« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier
"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

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lundi 28 novembre 2011

Echange avec un commissaire-priseur et considérations sur les ventes aux enchères de livres anciens


Amis Bibliophiles bonjour,

Rassurez, je ne vais pas revenir une nouvelle fois sur l'écart entre les estimations et les prix réalisés, sujet déjà maintes fois traité, mais il se trouve que j'ai eu récemment une assez longue discussion avec un commissaire-priseur.


Celui-ci, presque spécialisé dans les livres, a fini de me dégriser lorsque nous avons abordé le sujet de l'organisation d'une vente et de la rédaction du catalogue puisque bien sûr le sujet des estimations est arrivé sur le tapis; j'étais en effet à la recherche d'une maison de vente pour mettre aux enchères un ouvrage et je m'étonnais de la faible estimation qu'il faisait de mon livre (dont des exemplaires moins jolis s'étaient vendus 3 ou 4 fois plus cher chez ses confrères).

La réponse fût rapide et limpide: "je me considère comme un organisateur de spectacle, la vente est un spectacle... Mais puisque le catalogue ne me permet guère de créer la surprise avec le contenu, j'interviens à la marge en appâtant le chaland avec des estimations volontairement très basses. L'amateur sait bien qu'elles sont fantaisistes, même s'il garde toujours un espoir, le client moins connaisseur est attiré, et finira par craquer, si ce n'est pour un lot, ce sera pour l'autre".

Rien de nouveau sous le soleil donc, mais c'était la première fois que j'entendais un commissaire-priseur exprimer aussi clairement sa position.

Dans le même temps, nous avons évoqué l'affaire des commissionnaires. Le commissaire-priseur était plus ennuyé, notamment parce que quelques uns de ses confrères ont également été mis en examen, mais il m'a informé qu'un site (http://www.avisderecherches.interieur.gouv.fr/rovspecial.asp) rassemblait 6000 objets dérobés par les incriminés, et qui sont en attente d'identification puis de restitution. A priori pas ou peu de livres, mais je n'ai pas eu le courage de tout parcourir. Le texte qui accompagne les images est en tout cas assez édifiant et direct de la part d'un site du ministère de l'intérieur:

"En décembre 2009, un trafic d'objets d'art perpétré par des manutentionnaires de l'Union des Commissionnaires de l'Hôtel des Ventes (UCHV) était mis au jour. Ces derniers également appelés «Cols Rouges» ou «Savoyards» étaient chargés de la manutention des objets vendus lors des ventes aux enchères publiques ou judiciaires à l'Hôtel des Ventes de Drouot à PARIS, lequel s'est constitué partie civile dans le cadre de l'instruction pénale. Ces commissionnaires avaient aussi en charge le transport des objets du lieu d'enlèvement jusqu'au lieu de stockage, première occasion de dérober certains objets.

De nombreux objets d'origine indéterminée ont été retrouvés en perquisitions et photographiés. Ainsi, si vous avez été concerné par une succession à PARIS, ou en Province, dont la manutention a été confiée à l'UCHV soit directement par vous, soit par votre notaire ou votre commissaire-priseur, vous pouvez ci-après et jusqu'au 28 février 2012 consulter les photographies des objets retrouvés. Si vous pensez reconnaître un objet volé à votre préjudice, vous pouvez nous le faire savoir immédiatement par mail en cliquant sur le lien "Contacter le service compétent au sujet de cet objet" présent sur chaque fiche. Toute pièce ou renseignement permettant d'authentifier l'origine du bien vous sera ensuite demandé.

NB: Les photographies d'objets et de documents de faible valeur ont été volontairement insérées, et présentées avec les objets d'art retrouvés simultanément, afin de faciliter l'identification des objets et du lieu de succession où l'ensemble a été dérobé."

Dans tous les cas, on reste quand même un peu stupéfait devant l'ampleur de l'arnaque. Et pendant ce temps, il semble que Drouot continue de fonctionner sans ses Savoyards.

H

12 commentaires:

Benoît a dit…

Si on m'avait volé un objet, ou bien que je le soupçonne (reste à savoir comment la fraude a été organisée), je crois que je manquerais - pour le moins - de courage pour ouvrir ces milliers de fiches... Je sais bien le travail qu'aurait été un index complet, mais là, je suis curieux de savoir combien de pièces seront ainsi re-localisées... Une - même imprécise et vague - table des matières, par thème ou type d'objet, aurait été bienvenue je crois !
Merci Hugues de te faire l'écho de cette affaire, qui a été assez pudiquement minorée... alors qu'elle a affecté des centaines de successions...
De plus, et pour finir, toute la lumière n'a pas été faite sur ces événements...

Pierre a dit…

Les propos du commissaire-priseur ont du moins le mérite d'être clairs : Les amateurs éclairés ou les professionnels ne se font pas prendre au jeu des enchères. Ce sont les amateurs occasionnels qui font les surenchères...

vendeur-commissaire-état-acheteur : Qui mange qui ? Pierre

calamar a dit…

celui qui risque quelque chose, tout de même, c'est le vendeur, non ? si l'objet part réellement à son estimation. Mais le risque est sans doute très minoré par le fait que le commissaire-priseur qui fait cela a un réseau d'acheteurs potentiels bien établi, et qu'il fait bien la publicité de sa vente.
C'est un peu pervers : l'intérêt de la chose, c'est justement d'avoir plus de notoriété. Et ça ne marche que si elle est déjà là...

Anonyme a dit…

Il y a toujours le risque du trou d'air puisque suivant la loi le prix de réserve ne doit pas être supérieur à l'estimation basse, mais suivant la loi seulement, suivant la coutume ?? ;)

Daniel a dit…

Je risque un commentaire lié a cet article et au précédent, si ils sont partis avec les meubles, il y a sans doute quelques reliures aux armes dans le lot saisi ;)

Merci à Lauverjat pour ses limpides explications.

Daniel B.

Bertrand a dit…

32.78% de lots invendus à la vente ALDE d'hier lundi 28 novembre 2011 (livres modernes - oeuvres sur papier).

B.

Bertrand a dit…

La vente Millon de samedi (26 nov. 2011) enregistre un meilleur taux de vendus. 18% de lots invendus seulement.

B.

Bertrand a dit…

Vente ALDE d'hier mardi 29 novembre 2011. Vente de livres C. et J.R. (pas celui de Dallas visiblement...). 304 lots au total. Livres anciens et quelques gravures. Quelques photos anciennes à la fin et quelques livres modernes.

178 lots invendus sur 304 ! soit 58,55% d'invendus !!

126 lots vendus seulement donc sur les 304, soit 41,45% de vendus !!

Les points d'exclamation servent de commentaire ...

Il n'y avait pas moins de 5 ou 6 ventes de livres entre samedi et hier...

B.

Hugues a dit…

C'est vrai qu'il y a abondance, ça me rappelle ce que me disait un libraire connu au sujet de l'évolution prochaine de la taxation.
Un dernier rush avant le couperet?

H

Olivier a dit…

Il faut garnir son bas de laine rapidement, alors? pour être prêt en janvier et février?
Encore un krach? Argh!

Question subsidiaire : ebay est-il soumis aux mêmes exigences ? Sans quoi le niveau va monter... Et puis les frais sont moins élevés...

Sans parler des succursales à londres, francfort, Bruxelles etc. qui ne sont qu'à une portée de clic.

Encore une lumineuse idée de Bercy...

Bertrand a dit…

Une autre manière de fréquenter les salles des ventes...

http://www.courrier-picard.fr/courrier/Actualites/Info-regionale/Pour-un-million-d-euros-de-livres-voles

B.

Anonyme a dit…

Il est difficile de calculer le taux d'invendus des sociétés de vente françaises car beaucoup préfèrent déclarer comme invendus les lots adjugés sous l'estimation de l'expert.
Seules Christie's et Sotheby's sont transparentes sur ce point.

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