« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier
"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

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mardi 24 janvier 2012

Une provenance et un destin bibliophile peu enviable: le Tribunat et le Palais de Compiègne

Amis Bibliophiles bonjour,


Les livres sont le témoin des vicissitudes des temps et des misères des hommes.

La constitution de l’an VIII, (15 décembre 1799), inspirée par Seiyès donnait son assise institutionnelle au Consulat. L’imitation de la Rome antique fit naître le Tribunat, assemblée consultative des lois. Dépourvue du pouvoir de voter les lois, elle était constituée de 100 membres  qui siégeaient au Palais Royal à Paris. Elle fut dissoute en 1807 par senatus-consulte. La  bibliothèque du Tribunat était  constituée d’ouvrages provenant des confiscations révolutionnaires.  Après la suppression de cette institution, la bibliothèque fut répartie dans diverses autres bibliothèques dont celle du Conseil d’Etat et celle du palais de Compiègne.  Foucher autorisa aussi en 1808 la bibliothèque de théologie de Montauban, à y prélever des livres nécessaires à sa fondation.


Le palais de Compiègne possédait deux bibliothèques, celle du cabinet de travail de l’Empereur au rez de chaussée et celle, plus nombreuse en ouvrages et moins précieuse, située au deuxième étage dite des invités. Suite aux demandes de la Commission de surveillance de la Bibliothèque municipale et à la fermeture au public en 1888 faute de crédits de la bibliothèque du Palais, les livres de la Bibliothèque du Palais, 9015 volumes, furent  réunis à ceux de la Bibliothèque municipale par un don de l’Etat du 5 décembre 1891.  
Placés dans l'Hôtel de ville ils sont transférés en 1899 à l’ancien Hôtel Dieu transformé en bibliothèque populaire. La ville est bombardée en mars 1918, la toiture de la bibliothèque éventrée, les rayonnages culbutés parmi les plâtras, les fers tordus et les planches. La ville est évacuée et les livres sont livrés aux intempéries. Fin mai 1918, le bibliothécaire mobilisé par l’armée évacue les livres et oeuvres d’art des dépôts intacts sans pouvoir s’occuper des livres sinistrés.  Cette partie du fond réduit par la pluie et les bombardements sera plus tard triée et vendue en sacs au poids. En effet, ces livres  sont réformés en 1920 par la commission (ou comité) de surveillance de la bibliothèque (instance de décision officielle présidée par le maire de Compiègne). Il en résultat que “plusieurs lots de livres... ont été introduits sur le marché et se sont retrouvés en vente publique ou chez les libraires” tout à fait légalement.

Dans l’immédiat après seconde guerre mondiale, le conservateur du Palais de l’époque, ardent bibliophile régionaliste, Jean Vergnet-Ruiz, découvrit chez des libraires parisiens des livres réformés et s’en plaignit au bibliothécaire de la ville. Il souhaitait la restitution du fond du Palais, croyant y retrouver les livres précieux du cabinet de l’Empereur d’avant 1815. Les rapports entre le bibliothécaire de la ville et Jean Vergnet-Ruiz furent assez violents, mais 620 volumes regagnèrent tout de même le château.

Lauverjat

2 commentaires:

Pierre a dit…

Quand Lauverjat se transforme en détective pour nous retracer la vie d'une bibliothèque...

De l’intérêt des ex-libris pour suivre à la trace un livre, un peu comme un ADN... Pierre

Textor a dit…

Compte tenu des circonstances, ces deux-là s’en tirent bien. Complets des deux volumes, une reliure révolutionnaire good-looking avec son supra-libris en queue. Et il y a même les séquelles du trou d’obus sur la dernière garde pour rappeler qu’ils ont fait la Grande Guerre ! Un ouvrage à faire rentrer au Musée des Invalides !!

Textor

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