« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier
"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

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dimanche 29 mai 2011

La parole aux bibliophiles: un mauvais livre de Balzac, ou Balzac imprimeur

Amis Bibliophiles bonjour,


Un mauvais livre de Balzac ou une petite babiole bibliophilique qui m'est tombée entre les mains par hasard.


Voici donc un petit livre (deux volumes reliés en un) qu'un bibliophile (anonyme) a cru bon de faire relier en maroquin et d'indiquer en queue du dos « H.B. ». Le texte est un grand classique, Les contes de La Fontaine. Rien de très original.


La bibliophilie comme le diable va se nicher dans les détails car le livre, à proprement parler, n'a rien pour lui qui semble justifier de le préserver de cette manière. A vrai dire, ce livre, il est presque illisible. Typographie trop petite, aération absente, justification approximative (je suis poli).


A quoi bon casser sa tirelire (la reliure est simple, mais le maroquin reste une peau chère) pour un aussi mauvais livre ?

Mais voilà, c'est une des impressions de Balzac.


Eh oui c'est donc le Balzac imprimeur. Il vient d'abandonner l'édition (de La Fontaine déjà...) et de se faire imprimeur. Il y laissera une montagne de dettes (113 000 francs).

On ne dira jamais assez merci aux bibliophiles qui nous précèdent. Qui irait sauver et recouvrir de maroquin un mauvais livre (au plan technique) d'un grand auteur dû à celui que cette expérience malheureuse et ruineuse de l'édition puis de l'imprimerie inspirera Les illusions perdues.

Au numéro 103 de la vente de la bibliothèque de Mme Anne-Marie Meininger, grande spécialiste de Balzac (Tajan, 15 mars 2007) on trouve ces deux volumes dans une demi-reliure veau et des défauts (mouillures) que mon exemplaire n'a pas et la mention « Très rare impression balzacienne ». Estimé 150-200 euros il n'atteint finalement que 121 euros (merci à ebibliophilie.com en passant). La médiocrité n'est jamais récompensée...

J'en profite pour citer la « maîtresse de maison » (Mme Meininger) à propos de Balzac imprimeur :
“En mars 1826 Balzac achète pour 30.000 francs un fond d’imprimerie situé 17 rue des Marais-Saint-Germain, actuelle rue Visconti. Le mois suivant, en avril 1826, il sollicite un brevet d’imprimeur, qu’il obtient le 1er juin sous le N° 2354. L’une des premières déclarations d’impression faites par Balzac sera la
Physiologie du mariage ou méditation sur le bonheur conjugal. Pensant qu’un imprimeur doit fondre ses caractères Balzac deviendra fondeur de caractères mais cela ne sauvera pas son imprimerie, dont
les difficultés financières sont essentiellement dues à la grande crise économique des années 1826-1830.
En avril 1828 , il doit renoncer à la fonderie en faveur d’Alexandre de Berny et en août 1828 il vend son fond dont le passif s’élève à 113.000 francs. Il aura donc imprimé pendant deux années de 1826 à 1828. La liste complète de ces impressions n’ a jamais pu être établie.” Anne-Marie Meininger

Sur cette période de la vie de Balzac qui n'a alors pas encore 30 ans :http://fr.wikibooks.org/wiki/Utilisateur:Kerguelen
Sur Balzac imprimeur : http://balzac.typographie.org/bio/balzac.html

Olivier

3 commentaires:

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Sur cette édition, les comptes exacts se trouvent dans R.Bouvier et E.Maynial "Les Comptes dramatiques de Balzac" Paris, Sorlot, 1938, p. 56-58.

Benoît a dit…

Je possède un très méchant volume de Balzac imprimeur, mais le mien est "Oeuvres complètes de la Fontaine", ornées de trente vignettes dessinées par Deveria et gravées par Thompson, Paris, Baudouin Frères, 1826... (d'ailleurs je crois que ces mentions ne sont pas tout à fait exactes, conernant les illustrateurs)... Un ratage complet... Certaines pages sont à peine lisibles !!!

Textor a dit…

Jolie histoire pour un bien méchant livre. Drôle d’idée qu’avait eue Balzac de se lancer dans l’imprimerie, il pensait s’enrichir, sans doute. Visiblement, il n’était pas doué pour cela. Il s’en sortait un peu mieux en écrivant ses romans de gare .

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