« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier
"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

lundi 30 juillet 2012

La reliure par l'image: Un exercice de style de l'atelier Bauzonnet - Trautz, un double emboitage sur deux minuscules


Amis Bibliophiles bonsoir,

Bravo à la plupart d'entre vous, et en particulier à Lauverjat, PhilippeM, Olivier et Textor, les premiers à imaginer qu'il s'agissait de livres minuscules... un exercice de style rare de la part de ce grand atelier de reliure du 19ème, encore plus rare et raffiné quand on considère l'objet dans sa globalité.


Les deux ouvrages reliés en plein chagrin sont en effet inséré dans un double emboîtage, lui aussi minuscule que l'on pourrait qualifier d'emboîtage à système. Sous sa forme première l'objet se présente comme un ouvrage relié en chagrin, dont le dos (dont on peut admirer la dorure très fine) indique qu'il pourrait contenir deux ouvrages reliés à la suite, dans une reliure signée Bauzonnet - Trautz. 


Quand on retourne l'objet, on constate à l'absence de feuilles sur la tranche que c'est un emboîtage, mais qui reste curieux puisque les deux plats s'ouvrent malgré tout, découvrant même un ex-libris.


Il faut ensuite retirer l'étui doré pour faire apparaître deux emplacements dans lesquels sont glissés les deux ouvrages. 

Un petit système avec des rubans permet de les faire sortir de leur emplacement.


L'emboîtage mesure 97x76 mm. Les ouvrages mesurent 87x51 mm pour l'Horace (Mesnier, 1828) et 80x51 mm pour les Maximes (Didot le Jeune, 1827). L'ex-libris est celui de Gustave Chartener, un grand bibliophile messin du 19ème (bibliothèque vendue en 1885... si l'un de vous déniche le catalogue). 

Je n'ai pas une passion pour les minuscules, mais cet exemplaire va rejoindre mon rayonnage "curiosités", je crois qu'il le mérite. Je n'ai jamais croisé un tel travail avant. Et vous?

H

samedi 28 juillet 2012

Connaissance de la reliure: les contreplats à la fanfare des grands relieurs du XIXème siècle


Amis Bibliophiles bonjour,

Je l'avoue, j'aime le maroquin. Dans mon idéal il est d'époque, mais je confesse que ma quête d'exemplaires en bon état me conduit régulièrement à préférer un maroquin issu des grands ateliers du XIXème siècle à un veau certes d'époque, mais en mauvais état. Les bons relieurs du XIXème et en tête de liste Lortic et Trautz, les plus récompensés de leur époque, ont en effet atteint un degré de raffinement extrême qui ne peut que ravir le bibliophile. 

Et quand ce raffinement se cache, il est encore plus exquis. Les contreplats à la fanfare sur des reliures qui sont très souvent d'inspiration janséniste en sont le meilleur exemple. C'est l'un des grands plaisirs de bibliophiles que de découvrir sous un austère maroquin, un décor d'une grande finesse. En voici quelques exemples, signés par de grands noms, pris au hasard des rayonnages:

.
Anatole France - Le Procurateur de Judée, 1902, par la Société des Amis du Livres, tiré à 130 exemplaires. Exemplaire nominatif, n°54.  
Reliure plein maroquin de Canape, étui. Contreplats de maroquin vert à caissons signés CANAPE R. D.


Sophoclis Tragoediae - Heidelberg, Jerome Commelin, 1597
Exemplaire de R.
Plein maroquin rouge signée Capé. Contreplats de maroquin bleu à la fanfare, signés Capé.


Caractères de La Bruyère, Tours, Mame, 1868, exemplaire sur vergé.
Un volume in-4, maroquin janséniste rouge signé Hardy Ménil. 
Contreplats de maroquin vert signé Marius Michel Doreur.


Des beautés qui ne se dévoilent qu'à ceux qui ouvrent leurs ouvrages.

H

vendredi 27 juillet 2012

Les différents types de reliure: la reliure japonisante


Amis Bibliophiles bonjour,

8 mars 1854, le Japon et les Etats-Unis signent le traité de traité de Kanagawa qui permet aux navires de commerce américains d'entrer dans les ports nippons. Au mois doctobre, les Anglais signeront à leur tour un traité qui concerne uniquement les ports de Nagasaki et d'Hakodate. Ce sont les premiers signes d'ouverture du Japon qui va bientôt en finir avec la féodalité.


Cet événement d'importance mondiale va permettre à l'Occident de découvrir une culture totalement nouvelle: estampes et objets d'art envahissent la France et provoquent l'enthousiasme des français. Cet enthousiasme est partagé par les bibliophiles qui découvrent à la fois un nouveau type d'ouvrages, et voient dans ce style japonais ou japonisant une nouvelle façon d'orné leur livres.


Il semble que c'est en 1885, à l'issue d'une exposition sur l'estampe et le dessin japonais que le bibliophile Edmond de Goncourt, séduit par "l'originalité du dessin filant" d'Hokusaï, décide de faire recouvrir ses ouvrages de décors japonisants (fleurs, insectes, feuillages, ou scènes quotidiennes de la vie sur l'île du soleil levant, etc.). Ils seront rapidement imités par d'autres bibliophiles.


Certaines de ces reliures particulières nous sont parvenues. Peu sont signées, mais on découvre parfois la marque de relieurs de l'époque, comme Pierson, Guellier ou Carayon.

H

jeudi 26 juillet 2012

Ebayana, livres anciens à vendre sur ebay: EOs, belles reliures, livres à planches, bibliophilie

Amis Bibliophiles bonjour,

Voici une sélection d'ouvrages intéressants actuellement en vente sur ebay:

Catalogue vente "Livres illustrés du 18° siècle"/1955 à Charpentier/Bibliophilie

MUSSET OEuvres complètes 1876 Lemerre 3 vol. Reliure plein maroquin

GRANDVILLE "PETITES MISERES DE LA VIE HUMAINE" 1843 EDITION ORIGINALE BELLE RELIURE ROMANTIQUE

CASANOVA MEMOIRES CURIOSA LIBERTINAGE VENISE ITALIE 6/6 RELIURE ROZEZ 1881 lp

FRANCOIS VIETE PRINCIPES COSMOGRAPHIE GEOGRAPHIE ASTRONOMIE ROUEN BEHOURT 1647

ALMANACH de LORRAINE et BARROIS en MAROQUIN ROUGE aux ARMES de LOUIS XVI

CAYET HISTOIRE PAIX HENRI IV GUERRE RELIGION ESPAGNE EDIT NANTES RICHER 1605 lp

CICERON-LES EPISTRES FAMILIERES-1569-TRADUCTION DE ETIENNE DOLET-REL DE L'EPOQUE

ISOCRATIS ORATIONES & EPISTOLAE AD DEMONICUM Chez Paul Estienne 1604 GREC-LATIN

ROLLIN HISTOIRE DE ROME DEPUIS SA FONDATION 1752 COMPLET 8 VOL. 14 PLANCHES

Franc Maconnerie : l'Ordre des Francs Macons trahi et leur secret révélé Abbé Pérau, sans date, (vers 1790)

HORACE HORATII FLACCI OPERA 1733 RELIURE MAROQUIN NOMBREUSES GRAVURES

1797 RARE ALMANACH DES HONNETES GENS DE 97 REVOLUTION ANARCHIE PROPHETIES RARE

PLUTARQUE OEUVRES MORALES GOULART AMYOT HUMANISTE PHILOSOPHIE LYON FRELON 1615

1911 BIBLIOGRAPHIE OEUVRES DE LA FONTAINE FABLES CONTES ROCHAMBEAU N°000 ENVOI

OVIDE / BANIER LES METAMORPHOSES 1799 Illustré PICART 4/4 ITALIE RELIURE

RABELAIS ILL. ROBIDA OEUVRES PANTAGRUEL GARGANTUA JANNET 2/2 RELIURES in4

LE SOPHA - CRÉBILLON - 23 EAUX-FORTES en couleurs - Louis ICART -LE VASSEUR 1935

++ RARETÉ ++ LES ESSAIS DE MONTAIGNE + LETTRES * 3 TOMES COMPLETS * PARIS 1725

PLANT MURIERS BLANCS VERS A SOIE ISNARD GRAVURES RARE EO INSTRUMENTS 1665

Lot livres anciens,EO,1ereEdition,1662,Apothicaire,pharmacopée,Tres rare,Complet

Benoit La Franc Maçonnerie Loge sociétés secrètes temple origine occulte

BIBLIOPHILIE Bibliographie JULES VERNE HETZEL & LES CARTONNAGES ILLUSTRES JAUZAC

H

mardi 24 juillet 2012

Connaissance de la reliure: les reliures en peau humaine

Amis Bibliophiles bonjour,

Cette année, j'ai eu deux fois l'occasion d'assister à une vente au cours de laquelle une reliure en peau humaine a été mise en vente. La première fois, c'était à Drouot, et le livre en question était une Danse de la Mort du 18ème, d'après Holbein (réimposée dans un volume in-4 au 19ème, de mémoire) et la seconde fois, dans une vente à Versailles, où le livre était une petite curiosité, mi curiosa, mi ouvrage pour dames, du 18ème, dans un format in-12.

Ces deux ventes m'ont amené à réfléchir sur ces reliures. Pour tout dire, lors de la première vente, je suis allé à l'exposition la veille et le matin de la vente. La première fois, je n'ai pas osé prendre le livre en main, il était d'ailleurs présenté dans une sorte de cellophane. Mais le lendemain, je l'ai pris en main. A Versailles, quelques moi plus tard, je l'ai prise en main directement.

Dans les deux cas, j'ai participé aux enchères, dans les deux cas, je n'ai pas remporté le lot (de mémoire 6000-7000 euros pour la Danse de la Mort, et 1800 euros pour le curiosa). Je collectionne les Danses de la Mort, et je suppose que c'est la raison pour laquelle j'ai finalement participé aux enchères. La seconde fois, ce fût plus pour l'objet. Je précise que je n'ai aucun goût pour les objets macabres, et que c'était plus une démarche à mi-chemin entre la bibliophilie et le cabinet de curiosité.

Finalement, j'ai effectué quelques recherches sur ce type de reliures, et je me dis aujourd'hui qu'il y a là matière, si j'ose dire, à écrire un message pour le blog.

Le 20ème siècle n'est pas loin, et si vous me lisez régulièrement, vous savez, ou vous avez compris quelle horreur m'inspire le 3ème Reich et son sinistre cortège. Ma famille en a d'ailleurs directement souffert. Je fais ce petit préambule, parce que moins de 100 ans après ce génocide atroce, il est encore dans nos mémoires et les reliures et objets en peau humaine font partie des images qui peuvent être associées aux actes impardonnables de ce régime abject. Mes lectures sur le sujet, sans fascination morbide, mais par pure curiosité bibliophilique cette fois-ci, m'ont permis de comprendre que les reliures en peau humaine ont existé bien avant 1939 et n'ont rien à voir avec le 3ème Reich.

En fait, même s'il est probable qu'elles aient existé avant, et sans doute depuis que l'homme sait tanner une peau et relier un livre, les premières reliures de ce type avérées datent du 18ème siècle, et probablement de la période de la Révolution. Et elles n'étaient pas aussi rares qu'on peut le penser. Aussi, toutes les grandes bibliothèques disposent elles de ce type de livres, qu'elles préservent le plus souvent du regard des visiteurs.

En réalité, n'en déplaise à Lovecraft qui évoque ce type de reliure pour son Necronomicon et autres ouvrages occultes, ce sont principalement des ouvrages de médecine ou des Danses de la Mort qui ont bénéficié de ce type de reliures. Ce fait mériterait d'être vérifié (Philippe, c'est vous l'historien), mais il semblerait qu'une tannerie spécialisée dans ce type de peau ait existé à Meudon sous la Terreur (sous toutes réserves)... Ce qui est certain en revanche, c'est qu'un des livres les plus connus avec ce type de reliure est un exemplaire de la Constitution de 1793. Cet exemplaire, qui a eu plusieurs possesseurs, dont le marquis de Turgot et Villenave, a été acheté en 1889 par la bibliothèque Carnavalet.


C'est au 19ème siècle semble-t-il qu'on relié le plus "fréquemment" des livres avec de la peau humaine... Je précise que la peau était prélevée sur des cadavres, généralement eux-mêmes confiés aux Facultés de Médecine. Dans l'exemplaire qui fût mis en vente à Drouot, il était précisé des conditions dans lesquelles la peau avait été prélevée, sur un corps "à l'étude", à la Faculté (il y avait même le nom de la personne).

C'est sans doute pour cela que les livres reliés en peau humaine appartinrent le plus souvent à des médecins (sans doute "immunisés") et recouvrirent le plus souvent des ouvrages de médecine. On connaît ainsi un Vesalius relié en peau humaine, conservé dans une bibliothèque américaine (... c'est un in-folio... je vous laisse imagine la surface... Bon ok, un peu d'humour, ça détend l'atmosphère, non?). En dehors de ces livres d'anatomie, et encore plus souvent de dermatologie, le 19ème siècle verra quelques amateurs confier des Danses macabres à des relieurs pour qu'ils les relient ainsi. L'approche est alors plus ironique.

Quelques livres cependant ont une histoire particulière : ainsi les confessions de George Walton (Narrative of the Life of James Allen alais George Walton), dont l'auteur exigea qu'un exemplaire fût relié avec son épiderme après sa mort. Cet exemplaire porte d'ailleurs l'insription "HIC LIBER WALTONIS CUTE COMPACTUS EST" sur le 1er plat, ce qui signifie, ce livre a été écrit par Robert Walton et relié dans sa propre peau.On connaît également l'histoire du livre ayant appartenu à l'astronome français Camille Flammarion (conservé à la bibliothèque de l'observatoire de Juvisy), relié en peau humaine, et qui aurait été relié avec la peau d'une connaissance de Flammarion, après le décès de celle-ci. Si l'exemplaire est bien réel, diverses versions existent sur la provenance de la peau.

D'autres exemples : La bibliothèque de Cleveland possède un Coran, relié avec la peau d'un croyant, à sa demande, après sa mort. On connaît aussi une traduction des Georgiques de Jacques Delille, reliée avec un morceau de sa peau, qui aurait été volé sur son corps après son décès. Enfin, la bibliothèque de Harvard possède un exemplaire de la Danse des Morts de 1816, qui fût reliée en peau humaine par le grand relieur londonien Joseph Zaehnsdorf en 1893. Pour la petite histoire, Zaehnsdorf envoya un courrier à son client pour lui dire qu'il n'avait pas assez de matériau et qu'il allait donc devoir répartir la peau.

Pour tout vous dire, pour avoir eu deux exemplaires entre les mains, il est difficile de faire la différence avec un vélin, c'est peut-être plus sombre, mais je pense que c'est lié à la méthode utilisée. Le toucher... et bien... aisé à imaginer. C'est la sensation qui est étrange. D'ailleurs, les bibliothèques précisent en général que ces reliures sont de grande qualité et ne nécessitent aucun entretien particulier.

Ce message ne traite bien entendu que des reliures réalisées ainsi avant le début du 20ème siècle, l'évolution des moeurs ayant fait disparaître cette pratique par la suite. Je m'abstiendrai de juger, je pense qu'il faut considérer cela comme une curiosité (comme les têtes Jivaro, les reliques, etc.). On peut simplement émettre une réserve sur le fait que les personnes décédées n'avaient pas toujours donné leur accord pour ce type de prélèvement en confiant leur corps à la science (quand ce fût le cas). Pour les autres, qui furent volontaires et organisèrent le prélèvement sur leur propre peau après leur trépas... finalement, ils ne firent de mal à personne.

Nulle fascination, mais de la curiosité, qui n'est pas morbide, je le rappelle. Pour vous le prouver, je prépare un message sur les reliures en porcelaine, comme quoi!

Je rappelle que si vous avez envie d'ajouter des images de reliures dans l'expo virtuelle que je vais faire sur le blog, vous pouvez m'envoyer des images. Elles seront bienvenues.

H

Images : des reliures en peau humaine, justement.

samedi 21 juillet 2012

Connaissance de la reliure: de l'identification des cuirs utilisés en reliure


Amis bibliophiles Bonsoir,

Je vous propose de poursuivre notre route sur le chemin de la reliure avec aujourd'hui un article sur l'identification des cuirs utilisés en reliure. Merci à Xavier pour ces précisions, si cela vous semble compliqué, c'est normal, pour les peaux, rien ne sert plus que de les avoir eu en main une fois pour les reconnaître ensuite.

Les parties en gras et en italiques ont été ajoutées par moi, simples transitions.

Avant toute chose, il est nécessaire de maîtriser le vocabulaire spécifique de la reliure, je laisse la parole à Xavier :

Côté chair : Face intérieure de la peau qui adhérait à la chair de l'animal. Côté opposé à la fleur

Côté fleur : Face extérieure de la peau qui portait le poil de l'animal. Sur cette face se situent les follicules aidant à l'identification des peaux. On utilise également le terme "côté poil."

Follicule : Petite formation arrondie au sein d'un tissu, d'un organe, délimitant une cavité ou une substance particulière

Tan : Ecorce de chêne pulvérisée utilisée pour la préparation des cuirs

Sumac : Mot Français d'origine Arabe, arbuste aux nombreuses variétés; sumac des teinturiers, des corroyeurs, vénéneux, radicant, vernis du Japon (fournissant une gomme-résine utilisée pour les vernis, la tannerie, etc.)

Noix de galle : Excroissance riche en tanin de la galle du chêne, utilisée pour la fabrication de teintures et d'encres.

Tannage : est l'opération qui consiste à transformer la peau en cuir grâce à des tanins, substances de différentes natures (végétale, minérale comme les sels de chrome, organique) qui permettent de passer d’une peau putrescible, sensible à l’eau chaude et très hydratée à une matière imputrescible, résistante à l’eau chaude et peu hydratée. La transformation des peaux se fait par les tanneurs quand il s’agit de vachette, de veau, de croco ou d’autruche… et par les mégissiers pour la chèvre et le mouton.

Galuchat : nom de l'inventeur, décédé en 1774, obtenu après traitement de la peau de certains poissons sélaciens (squales, raie)

Alun : Sulfate double de potassium et d'aluminium hydraté, utilisé en teinture, mégisserie, médecine (astringent et caustique). L'alun est tiré en partie de l'alunite

Comme pour les papiers, il y a une hiérarchie entre les cuirs , dont voici les principaux:

1 - Le maroquin

Un maroquin
2 - Le veau blond
3 - Le veau granité
4 - Le veau de couleur (violet, bleu)
5 - La basane
6 - Le cuir de Russie
7 - Le galuchat

Le mouton est communément appelé Basane. A l' origine ce terme désignait seulement le mouton tanné au tan (écorce de chêne). Aujourd'hui tannées au sumac ou à la noix de galle. Sa fleur est unie, mais on y décèle des pores visibles et espacés; c'est une peau peu solide, à chair lâche, pour reliures ordinaires; elle a diverses présentations :
Mouton mat, de teinte uniforme

Un chagrin
Mouton bigarré, raciné, moucheté, suivant l'aspect du coloriage.
Mouton chagriné et maroquiné, avec grainage artificiel à l'imitation de la chèvre (convient surtout à la reliure industrielle).

Mouton (Basane)
Peau sciée, s'obtient par le dédoublage en deux, trois ou quatre d'une peau pleine, en général de mouton. Le côté fleur est plus solide. Elle sert particulièrement aux pièces de titre, et, pour cet usage, est striée en largeur. Le côté chair, teint, en vert, s'utilise pour les coiffes de registre.
Agneau-velours, préparé pour être utilisée côté chair, en "daim"

Agneau-velours
La chèvre a une fleur à grains et une chair serrée beaucoup plus résistante que celle du mouton, elle convient au travail de qualité; suivant les espèces, son grain peut-être rond, carré, du Levant, ou long après un traitement particulier.
Les peaux sont différentes :
Chagrin, chèvre de nos pays, la plus commune, à grains assez petits.
Chèvre Madras, d'origine exotique (Inde), très appréciée pour son petit grain régulier et serré. Se polit très bien.
Maroquin, a très gros grain, peau épaisse provenant d'animaux de grande taille. Importé naguère du Cap (Afrique du Sud) ou du Levant, il est réservé à la reliure de luxe; plus tard un maroquin à grain long d'origine anglaise, plus mince et plus facile à traiter tout en conservant une grande qualité aura tendance à le supplanter.

Maroquin à gros grain
Chèvre à grain long, (en chagrin ou maroquin aminci, passé au laminoir et présentant un grain allongé artificiel) réservé à la reliure de luxe.
Chevreau, plus fine que le Maroquin et à grains peu marqués. Elle convient à des plats auxquels on veut donner une certaine souplesse.
Oasis, chèvre du Niger à grains irréguliers, à l'épiderme élastique.

Le veau.
Peau solide, à fleur très lisse et mate, légèrement satinée, souvent veinée; On peut la rendre polie et brillante, beaucoup plus fine que celle du mouton; Elle sert aux reliures de qualités et est assez délicate à travailler. Il existe plusieurs formes de veau en reliure :
Le box, peau de veau tannée au chrome (et non selon le procédé du tannage végétal pratiqué avant 1890). Le box offre une surface lisse, souple et brillante qui convient à la confection de reliure de luxe. C'est le seul cuir imperméable.

Un box
Le veau glacé, aspect lisse et luisant obtenu par pressage.

Un veau raciné
Le veau granité, la surface est criblée de très petites tâches noires rapprochées. La basane et le vélin pouvaient, particulièrement, au XVIIe siècle, recevoir le même traitement.

Chagrin écrasé
Le veau velours : peau chamoisée, extrêmement souple, très en vogue actuellement pour doubler les reliures de luxe.
Le veau porphyre, peau à l'image du marbre de même nom, a été semée de fines tâches de diverses couleurs.
Le veau raciné, peau ornée de veinures rappelant en principe des racines, mais ressemblant plus souvent à des planches de bois sciées dans le sens des fibres. La marbrure est obtenue selon différentes recettes utilisant des teintures et des produits chimiques souvent corrosifs.



Un veau estampé à froid
Le veau jaspé, a l'apparence du jaspe qui est une pierre colorée en brun, rouge ou vert.

Un veau jaspé
Le Parchemin.
Il provient ordinairement du mouton (de chèvre ou de veau). L'origine du mot est "Pergame", ville d'Asie mineure renommée dans l'antiquité pour la préparation spéciale des peaux destinées à l'écriture. Il a un aspect blanc et translucide. On l'a utilisé à toutes les époques pour recouvrir les livres.
Côté chair il ressemble à du papier, côté fleur on distingue les pores et des veines de la peau. Pour la reliure on préfère les plus minces. Se méfier des peaux plastifiées dans lesquelles sont imprimés de faux grain.
Mais le parchemin n'est pas à proprement dit un cuir, puisqu'aucune espèce de tannage ne fait partie de sa préparation. On appelle ainsi toute peau qui a été simplement nettoyée, épilée, débarrassée des parties inutiles, enfin étendue, égalisée et desséchée.

Le Vélin.
Il se présente comme un parchemin de belle qualité. Le vélin provient du veau (très jeune, ou mort-né) ou de la chèvre. Dans le parchemin et le vélin, le coté chair est plus lisse que le coté fleur; ce dernier plus dégraissé, se prête mieux à la décoration (peinture, enluminure, dorure ou mosaïque).

Un vélin
Le vélin souple, répandu au XVII et XVIIIe siècle en Europe occidentale et particulièrement en Italie. La peau de vélin n'était pas collée sur carton, elle était fixée au dos et seulement doublée de papier sur les plats.

La peau de truie.
Peau de porc, elle n'est pas tannée par les moyens ordinaires qui la fragiliseraient, mais préparée à l'alun, substance qui lui conserve sa résistance naturelle. Elle offre une surface raboteuse et inégale, très élastique, on peut l'utiliser côté chair en "daim".
Elle ne met pas la dorure en valeur; en revanche elle s'accommode très bien des frappes de motifs ou de plaques à froid.
Les pays de culture germanique l'ont privilégiée, particulièrement au XV et XVIe siècle pour les reliures monastiques.

Le cuir de Russie.
Le cuir de Russie se prépare avec de la peau de cheval, de veau et de chèvre. Pour la reliure, on emploie seulement les veaux minces et les chèvres. Pour matière tannante, on fait usage d'écorce de saule, de pin ou de bouleau, ou d'un mélange de ces trois écorces qui l'immunise contre les moisissures et les insectes. Quant à l'odeur qui le caractérise, on la lui communique en l'imprégnant, du côté de la chair, d'une huile empyreumatique provenant de la distillation de l'écorce de bouleau. Cette huile, qu'on appelle vulgairement huile de Russie, doit elle-même sa propriété aromatique à un principe particulier qui à reçu le nom de bétuline.
Enfin, la couleur roussâtre se donne avec une décoction de santal rouge et de bois de Brésil dans l'eau de chaux. Depuis plusieurs années, on imite à Paris, à Vienne et à Londres, le cuir de Russie, et les imitations sont quelquefois aussi belles et aussi durables que les produits d'origine russe, dont elles ont d'ailleurs les autres propriétés (selon Roret). C'est une matière de luxe.

Le galuchat.
C'est une peau de poisson, requin ou raie qui servait au XVIIIe siècle pour les reliures d'almanachs. Il redevint à la mode en 1925.

La Peau humaine. Introuvable en peausserie…et comme il n'y à plus de bourreau... pourtant la matière première ne manque pas et court les rues!
Les plus anciens livres connus reliés en peaux humaine ne remontent pas au-delà du XVIIIe siècle. L'Angleterre et l'Amérique sont également riches en spécimens de cette nature, mais c'est en Grande-Bretagne que se rencontrent les plus anciens, datant de la seconde moitié du XVIIIe siècle. La B.N possède une bible du XVIIIe (fond de la Sorbonne), des manuscrits sur peaux de femmes et une Danse de la Mort d'Holbein relié primitivement par Mr Firmin-Didot avec la peau d'un matelot tatoué d'étranges histoires d'amour et des portraits de ses officiers, les coins recouverts avec ses deux seins et les plats avec la peau de sa poitrine.
Bref, de Crauzat consacre quinze pages à ce genre de reliures.

La peau humaine est proche de celle du cochon : le pore du porc (!) est triangulaire, tandis que celui de l'humain forme un quadrilatère, un examen à l'aide d'une loupe permet de les différencier. (Hugues : cette distinction a été apportée par Christian Galantaris lors d'une vente à laquelle j'ai assisté)
Un exemplaire relié en peau humaine est passé en vente en aout 2007, lors des quatre jours de vente à Montignac (je n'ai pas le résultat pour ce lot, l'estimation était de 2500e). (Hugues : j'ai enchéri deux fois sur ce lot, la première fois où il est passé en vente à Versailles et a été remporté par un libraire parisien, pour 1500 euros, la seconde fois lorsque le libraire l'a remis en vente à Montignac, mais je n'ai plus le montant d'ajudication).
Il s'agissait d'un manuscrit in-12 de 56 ff., relié type cuir de Russie havane, dos à nerfs orné, coupe filetés, dentelle intérieure, reliure de l'époque, 56 sentences contrecollés tirées pour la plupart de Sénèque, ou de l'imitation de Jésus-Christ, une étiquette manuscrite de l'époque indique que la reliure serait en peau humaine (Hugues : ayant l'ouvrage entre les mains, je précise que les sentences étaient sur les femmes, et qu'il était précisé très exactement : "reliure en peau de femme"... l'exemplaire parfait, si on ose dire).
A relire également sur le blog : http://bibliophilie.blogspot.com/2007/06/les-reliures-en-peau-brrr-humaine.html

Le chagrin.
C'est une peau de cheval, d'âne sauvage ou de mulet. Pour matière tannante, on se sert de tan de chêne ou d'alun. Enfin, on produit le grain d'une façon assez bizarre. Après avoir ramolli la peau, on l'étend dans un châssis, puis on répand, sur le côté de la chair ; la semence dure et noire de l'Arroche sauvage (Chenopodium album des botanistes), après quoi on la piétine pour y faire bien pénétrer les graines, et l'on fait sécher. Quand la peau est devenue sèche, on la secoue pour en faire tomber les semences ; elle paraît alors criblée de petites cavités produites par la pression des semences. Plus tard, à la suite de certaines manipulations, toutes ces parties déprimées augmentent de volume et, en se soulevant, donnent naissance aux tubercules que l'on veut produire.
Un chagrin
Un autre chagrin
La fabrication du chagrin existe en Europe, notamment en France, depuis une cinquantaine d'années au moins, mais elle n'y a pris quelque importance qu'après 1830. Elle n'emploie, du moins pour la reliure, que des maroquins ou des moutons maroquinés.


Autre chagrin
Enfin, il convient de rappeler que le veau est certainement le plus employé de tous les cuirs. Selon sa qualité, il a revêtu différentes apparences, du veau jaspé dont les tâches masquaient les imperfections au superbe veau de couleur de l'époque romantique, en passant par le veau blond, si prisé au XVIIIe siècle.

Des peaux exotiques peuvent êtres employées pour couvrir les livres : telles celle de serpent, de requin, autruche, lézard, phoque, saumon, esturgeon, buffle, caïman, perche du Nil, Julienne, …

Reliure en peau de serpent
Le stockage des peaux se fait dans du papier, dans un local ni trop chaud ni…trop humide, les peaux grainées roulées côté fleur vers l'intérieur, les peaux lisses côté fleur vers l'extérieur, ou bien dans des tiroirs à plats.

Où acheter des peaux aujourd'hui? Chez des peaussiers, tanneurs, notamment Jullien (42, rue St Jacques, Paris) et Relma qui vend aussi du matériel de reliure (6, rue Danton, Paris)

Sources consultées :
Mme Wolf-Lefranc, Ch. Vermuyse (professeurs à l'école Estienne)-La reliure, J.B Baillière 1979, 3éme édition (il existe une 4éme édition)
Chistian Galantaris-Manuel de bibliophilie, partie dictionnaire, Ed. des Cendres, 1998
Henri Desmars-Histoire et commerce du livre, G.I.P.P.E, 1998
Annie Persuy et Sün Evrard-La reliure, Denoël, 1983
Et aussi, http://www.moulinduverger.com (manuel Roret en ligne)
Pour les reliures en peaux humaines : E.de Crauzat-La reliure Française de 1900 à 1925, 2 volumes
Merci Xavier,
H

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