« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier
"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

mercredi 30 avril 2008

Reconnaître les différents styles de dorure II

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Voici la suite du message de Xavier sur les différents styles de dorure. Pour des considérations plus générales sur chaque type de reliure, utilisant telle ou telle forme de dorure, vous pouvez retrouver bon nombre des styles présentés dans mes divers articles sur les différents type de reliures.

Le style Régence, le XVIIIe.

On y recherche la légèreté, l’équilibre et la délicatesse ; on y trouve des visages féminins, des animaux (colombes, dauphins,..) ; des jardins fleuris, des thèmes de chasse et de pêche….de la rocaille.

En fait, la dominante caractéristique est l’intégration des thèmes floraux. C’est la période de Le Monnier, Pasdeloup, de Derôme et de son fer à l’oiseau. Mais la seule innovation est l’apparition des décors mosaïqués, les relieurs précédemment cités s’y sont essayés. (quelques fers à l’oiseau)

Le XVIIIe est quelque peu en panne d’inspiration et nous voyons apparaitre le style Anglais qui se prolonge sous le Directoire et la Restauration. La révolution : Elle rompt avec le passé et est promesse d’avenir, mais destructrice des œuvres anciennes telles les armoiries, dorures et même des livres ; d’où les armes grattées sur des ouvrages que l’on peut trouver aujourd’hui. Plus de reliures de luxe, il ne reste que les travaux courants dont les décors sont très simples dans leur conception : l’art officiel domine. L’empire : le Consulat et l’Empire ne renient pas les grandes et glorieuses civilisations disparues ; palettes grecques et lauriers sont de rigueur, couronnes de roses nouées d’un mince ruban flottant d’allure sévère. C’est la période des frères Bozérian, peu enthousiastes de l’art officiel ; Ils y créent les dos sans nerfs, les petits fers noyés dans des fonds pointillés : ils amorcent le style romantique.

Le style Romantique : moment fort du XIXe.
Quelques fers restauration (1815-1830) Décors de type "cathédrale" : La dorure à la plaque facilite grandement la tâche (la célèbre maison Gruel en a gravé d’une incroyable finesse) Quelques roulettes romantiques. Les pastiches, seconde moitié du XIXe ;
Pour tous les arts les créations sont totalement axées sur le passé. La dorure s’inspire alors de tous les styles français, mais aussi Chinois et japonais.

Les dorures croissent en nombre ; notons aussi que la plupart des fleurons anciens qui peuvent encore exister de nos jours furent gravés à cette époque très active. Les plaques antérieures au XIXe siècle sont supérieures en épaisseur au 6.5mm/7mm imposés par l’industrialisation de la dorure.

Les fers, quand à eux, possèdent sur la tige un renflement ; c’est donc un moyen de vérifier « l’authenticité » des plaques et fleurons réellement anciens.

Le retour à la créativité, avec l’atelier de Marius-Michel (le père était le doreur de Capé) qui s’illustra par la qualité, mais aussi par ses conceptions valorisant la flore et le feuillage ; les mosaïques souvent serties de filets annoncent le XXe siècle. Le XXe siècle, l’art déco, 1925 Merci Xavier,

H


Pour en savoir plus , et les ouvrages consultés pour cet article :
-Julien Fléty-La gravure des fers à dorer, Technorama. 1984
-Pascal Alivon-Styles et modèles. Guide des styles de dorure et de décorations des reliures. Arnoville, 1990, isbn : 2950453902
-Henri Béraldi-La reliure du XIXe siècle
-E.Quentin-Bauchart-Les relieurs 1500-1900, aussi en PDF ici :
-Louis-Marie Michon-Les reliures mosaïqués du XVIIIe
-Léon Gruel-Conférences sur la reliure et la dorure des livres, 1896

mardi 29 avril 2008

Reconnaître les différents types de dorure.

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Je vous propose aujourd'hui un nouvel article de Xavier, sur la reconnaissance des différents types de dorure. Comme toujours, très documenté et très illustré, merci beaucoup Xavier.

Reconnaître les styles de dorures?

Le Moyen-Age (VIIIe au XVIe) : le style est "primitif" et emploie des figures géométriques, entrelacs et lignes diagonales ; en sont exclus tout feuillage et végétaux, ceci durant la période du VIIIe au Xe siècle.
Du Xe au XIe siècle : des animaux chimériques (dragons et animaux fantastiques….) sont ajoutés peu à peu aux courbes.

Le XVe siècle : lierre, vigne, nénuphar, houx, marguerite…, sont des éléments essentiels dans la décoration des livres.

Le style Gothique, ou l’apogée du Moyen-Age
Jusqu’au XIIe, le cuir n’est pas le support de la décoration de reliure en raison de sa médiocre qualité. Le bois sculpté décoré cohabite avec les reliures d’étoffes et d’orfèvrerie.


Au cours du XIIIe, l’affinement des ais de bois permet aux différents cuirs de s’imposer.

Le style monastique, on définit par ce terme l’ensemble des fers ou plaques utilisés au Moyen-Age.

La Renaissance, XVIe siècle : l’art a plus progressé qu’au cours des dix siècles antérieurs, la feuille d’or venue d’orient parachève l’évolution technique du Moyen-Age et Venise est le berceau de nouvel art. Le premier exemple français semble dater de 1494.

Le style Alde connait son apogée vers 1530, mais reste très présent jusqu’au dernier tiers du XVIe.
(fleurons style Grolier)

Fleurons Alde évidés
Les tranches antiquées

Le travail de décoration des tranches est obtenu avec un petit burin dont le motif, répété l’un à côté de l’autre, forme un dessin et est incrusté dans les feuillets du livre, à l’aide d’un marteau, comme cela, du reste, se fait encore aujourd’hui. Plus tard, c'est-à-dire vers la fin du XVIe siècle, des relieurs moins artistes et moins scrupuleux ont, par économie de temps et d’argent, remplacé les tranches antiquées au burin par des compositions entières gravées et appliquées en une seule fois.

Fanfares et semis, fin XVIe :

L’expression est postérieure aux créations qui débutent durant la dernière moitié du XVIe. En 1829, Thouvenin reprend ce style de décors à la demande de Charles Nodier sur un ouvrage de 1613.

Le terme reste pour ces créations de compartiments géométriques et symétriques, ornant plat et dos délimités par des filets doubles et constellés de petites branches de feuillages en elles-mêmes très fines et légères ; mais dont le foisonnement peut laisser une impression, sinon de confusion, du moins de recherche de l’extrême détail. Une famille de relieurs, les Eve sont la source de ce style ; il opère la transition vers le XVIIe.

Les semis, principalement sur les livres des souverains. (ci-dessous Henri III)
Dos à la grotesque, c’est la répétition harmonieuse d’un seul motif.
Fers le Gascon (ci-dessous).
Les tortillons et les fers le Gascon s’intégrent aux décors à la fanfare, les tortillons sont les motifs privilégiés des dos à la grotesque.

Les décors à l’éventail, les fleurons sont inscrits dans des cadres géométriques (ci-dessous, NDLR : voir également mon article sur la reliure à l'éventail)).
Au centre du plat un cercle complet auquel répondent aux angles des quarts de cercle. A un éventail entièrement ouvert s’opposent des quarts d’éventails.

Les décors à encadrement, improprement dits à la Duseuil ; il s’agit d’une bizarrerie de l’histoire : le relieur Augustin Duseuil est né en 1673, il a exercé au XVIIIe siècle ; ce type de reliure qualifie des décors apparus dès le début du XVIIe siècle. (NDLR : voir mon message sur Du Seuil)
Le plat du livre reçoit un encadrement de trois filets parallèles, l’intervalle entre chaque est asymétrique ; et aux quatre coins du cadre est poussé le même fleuron en direction des angles réels du livre.

Quelques fleurons XVIIe.
Quelques uns d’angles

Roulettes
Les dentelles, le XVIIe
La première réalisation est due à Luc-Antoine Boyet, relieur de l’imprimerie Royale.

Les reliures Jansénistes, le vide est de rigueur, seul le titre est présent ; les plats et le dos sont vierges.

Et... je vous propose de continuer demain avec les dorures du style 18ème et postérieures.

Xavier.

Merci Xavier, H


Pour en savoir plus , et les ouvrages consultés pour cet article
-Julien Fléty-La gravure des fers à dorer, Technorama. 1984
-Pascal Alivon-Styles et modèles. Guide des styles de dorure et de décorations des reliures. Arnoville, 1990, isbn : 2950453902
-Henri Béraldi-La reliure du XIXe siècle
-E.Quentin-Bauchart-Les relieurs 1500-1900, aussi en PDF ici :
-Louis-Marie Michon-Les reliures mosaïqués du XVIIIe
-Léon Gruel-Conférences sur la reliure et la dorure des livres, 1896

Pour écrire à Xavier : jaimeladoc at gmail.com

lundi 28 avril 2008

Miscellanées de Monsieur H.

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Je suis de retour de vacances et très heureux de constater que vous avez conversé entre vous pendant mon absence.

Le blog reprendra une activité normale à partir de demain soir. En attendant, quelques mots :

1. Ravissement, livres et plage : si vous passez par la Bretagne Nord, fief d'une partie de ma famille, je ne saurais que trop vous conseiller de vous rendre au Poul Rodou, une "plage" située entre la microscopique station balnéaire de Locquirec (que je vous déconseille, c'est trop beau, j'aime autant que le coin reste inconnu) et le village de Guimaëc. Vous y trouverez le café-librairie Caplan & Co, un endroit sorti des rêves de Lan et Caprini, les deux hôtes, et qui fait maintenant partie des miens. Accueil sympathique, bonne franquette et salades grecques, une vue imprenable sur les flots et surtout une librairie indépendante, que Lan et Caprini achalandent selon leurs goûts personnels. Et Dieu sait qu'ils ont bon goût : sciences humaines, littérature mais aussi un rayon Jeunesse magnifique, et bien d'autres rayons encore. On s'y assoit, on y flâne entre les rayonnages, on choisi un livre, on parcourt quelques pages en dégustant un chocolat ou une blonde, et on fait son choix tranquillement.

Vous le savez, le blog fait peu de pub, mais là, c'est mérité. L'endroit et ses hôtes (Lan, Caprini, Lydia) m'ont charmé, que de tels lieux existent remonte prodigieusement le moral. Vous pouvez en savoir plus en allant sur le site : http://www.caplanandco.fr/

2. Aider une jeune relieure (pour votre info, la "relieuse" est une machine) : Fedora, dont j'avais fait le portrait sur le blog (http://bibliophilie.blogspot.com/2008_01_13_archive.html). Fedora est très talentueuse, je crois d'ailleurs savoir que certains d'entre vous l'ont faite travailler depuis le portrait sur le blog et souhaite s'installer. Pour l'aider, elle aimerait que nos répondions à ces quelques questions :
Merci d’y répondre à l’adresse suivante : fedora86@hotmail.fr car ça va beaucoup nous aider.
1. Avez-vous une bibliothèque ?
2. Vos livres ont-ils une valeur sentimentale pour vous ?
3. Combien faites vous relier de livres par an ?
4. Quel est l’intérêt de faire relier vos livres ?
5. Pensez vous que tous types de livres méritent d’être restaurer ou relier ?
6. Quels types de reliures préférez vous ?
7. Quel budget consacrez vous à la reliure ?
8. Comment recherchez vous un relieur ?
9. Avez vous l’habitude d’aller chez le même relieur?
10. Si oui êtes vous content : De l’accueil ? De la qualité du travail ? Du délai ?
11. Si un relieur vous convient, êtes vous prêt à vous déplacer ?
12. Si oui de combien de kilomètres ?
13. Est-il important pour vous de voir les réalisations du relieur avant de lui faire confiance ?
14. Si oui seriez vous intéressez pour qu’un relieur se déplace chez vous pour vous montrez son travail et éventuellement discuter d’une potentielle commande ?
15. Est ce que pour vous la reliure à une image ancienne ?
16. Si oui, a votre avis : Pourquoi ? Comment l’améliorer ?
17. Utilisez vous Internet pour prendre contact avec les relieurs ?

Vous pouvez lui envoyer vos réponses à fedora86 at hotmail.fr

3. Intéressant vos remarques sur le métier de libraire ancien en mon absence. Ca me laisse rêveur, je crois que si on m'avait donné un euro à chaque fois que j'ai rêvé de faire ce métier, je pourrais déjà couler une retraite tranquille sur mon yacht. Hélas....

4. Ca fait du bien de vous retrouver.

H

samedi 19 avril 2008

Le Blog est à vous!

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Avouez, vous en avez déjà rêvé : le blog rien que pour vous, sans ce type qui vous fait quatre messages sur les voyages de Cook en une semaine.

Ca y est, je vous donne les clefs pour une semaine et je file. J'avais déjà fait ce type de passage de relais en juillet dernier, et vous aviez fait exploser le blog avec des dizaines et des dizaines de commentaires. Cela avait été une réussite, recommençons!

Voilà comment cela fonctionne : je poste ce message et vous pouvez vous parler librement via la zone des commentaires, et évoquer tous les sujets bibliophiliques qui vous plaisent: le libraire doit-il être barbu, une restauration doit-elle se voir ou simplement se savoir, la bibliographie, ça sert vraiment à quelque chose? Le Bibliophile, littéraire qui s'ignore ou caractérisé par une approche scientifique la plupart du temps? Exhaustif ou éclectique, etc.

Je compte sur les piliers pour animer et relancer si besoin est. De mon lieu de villégiature où j'ai choisi de partir sans micro-ordinateur, je pourrai suivre les débats, mais guère plus.

A vous de jouer, le blog dépend de vous pour une semaine. A bientôt.

H

P.S. : attention, le blog a été pollué deux fois ces derniers temps par des spammers qui veulent vous orienter vers des sites peu recommandables. C'est la rançon du commentaire sans filtre pour lequel j'ai opté depuis le début. Je vous en conjure, ne cliquez pas sur les liens du type "please click here". De manière générale, ne cliquez sur aucun message en anglais.

Le Salon du Grand Palais - Le déjeuner des Bibliophiles

Amis Bibliophiles Bonjour,

Je vous propose un petit compte-rendu de ces deux événements majeurs de la Bibliophilie qui se sont déroulés aujourd'hui : le Salon du Grand Palais, brillamment organisé par le SLAM, et, hum... le déjeuner des Bibliophiles du blog qui s'est tenu, plus confidentiellement il est vrai, mais à peine, à proximité.

A tout seigneur tout honneur, je commence par le Salon : superbe. Vraiment. A la fois pour le nombre de libraires présents, français mais aussi étrangers et pour l'ambiance générale du Salon : la structure des stands a été améliorée, leur disposition également. On constate dès le premier coup d'oeil qu'il y a plus de stands que l'an passé. La partie "Estampes" s'est également développée, mais sans que cela soit au détriment de la parte "Livres Anciens". Je ne vais pas entrer dans le détail des livres présentés, il y en avait pour tous les goûts, et pour toutes les bourses : de l'ancien, de l'illustré, du moderne, de l'incunable. Magnifique.

J'ai trouvé les libraires très ouverts, accueillants, laissant les amateurs prendre les livres dans les rayonnages (pour la plupart en tout cas, pas forcément pour les incunables, vous l'imaginez), n'hésitant pas à distribuer sans compter les catalogues (ce qui n'était pas forcément le cas l'an passé).

Je me suis promené, j'ai regardé pas mal de livres, je n'ai rien acheté (fatigué par une nuit néphrétique... oui, vous avez bien lu...). Avant de partir, j'ai pris un peu de recul pour avoir une vision d'ensemble : quelle vision magnifique que tous ces livres, tous ces libraires et tous ces bibliophiles réunis en un seul endroit. Vraiment, aucun bémol en ce qui me concerne. Vivement l'an prochain.

Je ne résiste pas à vous parler également du déjeuner des bibliophiles qui s'est tenu "pendant" le Salon, même si vous me lisez depuis Montréal, Shangaï ou Bucarest. Nous fûmes treize à nous retrouver. Excellent moment comme d'habitude : il ne fût question que de livres, mais sous tous ses aspects : reliure, ex-libris, bibliographie, etc, etc. Trois nouveaux venus nous avaient rejoints : Frédérick, Bernard et Patrick. J'espère qu'ils ont passé un bon moment.
Pour cause de Salon, nous n'étions pas venus avec des ouvrages personnels, mais Valérie/Bergamote elle, comme la fois précédente, est venue avec ses desserts : cette fois-ci des macarons inspirés du Patissier François, une recette du 18ème, et une compôtée, si je me souviens bien, issue du Confiturier, une recette du 17ème. Formidable! (vous pouvez retrouver les recettes de Valérie sur son blog : http://bergablogue.blogspot.com/)

H

vendredi 18 avril 2008

Voyage au centre de la Terre ou le mythe de la Terre creuse.

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Ah qu'il est bon d'avoir des amis quand on essaie de maintenir un blog convenable la semaine où l'on débute un nouveau travail. Ils vous soutiennent, par exemple en vous envoyant un beau message tout chaud pour le blog. Aujourd'hui, c'est Bertrand qui vous propose un Voyage au centre de la Terre, ou de découvrir ensemble le mythe de la Terre creuse. Je lui laisse la parole :

Le bibliophile aime les voyages comme le voyageur aime des contrées lointaines et exotiques. Le besoin de rêver sans doute, certainement une envie farouche d’un Ailleurs.

Cet Ailleurs, certains l’ont trouvé. Cook y a laissé sa vie, Colomb a marqué l’histoire à jamais, Marco Polo ouvre la voie du pays du soleil levant pour les occidentaux, les chinois auraient même découvert les Amériques dès 1299 (Colombie Britannique)…

Cet Ailleurs certains ne l’ont pas trouvé, ils l’ont alors imaginé. C’est l’objet de l’article que je vous propose de découvrir ensemble aujourd’hui.

Plus particulièrement, nous allons nous intéresser au mythe de la Terre creuse.
Depuis la nuit des temps, dans la plupart des civilisations anciennes, les croyances populaires aidées des croyances religieuses, attestent de l’existence de « royaumes souterrains », de peuplades nichées au fin fond de la Terre, de passages souterrains mystérieux permettant d’atteindre les entrailles de notre planète. Peut-on y croire ? Aujourd’hui, l’évolution des connaissances scientifiques au cours des derniers siècles nous l’interdit. Et pourtant ! Certains y croient encore, ou veulent y croire ! Les auteurs de science-fiction bien évidemment, quelques théoriciens légèrement illuminés, quelques explorateurs fous.

C’est à MM. Guy Costes et Joseph Altairac que l’on doit la bibliographie la plus récente et la plus complète sur le sujet : LES TERRES CREUSES, bibliographie commentée des mondes souterrains imaginaires. (parue aux édition Encrage, 2006. 1 volume grand in-8 de 799 pages, cartonnage rigide imprimé de l’éditeur, cet ouvrage est encore disponible dans les meilleures librairies).

C’est en discutant un jour de ce sujet avec M. Guy Costes que m’est venue l’idée de m’intéresser à ces théories farfelues. Autant d’utopies scientifiques ou pseudo-scientifiques qui nous étonnent aujourd’hui par leurs concepts le plus souvent hasardés.

Depuis Aristote et Sénèque qui considéraient la Terre comme un être vivant ayant ses propres vaisseaux sanguins ou lymphatiques, idée qui ressurgira au cours des XVIè, XVIIè et XVIIIè siècle ; en passant par la révolution copernicienne, les découvertes de Kepler, Galilée, qui changent la manière de regarder et de comprendre le globe terrestre : celui-ci devient une écorce de terre, de pierres, de métaux, d’eau, …, sous lesquels se cache un grand aimant. Léonard de Vinci parle dans ses carnets de « profondes et larges cavernes dissimulées aux entrailles de la Terre ». Et puis il y a l’énigme des pôles, restée longtemps mystérieuse, inexplorés car inexplorables : certains pensent que la Terre est creuse aux pôles et qu’il y a forcément moyen d’y pénétrer. Il y a aussi la théorie des sphères concentriques d’Edmond Halley (celui de la comète - la Terre serait formée d’un noyau entouré d’une coque qui ne lui est pas solidaire, les deux sphères concentriques tournant à une vitesse légèrement différente, provoquant ainsi les variations du champ magnétique). Séduisant non ? La Terre que l’on connait serait creuse parce qu’elle contient une autre Terre au centre ! D’autres, un peu plus téméraires que les autres imaginent la Terre creuse et éclairée en son centre par un soleil, voire par deux soleils, c’est la théorie attribuée à l’écossais John Leslie (1766-1832). Avec le XIXè puis le XXè siècle, les connaissances scientifiques s’affinant, on arrive à des théories extravagantes pseudo-scientifiques qui feront la joie des scénaristes de films de SF de la fin du XXè siècle.

De là à y imaginer la vie humaine dans ces mondes, il n’y a qu’un pas pour les plus imaginatifs.

Les auteurs de cette somme bibliographique nous décrivent et commentent avec précision et un esprit critique remarquable, plus de 2.200 ouvrages sur le sujet, un véritable défi ! Le moindre roman de SF français, anglais, américain, allemand, etc. a été soigneusement étudié et nous permet de voyager parmi toutes les théories les plus étonnantes.

C’est la découverte et la lecture d’un de ces ouvrages référencé qui m’a amené à approfondir le sujet : Voyage au centre de la Terre ou Aventures de quelques naufragés, dans des pays inconnus ; traduit de l’anglais par M. J. Saint-Albin (pseudo de Collin de Plancy). Tel est le titre de cet ouvrage.

Composé de 3 tomes in-12 d’un peu plus de 200 pages chaque, ce volume est édité à Paris chez Collin de Plancy et Cie (à l’époque imprimeur), rue Montmartre et chez Rapilly, libraire, boulevard Montmartre. Il porte la date de 1823. Chaque volume sort de l’imprimerie de David, rue du Pot de fer à Paris. L’ouvrage est orné de 6 gravures à l’eau-forte non signées. Notre exemplaire porte le tampon de la bibliothèque de Marcel Bekus.

Collin de Plancy ? Cela ne vous dit-il rien ? Oui, bien sûr, c’est lui ! L’auteur bien connu du Dictionnaire infernal (1818-1863). Farouche anticlérical dans la première partie de sa vie, il publie des ouvrages audacieux voire hérétiques aux yeux du catholique convaincu qu’il devient ensuite et qu’il restera jusqu’à la fin de ses jours. Né en 1794, anticlérical jusqu’en 1837, il mène une vie dévote jusqu’à sa mort en 1881. On pourrait presque penser que Collin de Plancy a vécu trop longtemps pour être cohérent avec lui-même (c’est un simple avis personnel totalement subjectif).

La curiosité m’a poussé à faire quelques recherches sur cet ouvrage « fort peu lu » comme l’annonce Costes et Altairac dans la notice qui lui est consacrée. Ce serait trop long de vous résumer ce livre alors je vais me contenter de vous en citer quelques passages significatifs :



Le personnage principal, dénommé Clairancy s’exprime ainsi à ses compagnons d’aventure lors de leur arrivée dans cette terre intérieure : « Un savant physicien a prétendu, au commencement du dix-huitième siècle, que la Terre qui vient de nous perdre ne pouvait être compacte, puisqu’ayant trois mille lieues de diamètre, il y en aurait au moins deux mille neuf cent d’inutiles. En conséquence, il supposait dans l’intérieur du globe terrestre, un noyau métallique qui en réglait les mouvements. Ce système, que l’on rejeta alors comme un paradoxe, notre aventure en prouve la réalité. Voilà donc ce que je présume : la Terre, dont les hommes habitent la surface, qui a neuf mille lieues de circonférence n’a que cinquante ou cent lieues d’épaisseur dans1 toutes ses parties. Son intérieur est vide, et lui donne au centre la forme d’un globe ; au milieu de ce globe est un noyau ou une autre planète plus petite, et ce noyau est d’aimant ; nous en sommes convaincus par la nécessité où nous venons d’être réduits d’abandonner tout le fer que nous portions avec nous (…) ce qui nous embarrasse le plus, c’est de voir le ciel, quand nous avons de toutes parts la terre au dessus de nos têtes. Mais il se peut que le globe terrestre, opaque et sombre dans sa superficie, soit lumineux dans ses parties inférieures, ou plutôt l’air qui nous environne nous cache la véritable nuance de ce demi-globe qui est au dessus de nous. Quant à la lumière que nous recevons ici, je pense qu’elle nous est communiquée par ces mêmes vapeurs magnétiques, qui, traversant les deux pôles, s'élèvent à une hauteur infinie, réfléchissent les rayons du soleil, font les aurores boréales, et sont peut-être aussi l’axe de la Terre (…) c’est encore à ces vapeurs magnétiques qu’on doit attribuer la direction constante vers les pôles, de l’aiguille aimanté (…)"

C’est Collin de Plancy qui en est l’auteur. Notre exemplaire porte la date de 1823 mais cet ouvrage date de 1821, de simples titres de relais ont été substitués aux premiers pour une remise en vente en 1823. Sans doute l’ouvrage n’a pas bien été vendu lors de la première diffusion.

Voici la description succincte de ce monde souterrain extraordinaire : Monde souterrain et ses 46 états dont Albur et ses 415 villes avec bien sûr une ouverture vers le Pôle nord. Les habitants sont végétariens, la faune, sauf exception, ne dépasse pas la taille de quinze centimètres. Deux de ses peuplades ont, une la peau jaune, l’autre la peau verdâtre…

Michel Meurger, dans sa notice pour la bibliographie de MM. Costes et Altairac, conclut : « Ce roman vaut plus par sa date de parution que par sa thématique, assez pâle. On est assez loin de l’imaginaire vernien. !»

Cet ouvrage porte le n° 56 de la bibliographie des Mondes souterrains imaginaires citée plus haut.

C’est sous le n°95 de la même bibliographie que l’on trouvera le Voyage au centre de la Terre (1864) de Jules Verne. Que penser ? L’étude de Daniel-Henri Pagneaux « Voyages aux sources du Voyage au centre de la Terre » ne fait état d’aucun modèle romanesque antérieur susceptible d’avoir influencé Jules Verne. Jules Verne se documentait pourtant beaucoup. A-t-il ignoré cet ouvrage ? L’a-t-il seulement lu ? S’en est-il inspiré ? Laissons là donc une comparaison qui semble s’arrêter au titre de l’ouvrage. C’est intéressant à noter tout de même qu’un ouvrage porte un titre identique près de 40 ans auparavant, sur un sujet semblable, même s’il est traité différemment.
Une petite anecdote pour finir. Le saviez-vous ?

Certains chercheurs excentriques écumeraient régulièrement tous les documents en possession de la BNF concernant Jules Verne, l’Islande, le Sneffels et la vulcanologie. Ils seraient en effet persuadés que, derrière le roman de Jules Verne, se cacherait une histoire vraie, et chercheraient toujours et encore l’entrée de la Terre creuse…

Bibliophiliquement parlant, on sait l’engouement pour les Voyages extraordinaires de Jules Verne, et le Voyage au Centre de la Terre ne fait pas exception à la règle. L’ouvrage de Collin de Plancy, quant à lui, est beaucoup plus rare, mais évidemment beaucoup moins recherché des amateurs… il faut dire que cet ouvrage n’est guère connu que des spécialistes du genre…

Les utopies sont très recherchées en bibliophilie. C’est un pan entier de l’histoire des idées, de l’histoire des sciences qui est à explorer. Bonne lecture à tous !
Amitiés bibliophiliques, Bertrand

Superbe, merci beaucoup Bertrand.

H


jeudi 17 avril 2008

Devenir Libraire...

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Ce soir, je laisse la part-belle aux libraires qui lisent le blog et qui souhaiteraient intervenir dans le débat.

Je relaie un message d'un jeune bibliophile qui lit le blog et qui se pose la question suivante : comment devenir libraire? En réalité, ils sont même deux à se poser la question, et à avoir ce projet.

Difficile pour moi de répondre, vous vous en doutez, mais peut-être certains d'entre vous, qui sont libraires, ou le sont devenus sur le tard, si j'ai bien tout suivi, peuvent-ils lui donner un début de réponse.

Si vous le voulez bien, essayons de dépasser les évidences du type "être passionné", "être motivé", "faire preuve d'abnégation", "ne pas vouloir devenir riche", pour fournir des réponses un peu plus approfondies. Pour ma part, je peux intervenir pour conseiller un type de raison sociale, mais pas plus.

Essayons-donc de l'aider sur les plans suivants : faut-il ouvrir une boutique, faut-il être seul ou s'associer, faut-il racheter une librairie, est-il nécessaire de démarrer avec un stock important, faut-il se spécialiser, est-il utile/facile de rédiger un catalogue, paris ou province, s'endetter, etc., etc.

Evidemment, vous allez me dire que cela dépend des objectifs et de la vision de la vie de chacun, mais j'imagine qu'il existe malgré tout, si ce n'est des règles, du moins des choses qui peuvent aider un démarrage.

Bien sûr, les non bibliophiles qui ont un avis sur la question peuvent également intervenir. Je pose d'ailleurs la première pierre en donnant un avis extérieur : si j'étais libraire, je crois que j'essaierais d'être ambitieux, non pas pour devenir forcément millionnaire (même si je n'ai rien contre), mais pour voir passer entre mes mains de beaux livres, réflexe de bibliophile j'imagine. De plus, avis plus terre à terre, je crois que je privilégierais une formule sans librairie physique, parce que cela représente un coût important, et parce que cela peut impliquer rapidement d'être plusieurs : l'un qui tient la boutique, l'autre qui court les salles des ventes pour s'approvisionner.

Si vous êtes libraire et que vous voulez nous raconter votre histoire, n'hésitez pas!



H

mercredi 16 avril 2008

Ebayana et autres...

Amis Bibliophiles Bonsoir,

En préambule, un petit mot pour vous dire que je viens de prendre un nouveau poste (sur le plan professionnel) depuis lundi et qu'il m'est plus difficile (doux euphémisme) de poster à la même heure, voire de poster tout court. Je fais tout mon possible.

Comme tous les 15 jours, voici un tour rapide du marché :

Le grand moment du marché, pour ceux qui peuvent s'y rendre, c'est vous le savez le Salon du Livre Ancien et de l'Estampe, organisé par le SLAM, qui se tiendra jeudi, vendredi, samedi et dimanche au Grand Palais à Paris.

Ebayana :

Voici quelques uns des livres que je suis en ce moment et qui peuvent avoir un intérêt.

Une magnifique reliure de Blanchetière, sur un grand texte de Flaubert, mais cher, cher...

Cook par La Harpe, le 1er et le 2ème voyage. Reliure d'époque. Pas cher du tout!

Le Conte du Tonneau, de Swift, 3 volumes, 1757 en reliure d'époque

Les Essais de Montaigne, reliés par Thouvenin, 1818

Bibliophilie : les origines de la Presse et de l'Imprimerie. Dans une reliure parlante de Mennerat

Aahh... c'est tout pour ce soir, suis fatigué.
H

mardi 15 avril 2008

Interview de Frédéric Castaing, président du SLAM

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Tapis rouge (c'est un peu une reconnaissance), le Blog du Bibliophile vous propose ce soir une interview de Frédéric Castaing, le président du SLAM (Syndicat de la Librairie Ancienne et Moderne), qui est évidemment l'institution en France, et qui organise le Salon du Grand Palais.

Merci beaucoup à lui de d'être gentiment prêté à cette interview :

Vous êtes actuellement Président du SLAM, comment pouvez-vous résumer l'activité du seul syndicat professionnel des libraires de livres anciens, livres illustrés, autographes et gravures en France, et qui existe depuis 1914?

La vocation première du SLAM est de défendre les professionnels du livre ancien, évidemment ses adhérents mais plus généralement la profession toute entière.
Un exemple : le SLAM participe à la diffusion d'un questionnaire destiné aux amateurs de livres afin de mieux connaître leurs desiderata, de mieux nous adapter à leurs demandes. 20.000 questionnaires seront ainsi distribués au Grand Palais. L'opportunité nous sera ainsi donnée de cerner au plus près les attentes et les comportements d'un public renouvelé. Chacun comprend qu'il y aura là, après dépouillement un formidable outil pour les libraires.

Pour la deuxième année consécutive et pour le plus grand bonheur des bibliophiles que nous sommes, le Salon International du Livre Ancien organisé par le SLAM va se tenir au Grand Palais, à Paris, du 17 au 20 avril 2008.

Que pouvez-vous nous dire de cette nouvelle édition?

Cela fait des mois et des mois que les libraires sélectionnent le meilleur de leurs découvertes pour le salon du Grand Palais.
Par ailleurs, vous le savez, l'invité de cette année sera la Bibliothèque nationale qui exposera des merveilles. Enfin les conférences déclineront à l'envie le thème du salon de cette année : le voyage, voyage dans l'espace, dans le temps, en nous-même, au coeur de la mémoire collective.

Comment situez-vous ce Salon sur le marché international du Livre Ancien, aussi bien au niveau de la comparaison avec d'autres salons à l'étranger, comme la Book Fair à New York, mais également au niveau de l'attractivité du Salon du Grand Palais auprès des professionnels et des bibliophiles étrangers?

Comme l'année dernière nous aurons environ 1/3 d'exposants étrangers, je pense même que ce pourcentage est en légère progression. Il est clair pour tout le monde aujourd'hui que le salon du Grand Palais à Paris avec ses 18.000 visiteurs en 2007 (nous en attendons plus de 20.000 en 2008) est devenu le premier salon du livre ancien au monde.

J'ai l'impression que ces grands événements jouent un rôle capital dans le petit monde de la bibliophilie, qu'en pensez-vous, et comment voyez-vous l'avenir de la bibliophilie en France? Le SLAM a-t-il observé des changements importants sur le marché ces dernières années?

Le monde du livre ancien" recèle des potentialités infinies, il souffre seulement d'un manque de visibilité. Le salon du Grand Palais est une des réponses.

Comment convaincre nos lecteurs de se rendre au Salon en quelques mots?

Dans un monde de plus en plus virtuel, le Salon du Livre Ancien c'est la possibilité de voir, toucher, sentir éventuellement acheter ce qui constitue une part des fondements de la mémoire collective, le patrimoine écrit.

Merci beaucoup M. Castaing, et rendez-vous au Salon du Grand Palais!
H

lundi 14 avril 2008

Portrait : Nollet, un abbé physicien

Amis Bibliophiles Bonsoir,

C'est Bernard qui vous propose ce soir un portrait de l'abbé Nollet. Un grand merci à lui.

Portrait de Nollet : Portrait XVIIIeme gravé par Jacques Firmin Beauvarlet d’après le pastel de La Tour.

Œuvres de Nollet

Enfant d’une famille pauvre, Jean Antoine Nollet (1700-1770), choisit la carrière ecclésiastique. Il obtient en 1724 le titre de bachelier de la Faculté de théologie de l'Université de Paris et est consacré diacre en 1727. Dès 1728, il travaille avec René-Antoine Ferchault de Réaumur et Louis XV le nomme maître de physique et d'histoire naturelle des enfants de France (enfants du roi). Très bon orateur, il donne la première de ses « causeries expérimentales » en 1735. Le succès est immédiat et Nollet est connu à travers l’Europe savante. En 1736, il part en Hollande où il rencontre Petrus van Musschenbroek, le plus célèbre des physiciens newtoniens du moment. Il entre en relation avec les savants de son temps, en particulier Benjamin Franklin. En 1738, il publie son premier ouvrage :

Programme ou idée générale d’un cours de physique expérimentale.

En 1739, Nollet passe six mois à Turin auprès de Charles-Emmanuel III, roi de Sardaigne et duc de Savoie pour lui enseigner la physique expérimentale. La même année, il est élu membre de l'Académie des Sciences. En 1746, Musschenbroek rend compte d’une découverte fondamentale , l’effet de la décharge électrique à travers le corps humain. Cette effet spectaculaire relance les recherches sur l’électricité. Nollet s’y consacre alors presque exclusivement ; il devient « l’électricien de France ». En 1746 il publie son premier ouvrage sur le sujet :

Essai sur l’électricité des corps.

Nollet y expose sa théorie de l’électricité : Pour lui, la cause générale des phénomènes électriques est « l’effluence et l’affluence simultanées d’une matière très subtile, présente partout et capable de s’enflammer par le choc de ses propres rayons ». En 1749, il répond aux attaques de ses adversaires en publiant ses

Recherches sur les causes particulières des phénomènes électriques.
Le système de Nollet jouira en Europe d'un large consensus jusqu’en 1752, date à laquelle paraît en France l’ouvrage de Franklin :

Expériences et observations sur l’électricité faites à Philadelphie en Amérique.

La théorie qui y est développée s’oppose à celle de Nollet. Franklin pense que tous les corps possèdent un fluide particulier, le fluide électrique ; ceux qui en ont en plus (trop), sont dits chargés positivement ; ceux qui en ont en moins (pas assez), sont dits chargés négativement. Il s’en suit une longue controverse que Nollet rend publique en 1753 dans ses

Lettres sur l’électricité.
Deux autres volumes paraîtront en 1760 et 1767.

Entre 1743 et 1764, Nollet rédige et publie ses Leçons de physique expérimentale en six volumes.

Edition Amsterdam

Les planches de l’édition hollandaise ont été regravées et diffèrent légèrement de celles de l’édition parisienne.

Planche de l’édition parisienne
Planche de l’édition d’Amsterdam.
Ces leçons ont eu une dizaine d’éditions et ont servi à l’enseignement jusqu’à la fin du XVIIIème siècle. Enfin, en 1770 paraît, en trois volumes, le dernier ouvrage de Nollet :

L’art des expériences, ou avis aux amateurs de la physique.

Nollet a été non seulement un génial expérimentateur, mais également un excellent artisan ; il est l’inventeur de nombreux appareils qu’il vendait aux amateurs. Par exemple, en 1739, Nollet a vendu à Voltaire un cabinet de physique pour la somme colossale de 10 000 livres. Voltaire, en payant la note, ne pouvait que s’exclamer: « L’abbé Nollet me ruine ». Mais il ajoute : « il est beaucoup plus aisé de trouver de l’argent qu’un homme comme luy.».

C’est dans ce dernier ouvrage que Nollet décrit avec minutie la fabrication et le mode d’emploi de tous ses appareils. Ceux-ci sont de véritables objets d’art dont quelques spécimens sont conservés dans certains musées. Si vous voulez en avoir une idée, je vous conseille de consulter le superbe ouvrage « L’art d’enseigner la physique », paru chez Septentrion en 2002. Cet ouvrage contient de magnifiques photos et une bibliographie exhaustive de Nollet réalisée par Jean-François Gauvin et Anthony Turner, libraire aimable et érudit que vous avez peut-être déjà rencontré dans certains salons.

A l'âge de 56 ans Nollet obtient la chaire de physique expérimentale du collège de Navarre, puis un poste à l'école du génie de Mézières. En 1762, il est élevé au rang de Directeur de l'Académie des Sciences.

Merci beaucoup Bernard,

H

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