« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier
"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

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vendredi 5 septembre 2014

Le million; de la valeur des livres et de la vanité de s'en préocupper (en tout cas pour les bibliophiles)

Amis Bibliophiles bonjour,
 
Alors voilà, on vient de me donner un million d'euros à dépenser en livres anciens et je suis perdu.
 
C'est comme lorsque vous êtes dans un restaurant et que le serveur déplie devant vous une carte avec 20 entrées, 20 plats, 20 desserts... je ne sais pas vous, mais moi ça me bloque.
 
 
C'est pareil avec ce million d'euros, j'ai comme un blocage. Trop de choix tue le choix. Ah j'étais bien mieux avant, quand je devais compter, chasser, essayer de faire un joli coup en salle des ventes.
 
C'est arrivé le 15 juillet.
 
Belle aubaine me suis-je dit, il y a une vente chez Christie's demain à Londres. Un coup de jet (l'avion), oui, j'ai décidé de voyager à la mesure de mes nouveaux moyens et me voici King Street, sous les lambris de l'une des plus prestigieuses salles des ventes du monde.
 
Il faut montrer patte blanche pour obtenir son "paddle" (la planchette, pas le stand-up), mais mes prétentions parlent désormais pour moi, et l'on ne prête qu'aux riches.
 
A la lecture du catalogue et me souvenant un récent dîner avec des amis bibliophiles où l'exhibition par l'hôte de ses livres d'heures avait perturbé ma digestion et flétri ma bibliophilie pour quelque mois, je me disais que l'occasion était trop belle de lui en remontrer et de lui faire avaler ses Aumale. Un petit missel italien du XVe devrait faire l'affaire, tiens celui-là, le lot 11, c'est pratique, il n'y aura pas longtemps à attendre (l'argent a eu cet effet inattendu sur moi, riche, je suis devenu pressé, alors que justement, il n'y a plus qu'à se laisser aller). Enfin bref... le 9, le 10, le 11 nous y voilà.
 

 
Missel d'Udine, 1430-1435, bla bla bla, on s'en fout, et deux minutes plus tard, patatras, 1,4 million d'euros. Ah oui mais non. A quoi ça sert alors? Refroidi. Finalement, un million, c'est quoi?
 
Heureusement, pas le temps de se lamenter, un coup de jet, Uber et hop me voici de retour au manoir où mon majordome me remet à mon arrivée le dernier catalogue de Camille Sourget. Etant moi-même mi gandin, mi dandy, j'ai proposé à Philippe Gandillet d'être mon majordome. Double avantage: je goûte le luxe suprême d'être assisté par plus élégant que moi, il est fin connaisseur de livres. Il est légèrement iconoclaste je le concède, et a toujours quelques chose à dire, c'est certain, mais pour l'instant je m'en accommode fort bien.
 
 
Enfin bref, le catalogue Camille Sourget donc. Tic tac (le clavier), 1 + 1 + etc... Et hop un million. Cinquante lots, l'intégrité du catalogue pour un million d'euros. Soyeux n'est-il pas?
 
Et bien non, Vauban et Brueghel, Montaigne et Lamartine, tout cela en même temps, ça ne passe pas.
 
C'est compliqué en fait de savoir mettre une valeur sur les livres. Mais Est-ce vraiment important? (Ok un peu quand même, même pour l'amateur). Je reçois deux à trois emails par semaine de lecteurs de passage sur le blog qui m'interrogent sur la valeur d'ouvrages hérités. La plupart du temps, c'est à dire quand il ne s'agît de Larousse du XXe,  j'ai beaucoup de mal à leur répondre, notamment parce que j'ai peur de les froisser.
 
C'est pareil avec mes ouvrages: pour ce qui est de leur valeur financière, je ne sais guère l'exprimer que lorsque j'ai devant moi un bordereau ou une facture. Quand j'essaie de vendre certains ouvrages pour en acheter d'autres, soit je les sur eBay et il finissent par y attraper des toiles d'araignée, soit je les propose à un libraire qui accepte ma première proposition avec empressement.
 
Je ne sais pas faire. Je crois que je sais reconnaître un beau livre, je sais reconnaître un livre qui me fait envie, mais après 20 ans de bibliophilie, je suis toujours extrêmement maladroit pour ce qui est de leur attribuer une valeur. Du coup, je ne m'y essaie même plus. Ce qui est cocasse ce que même si cela reste délicat, j'ai beaucoup plus de facilité à estimer ou évaluer les ouvrages des autres.
 
C'est grave docteur?
 
H
 
P.S.: bon, sinon ça devient dur de trouver des sujets d'articles pour le blog, vous auriez des idées?

14 commentaires:

Pierre a dit…

Ce type d'article me convient parfaitement, Hugues ! Vous pouvez continuer sur votre lancée ;-))

Perso, ce cauchemar de gagner un million d'euros, je le vis à chaque fois que mon épouse joue au loto ! Surtout ne pas gagner ! Ce serait une vrai catastrophe pour moi. D'abord parce qu’en prenant mon temps pour acheter des livres, je distille mon plaisir... ; et surtout parce que changer ma vie alors que j'ai mis tant de temps à la façonner à ma façon, ce serait injuste !

A la limite, je veux bien vous accompagner chez quelques grands librairies parisiens pour voir des confrères que je jalouse devenir obséquieux, mais pas plus !

Pierre

calamar a dit…

évaluer un livre, il y a au moins un moment où on y arrive : quand on l'achète, on estime que sa valeur est supérieure au prix demandé. Bon, après, quand on l'a vraiment dans les mains, et qu'on réfléchit un peu, on se dit que peut-être... mais ce moment est vite oublié !

Anonyme a dit…

Cette invitation à diner chez Hugues fut charmante. N’étaient-ce ma distinction naturelle et l’empressement de mon hôte à vouloir porter mes valises, on aurait pu, en effet, croire que j’étais son majordome…

Grâce à mes judicieux conseils, il s’est alourdi de quelques éditions fort bien décrites sur le papier glacé du dernier catalogue Sourget. Mais c’est à se demander : lui qui a maintenant tant d’argent à dépenser ne pourrait-il pas faire lire ses ouvrages par quelqu’un d’autre afin d’économiser son temps ? Philippe Gandillet

calamar a dit…

Quoi ? lire un livre ? et pendant qu'on y est, un livre sans faute d'impression, ni errata ? un livre de poche avec notes érudites, pendant qu'on y est.
Non, nous ne voulons que des éditions originales, avec toutes les fautes. Ce n'est pas grave : ce n'est pas pour lire.

Anonyme a dit…

"Un silenœ solennel régnait dans la salle. Tout à coup, je sentis mon crâne se fendre. C’était le marteau de l'officier ministériel qui, frappant un coup sec sur l’estrade, adjugeait le numéro 42 à M. X. Je venais de rater le bouquin qui me manquait jusque-là, sans que j’eusse le moindre soupçon qu’il me manquât." [Anatole France]

Participer aux ventes publiques est très frustrant : si on gagne on regrette d'avoir payé trop cher, si on rate on regrettera toujours une affaire qui ne se représentera jamais plus.

René

Wolfi91 a dit…

Quand j'achète un livre, je me pose toujours la question suivante : si je le revendais, est ce que je pourrais demander cette somme à un libraire?
Si la réponse est non ou si j'ai un doute, je m'abstiens.
Sauf sur quelques titres qui tournent à l'obsession :)
Alors après, tout dépend de votre liste de livres obsessionnels...
Personnellement, j'ai l'impression qu'avec le temps, cette liste se rétrécie mais la folie qui l'accompagne augmente!

Bonne rentrée à tous

Wolfi

Anonyme a dit…

Donc Wolfi vous n'achetez jamais en librairie ?

Un libraire

Wolfi91 a dit…

Si bien sûr, mais exclusivement à des libraires qui n'ont pas bien appréhendé la valeur de l'ouvrage qu'ils vendent!
Sauf exception bien entendu : si je sais que je ne revendrai pas un livre car je ne trouverai pas un exemplaire plus beau, je peux faire un écart.
C'est aussi très lié à la liste "livres obsessionnels", à vrai dire...
cordialement,
Wolfi

Anonyme a dit…

Pas mal de libraires seraient intéressés par la liste des "livres obsessionnels" de Wolfi... Qui fait partie des vrais bibliophiles actuellement actifs en France ! Juste un indice : ces obsessions sont revêtues de maroquin rouge, ou encore, citron ;-) Me trompé-je ?

Wolfi91 a dit…

Je ne rejète pas non plus les maroquins bleus :)
Wolfi

Anonyme a dit…

moi j'ai un million (en fait beaucoup plus)
et mon plaisir c'est la chasse aux bons plans.

eric P a dit…

Bonjour,

J'imagine que le calcul "coût-bilan-avantage" est une règle importante chez de nombreux amateurs, moins chez les enchérisseurs plus que passionnés. Outre les livres d'exceptions qui n'ont que la valeur qu'on peut leur attribuer un jour d'enchère, si subjective soit-elle cette valeur ne dépend en fin de compte que des enchérisseurs présent dans la salle.

En revanche la quotte d'un livre (disons un modeste livre pour le coup)est plus facile à définir. Plusieurs référentiels tels que le prix en librairie et celui sur internet peuvent donner un aperçu. Je ne dois pas être le seul à me prêter à une telle analyse avant de m'offrir un livre.

Le sujet alors intéresse qu'une catégorie bien précise de bibliophiles. Et à la question "que ferrai-je avec 1M d'euros ?", je pense que tout au plus je m'offrirai de belles bibliothèques en bois massif, tout en continuant les foires aux bonnes affaires !

"Bibliophilement votre"

(d'un bibliophile de passage)

Anonyme a dit…

1 français adulte sur 21 est millionnaire en dollars, soit 2,2 millions de Français, les librairies devraient être pleines d' acheteurs...(source http://www.gentside.com/france/la-france-detient-le-record-du-nombre-d-039-habitants-millionnaires-en-europe_art55359.html)
Malheureusement la réponse commune est sans doute je n’achèterais pas de livres ;))

calamar a dit…

petit bémol tout de même à ce beau palmarès : il inclut le prix de l'immobilier, assez peu susceptible de permettre des achats de maroquins. Alors que la notion de millionnaire, aux USA, ne concerne justement que les placements financiers.

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