« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier
"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

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vendredi 7 novembre 2014

Connaissance de la reliure: la ciselure des tranches dorées

Amis Bibliophiles bonjour,

La ciselure des tranches dorées des livres apparaît à la fin du Moyen Âge. Ce type de décor  assez rare, connaît sa plus large utilisation au milieu du XVIe siècle.
 
Reliure parisienne signée Jean Norvins, 1523, catalogue Berès, six siècles de reliures
 La ciselure des tranches se pratique sur une tranche préalablement dorée. On utilise un poinçon, un petit burin, un filet ou un fer géométrique  qui est percuté sur la tranche serrée dans un étau, une presse ou un outil qui en tient lieu. La juxtaposition des empreintes suit le dessin, souvent constitué de minuscules petits points. On a retrouvé sur des forts volumes les traces d’épingles ayant servi à maintenir le modèle dessiné.
 
Reliures de l'atelier de Fontainebleau 1545, à gauche chiffre du roi dans un écu, à droite double F
Cette ornementation en creux peut reprendre les motifs frappés à froid sur les plats de l’époque.
 
Cette technique apporte cependant le désavantage de denteler le bord des feuillets.
 
Les livres sont habituellement ciselés sur dorure sur leurs trois tranches.
 
Reliures royales de la Renaissance
Le décor réalise des rinceaux, des fleurs, des chaînettes, des fleurons à l’antique. Au milieu du XVIe, le dessin de la ciselure affectionne un motif mis à la mode dans les encadrements des gravures des livres d’heures de Geofroy Tory ou dans son Champfleury et dit « à l’antique » car inspiré des rinceaux de l’antiquité. Ainsi appelle-t-on parfois les tranches ciselées des tranches antiquées.
 
On explique que le souci de réaliser  des tranches ciselées,  assurément  coûteuses et prenant beaucoup de temps, se justifiait par l’habitude encore vive de ranger les livres à plat.
 
Ce décor, luxueux par excellence, contraste parfois avec la sobriété de la couvrure. Aussi n’est-il pas impossible que des ouvrages originellement reliés en étoffe aient vu très tôt leurs reliures fragiles remplacées.
 
Tranches ciselées de haut en bas  livres de 1534, 1547, 1535.
Les reliures de la librairie de Fontainebleau, c’est à dire de la bibliothèque du roi, installée à Fontainebleau de 1544 à 1570 offrent un bel ensemble de tranches ciselées. Les décors tracés au poinçon, forment des réseaux réticulés, des vases, des arabesques mais aussi parfois le chiffre du roi. Sous Henri II, l’atelier de Fontainebleau pérennise l’usage de ce type de décor à la mode sous François 1er.
 
Tranches ciselées 1534, 1547.
 
Marie-Pierre Lafitte et Fabienne Le Bars les présentent en détails dans l’ouvrage paru en 1999, « reliures royales à la Renaissance, la librairie de Fontainebleau ». Elles regrettent que « la relative rareté des tranches ciselées en France… explique sans doute la minceur de la littérature sur le sujet, tout comme l’absence de vocabulaire fixé. »
 
Aussi ne sait-on pas précisément qui  de l’artisan doreur, relieur ou ciseleur, réalisait ce travail dans les ateliers.
Reliure de Gruel, librairie Daniel Bayard
 
Bien que ne disparaissant pas totalement après le XVIe siècle, Macé Ruette l’utilise magistralement, la ciselure des tranches ne revient véritablement à l’honneur qu’au XIXe siècle avec la vogue historiciste. Si de grands noms de la reliure (Lortic, Trautz-Bauzonnet, Cuzin, Capé, etc) en exécutent pour leurs clients bibliophiles,  les relieurs  de livres de piété  en usent largement. L’admirable Gruel par exemple maîtrise la technique.
 
Lauverjat

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