« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier
"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

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lundi 28 février 2011

Bibliophilie et sciences: opposant de Lavoisier pendant la "Révolution chimique"

Amis Bibliophiles bonsoir,


Deux chimistes de premier plan, l'anglais Priestley et le français Lavoisier, se sont confrontés lors de la révolution chimique de la fin du XVIIIème. Le premier découvre l'oxygène de l'air et le second explique son rôle dans la respiration et dans les combustions. J'ai consacré un billet précédent à Lavoisier. Je vous présente aujourd'hui trois ouvrages de Priestley.


Joseph Priestley (1733-1804), théologien anglais, devient pasteur à Leeds, dans le Yorkshire en 1767. C'est la qu'il commence ses recherches sur les gaz. En 1772, il est élu à l'Académie des Sciences et publie ses Observations sur différentes espèces d'air. Il isole un grand nombre de gaz, dont l'ammoniac, l'oxyde d'azote, le dioxyde de soufre et le monoxyde de carbone. C'est en 1774 que Priestley fait sa principale découverte, celle de l'oxygène. Il obtient ce gaz en décomposant de la chaux de mercure (ou oxyde HgO) au soleil avec une lentille. Le nom qu'il donne à ce nouveau gaz est air déphlogistiqué, nom cohérent avec la théorie du phlogistique qu'il soutient.

Priestley rencontre Lavoisier qui répète ses expériences et conclut: «… je désignerai dorénavant l’air déphlogistiqué ou air éminemment respirable dans l’état de combinaison et de fixité, par le nom de principe acidifiant, ou, si l’on aime mieux la même signification sous un mot grec, par celui de principe oxygéné ».

Priestley est nommé pasteur à Birmingham en 1780. En 1782, il publie son Histoire des corruptions du christianisme. Ce traité est brûlé en 1791 tout comme sa maison et ses biens à cause de son soutien ouvert à la Révolution française. Il émigre aux États-Unis en 1794, année où Lavoisier est décapité, et y meurt en 1804.


Expériences et observations sur différentes espèces d'air.
Paris, Nyon. 1777-1780.
5 volumes in-12 ; XXXVI, 434, (2) pp, 2 pl. - (4), LXII, 297 pp, 1 pl.
(4), IV, 352, (4) pp, 5 pl. - LII, 404 pp,1 pl. - (4), 404 pp, 1 pl.



Cet ouvrage paraît initialement à Londres en 1772 dans le volume 62 des Philosophical Transactions of The Royal Society. Les premières traductions françaises des travaux de Priestley paraissent dans le premier tome des Observations sur la physique, sur l’histoire naturelle et sur les arts paru en 1773. Cette traduction française est due au médecin Jacques Gibelin (1744-1828). Le premier volume est ici en deuxième édition (EO en 1775); les volumes suivants sont en première édition.

Dans cet ouvrage, Priestley décrit les expériences qui le menèrent à la découverte de l’oxygène (air déphlogistiqué). On trouve à la suite Recherches physiques sur la nature de l’air nitreux et de l’air déphlogistiqué de Fontana. Fourcroy donne les détails de cette édition française dans le tome III du dictionnaire de chimie de l’Encyclopédie Méthodique. On trouve également les premières traductions françaises des travaux de Priestley dans le premier tome des Observations sur la physique, sur l’histoire naturelle et sur les arts paru en 1773.

Expériences et observations sur différentes branches de la physique; Avec une continuation des observations sur l'air.
Paris, Nyon. 1782-1787.
4 volumes in-8 ; XXIV, 288 pp, 1 pl. - (4), 312 pp. - XXIV, 527, (1) pp, 1 pl. - XIV, (2), 479 pp, 1 pl.



Priestley publia les deux premiers volumes en mars 1779. Le troisième et dernier volume de cet ouvrage ne parurent qu'au mois de mars 1781. La traduction française est due à Jacques Gibelin.



Histoire de l'électricité
Paris, Hérissant. 1771.
3 volumes in-12 ; XLVI, (2), 432 pp. - (4), 531, (1) pp, 1 pl. - (4), 474, (4) pp, 8 pl.

Priestley fut encouragé à publier son Histoire de l'électricité par le scientifique et homme d'État Benjamin Franklin, qu'il avait rencontré en 1766. L’édition originale anglaise date de 1767. Benjamin Franklin l'aida dans la correction des épreuves. Priestley découvrit entre autres que le charbon de bois conduit l'électricité et que l'électrisation des conducteurs reste superficielle.

Cette première traduction française est due à Nollet et à Brisson. Les nombreuses notes en bas de pages sont de Brisson qui constate que Priestley accorde une trop grande place aux auteurs anglo-saxons en leur attribuant quelques fois des découvertes faites par d’autres. Brisson défend en particulier les idées de Nollet attaquées ou passées sous silence.

On trouve une longue analyse de cet ouvrage dans le premier volume de Introduction aux observations sur la physique, sur l’histoire naturelle et sur les arts. Rozier conclut «Il auroit été à souhaiter que le traducteur eût mis plus d’aménité dans ses notes. Plusieurs expressions trop fortes ne seront pas du goût du lecteur. Il est si aisé de relever les erreurs avec honnêteté, qu’on est surpris que cette voie n’ait pas été préférée.»

Bernard

12 commentaires:

Textor a dit…

Merci Bernard pour ce billet passionnant !
Je ne sais pas pourquoi ces (belles !) gravures me font penser aux expériences des Shadocks.
Lesquels disaient souvent quelque chose qui aurait plu à Priestley, rapport à son air déphlogistiqué : « En essayant continuellement, on finit par réussir. Donc plus ça rate, plus on a des chances que ça marche »

Textor

calamar a dit…

c'est très intéressant ! mais prenez garde : vous allez susciter des vocations. Je ne me suis jamais intéressé à ce type d'ouvrages, et d'ailleurs je n'ai pas l'impression d'en avoir souvent vu ? est-ce parce que je ne les cherchais pas ?
mais ça va finir par changer, à force de lire des billets de ce genre...

Anonyme a dit…

Il y a peu de bibliophiles qui s'intéressent aux ouvrages scientifiques ... c'est très bien ainsi : ils sont déjà assez difficiles à acquérir ! Bernard ne cesse de retourner la spatule dans la plaie.

René

Bernard a dit…

Il est vrai que, comme les Shadocks, Priestley et Lavoisier ont beaucoup pompé, au vrai sens du terme.
Il est vrai également qu'on ne voit souvent que ce que l'on cherche. Susciter des vocations de bibliophile "scientifique" , pourquoi pas. C'est enthousiasmant et il y a beaucoup à découvrir.
Bernard

sebV a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
sebV a dit…

Toujours un régal le mélange science et bibliophilie.
Tant qu'on est dans les opposants de Lavoisier, Bernard pourrait peut être nous conter dans un nouvel article l'épopée du calorique. Qui verra s'opposer le chimiste français avec le Comte Rumford.La théorie de Lavoisier tomba peu après sa tête, ce qui n'échappa pas à sa femme qui émigra en Angleterre et épousa Rumford. Elle devait particulièrement aimer la science...

Bernard a dit…

Je vous présenterai un jour deux ouvrages de Rumford: ses Essais politiques, économiques et philosophiques (dont le second volume est consacré à la chaleur) parus en 1799 et ses Mémoires sur la chaleur parus en 1804.

Pierre a dit…

Excellent billet comme à l'accoutumée qui nous montre que les ouvrages de science, quand ils sont anciens, sont à notre portée intellectuelle et ravissent le bibliophile qui est en nous, en nous proposant de fort jolies gravures.

Les ouvrages que vous nous présentez sont toujours en excellent état, Bernard. Vous semblez très exigeant sur ce point ? Pierre

Bernard a dit…

Je n'achète que des livres en bon état, sauf si la rareté est telle que je pense avoir peu de chance de les retrouver. Dans ce cas je les confie à un bon restaurateur. Beaucoup des premiers ouvrages achetés dans mes premières années de collection ont été échangés contre de meilleurs exemplaires. Je suis peu sensible aux reliures luxueuses avec armoiries et de provenance prestigieuse. Il s'agit d'un autre type de bibliophilie.

Anonyme a dit…
Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.
Textor a dit…

Il faut tout de même reconnaitre que la fièvre spéculative ne s’est pas encore emparée des ouvrages scientifiques, même lorsqu’ils ont des gravures. Pour preuve, j’avais récupéré un livre intitulé « essais d’expériences, sur la fermentation des mélanges alimentaires, la nature de l’air fixe, etc … de David Macbride, Paris, Gravelier,1766. N’étant pas très féru de physique, je l’avais cédé à mon libraire préféré pour un petit prix, celui de mon achat. Et bien, 3 ans après, ce livre était encore dans sa boutique, pourtant il n’avait pas doublé la mise !!…

Comme quoi « avec un escalier prévu pour la montée, on réussit parfois à monter plus bas qu’on ne serait descendu avec un escalier prévu pour la descente » Autre devise Shadock.

T

Bernard a dit…

La bibliophilie scientifique est essentiellement une bibliophilie de contenu. La spéculation se porte essentiellement sur les éditions originales des textes fondateurs rares de géants tels que Copernic,Galilée, Descartes, Newton, Einstein ... La, les gravures ne font pas le prix.
Ma collection est axée sur l'évolution des modèles qui décrivent les phénomènes physiques, évolution vue à travers les livres anciens d'époque. Les fondateurs sont importants mais la réception de leurs idées et les commentaires des contemporains le sont aussi.La spéculation est bien loin.
PS: Les Shadocks me manquent!
Bernard

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