« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier
"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

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dimanche 10 avril 2011

Un exemplaire du baron Jérome Pichon... annoté par lui, et qu'il regrette de ne pas avoir acheté au poids...

Amis Bibliophiles bonjour,

Remontons le temps, imaginez quelques instants que nous sommes au milieu du 19ème siècle: la fin de l'Ancien Régime a multiplié le nombre de livres anciens disponibles, au point qu'en certains endroits, on vend les post-incunables au poids... Quelle époque merveilleuse, qui n'a duré qu'un temps, puis l'un des plus grands bibliophiles du 19ème, le baron Pichon la regrettait déjà en 1887. 
Plein maroquin bleu roi, large dentelle avec un décor d'oiseaux sur les plats
Chambolle - Duru
Voici un bel ouvrage, que je n'ai hélas pas non plus acheté au poids, mais qui possède de nombreux atouts: peu connu, bien illustré, magnifiquement relié, de belle provenance... et surtout avec une longue annotation du baron en toute fin. 



Une note qui nous raconte une belle histoire:

"Cette édition de la vie de Sainte Catherine de Sienne imprimée par Guyot Marchant, dont elle porte la 2e adresse, pour Jehan Petit le 3 avril 1503-4 n'est citée nulle part. Les deux éditions plus anciennes sont celle de Jeh. Trepperel II vers 1520 ou 25 et de la Vve Barnabé Chaussant 1532. Celle ci est autrement plus importante.



Ce présent exemplaire est celui des Carmes Déchaussés de Paris et ensuite de la bibliothèque du chapitre de Paris. Reliée avec une vie de Clotaire et de Ste Radegonde de 1527 (je l'ai faite relier en m. r. D. De m. bleu meme dentelle que celui ci). Il fut vendu à la livre en 1811 avec toute une voiture de vieux livres à un épicier de la rue des Marmousets nommé Neveu qui le revendit à la livre aussi à un amateur inconnu. Celui ci a signalé le fait dans une note que j'ai soigneusement conservée (voir le 1er feuillet de garde de la fin).

Je l'ai acheté (pas à la livre) les 16 et 18 mars 1886 à Baillieu qui le tenait de son beaufrère Jules lequel l'avait acheté dans une vente borgne au lieu dit la Tour Malakoff à Montrouge. 

B. J. P. 6 juin 1887. ees"

Je ne me lasse pas de la relire, elle permet en effet de retracer une grande partie de l'histoire de l'ouvrage, son origine, son parcours sur le marché, mais aussi que c'est Pichon lui-même qui décida de la faire relier ainsi.

Les contreplats sont reliés en maroquin rouge, avec la même dentelle
Chambolle - Duru
Joli, non? Cela console presque de ne pas avoir connu l'époque.

H

P.S.: je m'aperçois que le 29 avril, date du dîner des bibliophiles, on fête Catherine de Sienne, un bon prétexte pour venir au dîner, où j'apporterai donc sans doute cet ouvrage.


17 commentaires:

Bertrand a dit…

Pierre Berès vient de se retourner dans sa tombe !

Belle acquisition ! Soit tu as cassé la tirelire, soit une veuve pleure encore... (sourire).

B.

Lauverjat a dit…

Superbe exemplaire, j'adore.
Le catalogue des gothiques français de Guy Bechtel (1ere édition)donne :
V-146. Paris, G. Marchant/ J. Petit, 1503 : La vie de madame saincte Katherine de Seine [sic]. (3 avril 1503).
Form. 4°
Descr.: le seul ex. Est à Londres (BM)
biblio : Moreau 1503-133.

Lauverjat

Hugues a dit…

Je préfère casser ma tirelire que faire pleurer une veuve!
Donc j'ai pris mon marteau et craaaac!
:)
H

Bertrand a dit…

ça se discute ;-))
ça dépend de la veuve en fait ;-))

B.

Gonzalo a dit…

"Descr.: le seul ex. Est à Londres (BM)"


Donc un unicum détrôné par ton exemplaire. Comme le dit l'un de mes maîtres: "unicum... c'est toujours provisoire!"

Joli joli livre!

Hugues a dit…

Merci Lauverjat... Cher Guy, il va vous falloir revoir votre description. :)

Bertrand: les veuves joyeuses ne pleurent pas :)

H

Bertrand a dit…

Les veuves joyeuses ne sont pas les plus drôles... (sourire).

Vraiment un bel exemplaire d'un livre rare qui fait baver le Bibliomane moderne... sauf à savoir le prix... car finalement tout à un prix non ? ... (sourire).

Fais gaffe si tu l'emmènes au Grand Palais à pas passer trop près du stand central... où alors emmène ta facture avec toi (sourire).

B.

Hugues a dit…

Le blog fera foi si l'on doute de ma propriété sur ce livre :)

Le prix... Quand on aime on ne compte pas. C'est ce que je dis à mon épouse, de manière générale... et encore plus quand elle me demande le prix d'un livre.

Et puis, maintenant que je sais que les Anglais ne sont plus les seuls à pouvoir se vanter de l'avoir, ça me rend encore plus heureux :)

Hugues

Textor a dit…

Bel ouvrage vaiment. Félicitations Hugues !
Le monde est petit, si vous m'autorisez cette mauvaise blague, car je suis en train de faire des recherches sur la famille d'imprimeurs Marchand, dont la maison à deux corps d'hôtel, cour et jardin était située près du collège de Boncour sur la Montagne Sainte Geneviève. L'oncle avait cédé à ses neveux, Guy (Guidon Mercatore) Girard et Jean son officine au lieu-dit Beauregard, appelé ensuite Champ-Gaillard. (Campo Gallardo, dans mon ouvrage daté de 1505, que je viens d’acheter ce samedi à Nantes – je ne vous donne pas le prix, mon banquier nous lit peut-être) Jean, comme Guy apparemment, imprimait pour Jehan Petit. Outre la marque de Petit, mon exemplaire a le même frontispice au verso du titre

Textor

Textor a dit…

PS : Evidemment, la comparaison s'arrête là, mon exemplaire n'est ni relié par Chambolle-Duru ni commenté par Pichon !! :)

Textor a dit…

Ce bois figurant un professeur pensif dans sa bibliothèque avait déjà été présenté récemment sur ce blog (difficile à retrouver quand on ne se souvient plus du nom de l’article ou de la date).

S’agissait-il du même livre ou bien d’un bois provenant d’un autre ouvrage ? J'aimerais le retrouver.

En effet, l’image présentée ici diffère de celle de mon exemplaire. Le trait noir horizontal marquant le bas de l’image s’arrête au niveau des plis du personnage. Ici on voit davantage de carrelage. Curieux, non ? Le bois aurait été coupé ? Pourtant les dates des 2 livres sont très proches (1503 et 1505). Existerait-il plusieurs versions de la gravure ?
Textor

Hugues a dit…

Textor,
Il s'agit du portrait de Jean Charlier, dit Jean de Gerson,
sur la page de titre de "La Mendicité spirituelle" (Paris, Michel Le Noir, 1501 n.s.), repris par Philibert Berjeau le 15 août 1861
pour orner la page de couverture de sa revue "Le Bibliophile illustré".
Là où ça se complique, c'est que mon bois n'est pas identique à celui de 1501...
Si vous m'envoyez le votre, nous pourrons comparer.
Hugues

Olivier a dit…

Mazette!
Superbe!
Olivier

Textor a dit…

Merci Hugues de votre réponse, je vous envoie la photo de ma gravure. Cette affaire de différences de bois me turlupine.

Que faisait donc Jean Gerson chez Catherine de Seine? C'était sa cousine ?
Textor

Anonyme a dit…

Pour autant qu'on puisse en juger, votre roulette "aux pélicans" se retrouve sur un ouvrage de la 2e vente Beres (Le flagice de peste, 1530, lot 36).
Belle acquisition ...
Philippem (un peu envieux ...)

Pierre a dit…

Évidemment ma Vie de Sainte Catherine de Sienne, par Joergensen et édité par Gabriel Beauchesne en 1919 fait pâle figure ;-))

Magnifique acquisition qui rassemble tout ce qu'un bibliophile espère ; la provenance, l'édition et la reliure. Pas envieux mais admiratif. La personne qui vous l'a cédé peut avoir une légitime fierté d'avoir laissé cet exemplaire entre de bonnes mains. Pierre

Gonzalo a dit…

>> "Pas envieux mais admiratif. "


L'un n'exclut pas l'autre!

;o)

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