« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier
"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

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lundi 9 décembre 2013

La semaine des relieurs, portraits: Charles Capé

Amis Bibliophiles bonjour,


Pendant son agonie, le relieur Charles Capé rêvait qu'il recevait la Légion d'Honneur. Du moins à ce que prétend, en 1895, Henri Béraldi qui ne l'apprécie guère. 

Charles François Capé était né à Villeneuve Saint-Georges en 1806. Il fit son apprentissage de papetier à Paris et épousa,  en 1826, la fille d'un portier du Louvre.

D'abord relieur à la bibliothèque du Louvre, qu’il défendit pendant les journées de 1830, il s'établit 16, rue Dauphine  en 1848.

Il compte parmi ses clients, Benjamin Delessert, le libraire Auguste Fontaine, Baudelaire, Victor Luzarches, le baron Taylor, le prince Labanoff, et bien sûr le duc d'Aumale. Celui-ci le faisait travailler depuis son exil anglais et lui adressait des trains de reliure. Aumale porte une grande estime à Capé. Sous le second Empire il devient le relieur attitré de l'impératrice Eugénie.
Reliures de Capé, les deux volumes de gauche proviennent de la vente de sa bibliothèque
Béraldi et Devauchelle à sa suite, ont reproché à Capé "un corps d'ouvrage plat" "défectueux et mou", "une couvrure trop fine", "grêle et anémique", "une dorure mince", "des titres maigres"... Clairement Béraldi préfère Trautz et n'a pas de mots assez durs. Son avis s’inspire de celui de Marius Michel lui-même qui reproche à Capé “une recherche d’extrême élégance qui paraît l’avoir seule préoccupé, dans ces reliures si élégantes mais si fragiles qu’après vingt années seulement d’existence beaucoup d’entre elles sont déjà fatiguées...” Anatole France juge les reliures de Capé “élégantes et légères jusqu’à l’excès”.
Exemplaire portant la devise de la Bibliothèque de Victor Luzarches (catalogue librairie Valette).
Il me semble en effet que la finesse des reliures, des coiffes, des mosaïques et des dorures des livres signés Capé en font tout leur prix.

Aumale ne s'y trompe pas qui juge Capé, "un véritable artiste", qui excelle sur les reliures de "fantaisie".

En effet Capé, crée beaucoup de reliures à décor d'inspiration historiciste. C'est à dire qu'il réinterprète les décors des siècles passés que le mouvement stylistique de la fin du XIXe siècle l'accusera d'avoir servilement copié.  Il trouve son inspiration sur les reliures à la cire du XVIe siècle, les reliures de Grolier* ou de Thomas Mahieu, les fanfares,  les fleurons centraux de la fin du XVIe ou du début du XVIIe siècle, les décors de Le Gascon, le décor à la Du Seuil. Pour autant le dessin est souvent simplifié, épuré. Par exemple, voyez cette reliure à entrelacs mosaïquée interprétée d'un décor à la cire.
Reliure Capé, sur Lesné 1827,catalogue Bérès
À sa décharge il faut ajouter que les bibliophiles de son temps recherchaient les éditions anciennes qu’ils souhaitaient habiller de  reliures neuves en accord avec  le temps de l'impression. Comme tous ses concurrents, Capé répondait à une demande.

Capé est aidé par un doreur d'exception, Marius Michel père. On doit à ce dernier les fabuleuses dorures aux semés de Capé. D’ailleurs Beraldi, encore lui, ne connaît de Capé que Marius Michel. Quant au fils Maius Michel, second du nom il ne participa qu'assez peu aux travaux de son père sur les reliures de Capé, son arrivée dans l'atelier paternel précède de peu la mort de Capé.

Dès 1848 Capé s'était associé ponctuellement dans son travail avec un doreur (Marius Michel) et un ornementaliste (Charles Rossigneux à cette époque) sur une édition Perrotin de Notre-Dame de Paris, de 1844, exposée en 1849 et passée inaperçue sauf pour Jules Chenu. Pour l'exposition universelle de 1867, Capé présente, une reliure en maroquin  supportant des plats en écaille platine et or conçue par Eugène Cléray sur la  bible illustrée par Gustave Doré de 1866. Médaille de bronze, Cléray contesta la compétence du jury par une affiche déposée dans sa vitrine, la Commission ne pouvant faire retirer cette affiche, elle fit couvrir la vitrine....
Reliure de Capé, catalogue Laurent Coulet n°27
Capé quand il ne faisait pas aussi commerce de livres, se livrait au jardinage à Passy. Il se blessa le genou avec une hache et mourut des suites de sa blessure le 5  avril 1867, chez lui, 14 bis rue Vineuse. Jules Janin fit son épitaphe dans le Journal des Débats. Aumale regretta son "pauvre Capé" et reçut son dernier train de reliures le 28 mai 1867. La bibliothèque de Capé  fut vendue aux enchères par le libraire Potier du 27 janvier au 5 février 1868 en 7 vacations. Le catalogue, “livres rares et précieux la plupart en belles reliures anciennes et modernes composant la bibliothèque de feu M. Capé ancien relieur”, compte 1137 lots et une préface de Jules Janin. 

Reliure maroquin rouge, décor à l'imitation des petits fers du XVIIe siècle
(vente Binoche et Giquello 8 novembre 2011)


Aumale enchérit peut-être sur quelques livres mais “songe surtout au souvenir de l’honnête et habile relieur”. Ce catalogue comporte tout à la fois des reliures anciennes, des reliures signées (Thouvenin, Simier, Niédrée, Derome..) et une majorité d’oeuvres personnelles. Outre des ouvrages modernes tirés à petit nombre comme ceux de Louis Perrin, on y trouve des livres du XVIe, une belle série de belles lettres et quelques ouvrages précieux, les Heures de Kerver et de Hardouyn toutes deux sur peau de vélin, celles de Simon Vostre, des impressions de Tory et ses successeurs, les contes de La Fontaine reliés par Derome, un commentaire sur Platon de la bibliothèque de Montaigne, des livres sur l’histoire du livre et de la bibliophilie...  La vente produisit 75 000 francs.

Reliure Capé,au semé chiffre de Charles III et croix de Lorraine, BM Nancy
L'atelier fut repris par les deux ouvriers de Capé, Germain Masson et Charles de Debonnelle dont on rencontre des reliures ainsi signées :Capé-Masson-Debonnelle S(uccesseu)rs  puis Masson-Debonnelle. Leur association dura jusqu’en 1885.

Désormais, la place était libre aux Trautzôlatres et Lorticophiles... Sic transit gloria mundi!

Lauverjat

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