« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier
"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

samedi 31 janvier 2009

Une énigme pour Bibliophiles

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Qu'il est bon, lorsqu'on a (momentanément) moins de temps à consacrer au blog pour des raisons professionnelles et familiales, de pouvoir compter sur des amis pour vous soutenir.

Aussi, je vous propose de retrouver ce soir une des rubriques qui firent le succès du blog, une énigme pour bibliophile. Elle vous est proposée par Lauverjeat. Je le remercie très amicalement.

Érasme a dit à mon encontre:

“J’aurais donné cent pièces d’or
pour que cela ne fût pas arrivé”

le vers de Malherbe

“Et rose, elle a vécu ce que vivent les roses
l’espace d’un matin.”

Me doit tout dit-on.

S’agit-il d’un homme de bien,
Tu n’en fais un homme de rien;
Fait-il quelque action insigne,
Ta malice la rend indigne,

enfin Robert Estienne donnait cinq sols au-devant de son imprimerie à qui me trouvait.

Qui suis-je?

Avez-vous trouvé? 
H

mercredi 28 janvier 2009

La physique du monde de Marivetz - Quelques Nouvelles et Questions.

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Je vous propose de retrouver ce soir un message de Bernard, le bibliophile scientifique, à moins que cela ne soit l'inverse, sur la Physique du Monde de Marivetz, l'un des ces fabuleux livres anciens scientifiques qui éblouissent les béotiens comme moi de leurs planches. Merci beaucoup à lui, il va me permettre d'aller me remettre au lit pour me soigner! En fin de message, quelques nouvelles de La Nouvelle Revue des Livres Anciens et les photos de reliure envoyées par Patrick en réponse au message de Lauverjeat.

La Physique du Monde est un ouvrage de physique étonnant, volumineux, plein de connaissances mal exploitées. L'auteur avait l'ambition d'expliquer tous les phénomènes physiques. Il a beaucoup lu mais mal compris ... L'intérêt de l'ouvrage réside surtout dans ses vingt grandes planches dépliantes, conçues par Goussier et coloriées à l'époque.

Le baron Etienne Claude de Marivetz (1728-1794), fils d'un receveur des gabelles de Bourges, s'adonne de bonne heure à l'astronomie et à la physique. Louis Jacques Goussier (1722-1799), rédige quelques articles de l'Encyclopédie et en dirige la gravure des planches. Marivetz commence, avec Goussier, une géographie physique de la France, dont ils ne publient que l'introduction en 1779. Marivetz compose cette Physique du monde, plus volumineuse que remarquable, associé également à Goussier qui réalise les planches.
.

PHYSIQUE DU MONDE. Paris, Quillau. 1780 -1787.
5 tomes en 7 volumes in-4 ; (4), (4), (4), CXXXII, 248 pp ; 70 pp (dictionnaire des termes) - (4), (6), (2) pp, pp (V) à XIV, pp (15) à 318 ; (2), 210 pp (explication des planches) ; pp 74 à 114 (1er supplément au dictionnaire) - (4), (4), 24, XX pp, pp (21) à 392 ; pp (117) à 195 (2ème supplément au dictionnaire) - (4), (12), 554 pp ; pp (197) à 201 (3ème supplément au dictionnaire) ; 43 pp (explication des planches) - (4), IV, (4), XVI, 8, 65 pp, 1 pl, 92, 344, (2) pp. - (4) pp, pp (V) à XXXII, 468 pp. - (4) pp, pp (V) à XXIV, 398, (2) pp ; 49 pp, 1 tableau (table des planètes). Les superbes planches dépliantes, en couleurs, numérotées I à XX, sont reliées à la fin des volumes 3, 4 et 7.


Entre temps, Marivetz exploite une manufacture de glaces, où il perd la plus grande partie de sa fortune. A Langres, dès 1784, quelques mois seulement après les premières expériences des frères Montgolfier, il tente les premières ascensions aérostatiques. Arrêté à Langres sous la Terreur, il est envoyé à Paris et meurt sur l'échafaud révolutionnaire.

Cet ouvrage complet est très rare, une partie des exemplaires ayant été vendue à l'épicier, par suite du dérangement des affaires de Marivetz et ceux qui restaient chez Barrois le jeune à la mort de l' auteur ayant été livrés à la nation par suite de la confiscation et envoyés à l' Arsenal pour être employés à des gargousses.

Cet ouvrage, dit Lalande, n'est pas ce qu'il aurait été, si l'auteur s'en fût occupé dans sa jeunesse. Quelques-unes des opinions de Marivetz, qui croit pouvoir tout expliquer dans le système de Descartes comme dans celui de Newton, et qui calcule tout, dans sa physique, sans recourir à l'hypothèse du mathématicien anglais, ont été combattues par M. de Bernstolf ( Journal des savants, 1783), et soutenue dans une Réponse à l'Examen de la physique du monde parue en 1783.

La composition de l'ouvrage est assez compliquée :
Premier tome : Discours préliminaire – Préface – Lettre à M. Sennebier – Idée de l'ouvrage – Essai sur l'histoire de la Cosmogonie – Dictionnaire des termes peu usités dans le langage ordinaire et qui sont employés dans ce volume (70 pages).
Deuxième tome : Avant propos – Physique du monde : Première partie – Seconde partie : Explication des planches – Supplément au dictionnaire du volume précédent (pages 73 à 114).
Troisième tome : Observations des auteurs de l'ouvrage intitulé Physique du Monde, insérées dans le Journal de Paris du 2 juin 1782 – Lettre de M. le Baron de Marivetz à M. Bailly, de l'Académie des Sciences – Physique du Monde de la lumière – Supplément au dictionnaire du volume précédent ( pages 117 à 195).
Quatrième tome : Lettre de M. le Baron de Marivetz à M. le Comte de La Cépède … sur l'élasticité – Avant-propos – Physique du Monde : De la vision – Supplément au dictionnaire du volume précédent (pages 197 à 201) – Explication des planches.
Cinquième tome, Première partie : Avertissement – Avant-propos – Réponse à l'Examen de la Physique du Monde paru en 1783 – Explication des figures (1 planche) – Correspondance entre Marivetz et Sallier – Physique du Monde : Introduction ( Feu, Création du Ciel, de la Terre et Production universelle de tous les corps). 
Cinquième tome, Seconde partie : Physique du Monde : Du Feu et de la Chaleur.
Cinquième tome, Troisième partie : Physique du Monde : Théorie du Feu – Table des Planètes -Tableau dépliant.



La Nouvelle Revue des Livres Anciens: les souscriptions continuent de nous arriver, de l'île Maurice par exemple, mais aussi naturellement de toute la France. Vous pouvez toujours souscrire, le montant est de 30 euros pour la France (2 numéros), ou de 36 euros pour l'étranger. Il est possible de nous adresser votre règlement soit via paypal (à l'adresse nrlanciens@gmail.com), soit par chèque français libellé à l'ordre de "La Nouvelle Revue des Livres Anciens", et envoyé à:
La Nouvelle Revue des Livres Anciens 
3 B Rue des 16e et 22e Dragons
51100 Reims

Les photos de Patrick:




H

lundi 26 janvier 2009

Une reliure particulière de Lauverjeat

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Gilles/Lauverjeat aimerait profiter de vos lumières sur la reliure présentée ci-dessous. Pouvez-vous l'aider?

"Permettez moi de vous soumettre une petite reliure particulière. Elle mesure 102 mm x 190 mm. Cette pleine reliure en veau brun et dos à 5 nerfs présente un décor d’inspiration florale gravé vaguement Art Nouveau. 


Le décor des plats est constitué d’un encadrement teinté noir orné d’un décor de feuillage, délimitant au centre un décor floral (chardons) sur un fond de petits pointillés en creux et un cartouche supérieur. Ce cartouche porte le titre sur le premier plat et le nom de l’auteur sur le second. Les deux grands motifs sont différents sur les deux plats. Les entre-nerfs sont ornés de la même manière que les plats. Toutes tranches sont dorées.
Cette reliure recouvre “la femme et le pantin” de Pierre Louys dans une édition de la collection Edouard Guillaume “Nymphée”, à Paris, librairie Borel, 1899. La collation est un peu inhabituelle, 10 ff. (Titre de la collection, hors texte, titre, justification du tirage, 188 pp., 5 ff. 2 blc.). Il ne s’agit pas d’un grand papier.

Ex-libris manuscrit et tampon de M. Jullien.
Dernière remarque: notez l’épaisseur généreuse des plats mais la réalisation technique sans défaut.
Avez vous déjà rencontré ce type de reliure et de décor, s’agit-il d’un travail d’amateur?"

H

samedi 24 janvier 2009

Une semaine de Bibliophile, une semaine de Bibliophilie

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Je commence à peine à reprendre un rythme normal, et le blog m'aide à retrouver mes marques, et mes livres. J'ai passé une semaine loin de mes livres, tout en essayant de conserver un lien avec eux et j'ai découvert qu'en fait chaque jour de la vie d'un bibliophile est marqué par la bibliophilie (à moins que cela ne soit la vie d'un bibliomane?).

Lundi, j'ai reçu le charmant catalogue de la librairie Anne Lamort, espérant - en vain - qu'apparaisse au fil des pages La Danse Macabre reliée en peau humaine que cette libraire avait arrachée lors d'une vente à Drouot. 
Pour autant, j'ai beaucoup aimé ce délicat catalogue, et notamment deux courts textes qu'il contient. Le premier est une citation de Jean Bernard Clément, dans le petit dictionnaire de la Cour et de la Ville: "Une grande bibliothèque est comme une ville extrêmement peuplée: il serait ennuyeux d'y faire connaissance avec tout le monde; chacun y choisit la société qui lui convient. Le plus grand nombre se contente de la mauvaise compagnie". On peut discuter la dernière partie, un peu extrême, mais je trouve la citation assez juste.
Le deuxième texte est une explication de la méthode utilisée pour rédiger les notices du catalogue. Il me semble que c'est la première fois que je le croisais, et je le trouve très clair:
"Ami Lecteur,
Par tradition, les notices de catalogue sont rédigées selon les règles bibliographiques éditées au XIXème siècle. 

Le premier pavé de texte en corps 10 reprend les indications de la page de titre et donne une description neutre du livre. Les titres sont reproduits dans les notices tels qu'ils sont imprimés, avec l'orthographe fantaisiste ou simplement ancienne de l'auteur ou du typographe. On n'a pas jugé utile d'ajouter des sic à tous les mots empreints des négligences si charmantes du passé.

Les paragraphes inférieurs en corps 9 livrent les commentaires du rédacteur en progressant du général au particulier, ce qui permet au lecteur d'accéder rapidement à l'information recherchée: 
- en premier lieu des renseignements sur l'auteur, le texte, l'édition, l'illustration.
- à la fin la description des particularités de l'exemplaire: papier, provenances, reliure, défauts éventuels, etc.".

L'exemple ci-dessous, tiré du catalogue, illustre parfaitement le propos.

Mardi, un email de Jean-Paul m'apprend que les souscriptions à La Nouvelle Revue des Livres Anciens continuent d'affluer et qu'il est nécessaire de repousser la date limite pour souscrire. Par ailleurs, les textes du premier numéro sont tous définis et constituent un ensemble très intéressant et certains libraires sont prêts à soutenir le projet. Nous sommes par ailleurs à la recherche d'un bon imprimeur. Bref, tout va bien du côté de ce grand projet.

Mercredi, je me replonge dans un vieux catalogue, celui de la Librairie Mouvements, proposant "Des livres de la bibliothèque de Julien Gracq". En bas du premier contreplat un encadré m'interpelle: "Les livres dispersés sans envoi, provenant tous de la bibliothèque de Julien Gracq dispersée le 12 novembre 2008, sont marqués d'un tampon rouge au nom de l'étude des commissaires-priseurs de Nantes et de la date de cette dispersion". 
Je vous avoue que ceci me laisse extrêmement perplexe: est-ce une pratique courante (je la croise pour la première fois), vous surprend elle autant que moi? Sans aller jusqu'à remettre en cause l'authenticité de la provenance (encore que, une "erreur involontaire" est vite arrivée),cela a-t-il vraiment un sens, n'est-ce pas même placer la provenance plus haut que le livre lui-même? Et que dire du tampon... qui est rouge (subitement, je trouve un charme certain à tous les ex-libris)? Qu'en pensez-vous? 

Jeudi... J'intègre deux ouvrages à ma bibliothèque, deux ouvrages plutôt curieux et sur lesquels j'ai peu d'information, mais j'avoue n'avoir pu résister à leur charme (et à leur faible prix). Pouvez-vous m'aider? Il s'agît de deux plaquettes in-12. La première est parue en 1730, il s'agît de L'Eloge de Rien, dédié à Personne, à Paris, chez Antoine Heuqueville, la seconde, parue également en 1730, mais peu de temps après est l'Eloge de Quelque Chose, dédié à Quelqu'un, à Paris, chez Heuqueville. Une annotation manuscrite précise que les ouvrages sont de Coquelet. L'un de vous en saurait-il plus?


Vendredi, autre arrivée, achetée sans photo, sur la foi d'une description assez réduite mais qui semblait prometteuse. Bref un achat qui eut été déraisonnable si le prix là encore n'avait pas été faible. Je le précise ici comme pour les deux livres cités plus haut, parce que ces achats m'ont fait du bien en me confortant que l'on pouvait encore faire de forts jolis achats avec quelques dizaines d'euros. Même si cela n'arrive pas tous les jours, et puis cela compense tous mes achats idiots, qui sont innombrables, malgré tout! Sourire. Il s'agît de l'ouvrage Les Bains de Diane par Desfontaines, à Paris, chez Costard, 1770. 
Un volume in-8 en maroquin vert de l'ami Marius Michel et portant l'ex-libris d'un bibliophile qui semble être connu "Charles Cousin", mais su lequel j'ai peu d'information. Les ouvrages qui lui ont appartenu sont passés dans les mains d'autres illustres bibliophiles, mais de lui, je ne sais rien. Et vous? Dans tous les cas, son ex-libris est assez amusant, il associe sa devise de bibliophile "c'est ma toquade", et l'épitaphe de La Fontaine: " Jean s'en alla comme il était venu".
Samedi. Mais nous sommes samedi! Je vous retrouve, c'est un vrai plaisir. Je repars demain pour mon exil temporaire, mais cette fois-ci avec de quoi nourrir le blog au cours de la semaine, et un peu plus de temps.

H

P.S.: j'ai du courrier en retard, évidemment, je m'y consacre demain.

jeudi 22 janvier 2009

La Nouvelle Revue des Livres Anciens et Bibliothèques

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Je vous retrouve avec bonheur ce soir après quelques jours harassants de découverte de mon nouveau poste, dans une nouvelle ville, dans un nouveau logement... beaucoup de changements, et peu de temps...

Je vais faire assez court et vous vous proposer deux choses: quelques lignes sur La Nouvelle Revue des Livres Anciens et quelques photos de bibliothèques de lecteurs du blog suite au dernier article sur le sujet. Sur les 4 premières, vous retrouverez la patte de l'ami Pierre qui avant d'avoir une librairie de goût, avait déjà une bibliothèque très attachante.

« Le premier trait caractéristique du bibliophile est d'être celui qui conserve : c'est là sa mission primordiale. Cependant il ne conserve pas au hasard un énorme amas de livres ; le bibliophile véritable est celui qui choisit, mais il n'affecte pas, dans son choix, l'attitude passive de la plupart des lecteurs, qui se laissent conduire par les circonstances et l'opinion ; lui, ne peut se fier au succès momentané, c'est le durable qui l'intéresse. [...] C'est lui qui a recueilli, en dépit de l'opinion des siècles, les poésies de Ronsard, et nous les a conservées. C'est par lui qu'ont été devinés Stendhal, Gérard de Nerval, Baudelaire, Rimbaud, Claudel, Valéry et tant d'autres. Aussi est-ce dans tels ou tels catalogues de bibliophiles que se trouvent, mieux que partout ailleurs, les arrêts du goût littéraire. »

C'est en particulier parce que nous partageons, avec tant d'autres, cette analyse de Léon Delamarche, que nous nous sommes lancés dans cette belle et enivrante aventure éditoriale.

L'avancée de la souscription aux deux premiers numéros de la revue, à paraître en mai et en septembre prochains, est aujourd'hui rapidement favorable. 

De façon à ne pas freiner l'enthousiasme des souscripteurs, dont certains ont appris tardivement notre initiative, nous avons repoussé la date limite de souscription au 30 avril. Nous avons hâte, comme vous tous, de lire le premier numéro de La Nouvelle Revue des Livres Anciens : le sérieux et le niveau de cette publication, mais également son originalité, sont d'ores et déjà garantis par la cohabitation, chez les auteurs, de personnalités incontournables de « Bibliopolis » et d'amateurs avertis tout aussi compétents.

Une fois n'est pas coutume : souhaitons que le temps passe vite !
H

samedi 17 janvier 2009

Un Bibliophile à bord du Titanic

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Avant toute chose, je vous prie de m'excuser pour mon silence de ces derniers jours, mais comme je l'écrivais il y a une semaine, ma vie professionnelle est actuellement légèrement mouvementée, et je vais avoir des difficultés à poster des messages dans les 5 jours qui viennent (déplacement à l'étranger). Quelques paragraphes néanmoins...

Vous connaissez sans doute le libraire espagnol Don Vincente, qui assassina ses clients bibliophiles (http://bibliophilie.blogspot.com/2007/07/vicente-moine-libraire-et-assassin-une.html), mais connaissez-vous une autre tragédie qui touche à la bibliophilie: la mort d'un jeune et très prometteur bibliophile lors du naufrage du Titanic? C'est Jean-Paul qui m'a le premier parlé de cette anecdote, que je vous livre aujourd'hui.
Harry Elkins Widener, 27 ans, a en effet sombré avec le navire de la White Star dans la nuit du 14 au 15 avril 1912. Harry Elkins Widener est né en 1885 et a développé très tôt un goût pour la bibliophilie, qu'il a cultivé après son passage à Harvard en 1907, et que l'immense fortune de ses parents lui a permis de développer. Ainsi, a seulement 27 ans, il possédait (presque)... une bible de Gutenberg.

Au printemps 1912, il a ainsi transversé l'Atlantique d'Ouest en Est pour rejoindre la vieille Europe et y acquérir de nombreux ouvrages, dont une seconde édition des Essais de Bacon (1598). Il voyageait avec ses parents et leurs domestiques. Après l'Angleterre, ils visitèrent la France avant d'embarquer pour le voyage de retour vers l'Amérique à Cherbourg, sur le Titanic.
Le célèbre paquebot fit en effet escale à Cherbourg: parti de Southampton le mercredi 10 avril 1912 à midi, le nouveau palace de la White Star Line devait, quelques heures plus tard, toucher le port de Cherbourg et faire son entrée par la passe de l'ouest à 18h30. Cette escale était tout de même importante pour la compagnie, car elle permettait ce jour là d'embarquer 274 passagers supplémentaires.

Parmi ces passagers se trouvaient Harry Widener, ses parents et leurs deux domestiques, qui occupaient les cabines de première classe C-80-82 (numéro de billet 13503, prix 211 Livres Sterling). Le soir du drame la famille Widener participa d'ailleurs à un dîner donné par le capitaine en compagnie des passagers les plus riches.

Néanmoins, à 23h40 le Titanic percuta un iceberg sur le flanc tribord avant de sombrer à 2h20 au large de Terre-Neuve. Entre 1 491 et 1 513 personnes périrent.

Harry Widener aida sa mère à embarquer sur le canot n°4 avant de rebrousser chemin dans l'attente du départ du canot principal, ce qui décida malheureusement de son destin puisqu'il disparu avec le paquebot. L'épave fut localisée en 1985. Elle git à 3 843 mètres de profondeur à 650 km au sud-est de Terre-Neuve.
Une anecdote que Madame Widener ne confirma jamais prétend que Harry rebroussa chemin pour aller récupérer son Bacon. Ce qui est certain en revanche, c'est que Madame Widener fît un don de 2 millions de dollars pour construire dans l'enceinte de Harvard une bibliothèque qui abriterait la collection de son fils et servirait de mémorial. Cette bibliothèque ouvrît ses portes en 1915 et existe toujours et fût conçue pour abriter 3 millions d'ouvrages sur plusieurs dizaines de kilomètres de rayonnages.

Quel bibliophile était Harry Elkins Widener? Ses goûts étaient assez larges, avec une prédilection pour les auteurs anglo-saxons du 19ème en édition originale (Dickens, Stevenson, Brontë, etc.) mais comme je l'ai écrit plus haut, il ne détestait pas les grands classiques, puisqu'il avait hérité d'une Bible de Gutenberg qui fait aujourd'hui la fierté de la Bibliothèque: c'est de plus un exemplaire bien connu, qui a successivement appartenu à Pierre Henri Larcher (Paris, 1814), Lord Ashburnham (1840), dont le fils le revendît à Bernard Quaritch (1896). Peu de temps c'est Robert Hoe qui en devînt l'heureux propriétaire (il la rangeait d'ailleurs juste à côté de mon exemplaire Hoe qui porte donc des poussières de Bible de Gutenberg, sourire), puis à nouveau Quaritch avant que le grand-père de Harry Elkins Widener ne l'achète. L'exemplaire fût remis à la bibliothèque en 1944.
Je termine par un document attachant, une lettre adressée par le jeune bibliophile à son ami Luther Livingston, libraire à Philadelphie le 10 mars 1912 dans laquelle il lui écrit qu'il va effectuer un voyage rapide vers Angleterre, à bord du Mauretania, avant de revenir avec le voyage inaugural du Titanic. Il termine sa lettre par les mots suivants: "un secret,... grand-père a acheté l'exemplaire Hoe. N'est-ce pas merveilleux? J'espérais que ce soit pour moi, mais ce n'est pas le cas!".

Qui sait quels livres dorment encore au fond de l'océan avec lui...

H

mercredi 14 janvier 2009

Le Catalogue des Gothiques Français, de Guy Bechtel

Amis Bibliophiles Bonsoir,


Je vous propose ce soir un article de Gilles sur l'une de ses dernières lectures, qui pourrait devenir rapidement un nouvel ouvrage de référence, le "Catalogue des Gothiques français".
Voici un nouvel ouvrage de référence (découvert à la librairie Giraud-Badin à Paris). Monsieur Guy Bechtel est un bibliophile confirmé passionné et érudit. Il est l’auteur du meilleur livre actuellement disponible en français, à mon avis, sur Gutemberg (Gutemberg et l’invention de l’imprimerie, une enquête, Paris, Fayard, 1992. 697 pp.). Aujourd’hui il nous livre le fruit de ses recherches sur les livres en français imprimés en caractères gothiques de 1476 à 1560, sous la forme d’un “Catalogue des Gothiques français”, tiré à 150 exemplaires et édité chez l’auteur, 162 boulevard Berthier à Paris et vendu 160 euros (dépôt légal: mai 2008). 

Guy Bechtel aime les gothiques et les défend bien. Ce livre représente cinquante années de glanes de références dans les salles de ventes, les librairies, les bibliothèques (Bnf, Deutsche Staatsbibliotheck , Arsenal, Mazarine, Bibliothèque de Médecine, Strasbourg, Méjanes, Blois, Chantilly et tant d’autres), les annales des ventes, les bibliographies et ces dernières années sur internet.

La préface cerne cette recension et situe les livres de langue française imprimés en gothique par rapport à ceux qui le furent à la même époque en romain. Statistique à l’appui Guy Bechetel démontre que le mouvement savant et italianisant ou déclaré moderne se tourna vers une édition en romain devenu le caractère des clercs, des humanistes, des réformés. Dans le même temps, la littérature populaire, l’histoire merveilleuse, les textes proches de la vie quotidienne en droit ou en religion conservèrent l’impression en caractères gothiques, graphie issue du Moyen Age français qui semble ainsi chevaucher dans le temps la période dite Renaissance. Pour faire court et ne pas paraphraser l’auteur je dirais que si Sophocle ne se trouve pas en édition gothique, le roman de chevalerie “Ogier le Danois” n’a pas de raison d’être imprimé en romain.
Les 784 pages de ce livre in-4 décrivent ainsi 6 171 éditions. Les livres d’heures gothiques ne sont pas recensés, on peut le regretter mais il existe il est vrai d’autres ouvrages, considérables, anciens et récents, qui s’y intéressent. Les livres sont classés par ordre alphabétique d’auteur ou de titre si le livre est anonyme (mais il existe parfois des rappels si vous ne connaissez pas l’auteur). Pour les titres le parti a été pris de retenir le premier substantif significatif du titre. Chaque édition reçoit un numéro d’ordre précédé de l’initiale de l’auteur ou du titre ce qui facilitera la référence bibliographique. Chaque notice donne le titre sinon in extenso au moins dans une forme suffisamment précise pour éviter les confusions, la collation et le format, un commentaire descriptif. Enfin la dernière entrée (mais non la moins intéressante) biblio./ex. Signalés donne les exemplaires que l’auteur a croisés ou repérés et ceux passés en vente ou en librairie avec leur prix. Pour de très nombreux ouvrages l’auteur nous gratifie d’une note de présentation souvent essentielle.

De nombreuses reproductions de bois gravés ou de pages de titre hors échelle émaillent l’ouvrage mais ce n’est pas un corpus de reproductions. Un regret: la collation des bois gravés n’est pas toujours donnée avec précision, mais cela tient peut-être aux exemplaires rencontrés par l’auteur qui invite, modestement, le lecteur à lui faire part des omissions constatées.

Cet ouvrage a le mérite inégalé de faire le point sur des livres souvent composites et maintes fois réédités ou remaniés, où les collations varient extrêmement comme les illustrations de Gaule de Jean Lemaire de Belges, la mer des Histoires, les Annales de Gilles Nicole, les Annales d’Aquitaine de Jean Bouchet, les Mystères des frères Gréban. Mais on y trouve aussi bien sûr les oeuvres originales ou princeps des conteurs et des poètes comme Rabelais, Guillaume de Lorrys, Villon, ou Habert.
Au final, ce livre est une “somme” érudite pratique et plaisante à la fois et surtout nécessaire.

Merci beaucoup Gilles.

H
P.S.: comme vous le savez peut-être je démarre un nouveau travail, dans une nouvelle ville, demain matin. Il est possible que j'ai quelques difficultés à poster des messages dans les jours qui viennent. Merci de votre compréhension.

lundi 12 janvier 2009

Entraide / Identification

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Je vous soumets ce soir deux demandes qui m'ont été adressées par des chercheuses, sur des sujets connexes à la Bibliophilie:

1. Marie-Claire, Docteur en histoire de l'art, mène des recherches sur le dessinateur Jacques de Sève, illustrateur du 18e siècle actif de 1742 à 1789. Elle a recensé plus d'une cinquantaine de collaborations pour le livre à figures. Elle cherche à localiser certains ouvrages ou recueils en bibliothèque, mais quelques uns sont peut-être connus de la communauté des bibliophiles. Il ne s'agit pas de savoir ce que tel ou tel détient, mais bien de recueillir l'iconographie des ouvrages illustrés par De Sève. Voici la liste des ouvrages qu'elle recherche:

FOURNIER, Pierre-Simon, Epreuves de deux petits caractères nouvellement gravés et exécutés dans toutes les parties typographiques. Paris, 1767. in-32. Frontispice J. de Sève gravé par E. Fessard. Cohen 1912, p. 410

LA FONTAINE, Jean de, Fables choisies, mises en vers par M. de la Fontaine. S.l, s.n., 1746. 2 vol. in-12. Tome I : bandeau et fleuron de titre J. de Sève gravés par E. Fessard. Cohen 1912, p. 547 / Tchemerzine, 1927-1934, t. VI, p. 389

PERRAULT, Charles, Histoires ou Contes du Temps passé, avec des moralités, par Charles Perrault. Paris, David, Durand & Pissot, 1752. 12 vol. in-12. Pour chaque vol. une vignette de J. de Sève gravée par Baquoy et Pelletier. Tchemerzine, 1927-1934, t. X, p. 242

PERRAULT, Charles, Contes des Fées. Paris, Lamy, 1781. 1 vol. in-12. Les motifs de Sève et Fokke ont été réutilisés. Un frontispice et 12 vignettes en-tête. 2 vignettes par Martinet pour Griselidis et Peau d’âne. Portalis 1877, p. 621 / Cohen 1912, p. 789.

RACINE, Jean, Œuvres. Paris, David l’aîné, 1750. 3 vol. in-12. Trois fleurons au titre et trois bandeaux J. de Sève. Édition différente pour l’un des bandeaux de celle de 1750 parue chez la veuve Gandouin la même année.

SÈVE, Jacques de, Second livre de culs-de-lampe… Guilmard, L’art de l’ornement, les maîtres ornemanistes. Paris, 1880. n° 297, p. 260 (Le Premier livre, que j’ai trouvé, est un recueil à l’italienne constitué de 4 feuilles).

SÈVE, Jacques de, Feux de cheminée d’un très nouveau goût. Guilmard, L’art de l’ornement, les maîtres ornemanistes. Paris, 1880. n° 297, p. 260

2. Laurence de son côté effectue une recherche iconographique sur un service de faïence fine des années 1820. Par ce biais elle a découvert "des ouvrages du XVIIIe siècle fort intéressants dont les gravures ont directement inspiré les graveurs qui ont conçu les décors des pièces dont elle s'occupe". 
Reproches à l'Amour pour son indifférence
Laurence a identifié presque toutes les origines des modèles mais il reste une inconnue: un lot d'images qui paraissent illustrer les thèmes littéraires grecs, et qui rappellent un peu la manière de Copia, mais malgré des recherches à la Bibliothèque des Arts décoratifs, elle n'a pu identifier ces estampes.
 L'Amour la punit de son indiférence
Dans la mesure où les autres illustrations ont été extraites de livres, Laurence pense que celles-ci le sont aussi. Il n'y a aucune légende imprimée pour aider mais elle a trouvé au musée de Sèvres deux de ces scènes légendées (Les premiers pas de l'Amour et Reproches à l'Amour sur son indifférence). Pourriez-vous l'aider?
Les premiers pas de l'Amour
Je cite Laurence: Je pensais que ces images pourraient peut-être correspondre à une édition d'Anacréon ou de l'Anthologie. Je me demande (mais je ne suis en rien spécialiste) si elles ne pourraient pas rappeler le style du graveur Bartolozzi.

Merci pour elles.

3. Quelques nouvelles de La Nouvelle Revue des Livres Anciens: le travail avance bien, les souscriptions aussi, avec une mention spéciale pour nos amis Belges, qui souscrivent massivement. Vous pouvez toujours adresser votre souscription (30 euros pour la France, 36 euros pour l'étranger), soit via paypal (nrlanciens@gmail.com), ou par chèque à:
La Nouvelle Revue des Livres Anciens
3 B, rue des 16e et 22e Dragons
F - 51100 Reims


H

samedi 10 janvier 2009

Débat / Réfléchir: le rangement des livres

Amis Bibliophiles Bonsoir,

C'est mon marronnier, la question que je me pose le plus souvent: comment ranger, comment bien ranger, et accessoirement, si vous avez des idées, comment faire croire à mon épouse que 1. c'est rangé, malgré les apparences, 2. je ne suis pas moi même dérangé, malgré les apparences.

Et Patrick m'a écrit il y a quelques jours pour savoir si je ne pourrais pas poster un message général sur le sujet, traitant aussi bien de la classification, que de l'aspect matériel: "quels meubles bibliothèques ou étagères (achat, construction épaisseur des planches) dans quels matériaux (bois ou autres), largeur maximale des étagères, épaisseur enfin quelque chose de très technique", je cite Patrick, qui a "toujours rencontré des problèmes de rangement, des étagères qui plient ou les meubles qui s’écartent et menacent de s’effondrer, etc.".
En ce qui me concerne, j'ai opté pour la simplicité au niveau des meubles parce que je ne suis pas définitivement installé et que j'ai encore quelques changements de domicile à venir dans les années qui viennent: étagères bon marché et le plus sobres possible, qui présentent l'avantage de ne pas écorner mon budget achat de livres, et qui peuvent être changées dès que nécessaire.

Mes interrogations se situent plutôt sur la façon d'organiser les livres dans les rayonnages: au delà des principes de base (grands formats aux extrémités, livres pas trop serrés, etc.), j'ai pris deux grands partis:

1. Ranger les livres par thèmes, avec une logique proche de celle du système des libraires parisiens mais tournée à ma façon: littérature, voyages, utopies, ésotérisme, histoire naturelle, curiosités, etc.

2. Créer deux "cabinets" au sein de ma bibliothèque, qui renferment eux-mêmes chacun une petite bibliothèque choisie: l'un est un peu mon Enfer, l'autre que vos voyez ici en image, rassemble des livres ésotériques et curieux.

Mon problème est double en fait: comment gérer l'arrivée de nouveaux livres sans avoir à tout déplacer (ce que je m'oblige à faire deux fois par an), et surtout où mettre ces nouveaux ouvrages, parce que je déteste le principe du double rayonnage auquel je suis pourtant contraint de me plier. Comme vous pouvez le constater ci-dessous, même l'immense bibliophile Charles Hayoit a rencontré ce problème.
Peut-être l'un d'entre vous a-t-il une idée miraculeuse, et je sais au moins que Lauverjeat/Gilles serait également très heureux de pouvoir en profiter. Pour le rangement sinon: évidemment pas dans un endroit trop sec, ni trop humide, je n'ai aucun livre sous vitrine, mais aucun n'est exposé directement à la lumière, et je n'ai pas de gants blancs pour les manipuler...!

Ce que j'aime en tout cas dans tout cela, c'est que malgré un nombre relativement important et un classement améliorable, je sais immédiatement et toujours où se trouve chacun de mes ouvrages.

J'en arrive aux buts du message: 

1. Faites nous profiter de votre expérience et n'hésitez pas à commenter ou à expliquer comment vous ranger, dans quoi vous rangez, dans quel bois sont les meubles, etc.

2. Je serai très heureux de pouvoir proposer dans quelques jours un message présentant des photos de vos bibliothèques, ou de parties de vos bibliothèques. Si vous voulez nous faire partager ces images, vous pouvez me les envoyer à blog.bibliophile@gmail.com.

H

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