence des livres (vente aux enchères, internet, salons). Je ne suis pas en phase avec le constat dressé (baisse des prix à cause de la crise). Concrètement, j'ai plutôt constaté une baisse des prix sur ebay, vers mai 2008, un été au contraire avec des prix de ventes très élevés (je n'ai pas réussi à acheter un livre sauf en achat immédiat à des libraires ignorant la valeur réelle des livres vendus).
Concernant la baisse de prix sur ebay en octobre, j'avais constaté la même l'année dernière. Les quelques livres que je viens de vendre début novembre se sont eux très bien vendus, 80% à des étrangers (ils ne sont pas touchés par la crise ?).

Concernant les ventes aux enchères : certes, j'ai fait une vente particulièrement intéressante début octobre, mais à la suivante, la semaine d'après, j'ai fait avec le recul certainement mes plus mauvais achats (financièrement) de l'année. Les enchères ne sont pas une science exacte.

Concernant les libraires, j'étais l'après-midi de la journée d'ouverture à Porte de Champerret. En écoutant les conversations des libraires, j'en ai entendu 3 qui se félicitaient de la réussite du salon qu'ils avaient déjà rentabilisé.
Un seul se plaignait de son dur métier qui ne rapportait pas un sou et menait directement à la déprime. D'ailleurs pour se remettre de son malheur, il noyait allègrement son chagrin à coups de ballon de rouge, de saucisson et de cigarettes.

Certes, je ne suis pas un professionnel, et en ce sens ma vision sur le marché est peut-être erronée. Il y a peut-être, cette fois-ci, réellement crise. Mais je suis convaincu que la solution ne consiste pas à se focaliser sur les phénomènes exogènes contre lesquels on ne peut rien, mais bien de réagir et d'en tirer le profit maximum.

Il y a crise, soit. Que la profession en profite pour faire le ménage et chasse les "libraires" qui devraient leur faire honte lors de manifestations publiques du livre ancien.
Internet arrive ==> profitez-en pour accéder à un marché mondial, rédigez vos annonces en plusieurs langues.
Ebay, Abebooks profitent des libraires ==> au lieu de créer une pâle copie, faites un meilleur site (avec des images, classement par la qualité et pas par le prix)
Les prix baissent ==> achetez pas cher.
N'oublions pas que le succès de Bérès s'est en parti construit sur la crise de 1929.

Voilà, j'arrête là.

Eric

Jean-Luc a dit…

Très intéressant tout ça...

Pour ma part, j'avais commencé à écrire un papier sur toutes les conséquences de la crise de 29 sur la bibliophilie et l'édition, dont le cas Bérès, effectivement. Puis prenant modèle sur 29, j'essayais de transposer en 2009. Les premières hypothèses prémonitoires étaient plutôt drôles.

Et puis, j'ai été rattrapé par mon métier de libraire... en crise :-)

Ce qui est certain, c'est que cette crise va accélerer tous les changements amorcés dont on parle ici depuis des mois.

Wall a dit…

Rencontre aujourd'hui avec un libraire que je connais bien et qui d'habitude se plaint toujours: tout va très bien, tout se vend bien sauf quand on entre dans les livres à plus de 300€, la marchandise est là et il s'en sort très bien.

Il pense même à s'agrandir!!!!

Vous avez dit crise???!!!

Anonyme a dit…

Qu'est ce qu'il propose de consommable à moins de 300 euros ?

Montag

Wall a dit…

Il a peu de chose XVIII, il les revend aux autres libraires. Beaucoup de belles éditions XIX et XX, grands papiers et beaux envois (bonnes provenances). Plein de choses très appréciables sur l'époque.

Il fait souvent des salons et ne s'en plaint pas.

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