« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier
"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

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samedi 24 janvier 2009

Une semaine de Bibliophile, une semaine de Bibliophilie

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Je commence à peine à reprendre un rythme normal, et le blog m'aide à retrouver mes marques, et mes livres. J'ai passé une semaine loin de mes livres, tout en essayant de conserver un lien avec eux et j'ai découvert qu'en fait chaque jour de la vie d'un bibliophile est marqué par la bibliophilie (à moins que cela ne soit la vie d'un bibliomane?).

Lundi, j'ai reçu le charmant catalogue de la librairie Anne Lamort, espérant - en vain - qu'apparaisse au fil des pages La Danse Macabre reliée en peau humaine que cette libraire avait arrachée lors d'une vente à Drouot. 
Pour autant, j'ai beaucoup aimé ce délicat catalogue, et notamment deux courts textes qu'il contient. Le premier est une citation de Jean Bernard Clément, dans le petit dictionnaire de la Cour et de la Ville: "Une grande bibliothèque est comme une ville extrêmement peuplée: il serait ennuyeux d'y faire connaissance avec tout le monde; chacun y choisit la société qui lui convient. Le plus grand nombre se contente de la mauvaise compagnie". On peut discuter la dernière partie, un peu extrême, mais je trouve la citation assez juste.
Le deuxième texte est une explication de la méthode utilisée pour rédiger les notices du catalogue. Il me semble que c'est la première fois que je le croisais, et je le trouve très clair:
"Ami Lecteur,
Par tradition, les notices de catalogue sont rédigées selon les règles bibliographiques éditées au XIXème siècle. 

Le premier pavé de texte en corps 10 reprend les indications de la page de titre et donne une description neutre du livre. Les titres sont reproduits dans les notices tels qu'ils sont imprimés, avec l'orthographe fantaisiste ou simplement ancienne de l'auteur ou du typographe. On n'a pas jugé utile d'ajouter des sic à tous les mots empreints des négligences si charmantes du passé.

Les paragraphes inférieurs en corps 9 livrent les commentaires du rédacteur en progressant du général au particulier, ce qui permet au lecteur d'accéder rapidement à l'information recherchée: 
- en premier lieu des renseignements sur l'auteur, le texte, l'édition, l'illustration.
- à la fin la description des particularités de l'exemplaire: papier, provenances, reliure, défauts éventuels, etc.".

L'exemple ci-dessous, tiré du catalogue, illustre parfaitement le propos.

Mardi, un email de Jean-Paul m'apprend que les souscriptions à La Nouvelle Revue des Livres Anciens continuent d'affluer et qu'il est nécessaire de repousser la date limite pour souscrire. Par ailleurs, les textes du premier numéro sont tous définis et constituent un ensemble très intéressant et certains libraires sont prêts à soutenir le projet. Nous sommes par ailleurs à la recherche d'un bon imprimeur. Bref, tout va bien du côté de ce grand projet.

Mercredi, je me replonge dans un vieux catalogue, celui de la Librairie Mouvements, proposant "Des livres de la bibliothèque de Julien Gracq". En bas du premier contreplat un encadré m'interpelle: "Les livres dispersés sans envoi, provenant tous de la bibliothèque de Julien Gracq dispersée le 12 novembre 2008, sont marqués d'un tampon rouge au nom de l'étude des commissaires-priseurs de Nantes et de la date de cette dispersion". 
Je vous avoue que ceci me laisse extrêmement perplexe: est-ce une pratique courante (je la croise pour la première fois), vous surprend elle autant que moi? Sans aller jusqu'à remettre en cause l'authenticité de la provenance (encore que, une "erreur involontaire" est vite arrivée),cela a-t-il vraiment un sens, n'est-ce pas même placer la provenance plus haut que le livre lui-même? Et que dire du tampon... qui est rouge (subitement, je trouve un charme certain à tous les ex-libris)? Qu'en pensez-vous? 

Jeudi... J'intègre deux ouvrages à ma bibliothèque, deux ouvrages plutôt curieux et sur lesquels j'ai peu d'information, mais j'avoue n'avoir pu résister à leur charme (et à leur faible prix). Pouvez-vous m'aider? Il s'agît de deux plaquettes in-12. La première est parue en 1730, il s'agît de L'Eloge de Rien, dédié à Personne, à Paris, chez Antoine Heuqueville, la seconde, parue également en 1730, mais peu de temps après est l'Eloge de Quelque Chose, dédié à Quelqu'un, à Paris, chez Heuqueville. Une annotation manuscrite précise que les ouvrages sont de Coquelet. L'un de vous en saurait-il plus?


Vendredi, autre arrivée, achetée sans photo, sur la foi d'une description assez réduite mais qui semblait prometteuse. Bref un achat qui eut été déraisonnable si le prix là encore n'avait pas été faible. Je le précise ici comme pour les deux livres cités plus haut, parce que ces achats m'ont fait du bien en me confortant que l'on pouvait encore faire de forts jolis achats avec quelques dizaines d'euros. Même si cela n'arrive pas tous les jours, et puis cela compense tous mes achats idiots, qui sont innombrables, malgré tout! Sourire. Il s'agît de l'ouvrage Les Bains de Diane par Desfontaines, à Paris, chez Costard, 1770. 
Un volume in-8 en maroquin vert de l'ami Marius Michel et portant l'ex-libris d'un bibliophile qui semble être connu "Charles Cousin", mais su lequel j'ai peu d'information. Les ouvrages qui lui ont appartenu sont passés dans les mains d'autres illustres bibliophiles, mais de lui, je ne sais rien. Et vous? Dans tous les cas, son ex-libris est assez amusant, il associe sa devise de bibliophile "c'est ma toquade", et l'épitaphe de La Fontaine: " Jean s'en alla comme il était venu".
Samedi. Mais nous sommes samedi! Je vous retrouve, c'est un vrai plaisir. Je repars demain pour mon exil temporaire, mais cette fois-ci avec de quoi nourrir le blog au cours de la semaine, et un peu plus de temps.

H

P.S.: j'ai du courrier en retard, évidemment, je m'y consacre demain.

14 commentaires:

Wall a dit…

Pour l'histoire des tampons, cela se fait dans les ventes d'ateliers d'artiste. Mais sur les dessins et oeuvres de l'artiste.

Je trouve cela ridicule sur les livres!!!!

Gonzalo a dit…

Ridicule, en effet, si Gracq n'a pas annoté ses livres. S'il a pris des notes qui auront, éventuellement, servi à son oeuvre, ça peut à la rigueur se comprendre. Mais s'il s'agit de livre non coupé, pas même lus, mais qui portent la poussière qui tombait du plafond de la maison de vacances de Julien Gracq, franchement, c'est ridicule.

D'autant que ce genre de tampon ne doit pas être très dur à contrefaire... ce qui est aussi le cas de nombreux ex-libris.

Tiens! Si je signais "Montaigne" à l'encre brune, sur mon Virgile de 1618 ? Comment ça? vous dites? Il était déjà mort? Vous auriez dû le dire plus tôt!

Romain a dit…

Bonjour,

Pour les tampons, il y a un précédent avec la vente de la bibliothèque d'André Breton : un tampon invisible à l'œil nu (n'apparaissant qu'exposé avec une lampe fluorescente) avait été apposé sur le dernier feuillet blanc (ou le premier, je ne sais plus...) de chacun des ouvrages.

Bien cordialement,

Romain

Gonzalo a dit…

> "un tampon invisible à l'œil nu (n'apparaissant qu'exposé avec une lampe fluorescente)"

Ca me semble un peu moins "sauvage" (ce qui ne veut pas dire que ça se justifie...)

Romain a dit…

Il me semble que ce genre de tampon permet seulement de vendre plus cher un livre banal qui sans tampon de "provenance" aurait fini dans une caisse en fin de vente...

Romain

Anonyme a dit…

La vente de la bibliothèque d'Eugène de Bourbon-Busset en deux parties 25 mai 2004 et 7 & 8 avril 2005 fit l'objet de deux catalogues de ventes et d'une large étude sur les reliures de Bradel-Derome le jeune.. Un ex-libris et 3 vignettes d'attributions aux ateliers , Antoine louis François Bradel-Derome, atelier Bradel-Derome le jeune et Tripier-Bradel ont été imprimés à cette occasion et collés sur les livres… qui circulent maintenant ainsi pourvus.
Pour Jeudi et Marius Michel: grosses jalousie…si jeudi justement je n'en avais pas tenu un doré par lui sur le contre-plat et relié janséniste par cuzin sur un opuscule rare du XVIe…bel émoi mais dans une bibliothèque publique!
Lauverjat

Anonyme a dit…

Charles Cousin : sa "Collection de Charles Cousin. Livres, manuscrits, faïences anciennes, tableaux, dessins, objets d'art" a fait l'objet du catalogue de ce nom à Paris en 1891, chez Charles Mannheim et le libraire expert de la vente A. Durel.
(grosse jalousie, sans "s" il ne faut rien exagérer.)
Lauverjat

Anonyme a dit…

L'éloge de rien et l'éloge de quelque chose; les bibliographes ne sont pas bavard. Le blog bibliomab a déjà traité le sujet:
http://bibliomab.wordpress.com/2008/08/23/leloge-de-rien-un-livre-et-un-auteur-singulier/

il n'y a pas grand chose à ajouter, le Larousse du XIXe dit que d'après la France Littéraire, Coquelet a collaboré aux Mémoires historiques d'Amelot de la Houssaye. La source semble être "la France littéraire".

Lauverjat

Anonyme a dit…

Pour "l'éloge de rien", il me semble que ce texte vient d'être réedité chez Allia (prix : 2 ou 3 euros), avec une succinte notice sur ses différentes (et peu nombreuses) éditions.

Julien

Le Bibliophile Rhemus a dit…

1) le timbre humide à l'encre rouge ou comment fabriquer des faux pour 10 €
2) Charles Cousin (1822-1894) : inspecteur général du Chemin de fer du Nord, membre fondateur de la Société des Amis des Livres, s'était baptisé "Le Toqué", allusion à ses "toquades " de collectionneur de presque tout.

Le Bibliophile Rhemus a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Le Bibliophile Rhemus a dit…

J'ai oublié d'ajouter que Charles Cousin, prétendait être apparenté à Jean de La Fontaine. Les initiales JFT, au centre de l'ex-libris, veulent dire : Jean de la Fontaine Toqué.

Le Bibliophile Rhemus a dit…

En dehors de l'intérêt porté par les bibliophiles aux deux textes
assez rares de Louis Coquelet (1676-1754), on sait qu'il n'était que le plagiaire de deux auteurs du XVIe siècle, Jean Passerat (pour L'Eloge de rien) et Philippes Girard (pour L'Eloge de quelque chose).

Anonyme a dit…

Les œuvres de Passerat ne portent pas tout à fait ce titre. On trouve une pièce latine "Nihil" (Rien) Paris, Etienne Prévosteau, 1587 pièce à laquelle Philippe Girard ajoute une pièce intitulée "Quelque chose". Puis le même Girard traduit Nihil: "Rien". C'est ce texte qui aurait inspiré Coquelet
De Passerat on trouve aussi "La Polimetrie, ou le moyen. Contre, Tout, Quelque chose & Rien" avec une dédicace "aux trois Chantres de Rien, de Quelquechoze & Tout.", Paris, Mathieu Guillemot, 1588. Dans une autre édition de "Nihil" Passerat à donné une autre pièce intitulée "Si peu que Rien" ainsi que "Tout", "le Moyen", "On", "Il".
Jean Passerat est un des auteurs de "La Satyre Ménippée"
Lauverjat

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