« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier
"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

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mercredi 26 mai 2010

La hiérarchisation des exemplaires selon M. Christian Galantaris

Amis Bibliophiles bonjour,

"Cet exemplaire disponible chez un ami libraire n'est il pas plus désirable que le mien? Et si j'améliorais?". "Que vaut-il mieux, un vélin d'époque ou un veau d'époque?", "Janséniste ou décoré, quel maroquin est le plus recherché?", etc. Autant de questions que tout bibliophile se pose un jour, même s'il sait bien au fond de lui que la valeur d'un exemplaire à ses yeux ne dépend pas seulement de sa condition... mais aussi par exemple, de la personne qui vous l'ai offert, de l'endroit où vous l'avez acquis, dans quelles conditions, à quel moment de votre vie, de son coût, réel ou symbolique, etc.

Pour aider les bibliophiles à y voir plus clair sur la qualité (et non la valeur que chacun accorde, par opposition à la valeur économique), M. Christian Galantaris présente dans son inestimable Manuel de Bibliophilie (Editions des Cendres) une classification des exemplaires, "du moins attractif (1) au plus excitant (8)".

"1. Reliure moderne, marges courtes, papier bruni ou obscurci par des rousseurs ou - au contraire - outrancièrement lavé ou trop blanc.
2. Reliure moderne, marges moyennes (rarement grandes, car la reliure moderne présuppose une ou deux reliures antérieures, chaque reliure imposant un nouveau rognage des marges).

3. Reliure ancienne de basane (dos lisse ou à nerfs, sans décor ou discrètement orné).
4. Reliure ancienne de vélin ivoire souple ou à plats rigides (montés sur carton). Cette condition, plaisante mais modeste sans aucun décor, prend un attrait et une plus value particulière s'il s'y ajoute une ornementation dorée sur les plats.
5. Reliure en veau ancien (brun, marbré, raciné, blond, etc.) à tranches nues, marbrées, quelquefois dorées avec dentelles intérieure (autant de signes d'une reliure soignée et de qualité). S'il y a une petite dentelle ou des armes sur les plats, la valeur augmente notablement.
6. Reliure ancienne en maroquin (janséniste ou avec trois filets dorés en encadrement sur les plats, dos orné, tranches dorées et dentelle intérieure, etc.).
7. Reliure ancienne en maroquin (à dentelle, aux armes, avec super ex-libris attestant une origine célèbre).
8. Reliure ancienne mosaïquée, qui se rencontre sur les almanachs ou les livres de piété, mais qui est pratiquement introuvable sur un texte d'une autre nature, à tel point que, si l'intérêt du texte est à la hauteur d'une telle reliure, il y a tout aussitôt lieu de suspecter quelque opération de remboîtage".
Bien sûr, tous les cas ne sont pas envisagés (ainsi les reliures rétrospectives du 19ème signées de grands relieurs, ou les vulgaires basanes d'époque signées par un auteur ou amateur célèbre, etc.), mais il n'est pas non plus interdit aux bibliophiles de faire preuve d'un peu de jugeotte.

On notera au passage, que les incomplets ne figurent pas dans ce classement, mais il est vrai que l'on parle ici de bibliophilie -sourire- et qu'il n'était pas nécessaire de mettre des notes négatives.

Merci M. Galantaris, la lecture de votre Manuel devrait être obligatoire dans toutes les bonnes écoles primaires.

H

10 commentaires:

Bertrand a dit…
Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.
Laurent a dit…

Passionnant en effet, merci d'avoir ajouté des photos, qui permettent à tous de savoir de quoi il est question.

C'est un vrai plus, surtout pour moi.

Laurent

Anonyme a dit…

Personnellement je place les maroquins jansénistes au dessus de tout, plus ils sont purs et simples, plus je les aime.
Mike

Lauverjat a dit…

Mais ça se complique lorsqu'il s'agit d'un livre du XVIe en vélin époque versus le même en reliure postérieure décorée de Ruette ou de Simier. Que préférez vous, un traité de droit du XVIe en vélin époque ou en reliure de Thouvenin aux écussons? Pour l'EO des Essais, le vélin époque aura probablement la préférence du marché si son état est irréprochable. Pour moi, et pour des livres nettement moins rares et précieux bien souvent je préfère une belle reliure postérieure à une reliure d'époque aux "défauts d'usage" trop prononcés. Ou encore un texte rare et recherché dans une reliure moderne à un traité sur la messe en maroquin d'époque. Et puis tous les livres ne se trouvent pas dans toutes les conditions, mais il est certain qu'il faut avoir ce type d'échelle en référence.

lauverjat

Bertrand a dit…

Je pense personnellement que c'est effectivement intéressant voire indispensable d'avoir conscience de ce classement de base que M. Galantaris a effectivement bien mis en avant. Il reste néanmoins comme le précise Lauverjat de grandes étendues bibliophiliques dans lesquelles on se perd en conjectures pour savoir ce qui est bien, ce qui est mieux, ce qui est préférable. Et là, c'est une affaire de goût avant tout.

Je pars toujours du principe qu'une reliure parfaitement conservée et de belle facture, qu'elle soit de l'époque ou postérieure, est déjà un gage de qualité. Ensuite vient la provenance qui ajouter une préférence non négligeable voire primordiale, selon le livre.

B.

calamar a dit…

on peut reprendre tous les commentaires du Bibliomane moderne... mais il est vrai que cette classification ne s'applique pas aux livres modernes.

Hugues a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Hugues a dit…

Je pense que le propos de M. Galantaris n'est évidemment pas de définir une classification exhaustive et immuable, il est trop fin pour cela.

Cette hiérarchisation est un point de départ de la réflexion pour chaque bibliophile et permettra d'ailleurs à chacun de suivre son propre chemin.

J'ai trouvé cette petite définition de Manuel sur le net, je trouve qu'elle cadre bien dans ce cas:

Manuel est aussi nom masculin et sert de Titre à certains livres ou abrégés, pour annoncer qu'on doit en faire un fréquent usage et les avoir, pour ainsi dire, toujours à la main.

Tout est dit, ce n'est pas une bible, mais un Manuel, d'ailleurs, c'est écrit dessus.

H

Pierre a dit…

5eme place pour le veau blond glacé qui évoque à s'y méprendre le cuir connoly des jaguars et le satiné des épaules d'une jeune femme romantique...

J'aurais dit mieux mais ma mémoire est encore toute fraiche... Pierre

Textor a dit…

Le classement laisse tout de même songeur,comme toute hiérarchie arbitraire. Je préfère les vélins fripés pour les livres du XVIème au maroquin glacial, n'en déplaise à M. Galantaris. Mais la vente de cet après-midi a montré que n'importe quel texte courant, de Plutarque, Longus ou Charron fait un bon prix quand il est habillé par Derome ou Bozerian et stocké quelques temps chez Rahir, Beraldi ou Quentin-Bauchard.
T

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