« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier
"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

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samedi 30 août 2014

Jusqu'où aller pour un livre? S'endetter, ne plus manger, ne plus s'habiller, etc... et pour quel plaisir?

Amis Bibliophiles bonjour,

Jusqu'où êtes-vous prêts à aller pour un livre, au sens propre comme au figuré?

Je connais des bibliophiles qui font des milliers de kilomètres pour aller voir un livre chez un libraire ou un bibliophile. J'en connais qui s'endettent, j'en connais qui volent (et même un "grand" bibliophile actuel), j'en connais qui se privent; on se souvient de Sickles qui mangeait des bonbons, ne payait pour ses factures d'électricité pour pouvoir continuer d'acquérir des ouvrages.

Daniel Sickles
Je crois avoir lu qu'Erasme achetait des livres avant de pourvoir à des besoins plus fondamentaux comme se vêtir ou manger.

Erasme, toujours représenté avec des livres
Jusqu'où le besoin de libres, cette Cosa Mentale évoquée par Pierre Bérès, vous a-t-elle déjà menés? Vers quelle folie?
 
Pierre Bérès
Pour ma part, je confesse avoir déjà assisté à une réunion importante, tout en surveillant sur mon écran le passage d'un lot dans une vente, prêt à cliquer pour enchérir (celui qui a déjà enchéri sait bien le vide qui se fait à ce moment là dans votre tête, le monde pourrait s'écrouler ou un de vos collègues vous interpeller, rien ne vous sortirait de cet état second), j'ai déjà organisé un agenda professionnel complet à New York en fonction d'une vente et des horaires d'un libraire... j'ai bien sûr fait quelques milliers de kilomètres pour assister à une vente (et revenir bredouille), mais même si j'ai parfois fait des frayeurs à mon banquier, je ne suis encore jamais allé jusqu'à m'endetter ou me priver d'autres choses qui font les plaisirs de la vie.
 
Alors que je parcourais un catalogue de vente cette semaine, je suis tombé sur cette très jolie notice qui renvoie doublement au propos évoqués plus haut.
 
L'ouvrage est un Pétrarque de 1530 (Il Petrarca, con l'espositione d'Alessandro Vellutello, 4to, Venise, Giolito de Ferrari) et il portait deux annotations manuscrites
 
La première datait de 1913: "To buy this book I sold I sleeved pullover, Edmund Parsons, 1913". En français: "pour acheter ce livre j'ai vendu un pullover (avec des manches)". La phrase est terrible et en même temps très belle. On retrouve Erasme qui se privait de nouveaux vêtements pour acheter des livres. Evidemment c'est terrible. Que l'auteur de la phrase ait pris la peine de l'écrire prouve combien cet "arbitrage" était important à ces yeux, quel effort il a du consentir. En fermant les yeux on imagine le bibliophile vouloir à tout prix ce livre, ne pas pouvoir résister à son appel.
 
La seconde datait de 1944 et est encore plus terrible, elle date de 1944 et n'est pas signée:
"Bought Verona Autum 1944 when being deported into Germany".
En français "Acheté ce livre à Vérone à l'automne 1944 en route vers la déportation en Allemagne".
C'est une autre dimension, évidemment encore plus tragique, qui s'ouvre à nous: cet homme ou cette femme, confronté à l'une choses les plus terribles qui soient, achète un livre sur le chemin vers l'emprisonnement ou la mort. Si vous étiez dans le même cas, auriez-vous acheté un livre, pour le lire ou simplement parce qu'il vous plaît. On frissonne en imaginant les perspectives qui attendaient cette personne. En 1944, elle en était peut-être d'ailleurs totalement consciente. Dans le même temps, on l'imagine emporter ce livre avec elle, comme un talisman, un compagnon. Et puis en 2014, l'ouvrage réapparait dans une vente, amenant son lot de questions, principalement autour du destin de son propriétaire en 1944.
 
Un ami me disait récemment: "quand ça ne va pas, se plonger dans un livre fait un bien fou". Il a raison, que nous fassions des efforts, des sacrifices insensés, des voyages lointains, les livres sont des compagnons de route qui apportent au bibliophile des moments de bonheur et de douceur souvent inégalables.
 
Et vous, jusqu'où êtes vous allez pour un livre?
 
H

12 commentaires:

Anonyme a dit…

Loin, très loin, trop loin ?
L’horizon bibliophilique reculant à la vitesse de mon avancée, il est fort peu probable de le rattraper un jour, la terre est ronde et chaque livre est une île déserte conquise sur l’infini une étape une pause. Le bibliophile est sans doute un des derniers aventuriers modernes. Ma famille n’a pas eu à souffrir de la bibliophilie dans la vie courante et l’éducation des enfants bien au contraire. Mais objectivement j’ai sacrifié les voyages d’agréments et d’autres loisirs aux livres c’est certain. Trouvant toujours quelques centaines ou plus d’euros pour le livre indispensable, mais repoussant sans cesse le voyage réel inutile, à moins qu’un livre ne soit au bout des milliers de km. Enfin toute histoire à une morale, et finalement le livre m’a rendu au centuple l’amour que je lui ai porté puisque devenu libraire (en livre ancien) depuis quelques années, il m’a rendu ma liberté, et m’a permis, me permet de faire vivre décemment ma famille, juste retour de balancier.
Le bibliophile ne doit pas atteindre le syndrome de Stockholm et être otage des livres dont il est amoureux, en rendant parfois sa liberté au livre on retrouve également sa propre liberté et dignité.
Je connais plusieurs de mes clients qui vivent à l’étroit croulant sous les livres et sans espace vital, en vendant les plus belles pièces de leurs collections, ils pourraient facilement s’acheter un spacieux appartement tout en conservant un grand nombre de livres, mais ils ne le font pas, là je trouve qu’ils poussent un peu trop loin le bouchon bibliophilique, le biblio-dépendant risque-t-il comme l’alcoolo-dépendant la désocialisation ?

Anonyme a dit…

J'ai connu un avocat bibliophile,paix à ses cendres,qui volant des curiosa chez le même libraire, essayait de lui revendre plus tard, pas très futé l'animal! J'ai failli, moi-même en être la victime, l'ayant invité à voir mes collections. J'avais, à l'époque une réglette en fer, et grâce à la vitre d'une bibliothèque sise en face d'une autre , j'eu le réflexe immédiat de lui taper sur la main "volante".Il s'en est tiré avec une fracture d'un doigt_

calamar a dit…

étant d'un tempérament raisonnable, je ne dépense que mon superflu. Du coup je passe sans doute à côté de pièces qui seraient bien mieux dans mes vitrines que chez le marchand, mais bon...
Et il me semble que la bibliophile rapproche plus qu'elle n'isole !

Hugues a dit…

Et on pourrait connaître son prénom à cette bibliophile qui rapproche cher Christian? :)

calamar a dit…

oups ! un i manque et le sens est bouleversé ! ne faisons pas courir de bruits indus, je veux bien dépenser beaucoup pour une Salomé, mais alors dans un cartonnage intact.

Pierre a dit…

C'est assez rare pour le mentionner mais je viens de faire connaissance de la bibliophile qui rapproche !

Elle est posée, humble, compétente et charmante. Comme elle ne regarde pas à la dépense, je suis heureux qu'elle soit une cliente...

La plus grande folie que pourrait faire un bibliophile serait, en fait, d'épouser une bibliophile ;-))

Pierre

Anonyme a dit…

Très loin. Si loin que je ne stresse jamais autant que pour un livre que je convoite aux enchères. Si loin que ma femme me prend pour un fou parfois quand elle voit les sommes en jeu par rapport à notre modeste porte-monnaie.

Trop loin? Je ne sais pas. Savoir réunir un ensemble exceptionnel d'ouvrages (qui eux ne sont pas forcément exceptionnels) est un privilège rare pour qui aime les livres.

olivier a dit…

Tiens la gazette drouot cite le blog du bibiophile...! Bonne rentree a tous
Olivier

Anonyme a dit…

Le retour de la Gazette, un des petits bonheurs de la rentrée... Je vais de ce pas l'acheter, pas eu le temps ce matin, impatient de voir où est cité le Blog !

calamar a dit…

la Gazette... je me demande si c'est encore une formule qui peut marcher. Maintenant on peut trouver facilement la plupart des catalogues directement. L'intérêt est peut-être dans les résultats publiés (encore que pour la partie papier c'était assez aléatoire), à moins que la partie rédactionnelle ait pris une plus grande importance que le peu publié naguère ?

Hugues a dit…

J'avoue que j'aime trouver la Gazette dans ma boîte à lettres, le vendredi avant de partir travailler.
Elle me permet de découvrir des ventes de livres dont je n'étais pas forcément informé, et surtout elle permet de sortir de ma monomanie: plusieurs fois elle m'a ainsi amené à lire des catalogues ou même acquérir des objets totalement différents des livres, des tableaux, des objets haute-époque, etc.
C'est aussi un très bon moyen de faire découvrir à mes petites filles un autre monde, une caverne d'ali baba à portée de mains.
Plus pragmatiquement, être abonné vous permet aussi de consulter les résultats des ventes passées, c'est souvent utile.
La Gazette n'est plus un outil aussi indispensable qu'auparavant, mais c'est un plaisir très doux.
Hugues

Hugues a dit…

Bel article de BGF sur Uzanne dans la Gazette en effet, avec une reprise d'une citation politiquement incorrecte du blog du bibliophile sur l'icône qu'est devenue le polygraphe barbu, mais totalement assumée :)
Hugues

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