« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier
"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

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mercredi 3 décembre 2008

La persévérance récompensée, ou le bonheur du Bibliophile

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Que celui d'entre vous qui n'a jamais eu un dépareillé dans sa bibliothèque avec l'espoir (quasi vain, il faut bien le dire) de dénicher un jour le ou les tomes qui feraient du dépareillé un ouvrage complet me jette la pierre... que celui d'entre vous qui n'a attendu de longues années l'exemplaire parfait ou presque avant de se lancer dans un achat me jette un joli veau glacé... que celui qui n'a jamais acheté un exemplaire moyen dans le but, un jour, de le remplacer par un plus bel exemplaire me jette un beau maroquin...

Patience et persévérance sont des vertus essentielles de tout bon bibliophile et quand elles sont récompensées, c'est un bonheur immense. C'est ainsi par exemple que je me console ainsi de toutes les occasions manquées quand je n'ai pas "eu l'oeil" et que j'ai laissé passer une belle occasion...

Ce n'est pas Bernard qui me contredira, lui qui a mis la bagatelle de 30 années à rassembler l'ouvrage qu'il vous propose de découvrir ce soir, les rapports des Congrès de Physique Solvay... C'est vrai que le sujet est très pointu et que le nombre de concurrents en lice pour les acquérir devait être plus limité que sur une reliure à la fanfare, mais après tout chaque bibliophile a ses domaines de prédilection, et c'est la démarche qui est intéressante ici.

Aussi, je rebondis sur la présentation de Bernard pour interroger vous aussi sur votre patience et votre persévérance. Suis-je le seul à en faire des composantes de ma bibliophilie? Personnellement, chez moi cela se concrétise surtout par l'amélioration d'exemplaires, c'est--à-dire que c'est probablement lié à bibliomanie rampante: j'achète un exemplaire, parce que je ne peux guère m'en empêcher, et je me console/justifie en me disant que la patience m'amènera un jour à croiser un exemplaire meilleur... Vous me direz que c'est contradictoire, la patience devrait m'amener à attendre plutôt qu'à succomber. Et vous aurez raison. Mais, hélas.

Revenons à la quête de Bernard, qui a mis 30 ans à rassembler les "Congrès de Solvay". Pourquoi me direz-vous? Folie de biblio-physicien, j'en ai bien peur! Mais aussi parce que...

La physique a été bouleversée au début du XXème par des découvertes fondamentales : relativité, mécanique quantique, mécanique ondulatoire… La structure intime de l’atome est élucidée. A l’initiative d’Ernest Gaston Solvay (1838-1922), chimiste et industriel, fondateur des Instituts Solvay à Bruxelles, les plus grands physiciens de l’époque se réunirent à Bruxelles entre 1911 et 1934 pour échanger leurs idées. Ces congrès Solvay sont mythiques dans l’histoire de la physique moderne. Y ont participé : Planck, Lorentz, Curie, Einstein, Langevin, Rutherford, De Broglie, Sommerfeld, Bragg, Brillouin, Ehrenfest, Millikan, Perrin, Weiss, Zeeman, Debye, Hall, Bohr, Compton, Dirac, Kramers, Pauli, Wilson, Cotton, Fermi, Heisenberg, Sommerfeld, Joliot, etc. Chaque invité expose ses derniers travaux et cet exposé est suivi d’une discussion avec les participants.

Les sept volumes suivants constituent la série complète des rapports des premiers congrès Solvay ayant eu lieu avant la seconde guerre mondiale. Ils ont été édités par Gauthier-Villars. Ils contiennent la totalité des exposés et des discussions. Cet ensemble exceptionnel est relié uniformément en demi chagrin noir, tête dorée, couvertures conservées. LA THÉORIE DU RAYONNEMENT ET LES QUANTA.
Paris, Gauthier-Villars. 1912. EO.
1 volume in-8 ; (2), 461 pp.

Assis (de g. à dr.) : Walther Nernst, Marcel Brillouin, Ernest Solvay, Hendrik Lorentz, Emil Warburg, Jean Baptiste Perrin, Wilhelm Wien, Marie Curie et Henri Poincaré.
Debout (de g. à dr.) : Robert Goldschmidt, Max Planck, Heinrich Rubens, Arnold Sommerfeld, Frederick Lindemann, Maurice de Broglie, Martin Knudsen, Friedrich Hasenöhrl, Georges Hostelet, Édouard Herzen, James Jeans, Ernest Rutherford, Heike Kamerlingh Onnes, Albert Einstein, et Paul Langevin.
Le Conseil le plus connu fut probablement celui d'octobre 1927 : le cinquième Conseil international Solvay sur le thème Électrons et Photons, où les physiciens les plus influents se rencontrèrent pour discuter de la mécanique quantique. C'est à cette occasion qu'eut lieu le fameux échange entre Albert Einstein et Niels Bohr. Einstein, sceptique à propos du principe d'incertitude d'Heisenberg lui lança : « Dieu ne joue pas aux dés. » Ce à quoi Bohr répondit : « Einstein, arrêtez de dire à Dieu ce qu'il doit faire. » Dix-sept des vingt-neuf participants se virent décerner le Prix Nobel. (Voir Wikipedia).
Merci Bernard et bravo pour cette incroyable persévérance!
H

6 commentaires:

pierre a dit…

Vous pouvez, moi aussi, me jeter la pierre, le veau glacé et le maroquin (j’évite le premier projectile mais je plaque au sol les deux derniers).
Je suis l’heureux possesseur d’une histoire du consulat et de l’empire de Thiers presque complet en 19 volumes (sic) mais dans une très jolie livrée en ½ maroquin. C’était d’autant plus inutile que j’avais l’édition complète dans une ½ basane vert insolé… mais je me suis dit que je trouverais sûrement le volume manquant (et son atlas) dans une reliure identique à la première… Peine perdue, bien sûr, mais plaisir des yeux garanti qui ravira (ou pas) mes héritiers à même de constater l’étendue de mon incompétence de futur libraire…
Je considère ces menues erreurs comme le chemin initiatique normal pour un bibliophile. L’apprentissage par essai-erreur, en somme .Fort heureusement, l’expérience aidant (merci aux intervenants du blog) j’arrive mieux à canaliser ma bibliomanie et surtout je suis beaucoup plus exigeant sur l’état des ouvrages que j’achète. N’étant pas monomaniaque mais multicurieux, j’ai moins besoin que d’autres d’être patient puisque mes choix sont plus variés. Il n’empêche que je suis impressionné par la persévérance dont font preuve les bibliophiles à domaine de prédilection ciblé pour acquérir une bibliothèque qui sera comme l’aboutissement de leur vie (je simplifie bien sûr).
Je connaissais la photographie du conseil « Solvay » regroupant ce florilège de savants. Le reporter, en prenant cette photographie, savait-il qu’il vivait un moment exceptionnel ?
Cordialement. Pierre

Olivier a dit…

Bonsoir,
Une question qui me turlupine, sait-on comment les oeuvres se dépareillent? J'entends bien (ayant à 33 ans une dizaine de déménagements à mon actif) que des livres communs dans des reliures puissent s'égarer, brûler, etc? C'est plus étrange pour de belles reliures ou de grandes oeuvres?
Y-a-t-il des études sur le sujet? Y-a-t-il eu des époques où les ventes organisaient le "dépareillement"??
Amicalement,
Olivier

Hugues a dit…

On pourrait dire que pas mal de libraires/bouquinistes dans les marchés réguliers tels que Brassens sont spécialistes de fait des dépareillés.
J'avais lu dans un Magazine du Bibliophile d'il y a quelques années que l'un de ces vendeurs avait choisi volontairement de se spécialiser dans les dépareillés... Mauvais choix, l'affaire périclita semble-t-il.

Pour le dépareillage: héritages faits à la hache sans souci de l'unité des ouvrages et de leur tomaison, vols, destructions, aléas de l'histoire me semblent être les plus simples raisons, non?
H

Gonzalo a dit…

tome prêté, jamais rendu... Une collection amputée, et tous les volumes restants vendus séparément... Ce genre de chose arrive vite!

pierre a dit…

Heureusement, certains ouvrages peuvent être acquis séparément sans déparer l'unité de l'oeuvre d'un auteur !
C'est le cas, par exemple, pour Jules Vernes dans la collection Hetzel dont l'acquisition d'une belle collection complète va nécessiter patience et persévérance comme dirait Hugues...

C'est le cas pour certains auteurs trop féconds comme Dumas, Zola ou Balzac avec lesquels certains éditeurs ont remplis des mètres d'étagère de bibliothèques de ménages français durant le siècle silvertex.
C'est le cas pour de belles éditions anciennes dont l'acquisition d'oeuvres complètes est onéreuse : Buffon pour ses illustrations, Voltaire dont je recherche toujours sa présentation des théories de Newton et Rousseau pour son dictionnaire de musique me viennent en premier à l'idée. Lorsqu'une notion de chronologie est liée à l'œuvre (histoire de France, saga littéraire) la patience sera de mise pour acquérir une oeuvre cohérente.

A ce propos, j'ai depuis hier un magnifique exemplaire (tome 9) plein veau in quarto du Dictionnaire de Musique de Rousseau, Genève, 1781. Si quelqu'un peut me trouver dans la même édition les 11 tomes qui me manquent...
Cordialement. Pierre

calamar a dit…

un des premiers livres anciens qua j'ai récupéré, étudiant, est un tome de Montaigne, édition de 1727. A l'époque j'imaginais qu'il était très très facile de complèter la série (complète en 5 tomes). Depuis j'ai un peu changé d'avis...
Et voilà-t-y pas que dans un des derniers ebayana de je me demande bien quel site, est signalé un Montaigne de 1727, incomplet d'un tome !!!!
mais bon, ce n'était pas le bon tome qui manquait...
c'est mauvais pour le coeur, tout çà. Vite une camomille !

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