« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier
"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

vendredi 29 février 2008

Conseils à un jeune bibliophile

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Je reçois une dizaine d'emails ayant trait au blog chaque jour, et je n'ai pas toujours le temps de vous répondre rapidement, néanmoins, une question est récurrente parmi vos courriers : quels conseils donneriez-vous à quelqu'un qui se lance dans la bibliophilie?

J'avais commencé à réfléchir de mon côté pour répondre, j'ai relu le Janin... et puis finalement je me suis dit qu'il serait aussi bien de vous mettre à contribution, puisque chacun a sans doute des conseils particuliers à donner, fruits de sa propore expérience.

La question est donc : quels conseils donneriez-vous à quelqu'un qui débute en bibliophilie, qu'il ait 11 ans, comme Pibi, ou 50, comme d'autres?

Merci à vous!

H

jeudi 28 février 2008

Dante et Gustave Doré

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Après le bois originale de Bertrand, je vous propose de découvrir une gouache que possède un fidèle lecteur du blog. Celui-ci aimerait la livrer à votre sagacité. Et c'est un vrai scoop, parce qu'à part vous quand vous aurez fini de lire ce message, seul le musée d'art moderne de Strasbourg sait que cette gouache existe.

Une gouache? Mais quelle gouache? En fait, Fabrice possède une gouache non signée qui serait l'original de la première gravure de Gustave Doré (chant N°1) de La divine Comédie "l' Enfer de DANTE" de 1861, chez Hachette.
Voici l'histoire de cette gouache : elle est intitulée "Dante Astray in the Dusky Wood" (Dante égaré dans la forêt sombre). Elle est dans son cadre d'origine qui porte l'étiquette d'une galerie d'art Canadienne ouverte en 1860 (From Thompson's Art Store 68 & 70 King Street East HAMILTON).
Fabrice l'a d'ailleurs acquise au Canada à Ottawa en 2008. Le vendeur n'a pas fait le rapprochement avec Gustave Doré, et Fabrice non plus au moment de l'acquisition, même s'il a perçu le symbolisme de l'oeuvre. La technique employée est gouache, encre à la plume, lavis.

Elle est non signée, comme la gravure du livre me semble-t-il. Ce qui pourrait expliquée le fait qu'elle ait été perdue de vue et non identifiée.
Elle fait 19 Cm par 24 Cm (image seule).

La comparaison fait apparaitre des différences entre la gravure du livre et le dessin, mais nous savons que Gustave Doré donnait des fils conducteurs aux équipes de graveurs leurs laissant loisir d'exprimer leur art de graveurs.
Bref, Fabrice aimerait avoir votre avis, sans compter que cela l'amuse de la soustraire du circuit des experts pour la soumettre à votre appréciation ("de rigolos").

Le sujet m'a semblé intéressant. Qu'en pensez-vous?

H

mercredi 27 février 2008

Le Merle blanc et le Bibliophile


Amis Bibliophiles Bonsoir,

Ca y est! Il est passé de l'autre côté de la barrière, de commentateur expert, Jean-Paul est enfin devenu rédacteur d'un message sur le blog. Ca fait plaisir.

Comme souvent avec Jean-Paul, l'action se déroule en Champagne... et nous partons avec lui sur les traces de son merle blanc personnel. Pour faire court, un "merle blanc" est un ouvrage extrêmement recherché.

"Le 30 octobre 1653, en l'église Saint-Crépin de Château-Thierry, eut lieu le baptème de Charles, fils qui restera unique de Jean de La Fontaine et de Marie Héricart. François Maucroix, chanoine de Reims, fut son parrain.

De l'année suivante date le privilège de la première impression lafontainienne parvenue jusqu'à nous : "L'Eunuque", traduction plutôt médiocre de la comédie de Térence, fut éditée à Paris par Augustin Courbé, libraire au Palais, en la petite salle appelée aussi galerie des merciers, à l'enseigne de la Palme. L'achevé d'imprimer est du 17 août 1654. Il s'agit d'un in-4° de 4 feuillets et 152 pages, les trois dernières non chiffrées. Des en-têtes, des initiales et des ornements typographiques marquent les actes et les scènes.

Le bibliographe Jean-Albert Fabricius, dans sa "Bibliotheca latina", ne cite que cette édition parisienne.

Mais Mathieu Marais, avocat au Parlement de Paris et contemporain de Jean de La Fontaine, est formel : la première édition est de Reims, la même année et dans le même format. C'est ce qu'il écrit vers 1725 dans son "Histoire de la vie et des ouvrages de M. de La Fontaine", éditée seulement en 1811 par Renouard (Paris, in-12, vi-132 p.).

Il paraît en effet étonnant qu'un jeune auteur champenois puisse être édité d'emblée par un des tout premiers libraires parisiens de l'époque, éditeur de Ménage, Chapelain, Scudéry, Voiture, Corneille, ... On sait d'ailleurs que l'ouvrage n'eut pas de succès.

L'édition de Reims précéda donc celle de Paris, la même année. En 1654, l'impression a pu être réalisée à Reims par la veuve de François Bernard, active de 1650 à 1660, ou par Jean Multeau, actif de 1652 à 1693, ou plus certainement par Augustin Pottier, actif de 1650 à 1659. Mais aucun exemplaire n'est connu!

Depuis maintenant plus de 25 ans, je le traque, cet exemplaire! Qui de nous n'est pas prisonnier de cette espèce d'obsession?!

Si vous le trouvez, n'oubliez pas de me le faire savoir!"

Merci Jean-Paul, tu étais seul sur sa piste, c'est maintenant une meute qui va le pourchasser!

H

mardi 26 février 2008

Identification ex-Libris

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Tout le monde est en vacances, un court message donc.

Un jeune bibliophile bourguignon cherche à identifier cet ex-libris.
Il est apposé dans les 2 volumes in-12 du "Guerrier philosophe", 1744. La famille apparemment inconnue à OHR.

Une idée?

Merci pour lui.

H

lundi 25 février 2008

Escapade d’un bibliophile à Paris

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Décidemment, le bibliophile est moins casanier qu'on ne pense, après Jean-Marc qui concilie randonnée et vérification bibliographique, je vous propose aujourd'hui de mettre vos pas dans ceux de Pierre. Tarasconnais, celui-ci échappe aux clichés et ce n'est pas pour venir assister aux très dignes débats du Salon de l'Agriculture qu'il est "monté" à Paris... Non, non, non, c'est sur un chemin bibliophile qu'il nous invite à le suivre...

"Le mois de février, à Paris, est un mois où le petit jour ne se lève vraiment jamais. Et quand il se lève, il n’est pas très bien réveillé non plus, comme cette vieille dame fripée avec sa perruque de travers ou ce livreur trainant son parfum de gauloise (Daumier)… Je pose mes bagages et me dirige vers un pont sous lequel coule la Seine…

Ma première étape est une librairie du quartier St Michel. Le propriétaire a dressé un rempart de livres contre les acheteurs impécunieux… Peine perdue, j’y trouverai un Daudet bien illustré, quelques brochés numérotés et un exemplaire des fleurs du mal en EO complet de ses poèmes (mon côté espiègle), le tout pour une somme très raisonnable.
L’après-midi est réservé à visiter un vieux libraire d’anciens près du lycée Charlemagne. Notre connivence est confraternelle. Nous parlerons Drouot, avenir de la profession, auteurs (Hugo, Baudelaire et Rimbaud sont les valeurs sûres aux yeux des touristes de passage) et peinture… car c’est un artiste maudit, érudit à rendre l’âme mais heureusement plein d’approximations qui sera, à cette heure, notre unique client. Le libraire a ouvert un coteau du Layon 18eme siècle et le génie incompris, déjà gris, nous a amené quelques pâtisseries grasses, mémoires de notre puissance coloniale, auxquelles je résisterai par respect pour les ouvrages feuilletés… Je ne mens pas ! Tout ceci est vrai, jusqu’à ce tableau de 2m 50 de côté acquis à Drouot pour une misère de milliers d’euros qui trône devant les rayonnages cachant le Brunet convoité… Je sortirai avec les deux discours de réception à l’académie de Gresset et Paulmy et la réponse de Boze pour une somme dérisoire (hommage d’un ancien à un futur). J’ai pourtant mis en garde ce sympathique octogénaire, qui à dilapider ainsi son fond risquait la ruine dans les dix ans à venir ! Des calissons de Provence viendront, à n’en point douter, remercier ce protecteur de la bibliophilie.

Lendemain : Direction la BNF et sa bibliothèque de l’enfer. Une personne à qui je demandais mon chemin à la sortie du métro m’accompagne gentiment à la salle de l’exposition. « 7€ pour ça ? Enfin, si cela vous dit… Merci d’être venu ». Il faut reconnaître que l’évocation des parties génitales ou de la sodomie dès 10h du matin peut décourager le plus lubrique des visiteurs ithyphalliques… Il n’empêche ! Les illustrations 18 et 19eme sont magnifiques et j’ai retrouvé avec plaisir notre fameux exemplaire des fleurs du mal de « Poulet-Malassy » avec, ici, les annotations de Baudelaire. Combien pour un tel ouvrage aujourd’hui ?


Quelques heures et quelques livres achetés plus tard me voici sur les quais de Seine pour dénicher le chopin de mes rêves. C’était sans compter sur l’extrême flair des patrons de boite. Le bon Huysmans est rare, le Dumas cher, heureusement le Bourget est abordable ! Mes articulations inter-phalangiennes commençaient à souffrir le martyr et j’appréhendais mon retour à l’hôtel. Il faut dire que l’on trouve à Paris, et pour rien, ces lourds catalogues (Berger, etc) dont vous nous parlez sur ce forum mais qui sont inconnus en province.

Jour d’après : Muni de ma carte de la bibliothèque Mazarine, je fis l’ouverture de la salle des oracles. Quelques formules de politesse plus tard, une accorte hôtesse de ce siècle se charge pour moi de la recherche des cotes des ouvrages demandés et me les amène de sa démarche chaloupée… (du pur fin 17eme en très belle reliure). Lorsque 3 heures plus tard, je remis à sa gracieuse remplaçante les ouvrages empruntés en précisant qu’un des volumes faisant doublon, je me proposais pour une somme dérisoire d’en faire l’acquisition, un sourire figé répondit à ma plaisanterie : Il y a des résistances au charme qui sont admirables…

L’après-midi, fut consacrée à la flânerie. Je n’ai pas osé entrer chez Clavreuil/Teissedre (ou l’inverse). Comme certains d’entre-nous, je suis intimidé par l’opulence et une question banale de ces professionnels pourrait mettre en lumière mon incompétence. Et qu’on ne me dise pas que je pèche par modestie ! J’ai déjà été mouché pour une erreur de 10ans dans l’emplacement de la période romantique ! (bien élevé mais susceptible). Dans mon cabas, une histoire de la littérature côtoie un ouvrage sur les gravures sur bois du 19eme, un Mirbeau, un Allais, un très beau Malraux en EO et plein d’autres petites choses bien coupantes aux doigts… J’ai terminé par un demi bien frais. Normal, non ?

Der des der : Métro porte de Vanves. Ma dernière journée est consacrée à Brassens.
Quel Superbe rendez-vous que ce lieu dédié aux curieux. L’ancien est cher (comme toujours mais est-ce vraiment anormal ?). Le broché et le livre curieux sont nombreux et variés. J’ai discrètement étudié les profils ethnologiques curieux et variés des acheteurs et des vendeurs. Vous comprendrez qu’ayant la chance d’être à la fois transparent et d’un modèle fort courant pour l’époque, je ne me suis pas appesanti sur mon propre cas… Le résultat est rassurant. Le bibliophile est plutôt un homme bien élevé, solvable et gentil avec la serveuse du restaurant à qui il a commandé un plat de nouille recouvert d’un ragoût appétissant. Il boit son demi avec le sourire satisfait de celui qui a fait de bonnes affaires. Certains lisent leurs découvertes en mangeant ce qui les distingue des odieux spéculateurs que nous envions. En somme, cette absence de vulgarité m’a conforté dans l’idée que ma marotte était bien pardonnable…

Lorsque j’ai repris le chemin de la gare pour ma chère Provence, j’ai laissé tomber des petits cailloux blancs pour retrouver le chemin. De toute façon, j’étais déjà assez chargé avec tous ces bouquins !"

Merci Pierre pour cette promenade!

H

dimanche 24 février 2008

Echecs en pleine Terreur / Echec à la Terreur

Amis Bibliophiles Bonsoir,

J'avoue. J'avoue qu'il m'est déjà arrivé d'acheter un livre ancien, de soupirer d'aise en le regardant, avant de le ranger dans ma bibliothèque sans l'avoir ouvert ou presque. Ce n'est pas arrivé souvent, mais c'est arrivé : période d'achats compulsifs, manque de temps, etc. En tout cas de mauvaises raisons. C'est tellement évident que je ne devrais même pas l'évoquer, et cela parle sans doute au bibliomane qui sommeille au plus profond de nous : il faut ouvrir ses livres, les feuilleter au moins, à défaut de les lire complètement (je vous rassure, cela reste ma règle).

Ainsi, sans avoir ouvert et feuilleté le livre dont je vais vous parler, je n'aurais jamais découvert ce qu'il cachait.
Le livre est assez rare, même s'il est incomplet (je n'ai que le 1er tome, ce que je ne savais pas en l'achetant, puisque je n'en avais jamais entendu parler avant...), il s'agît de "La Supériorité aux Echecs, mise à la portée de tout le monde, et particulièrement des Dames qui aiment ces amusement, ou méthode nouvelle, etc.", à Campen, chez Chalmot, 1792, par Philipp Julius de Zuylen de Nyevelt. Nous sommes donc en pleine Terreur (La Terreur est le nom par lequel on désigne deux périodes de la Révolution Française au cours desquelles la France est gouvernée par un pouvoir d’exception reposant sur la force, l’illégalité et la répression...).

En plus d'être rare, l'ouvrage, ou en tout cas mon exemplaire, a deux particularités : il contient deux planches dépliantes des pièces, l'une imprimée en rouge, l'autre imprimée en vert.

Et, surtout, il contient un texte caché sur lequel j'aurais aimé avoir votre avis.
Ce sont les errata qui m'ont mis sur la piste : sous les corrections de l'imprimeur, quelques lignes manuscrites ont été ajoutées : "le lecteur rayera ou sautera s'il veut ce qui en 1792 s'est glissé dans cet ouvrage p. 107-158".
J'ai donc suivi la piste et effectivement au milieu de la page 107 le texte s'arrête brutalement et un long passage de 51 pages s'ouvre. Il débute par ces mots "Trois grands maux curables par trois grains de bon sens". Le premier des maux concerne les gens qui sont pris de "maux de nerfs", et recommande malicieusement aux esprits agités de faire de l'exercice afin de se laisser déborder par leurs passions (en 1792... l'année où Rouget de L'Isle compose la Marseillaise, mais aussi où la Partie est déclarée en danger, où la famille royale est emprisonnée, des temps de grandes passions donc.).

Le deuxième des maux est la Guerre, ce qui prend tout son sens au moment des guerres révolutionnaires (victoire de Valmy par exemple). L'auteur y présente un très long plaidoyer pacifiste, qui débute d'ailleurs curieusement par une théorie sur les moyens de tuer le plus de gens à la Guerre... Une fois ces moyens présentés, l'auteur se demande si tout ceci est bien nécessaire et défend ardemment la paix. Il célèbre au passage l'Angleterre...
Enfin, le troisième mal est la Théologie : l'auteur y fait une assez fine distinction entre la religion, qu'il loue, et la Théologie, qu'il rejette.

Ce qui est certain, c'est que ce long triple plaidoyer de 51 pages commence au milieu d'une page, au beau milieu d'un mot, et reprend au milieu d'une autre. Aucune différence de typographie. Le texte a donc sciemment été inséré.

Je me demande si l'auteur de l'essai sur les échecs (Zuylen de Nievelt) est à l'origine du texte, ce dont je doute, car clairement le pamphlétaire y risquait sa tête en ces temps très troublés (certes il n'est pas mentionné sur la page de titre). Je me demande également si Zuylen de Nievelt était au courant que son livre a été ainsi truffé. Je me demande enfin si tous les exemplaires sont ainsi modifiés à l'imprimerie (les 51 pages ne sont pas signalées dans le sommaire). Qu'en pensez-vous?

En tout cas, cette singularité n'est signalée nulle part, ou alors je ne l'ai pas trouvée. Mais, le répétera-t-on jamais assez, les bibliographes ouvrent assez rarement les livres dont ils parlent (je parle des généralistes).

Que pensez-vous de tout ceci?

H

samedi 23 février 2008

Quand la bibliophilie va sur le terrain !

Amis Bibliophiles Bonsoir,

C'est un message différent que je vous propose ce soir, avec une approche un peu différente de la bibliophilie. Pour cela, je laisse la parole à Jean-Marc.

"Au début du XIXe siècle, alors que de nombreuses régions du globe avaient déjà été explorées et dessinées, le massif alpin était presque une région inconnue. En France, le massif du Mont-Blanc, avec ces larges vallées ouvertes vers l'extérieur, avait déjà attiré de nombreux voyageurs dès le XVIIIe siècle. En revanche, le Haut-Dauphiné, que l'on appelle maintenant le massif des Ecrins, n'avait quasiment jamais été décrit, sauf par les topographes militaires. En 1824-1825, le peintre et dessinateur anglais William Brockedon (1787-1854) parcourt 12 grands cols des Alpes à la recherche du passage d'Hannibal. Il fait paraître à Londres en 1828 : Illustrations of the Passes of the Alps by witch Italy communicates with France, Switzerland and Germany, ouvrage magnifiquement illustré de 109 planches gravées et cartes.

Le récit consacré au col du Montgenèvre : Route from Turin to Grenoble by the Pass of the Mont Genèvre contient une des premières descriptions du trajet de Briançon à Grenoble par le Lautaret et la première description littéraire de la Meije, un des sommets majeurs du massif des Ecrins (3987 m.).

Je possède un exemplaire de la deuxième édition, de 1836 :
J'étais intrigué par la gravure ci-dessous qui représente la montagne des Agneaux, selon William Brockedon, et La Meije, selon Paul Guillemin, un spécialiste de l'iconographie de cette montagne. Je n'y retrouvais pas un paysage connu, malgré mes nombreuses explorations de la région. Le titre de la gravure est : Mont d'Arcines and the Val de Guisane from the Col du Lautaret.
Pour en avoir le coeur net, le mieux était d'aller voir sur le terrain. Le 6 août 2007, j'ai donc pris l'ancienne route du Lautaret, qui ne se parcourt plus qu'à pieds, et j'ai retrouvé la vue, depuis un point qui se trouve un peu en dessous de la galerie de la Marionnaise.

Même si de nombreux détails sont identiques entre la gravure et la vue actuelle, on voit bien qu'il y a eu une déformation de la réalité, en exagérant les reliefs et les dénivelés. Lorsque on prend cette photo et qu'on lui fait subir une déformation en la comprimant latéralement, il est troublant de voie la ressemblance entre la vue ancienne et la vue moderne déformée.
On voit bien comment la vision romantique de la montagne, faite de gouffres à la profondeur insondable et de sommets inaccessibles ("Ces monts affreux..", pour reprendre les termes de Claire-Eliane Engel) ont directement influencé la représentation qui en a été faite. Pour le massifs des Ecrins, il faut attendre 1865, avec l'ouvrage de T. G. Bonney : Outline Sketches of The High Alps of Dauphiné pour avoir une vision du massif complète et dépouillée de toute artifice. Par exemple, voici la représentation de la Meije par T. G. Bonney :

Et vous, êtes-vous déjà allés sur le terrain pour comparer des références bibliophiles et la réalité?

H
La Bibliothèque Dauphinoise est le cousin du blog, la référence sur le sujet.

vendredi 22 février 2008

La Neuvième Porte, un film pour bibliophiles

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Si les romans sur la bibliophilie sont rares, les films le sont encore plus. A part le téléfilm sur Stephen Carrie Blumberg, qui est indisponible en France, et le Nom de la Rose, je ne connais que l'adaptation du roman bibliophile d'Arturo Perez-Reverte, Club Dumas, qui est sorti au cinéma sous le titre "La Neuvième Porte".



Je crois que plusieurs d'entre vous avaient découvert le livre grâce au blog (n'hésitez plus si ce n'est pas encore fait, je rembourse les insatisfaits!), laissez-moi vous parler aujourd'hui du film.

"La Neuvième Porte" est un film de Roman Polanski, sorti en 1999, avec Johnny Depp et Emmanuelle Seigner. Il est disponible en DVD.

Le film n'est pas réellement une adaptation du roman, il serait plus juste d'écrire que Club Dumas a inspiré le scénario de "La Neuvième Porte". D'ailleurs, La Neuvième Porte ne reprend pas l'intrigue principale de Club Dumas, à savoir les références aux Trois Mousquetaires et en particulier a manuscrit de l'un des chapitres, le Vin d'Anjou.

En fait, le long métrage se concentre sur l'intrigue secondaire du roman, à savoir la quête d'ouvrages ésotériques rares, menée par un "traqueur" de livres rares, qui devient Dean Corso, au lieu de Luca Corso dans la version écrite. Néanmoins, la personnalité de ce personnage principal est assez bien retranscrite, ainsi que le chemin vers la Neuvième Porte, à laquelle le bibliophile accédera en rassemblant des livres ésotériques.

L'histoire? Corso, mercenaire des bibliophiles, personnage en clair-obscur, recherche des livres rares pour le compte de bibliophiles fortunés. L'un d'entre eux, Boris Balkan, le lance sur la piste d'ouvrages ésotériques, de New-York à Paris, en passant par Tolède.

Le genre du film? Fantastique assurément, avec une touche de thriller. Est-ce un bon film? Ce n'est pas un chef d'oeuvre, mais il se laisse regarder, notamment par un bibliophile. Je vous le conseille donc, il reste incontournable.

Autre question : dans le personnage assez fascinant de Corso, on retrouve un peu du courtier ou du "rabatteur", mais à une toute autre échelle, et avec une approche différente de celle du marchand. Savez-vous si ce genre de "traqueur" existe dans la vie réelle?

H
P.S. : le film est disponible à partir de 6,50 euros sur amazon.

jeudi 21 février 2008

Promenade sur ebay.

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Ebay est secoué outre Atlantique... peu de chances que le site s'effondre, mais sait-on jamais, aussi je vous invite à y effectuer une petite promenade guidée, que vous pouvez compléter dans vos commentaires :

Côté Livres Anciens :

Comment ne pas évoquer cette curiosité qui vient d'apparaître? Je le signale plus parce qu'il s'agît d'une curiosité que pour son prix (encore que) :

Livre Objet érotique : 18ème ou 19ème siècle, un objet étonnant

Un autre bijou, superbement relié :

Les Pensées de Pascal, 1670, dans un maroquin de Trautz-Bauzonnet

Pour les amateurs de "claies" :

Un ouvrage moderne, mais dans une reliure particulière

Un ouvrage que je trouve intéressant, la description est inégale, une page déchirée, mais...

Le Roman Comique et autres textes, Scarron et Fontenelle

Oexmelin, le tome 1er de l'EO, mais sans le tome 2, et cher :

Les "avantures" des boucaniers, pirates et autres flibustiers

Pour les amateurs d'occulte, de physiognomonie et d'interprétation des songes :

Vulson de la Colombière : le Palais des Curieux, de l'Amour et de la Fortune

Un Grand livre, ici dans une condition très modeste, mais à un prix dérisoire pour l'instant (j'ai un problème avec ce vendeur : pourquoi "écraser" ainsi les livres pour les scanner?)

L'Eloge de la Folie, d'Erasme, avec les gravures d'Holbein...

Comme presque toutes les semaines sur ebay :

La Satyre Ménippée, 1726, trois volumes...

Côté livres modernes :

Un autre grand classique, dans une belle reliure romantique :

Le Mémorial de Saint-Hélène, Las Cases, 1842

Pour les Bibliopégimanes :

Le Devauchelle, cher, mais moins qu'ailleurs :

La Reliure en France de ses origines à nos jours, 3 volumes

Trois insolites études de reliure (d'amateur je pense):

Etude n°1

Etude n°2

Etude n°3

Pour les Bibliophiles :

Si je me souviens bien, l'un de vous était intéressé par ce sujet, un ouvrage de bibliophilie un peu curieux :

Les Livres et leurs ennemis...

Un ouvrage sur les Cazin, en attendant...

Les Cazin à la Bibliothèque de Reims

Un ouvrage de référence :

Le Guide du Bibliophile et du Libraire

La vraie curiosité de la semaine, un ouvrage relié par Danielle Mitterrand. Je savais que le Président était bibliophile, mais j'ignorais que son épouse était passionnée de reliure, avec un bon niveau apparemment :

Une reliure signée Danielle Mitterrand

Bonne chine...

H

mercredi 20 février 2008

Casse-tête vénitien

Amis Bibliophiles Bonsoir,

J'espère que vos neurones sont en en bon état. En effet, Raphael aimerait les tester, il fait donc appel à votre expertise. Je ne doute pas que comme souvent, nous allons parvenir à aider ce bibliophile en détresse...

Les données du problème :

"Une petite demande d'avis un peu complexe et technique que je vous soumets sur les particularités de ce livre, les Tusculanes de Ciceron (Tusculanae quaestiones Marci Tullij Ciceronis ; http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k587972) imprimé par le vénitien Agostino Zani en 1516.

Ce livre au format in-folio comprend 6 feuillets non chiffrés, dont le titre, et CXXIIII feuillets. Le collationnement vérifié est : aa6 A-N8 O-P10. Le registre est facétieux puisqu'il indique que le cahier aa est composé de deux feuilles (duernus) alors qu'on devrait lire «ternus » c'est-à-dire composé de trois feuilles (aai, aaii et aaiii) formant une fois pliées en deux les six feuillets attendus (sauf erreur de ma part).

C'est là une des moindres particularités de ce livre qui, à côté des erreurs de foliotation assez courantes à l'époque, a été imprimé selon les cahiers avec deux fontes de caractères romains différentes bien distinctes, décrites par les bibliographes (Isaac, in An Index to the Early Printed Books in the British Museum, Part II, Section II, Italy,) sous le nom de 106a ou 106b. 106 se réfère à la mesure de 20 lignes en mm. (certains cahiers sont même mixtes, par exemple dans le cahier F, les feuilles F1F8 et F3F6 sont composées en 106a alors que la feuille correspondant aux feuillets F4F5 est en 106b pour le texte des Tusculanes ; le commentaire autour étant toujours dans la même fonte tout le long de l'ouvrage). 106a a été utilisée depuis 1504 et 106b depuis 1516 (informations recueillies auprès d'un collectionneur sur la liste de discussion ExLibris).

Au total, la fonte 106b s'observe sur les feuilles portant les feuillets :

F4-F5, feuilles composant le cahier H, K4-K5, cahiers L à M en entier, le cahier O sauf la feuille centrale O5-O6, et le cahier P sauf la feuille P3-P8.

Cette particularité de l'exemplaire que j'ai entre les mains est partagée avec celui de Gallica avec cependant une exception notable découverte récemment: les feuillets K4 et K5 sont dans la fonte 106a sur l'exemplaire Gallica et les abréviations et contractions utilisées sur K4recto/verso et K5recto/verso montrent que cette feuille a fait l'objet d'une recomposition intégrale.

Ma première interrogation de détail concerne la signification des quatre caractères espacés avec les chiffres qui terminent le registre (cf preière image, NDLR).

De façon plus générale, quelle(s) hypothèse(s) cela vous inspire-t-il sur ce qui s'est passé dans l'atelier de Zani autour de la composition de ce livre en Février 1516 (temps de Venise, soit 1517 de notre calendrier) ? "

Raphael (et Hugues...)


Je compte sur vous!
H

mardi 19 février 2008

Mignonne, allons au Chateau de Chantilly..

Amis Bibliophiles Bonsoir,

J'ai déjà eu l'occasion de vous parler ici du superbe ouvrage "Mignonne, allons voir...", paru à l'occasion de l'exposition éponyme qui s'est déroulée à la Fondation Bodmer (Cologny) et qui présente les "Fleurons de la Bibliothèque poétique de Jean Paul Barbier-Mueller", consacrée aux poètes français de la Renaissance.

Ouvrage superbe, collection époustouflante. Sachez en tout cas que cette collection sera présentée pour la première fois au public au sein du prestigieux cabinet des livres du chateau de Chantilly, du 19 mars au 4 août 2008.

Pierre de Ronsard, Les Oeuvres... (Paris, Gabriel Buon, 1571, 3ème édition collective)

L'intitulé exact de l'exposition est "Mignonne, allons voir... - Fleurons de la Bibliothèqe poétique de Jean Paul Barbier-Mueller". Vous pourrez y découvrir le plus grand ensemble d'éditions ronsardiennes jamais réuni : Ronsard sera au centre de l'exposition avec Les Amours de 1552 et 1553, le Bocage de 1554 en maroquin mosaïqué et plusieurs éditions originales connues en deux ou trois exemplaires seulement, sans parler d'une reliure aux écussons de Nodier, dont j'ai déjà parlé sur le blog, recouvrant la seconde édition des Euvres de Louisse Labbé (1556).

Ces trésors seront accompagnés d'une sélection d'ouvrages provenant de la bibliothèque du Duc d'Aumale, effectuée par Jean Paul Barbier-Mueller.


Etienne Tabourot, Les Bigarrures, (Lyon, les héritiers de Benoît Rigaud, 1599-1600). Exemplaire de Louise de Lorraine, Reine de France et veuve d'Henri III.

Nicolas Ducimetière, commissaire de l'exposition et auteur de "Mignonne, allons voir..." est un fidèle lecteur du blog et il a la gentillesse d'offrir une vingtaine d'invitations à ceux d'entre vous qui souhaitent se rendre à l'exposition. Merci beaucoup à lui.

Pour recevoir votre invitation, envoyez moi un email à blog.bibliophile@gmail.com

A noter que si vous souhaitez profiter d'une visite guidée, cela sera possible le 29 mars et le 26 avril 2008 (ce sera alors Mme Toulet, conservateur de la bibliothèque du chateau de Chantilly qui vous guidera) ou le 28 juin, et ce sera alors Nicolas qui vous fera découvrir ces merveilles. (la visite guidée est gratuite).

Deux choses à retenir donc :

1. Des invitations (en nombre limité) sont à votre disposition.
2. C'est un grand moment de bibliophilie de l'année 2008, à la fois de par la richesse des livres présentés et par la magie du lieu... à ne pas rater donc si vous le pouvez.

2bis. C'est agréable de constater que le blog est aussi bien fréquenté! (je parle aussi pour vous, bien sûr!).

H

lundi 18 février 2008

Portrait de Bibliophile : Olivier.

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Je vous propose ce soir le portrait d'un bibliophile, universitaire et Toulousain, qui intervient régulièrement sur le blog, Olivier.
Bonjour Olivier,

Pourriez-vous nous parler un peu de vous et de votre bibliothèque?

Eh bien je suis universitaire et toulousain depuis 3 ans. A vrai dire ma bibliothèque (de livres anciens) a débuté avec mon arrivée à Toulouse. L'abondance de livres anciens et les prix (souvent) modiques qui y sont pratiqués m'ont incité à "sauter le pas". Etudiant, j'avais dévoré les
livres de Roger Chartier, d'Elisabeth Eisenstein, de Robert Darnton, de Lucien Febvre et Henri-Jean Martin, etc.
J'étais donc fasciné par ces livres mais (longuement [je parle aux thésards membres actifs de ce blog qui me comprendront]) étudiant et avec un pouvoir d'achat limité je n'en avais jamais acheté qu'un (un volume du théâtre de Thomas Corneille). A Toulouse, j'ai découvert de nombreux libraires mais aussi de nombreux livres (y compris dans des vide-greniers) à des prix très modiques. Aussi (pardonnez moi mon père) j'ai beaucoup pêché et ai acquis (dans un premier temps) de nombreux incomplets qui ont longtemps suffi à mon bonheur.
Aujourd'hui je m'en sépare ce qui me sert à financer mes nouveaux achats. Enfin, pour expliquer la croissance rapide de ma bibliothèque (entre 80 et 100 volumes en moins de deux ans, je n'ai jamais compté...) mon bureau se situe à quelques mètres de deux salles des ventes qui organisent régulièrement des ventes de livres (y compris dans des ventes dîtes "de brocante"). Ce qui tend à confirmer que les livres anciens sont (relativement) abondants à Toulouse (si quelqu'un a une explication?? On m'a parlé des belles bibliothèques protestantes, de l'enclavement de Toulouse pendant longtemps, etc...).

Depuis quand la passion de la bibliophilie s'est-elle emparée de vous?

Comme je l'ai dit elle remonte à mes années d'étudiant, à mon goût pour l'histoire et, plus largement, pour les objets anciens (mobilier, céramique, etc.). Evidemment en étant universitaire, on développe un rapport familier aux livres, une partie du travail consistant à les faire se parler entre eux et à restituer ce "dialogue" aux étudiants. Cette disposition d'esprit me semble propice à la bibliophilie. Surtout, lire un livre ancien c'est se laisser happer par une époque, et ce qui me passionne c'est de tenter de percevoir ce que celui qui écrivait et celui qui lisait ces volumes avaient en tête.
Quels sont vos domaines de prédilection, ou votre approche est-elle éclectique et vous fonctionnez au coup de coeur?

Eclectique elle fût. Elle l'est moins. J'aime les livres historiques et politiques, les pamphlets. J'ai une prédilection pour les ouvrages révolutionnaires mais il me semble difficile de les trouver dans un état correct (la période n'était sans doute pas propice à la qualité des reliures et des impressions). L'entreprise éditoriale que représente l'Encyclopédie me fascine mais, n'ayant pas les moyens de m'acheter (ni la place d'accueillir) l'ensemble de l'Encyclopédie, je me suis néanmoins offert les deux premiers volumes pour bénéficier des frontispices et, par ailleurs, j'ai une jolie édition de "L'Esprit de l'Encyclopédie".
Dans mes achats de livres je me rends compte que je suis influencé par... mes lectures. Je viens de terminer le Peyrousseaux ce qui m'a conduit à acheter un fort in-folio des oeuvres de Saint-Jérôme (saint patron des libraires et des traducteurs...) édité par Christophe Plantin. Le volume, règlé, ne contient que 5 des 10 livres initiaux mais il suffit à mon bonheur d'avoir une impression plantinienne. J'avais déja un Henri Estienne et un Charles Estienne et un Gryphe vient d'arriver, aussi je suis comblé. Le cours de la vie peut aussi influer. Ma compagne est enceinte, aussi j'ai acheté le traité des maladies des femmes grosses et de celles qui sont accouchées de Mauriceau pour le cas où j'aurais (Dieu m'en garde) à prendre "les choses en mains";-)). L'avantage des livres de médecine anciens c'est qu'à la différence des modernes, on peut les comprendre...;-) Enfin, les ouvrages étranges (auxquels ce blog fait une large place ce qui me ravit) ou amusants m'intéressent (Le tableau de l'amour conjugal de Venette, le traité des signes de Costadeau, le traité des superstitions font partie des livres que j'aime feuilleter).

Où achetez vous vos livres? Internet, salons, libraires?

Mes lieux d'achat sont principalement les libraires, les ventes, les salons (même s'ils sont peu nombreux). J'achète peu sur Ebay. D'abord parce que j'ai du mal à acheter un livre que je n'ai pas vu, soupesé, feuilleté. Ensuite parce que les descriptions sont souvent... peu satisfaisantes ou fantaisistes (je pèse mes mots). Enfin parce que j'ai tendance à les acheter moins cher ailleurs. Je ne suis pas radin mais j'avoue aimer "faire un bon coup", dénicher un livre, profiter de l'incompétence d'un libraire (il en est). Bref le côté "chasse" me plaît. Alors quand le bois est giboyeux...

Quel est le ou les livres qui vous font rêver? Et les livres que vous possédez déjà et qui vous sont particulièrement chers?

Hugues le sait je "veux" un Paré. J'ai eu l'occasion d'en feuilleter lors de ventes et cela n'a fait qu'accroître mon désir. Malheureusement, pour le moment les prix atteints sont restés dissuasifs (de peu certaines fois). Le livre que j'aime le plus dans ma bibliothèque est L'Epithome du Thresor des Antiquitez c'est à dire pourtraits des vrayes médailles des emp. tant d'Orient que d'occident, 1553, de Jacques de Strada, traduit par Jean Louveau d'Orléans. D'abord parce que c'était mon premier "16ème". Pour ses 270 bois ensuite (reproduction des monnaies romaines suivies de notices biographiques). Enfin, parce que c'est un livre que j'ai littéralement "déniché" dans un carton, aux puces chez un vendeur d'affiches qui en demandait 180 euros en croyant qu'il s'agissait d'un, je cite, "début 17ème" et a fini par me le vendre... 40 euros. Alors il n'est pas exempt de défauts (quelques feuillets manquants) mais tant son contenu que les conditions de son achat (et un ex-libris d'un bibliophile normand [ma patrie d'origine] du 19ème siècle), en font un livre cher à "ma" bibliophilie.
Vous savez que les lecteurs du blog aiment les histoires, auriez-vous une anecdote à nous raconter, sur une trouvaille, un livre, autre chose qui touche à la bibliophilie?

Alors je ne sais pas si l'on reste dans le domaine de la bibliophilie mais j'ai acheté dans un vide-grenier un parchemin daté de 1475. A l'origine je l'ai acheté pour un faux (et au prix d'un faux, une dizaine d'euros) pour ses très jolis sceaux. Le temps de rentrer chez moi et d'examiner le papier de plus près et je me rends compte que le papier est probablement d'époque (le passage des fils de laiton). Ce que me confirme un libraire. Quelques mois plus tard je relisais L'apparition du livre de Febvre et Martin qui mentionnent un papetier de Saint-Quentin (si ma mémoire est bonne) nommé Le Bé qui officiait entre 1470 et 1490 et qui filigranait son papier... d'un B. Je reprends le
document, l'approche de la lampe et (vous l'aurez deviné) le papier est filigrané d'un B... Les personnages nommés sont eux aussi concordants avec la date. Pour le moment et en attente d'être détrompé je le prends désormais pour un vrai.
Last but not least, le document est un petit morceau d'histoire de France. Un rattachement d'un territoire (du Sieur de Montossé, Montossez, l'orthographe varie) à la couronne de France et la création, dans la foulée d'un nouveau pays des "quatre vallées". Je n'ai pas identifié le lieu mais je compte sur un médiéviste lecteur du blog pour m'aider. Le plus amusant est au dos du parchemin. On y trouve un plan et un petit texte (du 18ème ou du 19ème siècle). Le plan est celui du chateau de Montossé et le texte dit en substance : "la légende de Montossé résolue. Il n'y a point de trésort à Montossé". Indiana Jones quoi (le trésor en moins)! Je fournis une photo haute définition à qui veut m'aider.

Enfin, vous êtes un visteur fidèle du blog... qu'en attendez-vous?

Qu'il continue! J'apprécie ce rendez-vous quotidien avec la bibliophilie (évidemment un mensuel ne peut rivaliser). J'apprécie l'intelligence collective que permet internet (cette soirée sur les claies m'avait impressionnée). Bref ce blog est devenu mon second quotidien (un le matin et un le soir). Bravo et merci!!

Merci Olivier

Hugues

samedi 16 février 2008

Un petit débat avant de filer...

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Avant de vous abandonner pour deux jours, je vous propose de réfléchir aux lignes suivantes :

"Le bibliophile n'a point l'amour généreux. Il me fait penser à l'ami des chats qui déteste les chiens, car les amis des bêtes ne chérissent qu'une espèce ou deux. Amateurs de livres et amateurs de curiosités se ressemblent ! Celui qui adore les porcelaines et les pâtes tendres tient le collectionneur de faïences rustiques pour un esprit grossier et un croquant ! L'homme qui ne recherche que les almanachs charmants du XVIIIè siècle n'est pas loin de croire que l'on est un barbare gothique si l'on a pas chez soi que des incunables."
(extrait de Léo Larguier, Petites histoires pour bibliophiles, éditions Fournier, 1944, p. 8-9).

En un mot, le bibliophile est-il avant tout un sectaire ? Ne prêche-t-il que pour une seule chapelle ? La sienne.

H
P.S. : merci à Bertrand.

vendredi 15 février 2008

Des catalogues, oui merci, mais avec des images!

Amis Bibliophiles Bonsoir,

J'ai reçu aujourd'hui un beau catalogue de libraire, et j'ai réalisé que finalement, j'achète peu sur catalogue. En réfléchissant, je me suis rendu compte que la raison est essentiellement "visuelle".

En fait, l'avènement des technologies numériques, et ce qu'elles rendent possible en facilitant la diffusion d'images, je m'en rends compte, condamnent quasiment à mes yeux les catalogues sans images.

Ebay, y participe, d'une certaine façon : quand le moindre livre dépareillé et incomplet à 2 euros bénéficie d'une ou plusieurs photos, cela ne devient-il pas "impossible", ou au moins "bizarre", de commander un livre à 200, 300 ou 3000 euros à un libraire que l'on ne connaît pas, qui habite à 800 kms, quand il ne propose que des descriptions "borgnes"?

Au final, j'ai l'impression que je suis devenu d'une certaine façon "obsédé" par l'image du livre (au sens premier du terme), en tout cas à partir d'un certain montant d'achat. Résultat, comme les catalogues de libraires qui proposent des images (et je ne parle pas d'une demi douzaine d'images sur les contreplats) sont rarissimes, ou ne sont proposés que par des libraires aux prix élevés (mais justifiés : Sourget, ou Pibi en son temps), et bien je n'achète plus sur catalogue.

Dommage. Je veux bien comprendre qu'imprimer des photos a un coût, mais justement à l'heure où on peut créer et envoyer des catalogues via pdf, cet argument n'est-il pas dépassé?

Soyons clairs : quand je vois des photos, j'ai mille fois plus envie de me laisser tenter, et je préfère mille fois un catalogue sous format électronique avec de nombreuses images à une interminable liste de notices sans images. Je ne dis pas que ces énumérations ne sont pas utiles, au contraire ce sont de précieuses sources bibliographiques, mais voilà, elles ne me donnent aucune envie d'acheter.

Peut-être sans doute est-ce là une des raisons du succès d'ebay d'ailleurs... Des images, partout, pour tous.

J'ai reçu une trentaine de catalogues cette année, j'ai acheté deux fois. Dans les deux cas il y avait une image à côté du livre proposé.

Je suis superficiel? Absolument! Mais finalement, ai-je tort? Maintenant que l'image est "possible", ne devient-elle pas obligatoire, et nécessaire?

Qu'en pensez-vous?

H

jeudi 14 février 2008

Miscellanées de Monsieur H.

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Quelques mots sur quelques sujets.

1. J'ai reçu le Magazine du Bibliophile du mois de février. Je préfère m'abstenir de tout commentaire. Enfin, wait and see.

2. Je vous rappelle que plusieurs lecteurs du blog organisent un déjeuner informel en marge du Salon du Livre du Carrousel du Louvre, le samedi 16 février, à Paris. Si vous souhaitez les rejoindre, je pense que vous serez les bienvenus.

3. Un nouveau site/moteur marchand vient d'être lancé : Marelibri.com, un seul et unique moteur de recherche qui réunit cinq sites Européens de livres anciens et d'occasion, tous créés et/ou gérés par des libraires professionnels :
-Antiqbook.com (Hollande),
-Livre-Rare-Book.com (France),
-Maremagnum.com (Italie),
-Prolibri.de (Allemagne)
-Uniliber.com (Espagne).
Au total, plus de 20 millions d'ouvrages rares ou épuisés et plus de 2 000 libraires, uniquement professionnels et tous indépendants. A suivre.

4. Dites-donc, quand m'envoyez-vous un article que je me repose un peu? Je suis épuisé!

H

mercredi 13 février 2008

Demande d'identification

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Un jeune bibliophile gaulois cherche à identifier les éléments suivants :

- le cachet DM avec une croix au milieu, le tout enfermé dans un cercle (voir photo).

- l'ex libris manuscrit sur la page de titre de cet ouvrage, rédigé en latin qu'il ne parvient pas totalement à déchiffrer.

Ouvrage : DE REBUS GESTIS FRANCORUM. DE REGIBUS FRANCORUM par AEMILIUS (PAULUS PAOLO EMILIO), édition de Badius Ascencius dit Josse Bade, s.d. (1517). 1 volume in-folio.
Merci pour lui!

H

Exposition de reliures III

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Je sais que vous aimez les belles reliures, en voici quelques unes, personnelles, ou provenant de la collection de Martin. Si vous avez une question précise sur une reliure, j'ai indiqué l'heureux possesseur par l'initiale de son prénom (M ou H).

Un vélin teinté du 18ème, assez étonnant, très rouge/rose. Ouvrage religieux (H)

Tableau de la Croix, 1651, plein maroquin rouge à fermoirs, relieur en cours d'identification (H)

Les Pseaumes de David, mis en vers par Marot, 1658, Atelier des Caumartin (H)

Impression Vénitienne du 18ème, dans une reliure à la française, mosaïquée, "pointillée" (H)

Daphnis et Chloé de Longus, maroquin bleu de Lortic, mon relieur préféré (M)


L'éventail, par Octave Uzanne, 1882, reliure en maroquin lavallière signé Reymann, avec des éventails sur le dos et aux angles des plats (H).

La Française du Siècle, par Octave Uzanne, 1886, maroquin rouge avec médaillon mosaïqué signé Densk. (H)

Mérite des Femmes, maroquin rouge de Simier (M)

Les bijoux des neuf Soeurs, 1790, maroquin vert de Hardy (M)

Les Bains de Diane, 1770, maroquin vert de Thivet (M)

Le Temple de Gnide, 1725, maroquin bleu de Thibaron-Joly (M)

Zélis au bain, 1762, maroquin rouge de Reymann (M)

Superbe... Idylles de Berquin , relié par Chamboll-Duru (M)


Voilà! Et vous constatez que Martin a de somptueuses reliures (privilège de marchand?), et qu'il sait mieux prendre les photos que moi!

H

PS : je crée un album Picasa ce soir. Bientôt la Saint-Valentin, c'est le moment de vous faire offrir un livre de Martin!

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