« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier
"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

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dimanche 11 octobre 2009

Une suite bibliophilico-scientifique au message de Bernard "Les cours manuscrits"

Amis Bibliophiles Bonsoir,

C'est comme cela que j'aime le blog: Bernard nous fait partager sa passion, et René lui répond par message interposé et nous propose une suite sur le même sujet, les manuscrits scientifiques. Et je sais déjà que cela va plaire, à Bernard, mais pas seulement!

"J'ai eu déjà l'occasion de rencontrer Bernard dans les commentaires aux "Résolutions bibliophiliques" de H (24 août), où il se disait bien heureux de constater qu'il n'était pas seul. Bienheureux les amateurs de livres scientifiques et Dieu fasse qu'ils ne se multiplient pas trop.

Les manuscrits de cours sont en effet passionnants, même si ce n'est pas de la Bibliophilie au sens pur. Quoique ... la bibliophilie est l'amour des livres sans exceptions. Me contredira qui voudra.

Je ne puis résister au plaisir de vous en présenter quelques-uns.

- Le premier (A) n'est pas très ancien mais est sans doute le plus émouvant. C'est un registre in-folio rédigé par un ouvrier mineur - une gueule noire - au début du XXe siècle. La calligraphie est parfaite car à cette époque on apprenait l'écriture ; on trouve quelques bévues orthographiques mais qui ne sont rien à côté de ce qu'on rencontre aujourd'hui, notamment sur Internet et même sur des sites officiels "académiques". Cependant l'intérêt se porte immédiatement sur les dessins à la plume exécutés avec un soin et une minutie qui laissent pantois.
Sans tomber dans le misérabilisme, on reste confondu si l'on songe que cet "élève" suivait les cours le soir, après une journée de travail harassante (on était loin des 35 heures ...), et complétait ensuite son cahier à la lueur d'une lampe à pétrole, ce qui ne lui laissait pas beaucoup de repos.

Les 2 autres manuscrits sont beaucoup plus anciens :

- 1745 (B) : cours de Phisique Experimentale donné par Mr Rolland au Collège de Beauvais (de l'ancienne Université de Paris) et transcrit par LeCoeur, 505 pages d'une écriture fine et serrée mais parfaitement lisible.
Il est illustré de 12 planches gravées "Chez Hecquet - place de Cambray à Paris, à limage St Maure". IN-8°, reliure plein veau, dos à 5 nerfs, orné à l'or.

- 1707 (C) : Physica Particularis Strasbourg "Joannes Marcus Agurne scripsis argentina stabulensis".
La première partie traite de l'astronomie et de la cosmographie. Rédigé d'une seule main en latin, l'écriture est difficilement lisible pour un pauvre amateur non paléographe et qui de surcroit a perdu une grande partie de ses connaissances de la langue latine.

Les illustrations manuscrites sont superbes et rappellent certains dessins alchimiques. Dans l'une d'elles la terre est encore figurée par une "carte T O", réminiscence des représentations du moyen-âge.

La seconde partie est consacrée à la Métaphysique.

Le livre, dans sa modeste reliure plein veau, comporte 391 pages, plus une table et une vingtaine de feuillets blancs.

Ces quelques considérations conduiront peut-être l'un ou l'autre des lecteurs du blog à venir grossir le petit ru qui sort à peine de terre, mais son eau est fraîche et limpide. La Petite Espérance est celle qui toujours commence.

René de Braine-le-Comte"

Merci René!
H

12 commentaires:

frédérick a dit…

je suis très sensible à ces magnifiques illustrations dans le dernier manuscrit présenté, qui me rappelle quelques illustrations à caractères astrologiques plus qu'alchimiques.

Raphael Riljk a dit…

C'est amusant de voir comment ces manuscrits sollicitent notre imagination en fonction de notre culture et/ou de notre environnement. Là où vous voyez gueule noire, je vois col blanc. Différence de lecture de "Germinal" ou d'ancrage en pays minier, peut-être...

J'ai un manuscrit d'astronomie et de physique qui est constitué de morceaux chosis d'au moins trois oeuvres du 18e avec des figures qui sont comme celles que vous montrez, mais en rouge et noir, avec un beau soleil réjoui. Je suppose que le système copernicien est aussi représenté dans le votre?

Si Stabulensis se réfère à Stavelot, il y a des Agurne connus juste à la charnière 17e-18e, repérés via Généanet. Avez-vous pu explorer ?

Merci de nous avoir montré vos manuscrits

Anonyme a dit…

Merci pour vos commentaires. Bien que n'ayant pas de mineurs dans ma famille, je suis natif de la région minière belge, juste à la frontière, à 15 km de Valenciennes. L'"élève" Jules Désirant se désigne "ouvrier mineur" mais il y avait des ouvriers de surface qui ne devaient pas être considérés comme des gueules noires.
Dans le manuscrit de Strasbourg il y a bien aussi le Système de Copernic. Je pense que "Argentina stabulensis" signifie "résidant à Stransbourg" : Argentoratum étant l'agglomération romaine qui a donné naissance à la ville de Strasbourg.
Si vous souhaitez quelques photos supplémentaires, demandez mon adresse mail à Hugues. Je serais d'ailleurs intéressé par quelques photos de votre manuscrit.
Je n'ai effectué, jusqu'à présent, aucune recherche sur le nom Agurne
car cette acquisition est toute récente.
Merci de votre intérêt et je suppose que nous pouvons vous considérer comme un science-maniac de plus ?
René de BlC

Bernard a dit…

Ca y est! Nous sommes au moins deux à nous intéresser aux sciences.Votre cours de physique de Rolland me fait vraiment envie. Avez-vous fait des recherches sur ce professeur? L'ouvrage d'astronomie est superbe lui aussi; le problème en est la lecture. J'aimerais prendre contact avec vous pour parler sciences. Hugues vous communiquera mon adresse email.
Amitiés

Olivier a dit…

C'est vraiment superbe, et cela fait envie...
Je sais que l'on peut dater une écriture d'après les formes empruntées et je me demandais quels étaient les intervalles, les grands marqueurs chronologiques.
J'ai un livre manuscrit qui m'interroge de ce point de vue.
Le cas échéant j'enverrai des photos à Hugues.
Olivier

Raphael Riljk a dit…

Le latin n'est pas ma langue maternelle mais ce stabulensis me pose problème si on veut en faire une forme de stabulare (être à l'étable).

Je me demande néanmoins si votre potache n'en a pas fait un jeu de mots en jouant de la ressemblance avec son possible pays d'origine.

Coîncidence ? voici Marc Jean Agurné :
* Né le 9 mars 1687 - Stavelot,4970,Liège,Wallonie,BELGIQUE
* Décédé le 8 avril 1758 - Stavelot,4970,Liège,Wallonie,BELGIQUE , à l'âge de 71 ans.

Pas idée de ce qu'il faisait. Le bon ou pas ? Possibilité d'entrer en contact avec ceux qui ont dressé l'arbre généalogique si vous vous inscrivez sur Généanet.

Voilà des pérégrinations estudiantines bien intéressantes à suivre.

Tout cela nous entraîne bien loin du sujet, mais bon...

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Effectivement : "d' Argentoratus" (de Strasbourg) devrait se dire "Argentoratensis"...

J a dit…
Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.
Anonyme a dit…

Un grand merci à tous pour votre intérêt concernant le manuscrit de Strasbourg. La lecture des écritures anciennes est un métier qui, je suppose, ne s'acquière qu'avec une longue pratique. En ce qui me concerne les connaissances latines sont très réduites et essentiellement "culinaires". La mention exacte du rédacteur est : "Possessor hujus philospohia. Joannes Marcus Agurné scripsis argentinà." et juste à côté, en caractères plus petits : "Stabulensis anno Domini 1707". Je note soigneusement l'information de Raphaël concernant ce Marc Jean Agurné de Stavelot. De mon côté j'ai trouvé via Internet dans le dictionnaire latin de Lebaigue : "stabulare : garder dans une étable, habiter, séjourner (en parlant des animaux).
stabulum - 1 - lieu de séjour, demeure. - 2 - gîte, repaire, tanière. - 3 - étable, écurie, parc, bergerie. - 4 - auberge, hôtellerie, taverne, mauvais lieu". On peut en effet imaginer une boutade de cet étudiant qui assimilait son logement à une étable. Il n'y à rien de nouveau sous le Soleil et nombreux sont les potaches qui useraient aujourd'hui du même vocabulaire si ce n'est pire !

Vive le Blog de Hugues, il a bien mérité de la Bibliophilie.

René de Braine-le-Comte

Anonyme a dit…

Suite au commentaire 9.
St Thomas ne voulait pas y croire mais il est fort probable que Raphael soit dans le vrai.
Dans le DICTIONNAIRE DES COMMUNES BELGES de DE SEYN, on peut lire :
"On fait généralement dériver le nom de Stavelot de Stabulaus, Stabulum (étable), parce que, à l'époque de la fondation de la petite ville, la vallée était le repaire, l'étable, d'un grand nombre de bêtes fauves. On dit Stavelot depuis le XVIe siècle. Vers l'an 650, saint Remacle fonda l'abbaye de Stavelot. De nombreuses habitations se groupèrent autour du monastère et formèrent bientôt une bourgade importante, désignée dans les chartes sous le nom de Stablot et Stabla".
D'autre part, sur Geneanet, on ne trouve pratiquement pas d'autres Agurné que ceux de Stavelot et notamment ce Marc Jean qui pourrait bien être le bon.
J'ai contacté par mail le rédacteur de cette généalogie.
Reste maintenant à déterminer la signification de argentina (sans majuscule) qui n'a probablement rien à voir avec Strasbourg (Argentoratum).
Voila une enquête digne de Sherlock Holmes et du Dr Watson. Le Blog est notre sauveur.
Encore merci pour vos suggestions.

René de BlC

Raphael Riljk a dit…

Si c'est bien le bon, il a rédigé sa Philosophie à l'âge de 20 ans.

Tâchez de savoir ce qu'il en a fait. On apprend tellement de choses inutiles à 2O ans !

Raphael Riljk a dit…

Je crois que votre hypothèse d'Argentina = Strasbourg tient la route. Argentina est utilisé au 18e pour désigner Strasbourg;
par exemple on peut lire "Acta monasterii Sancti Joannis intra Argentinam, 1770 " sur un manuscrit qui était chez des Jésuites à Strasbourg.

Le "scripsis" est un peu rugueux, scripsit ?...

Je jetterai bien un coup d'oeil à votre inscription pour le fun. (raphaelandrea(pouetpouet)hotmail.com

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