« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier
"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

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jeudi 1 janvier 2009

Les enchères en salles en 2008

Amis Bibliophiles Bonjour,

Ca y est, une nouvelle année est derrière nous, avec son cortège de grandes ventes qui donnent toujours des indications sur l'état du marché. Comme l'an passé, je vous propose aujourd'hui une petite analyse des résultats obtenus en 2008, même si ces chiffres tiennent souvent de l'anecdote, ils restent intéressants.

En 2007, le montant du 500ème livre s'étant le mieux vendu était de 51 500 €, en 2008, il n'était plus que de 36 500 €. Plus intéressant peut-être, au 1er semestre 2008, le prix médian des 500 ventes les plus élevées était de 43 500 €, au second semestre, ce prix médian est tombé à 31 300 €, signe d'un ralentissement significatif du marché, qui s'observe d'ailleurs sur tout le marché de l'art au second semestre.

En 2007, le "livre" ayant atteint le prix le plus élevé était la Magna Carta dont j'ai déjà parlé dans le blog, avec 15,25 millions d'euros. En 2008, c'est une lettre d'Abraham Lincoln qui occupe la première place avec "seulement" 2,4 millions d'euros.

On retiendra cette année les résultats importants obtenus par des lettres autographes et pour les bibliophiles français la 2ème vente la plus élevée de l'année atteinte par le manuscrit du Manifeste du Surréalisme d 'André Breton, vendu chez Sotheby's pour environ 1,9 million d'euros. Plus loin, on trouve le De Revolutionibius de Copernic (1543) qui atteint 1,6 millions d'euros, et dont nous avons parlé ici: http://bibliophilie.blogspot.com/2008/09/le-scientifique-le-bibliophile-et-les.html

A la 6ème place, on retrouve un autre manuscrit d'André Breton, Poisson Soluble, qui a atteint 890 000 euros.

A la 21ème place, une LAS d'Albert Einstein, pour 211 000 euros, et le premier document ancien de langue française, une LAS de "Jean-Baptiste Poquelin Molière" et deux reçus signés "Armande-Gresinde-Claire-Elisabeth Bejart" et "Jean Pocquelin et Jehanne Pocquelin", lot qui atteint un total de 211 000 euros également, chez Bonhams. Le premier "livre" ancien de langue française est un manuscrit du Roman de la Rose qui a atteint 193 000 euros et se classe à la 35ème place.

Mon coeur, lui, aura vainement vibré pour un manuscrit signé de Henri Morgan et daté de 1672, qui relate le sac de Panama... J'avais économisé un peu pour me l'offrir, je me suis trouvé trop court de 137 000 euros, puisque j'avais prévu 500 euros! Sourire. Ce document se classe 47ème.

Je vais vous épargner les 453 lots suivants, mais je vous signale malgré tout deux lots qui méritent un peu d'attention:

1. A la 457ème place, on trouve un livre "moderne", tiré en grande série, l'EO de Casino Royale de Ian Fleming, qui atteint 34 000 euros.

2. Au 61ème rang se trouvent les Roses de Redouté, avec 160 000 euros pour les 3 volumes, ce qui est assez insolite quand on sait qu'un expert français a récemment vendu un des trois volumes dans une manette avec deux Bourdaloue dépareillés, et qu'un autre volume a atteint... 224 euros sur ebay il y a quelques mois...

Ce qui me permet de faire la transition avec l'ouvrage dont nous avions suivis la trace sur le blog (Le livre en question était "A Journal of Captain Cook's Last Voyage..." Hartford, 1783, le tout premier livre imprimé aux Etats-Unis sur Hawaii, cf http://bibliophilie.blogspot.com/2008/12/une-belle-histoire-debay-christies-en.html): vendu 1 610 euros en achat immédiat sur ebay.com par chocolatepickle37 en septembre dernier, et revendu il y a quelques semaines par un libraire (l'acheteur sur ebay.com) chez Christie's, 81 jours plus tard, pour 38 000 euros, soit la 486ème vente la plus haute de l'année.

La vraie bonne nouvelle? Pour 30 euros seulement (36 euros si vous êtes à l'étranger) vous pouvez souscrire à La Nouvelle Revue des Livres Anciens, ce qui non seulement n'écornera pas votre budget Bibliophilie, mais en plus vous permettra de tout savoir ou presque sur les livres qui font la Bibliophilie.

H

12 commentaires:

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Et pour moi (mais il en faut pour tous !), les livres qui font la Bibliophilie ne sont que les Imprimés depuis 1450 : pourquoi mélanger ici, dans cette étude du marché 2008, les livres imprimés avec les manuscrits médiévaux (et autres "vieux papiers") et les LAS ?! Ces domaines sont tellement différents à tous points de vue : beaucoup ne concernent que la "brocante", les prix sont du domaine de la spéculation, les manuscrits médiévaux sont du domaine de l'art plus que du livre, les collectionneurs ne représentent qu'une minorité de ceux qui collectionnent les "vieux papiers".. etc...
Il n'y a aucun complexe à collectionner les autographes ou les manuscrits, médiévaux ou modernes, mais il faut appeler un chat "un chat" : ce n'est pas de la Bibliophilie. D'ailleurs, la terminologie ne s'y est pas trompée en créant les mots adéquats ("autographophilie" etc)

Hugues a dit…

Ah! Touché! J'aurais pu (aurais-je dû?) consacrer un article aux ventes aux enchères de format Cazin dans l'arrière-pays rémois, mais parlons-nous là aussi réellement de bibliophilie, ou est-ce une bibliomanie incurable? :) Et puis cela m'aurait contraint à mettre en exergue ton récent chopin sur ebay, et je veux préserver le secret jusqu'au moment où tu dévoileras ta trouvaille!
Aussi ai-je pensé que les bibliophiles sont des gens ouverts, et que tous ces éléments les intéresseraient; puisque nous sommes tous, c'est bien connu, susceptibles de tomber un jour ou l'autre sur une Magna Carta non répertoriée, sur les lettres de Molière à ses maîtresses ou celles d'Einstein à ses confrères, ou l'inverse. Dans ce cas, autant connaître les prix, non?
Sourire.
Le passage sur l'évolution des prix est intéressant néanmoins, n'est-il pas?
Hugues

Gonzalo a dit…

L'article complet est intéressant, et je pense qu'il n'est pas inutile que nous, collectionneurs d'imprimés anciens, ayons une ouverture minimale sur le manuscrit ou les livres "modernes" (007).

Cela dit: d'où viennent ces chiffres et ce classement?

Martin a dit…

Je suppose que ces chiffres viennet de la liste qu'on trouve chaque année sur americanaexchange:
http://www.americanaexchange.com/NewAE/auction/stats/2008/2008aetop500.asp

Très loin d'être complète, cette liste.

Tristan a dit…

Question que je me pose souvent: qui achète un livre à 1 million d'euros? Est-ce vraiment des bibliophiles ou à ce niveau de prix ne s'agit-il pas plutôt d'institutions, de bibliothèques, de fondations?
Autre question, qui est intimement liée: à partir d'un certain niveau, ne quitte-t-on pas la bibliophilie pour entrer dans le marché de l'Art, avec ses spéculations?
Imagine-t-on un bibliophile ayant chez lui une bibliothèque de 500 ouvrages à 500 000 euros pièce?
En connaissez-vous?
Suis-je complètement à la rue? ;)
Connaissez-vous de ces bibliophiles milliardaires qui préfèrent les livres aux clubs de football, aux yachts ou aux voyages dans l'espace?
Tristan

Hugues a dit…

Oui, cette liste vient notamment des matériels et des emails que j'échange parfois avec Bruce.
Non, je ne connais pas de ces milliardaires, enfin, sauf deux, mais ils ne sont que millionnaires, et l'un d'eux est libraire...
H

Anonyme a dit…

Au chapitre des manuscrits enluminés, le mardi 18 novembre 2008 a été adjugé à Drouot un "Bréviaire à l'usage de Paris" du début XIVe estimé 100 000/200 000 euros pour la modique somme de 1 470 000 euros + 20,332 % de frais , heureusement un "livre d'Heures à l'usage de Reims" (Jean-Paul détourne les yeux) vers 1410-1415 estimé 300000/ 400000 euros a été adjugé le 1er décembre 580 000euros +23,92% de frais TTC! Il y a quelques raisons à collectionner les livres imprimés!
Lauverjat

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Le Livre d'Heures à l'usage de Reims a échappé à la Ville de Reims (de beaucoup) et est parti...aux USA. L'autre manuscrit médiéval probablement aussi...
Il y aurait une raison de collectionner les manuscrits médiévaux français : les garder en France ! Mais même l'Etat n'a pas les moyens de lutter contre les spéculateurs...ça n'a vraiment rien à voir avec la Bibliophilie.

Eric a dit…

Je croyais que la législation française ne permettait pas la sortie du territoire français,de trésors nationaux (cf. par ex. http://www.gazette-drouot.com/static/magazine_ventes_aux_encheres/guide_juridique_des_encheres/021_guide_juridique_des_encheres.html)?


Eric

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Faut-il que les objets soient classés nationaux et soient préemptés.

Anonyme a dit…

les objets à forte connotation historique, quels qu'ils soient, peuvent être classés sur le champ pour éviter un départ vers l'étranger. L'état n'a aucune obligation de préempter.

C'est ce qui s'est passé il y a 15 ans environs, quand un antiquaire qui envoyait des containers aux USA y avait mis un cabinet de toilette de Marie-Antoinette. (même si tout ne peut pas être controlé dans ce cas).

Le Bibliophile Rhemus a dit…

"Anonyme" ?,

L'Etat n'a en effet aucune obligation de préempter, mais généralement, c'est la BnF ou une BM, au nom de sa Ville, qui préempte ces objets patrimoniaux de prix très élevé.

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