« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier
"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

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samedi 18 septembre 2010

Octave Uzanne: une préface méconnue d'un ouvrage américain de référence sur la Bibliophilie, "Four private libraries of New York, a contribution to the history of bibliophilism in America"

Amis Bibliophiles bonjour,

Croisée au hasard d'une lecture dans la langue de Shakespeare, je vous propose de découvrir une préface méconnue d'Octave Uzanne, adressée à Henri Pène du Bois, un bibliophile franco-américain résidant à New York, pour ouvrir son ouvrage Four private libraries of New York, a contribution to the history of bibliophilism in America (1892).
Dans l'ouvrage, Pène du Bois aborde les grands thèmes de la bibliophilie de l'époque à travers les bibliothèques de quatre bibliophiles américains de l'époque, Charles Jolly Bavoillot, Samuel P. Avery (membre du Grolier Club), Valentin A. Blacque (membre du Grolier Club) et George Beach de Forest (ex-libris par Paul Avril): considérations générales sur les éditions romantiques et la reliure, les Elzevir, la vente Fortsas, etc. agrémentées de quelques images de 
belles reliures signées Trautz-Bauzonnet, Cuzin ou Pétrus Ruban.
Ex-libris Jolly Bavoillot
George Beach de Forest (ex-libris par Paul Avril)
Au fil des pages, Pène du Bois s'affirme comme un "Uzanne d'outre-atlantique", le style gentiment emphatique en moins, ce qui est assez agréable il faut bien l'avouer. Pour un francophone qui parle correctement anglais, j'oserais dire que la lecture du Pène du Bois en anglais est finalement plus aisée que celle d'un texte d'Uzanne en français. On notera que si le livre est en anglais, la préface d'Uzanne elle, n'a pas été traduite et est proposée en français dans l'édition américaine.

Pour revenir à Uzanne, on ne sait s'il a croisé Pène du Bois, et il précise dans son texte qu'il n'a jamais eu l'ouvrage sous les yeux avant de le "préfacer". 




"Vous voulez bien, cher Monsieur, m'annoncer votre prochaine publication, "Quatre bibliothèques Particulières de New York", qui doit servir par la suite, à l'Histoire de la Bibliophilie en Amérique".
Vous ajoutez qu'il vous serait agréable de publier quelques lignes de moi en tête de ce "Livre d'or" des amoureux du livre aux Etats-Unis, et je me rends aussitôt a votre invitation, d'autant plus volontiers que je suis en quelque sorte le parrain de cet ouvrage, dans l'ancien Livre ou vous eûtes accès comme rédacteur correspondant pendant plusieurs années : je ne saurais l'oublier.

C'est, sans aucun doute, en mémoire de ce parrainage qu'il vous convient de me demander si je veux bien agréer la dédicace de ce livre curieux, et c'est également en souvenir de nos bonnes relations qu'il me plaît d'accepter cet hommage lointain. J'ai grand désir curieux de lire votre étude, principalement parce qu'elle traite de quatre célèbres cabinets new-yorkais dont les "bibliothèques merveilleuses" hantent souvent les conversations des amateurs de Paris avisés sur la bibliophilie du Nouveau Monde.
Parmi ces amateurs d'outre-atlantique, dont vous allez être le bibliographe , deux font partie de la Société des "Bibliophiles Contemporains" et, a ce titre, déjà ils me sont chers; deux autres sont membres du "Grolier Club... et amicorum, c'est-à-dire qu'ils détiennent chez eux des reliures aux ors éclatants signées par Derôme, .... et autres "ensoleilleurs de maroquins".

Comment voulez-vous que je ne m'intéresse pas à de tels Mécènes des beaux livres lorsque je crois savoir que l'un d'eux est M. Jolly Bavoillot, un des plus fervents bibliognostes du globe qui jadis, en de longues lettres ardentes et spirituelles, me faisait communier avec ses enthousiasmes; quand je perçois qu'un autre répond à la caractéristique bibliophilesque de M. George Beach de Forest dont j'ai ouï dire merveille et que les Biblio-Contempo sont heureux de compter dans leur sein.
Votre livre, cher Monsieur, sera apprécié par tous les français dilettantes de livres car la bibliophilie possède une langue universelle qui défie tous les volapük du monde et qui ne réclame aucun interprète. 

Il sera, j'en suis assuré, fort bien accueilli à Paris, aussi bien qu'à Londres et nos bons amis les Russes ne seront pas insensibles à l'éloquence des beautés décrites par vous. Si je n'étais pas rivé à mes constants labeurs sur les quais de la Seine, et s'il m'était donné de saisir le loisir de quelques semaines nécessaires pour passer au pays du "Grolier Club", j'aimerais vous voir pour "cicerone" dans ces mirifiques librairies dont vous vous êtes faits l'annonciateur (NDLR: Uzanne traduit mal library en librairie, au lieu du bon mot, "bibliothèque")

Je suis sûr qu'à New-York, parmi vous, je me sentirais dans une intimité amicale, douce et pénétrante, car la passion du livre unit tous ceux qui en sont atteints et il ne peut y avoir ni gêne ni froideur lorsque les mains palpitent sur de nobles maroquins et qu'une admiration mutuelle extasie à la fois le visiteur et son hôte.
Les relations, du reste, deviennent chaque jour plus cordiales entre bibliophiles d'Amérique et de France; bientôt, grâce aux sociétés, aux revues spéciales, aux visites,et aux fréquents échanges d'idées, l'entente sera parfaite et on devra aux livres qu'il n'y ait plus d'océan.

Il y en a toutefois un à cette heure, et je dois à cet infini aquatique de n'avoir pu lire votre ouvrage, fût-ce en épreuves, afin d'avoir le plaisir de le préfacer.

Il m'eût été agréable d'y placer une ouverture à ma façon, en connaissance de matière. Laissez moi cependant, faute de ne pouvoir mieux faire, souhaiter à vos quatre mono-bibliographies (NDLR: on constate qu'Uzanne n'a effectivement qu'une très mince idée du contenu de l'ouvrage qui finalement, ne se présentera pas sous la forme de ces quatre mono-bibliographies), un succès continental, et croyez, cher Monsieur, à mon amicale confraternité et à l'expression de mes sentiments de haute bibliomanie sympathique.

Octave Uzanne."

La lecture du Pène du Bois est naturellement recommandée...

H

4 commentaires:

olivier a dit…

Ou comment ne rien dire... Quand on est obligé de dire quelque chose.
Olivier

Le Bibliophile Rhemus a dit…

L'ouvrage de Henri Pène du Bois (1858-1906), critique d'art et bibliophile passionné de littérature française, est disponible sur internet, très intéressant (plus que la préface ...) et pas cher du tout.

calamar a dit…

un exemplaire figure dans la prochaine vente Alde (2 octobre)

mutuelle a dit…

bel article sur l'admiration mutuelle avec le visiteur

Josiane

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