« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier
"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

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lundi 8 février 2016

Les vampires et la bibliophilie: mordeurs et mordus, ou petit essai de bibliographie

Amis Bibliophiles bonjour,

Le but de ces quelques lignes est d’aborder du point de vue du collectionneur (mordu) le vampirisme dans l’histoire et dans la littérature, jusqu’au 19ème. Pour les ouvrages traduits à l’époque, je ne m’intéresse qu’à l’eo française. 

Mais beaucoup de textes ne sont pas dans ce cas. Ma motivation étant de partager des connaissances bibliographiques, je vais éviter de m’attarder sur  ce qui est déjà bien connu. J’ai cherché par ailleurs à présenter un historique du vampire, afin  de  replacer les livres dans leur contexte. Je me contente pour cela de résumer ou de citer les auteurs que j’ai lus, essentiellement Antoine Faivre, dont les livres sont facilement accessibles. A. Faivre est aussi l’auteur d’une précieuse “Bibliographie des vampires (1679-1807), dans: “Colloque de Cerisy , Les vampires” (1993).

Il y a un assez bon nombre de publications anciennes consacrant des pages aux  vampires ou à des phénomènes  apparentés (brièvement: revues médicales autour de 1732, commentaires de contemporains,  récits de voyages -Tournefort (tome 1, pp131-136), le père François Richard en 1667 (plusieurs pages in “Relation de ce qui s’est passé...Sant-Erini..”), Fortis, Pashley.., et autour de vingt  monographies). On peut aller voir le blog magia posthuma:      http://magiaposthuma.blogspot.fr/

Curieusement, dans les catalogues de vente des grandes collections de sciences occultes  (en tout cas pour Guaita, Bechtel, Lambert, Max, Garçon), il n’y a aucun titre sur le sujet (en dehors du classique Calmet et aussi, pour Guaita, de deux exemplaires de “Histoire des vampires et des spectres..…,1820”, qui n’est pas un titre important, quoique désirable). Pourtant on y trouve des livres importants sur la lycanthropie, sujet très différent il est vrai, mais quand même apparenté; je crois en effet que quand on aime l’un, on est susceptible d’aimer l’autre puisqu’il s’agit dans les deux cas de “créatures fantastiques” tenant des places très à part et assez semblables dans l’imaginaire humain, s’attaquant toutes deux aux personnes de leur entourage. Enfin, selon certaines croyances, le loup garou devient un vampire après sa mort (cf par exemple: Sophie Bridier: Le cauchemar. Etude d’une figure mythique, p 66). Le vampire serait-il pourtant moins crédible que le loup garou? Le vampire  est en tout cas bien moins en lien avec la sorcellerie que le loup garou.

Il est sorti en 1975 et 1981 deux catalogues de la librairie BMCF -Antiquariat (le deuxième avec la librairie Rainer G. Feucht)- qu’on trouve sur les sites de libraires-, consacrés aux vampires. Le premier comportait 202 titres et l’autre 272. Malheureusement, ils étaient très peu fournis en éditions anciennes importantes: le livre de Rohr sur la mastication des morts  ne figurait pas et de même pour Magia posthuma, mais il est vrai qu’ils sont extrêmement rares. Il y avait par contre une reliure contenant 7 monographies d’une très grande rareté et l’édition de 1734 du Ranft. Mais c’est tout pour les livres anciens attrayants de qualité: on aurait aimé voir certains livres pas si rares, comme le Mayer, le Davanzati, ou des revues, au lieu du Calmet, qui est très bien mais très courant.

  

   

Pour ce qui est de l’histoire des vampires:  le vampire est un “revenant en corps”: ce n’est pas un esprit dématérialisé, un fantôme. C’est un mort, contrairement au loup garou. Il revient voir ses proches, et ceux-ci peuvent en mourir et devenir à leur tour vampires, d’où la nécessité d’éradiquer le problème (pieu dans le coeur, décapitation du cadavre exhumé, crémation…pratiques non spécifiques au vampirisme, et appliquées déjà antérieurement à d’autres morts susceptibles de nuire aux vivants).

Après quelques “remous”: d’une part le problème de la mastication des morts dans leur tombeau illustré par le livre de Rohr en 1679, les numéros de mai 1693 et février 1694 du mercure galant discutant d’événements en Pologne et en Russie, d’autre part l’apparition de quelques individus s’apparentant plus ou moins aux vampires: Michael Casparek en 1718, en haute Hongrie, dont on sait peu de choses,  puis Peter Poglojowitz, en Serbie, en 1725, qui fit l’objet d’un rapport publié le 21 juillet 1725 dans le journal Das Wienerische Diarium, où selon A. Faivre apparut d’ailleurs pour la première fois semble –t-il  le fameux mot: “dergleichen personen, /: so sic vanpiri nennen (de telles personnes que l’on appelle vanpires, sic)”, arrive l’année 1732, la plus importante dans l’histoire des vampires.

Mais avant de poursuivre:

1- dans un numéro de Der Europaische  Niemand ..de 1719, (début:p 972)  se trouve un rapport médico-policier sur Casparek, mais surtout ce numéro possède un frontispice représentant Casparek. Cela semble être la première représentation d’un vampire, même si Casparek n’a pas tout à fait cette qualification aujourd’hui. On trouve cependant mention de lui  comme vampire dans des textes du 19ème, lisibles sur internet mais on a semble-t’il peu de renseignements le concernant. La revue, enfin, semble n’être pas trop rare (?). De mémoire, je ne connais pas d’autre représentation de vampire au 18ème alors que l’on en trouve beaucoup d’anciennes pour les loups garous.

2- début de l’article du mercure galant de mai (may)1693, avec orthographe modernisée et quelques coupes: “Vous avez peut-être entendu déjà parler d’une chose fort extraordinaire qui se trouve en Pologne et principalement en Russie. Ce sont des Corps morts que l’on appelle en latin striges et en latin Upierz et qui ont une certaine humeur que le commun peuple et plusieurs personnes savantes assurent être du sang. On dit que le démon tire ce sang du corps d’une personne vivante ou de quelques bestiaux et qu’il le porte dans un corps mort, parce qu’on prétend que le démon sort de ce cadavre en de certains temps depuis minuit jusqu’à minuit après quoi il y retourne et y met le sang qu’il a amassé….Ce même cadavre ressent une faim qui lui fait manger les linges où il est enseveli et en effet on le trouve dans sa bouche. Le démon qui sort du cadavre va troubler la nuit ceux avec qui le mort a eu le plus de familiarité pendant sa vie et leur fait beaucoup de peine dans le temps qu’ils dorment (...) suçant leur sang (...) meurent l’un après l’autre…”




Je reprends: jusqu’à cette année 1732, le vampire est peu présent dans les textes, les conversations, mais dans le village de Medwegya, en Serbie, dans les dernières semaines de 1731 des habitants se plaignent d’être molestés par des vampires. La Serbie étant à ce moment rattachée à l’administration autrichienne, de vrais moyens sont mis en oeuvre  pour traiter  la situation et un rapport est rédigé par un “chirurgien” militaire, Flückinger: le Visum et Repertum. Ce rapport, qui détaille l’état des corps exhumés et leur décapitation puis leur crémation enflamme les imaginations  par le fait qu’il est sobre, descriptif, détaillé et clair. Il sera diffusé la même année par l’intermédiaire des gazettes dans les pays européens.  Ce sera d’abord par le glaneur historique..imprimé à La Haye (3 numéros en tout), le mercure de France (mai 1732) etc. Ces articles produiront pour les mêmes raisons un effet considérable (cf le livre de Calmet, qui vient d’ailleurs bien  longtemps après les événements, les commentaires très moqueurs de Voltaire, les tentatives rationnelles d’explication du phénomène dans l’édition de 1737 des lettres juives de Boyer d’Argens -la lettre 125 (6ème volume)  qui y est consacrée, est assez longue, intéressante et reproduit intégralement l’article du mercure historique de 1736 et le premier papier du Glaneur -etc). A partir de 1738, c’est dans la lettre 137 et non plus 125 qu’on trouve ce texte (cf Daniela Soloviova-Horville: Les vampires du folklore slave à la littérature occidentale -livre de référence)

Au sujet des raisons du grand impact qu’ont eus les événements de Serbie en Europe, Antoine Faivre insiste sur le rattachement de la Serbie à l’administration autrichienne, et sur le rôle des gazettes.

Voici d’ailleurs le début de l’article du 3 mars 1732 du glaneur historique (n° xviii), qui était très lu à la cour. Il s’agit du tout premier article publié en France; il contient une adaptation du rapport Flückinger et est intitulé: “question physique sur une espèce de prodige dûment attesté”. Il est assez long (3 pages et demi) et est placé au début du numéro: 

Dans un certain canton de la Hongrie, nommé en latin Oppida Heidonum, c’est à dire, entre cette rivière qui arrose le fortuné terroir de Tockay et la Transilvanie, le peuple, connu sous le nom de heyduque, croit que certains morts, qu’ils nomment vampires, sucent tout le sang des vivants, en sorte que ceux ci s’exténuent à vue d’oeil, au lieu que les cadavres, comme des sangsues, se remplissent de sang en telle abondance qu’on le voit sortir par tous les conduits et même par les pores. Cette opinion vient d’être confirmée par plusieurs faits dont il semble qu’on ne peut douter vu la qualité des témoins qui les ont certifiés (...)  Il y a environ cinq ans qu’un certain heyduque, habitant de Medreyga, nommé Arnold Paule fut écrasé par la chute d’un chariot de foin. Trente jours après sa mort, quatre personnes moururent assez subitement de la même manière que meurent, suivant la tradition du pays ceux qui sont molestés des vampires (...) Le Hadnagy, ou Baillif du lieu, en présence de qui se fit l’exhumation et qui était un homme expert dans le vampirisme, fit enfoncer, suivant la coutume , dans le coeur de ce défunt, Arnold Paule, un pieu fort aigu, dont on lui traversa le corps de part en part; ce qui lui fit, dit-on, jeter un cri effroyable, comme s’il eût été en vie. Cette expédition faite, on lui coupa la tête et on brûla tout, après quoi on jeta les cendres dans la fosse……

Il y aura deux autres articles: le 17 mars 1732 (n° xxv) puis le 23 avril 1733, un dernier article assez long où on montrera cette fois beaucoup de scepticisme, via une argumentation  scientifique sérieuse  (n° ix, supplément au glaneur). Cette revue se trouve assez difficilement.

  


Au plus fort des événements de 1732 sont apparus beaucoup de textes qu’on trouve en allemand ou en latin (mais pas en français): des articles dans des revues scientifiques - par exemple le Commercium litterarium publie 18 articles “en direct” en 1732, à partir de mars (on trouve cette revue reliée en semestres ou années; elle ne semble pas trop rare )-, des monographies plus ou moins “alambiquées” et évidemment souvent dépourvues de logique. Elles sont toutes extrêmement rares. L’article d’Antoine Faivre du colloque de Cerisy les décrit et selon lui, on y trouve trois types de tentatives d’explication du phénomène: rationaliste,  théologique,et ésotérique. Mais il serait trop long ici de résumer tout cela

Ci-dessous: le  commercium litterarium et 3 monographies de 1732:

    

  
  
Très rapidement (au bout d’un an ou deux), on finit par ne plus guère parler des vampires, sauf de façon un peu épisodique (notamment: mercure historique d’octobre 1736 (pp 403-411) ,  d’avril et mai 1755 (p 284, pp 356-357), certains récits de voyage,  rapport commandé par l’impératrice Marie Thérèse au médecin Van Swieten suite à des exhumations de corps soupçonnés de vampirisme, mercure étranger de juillet 1758,  la “Dissertazione sopra i vampiri”, par l’archevêque italien Davanzati, écrite en 1738 (ou vers 1738?) et ayant d’abord circulé sous forme de manuscrits avant d’être publiée de façon posthume en 1774 et rééditée en 1789 par son neveu qui  fit une synthèse à partir de tous les exemplaires qu’il trouva. En effet, on n’en trouvait pas deux identiques. Je ne connais aucune traduction française de ce texte, ancienne ou récente)

Ci-dessous, notamment: un des manuscrits du Davanzati et l’eo, un extrait du London Magazine de mai 1737: 
 

   


Pour terminer avec l’histoire des vampires:

1- concernant Van Swieten: il y a une traduction italienne de son rapport, écrit à l’origine en français et en allemand: Considerazione intorno alla pretesa magia postuma per servire alla storia de' vampiri, Napoli, 1781 (lisible via google) et une édition allemande, en 1768, qui se trouve à la fin d’un livre signé Mayer: Abhandlung des Daseyns der Gespenster nebst einem Anhange vom Vampyrismus. Elle possède une pagination séparée mais fait bien partie du livre. Elle ne semble pas trop rare. Une édition en français : “Rapport médical sur les vampires” (Naples, 1781) est parfois mentionnée, mais je doute de son existence. Enfin, l’impératrice Marie Thérèse a produit un décret en 1755 pour interdire l’exhumation des corps et les profanations s’ensuivant,  mais je ne sais pas s’il existe sous forme imprimée.

2-  voici presque intégralement l’article d’avril 1755 du mercure historique, qui est intéressant pour l’évolution du phénomène  : “Des lettres venues de la Haute Silésie nous ont annoncé la reproduction de la superstitieuse folie des vampires ou Sang-Sues qui selon les avis de ces quartiers là et de la Pologne faisaient tant de ravages il y a environ 30 ans mais dont on n’a plus entendu parler depuis. Une femme connue sous le titre de Doctoresse Tiroline, étant morte il y a 28 à 30 mois à Hermsdorff dans le voisinage de Troppau, avait prié  son mari de lui couper la tête aussitôt qu’elle serait expirée et de ne point faire entrer son corps au cimetière des Catho. Rom. Depuis son décès plusieurs personnes sont mortes d’exténuation, ce qui après bien des conjectures a rappelé le souvenir des vampires. Aussitôt on a déterré une trentaine de corps suspects (...) Dix ont été trouvé innocents. On les a rendus à leur Sepulchres; mais 20 autres, parmi lesquels s’est trouvé un enfant, avaient du sang dans les veines, quoiqu’ils eussent été enterrés depuis un ou deux ans (...) déclarés vampires (...) tête tranchée, le coeur percé et le corps réduit en cendres….”
Les numéros du mercure historique ne sont pas très rares; on les trouve souvent reliés par semestres, pas très chers.

3- il existerait une ou deux  publications du 17ème, des sortes de canards, dont on m’a parlé et où apparaît le mot “vanpir”ou “vanpyr..”. Mais c’est peut-être une pure invention, je ne le sais pas.
Ci-dessous: le mercure historique de mai 1755. Je crois n’avoir jamais vu ces numéros d’avril et mai 1755 mentionnés dans les livres sur les vampires. Et de même, sauf erreur, pour le mercure étranger de juillet 1758 ou encore le London magazine de mai 1737. C’est à force de chercher sur internet que je les ai trouvés: il existe probablement d’autres articles comme ceux-ci.


Le vampire et la littérature: inévitablement, celle-ci va s’emparer de ce thème porteur. La première oeuvre serait un poème d’Ossenfelder en 1748, Der Vampir, publié dans la revue Der naturforscher. Eine physikalische Wochenschrift, qui publiait aussi des articles scientifiques aux côtés de poèmes inspirés par des histoires de revenants, selon A. Faivre.. De façon fugace, on trouve aussi quelques lignes (2 ou 3) sur le sujet dans le roman “Les morlaques”, publié à très peu d’exemplaires en 1788 par Justine Wynne (“Dieu nous aide nous sommes perdus voici un vampir. Sauvons-nous, il va se jeter sur nous et sucer notre sang! s’écrie soudain…”, p 193)

Le mot vampire apparaît aussi  dans “Le manuscrit trouvé à Saragosse” mais là encore c’est très anecdotique. Enfin, concernant le livre de Maturin publié en 1806: “La famille de Montorio ou la fatale vengeance”, son deuxième chef d’oeuvre après Melmoth, Maurice Lévy, qui a consacré une vaste et précieuse thèse au roman gothique regrette que Maturin n’ait pas fait d’un de ses personnages (Ascanio), un vampire, car il n’en était pas loin. Mais Maturin n’a pas fait ce choix.

Pour revenir à  la poésie:  en Allemagne, Burger publie Lenore en 1774. L’eo française est tardive: ”Léonora, en 1811, chez Janet et Cotelle”,et c’est une traduction d’une traduction anglaise. Il y aura d’autres traductions de Lenore, dont une en 1814 (Léonore) et aussi celle de Nerval. La fascinante phrase “les morts vont vite”, dite par un voyageur à Jonathan Harker, dans Dracula, est tirée de ce poème.

Puis en 1797,Goethe publie La fiancée de Corinthe, beaucoup plus proche du thème du vampire que Lenore. Il s’inspire d’un texte ancien de Phlégon qu’on trouve page 246 dans l’édition de 1605 du livre de Pierre le Loyer: “discours et histoires des spectres,  visions et apparitions des esprits...”
(   http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5545032t/f277.image  ). L’eo française est en 1825 dans “Poésies de Goethe auteur de Werther traduites pour la première fois de l’allemand par Mme E. Panckoucke”, chez Panckoucke. Ce recueil contient aussi “Le Roi des Aulnes”. Ces deux eo ne sont pas du tout courantes mais, visiblement, finissent par se se trouver.

Au sujet des textes anciens, comme celui dont s’inspire Goethe: il existe un canard: “Les estranges et admirables adventures nouvellement arrivées au baron de la Milles” (1626, chez Pierre petit Jean, imprimeur du Roy), qui est un véritable texte littéraire dans lequel évolue une créature des tombeaux. Ce canard est profondément différent des autres: on n’y trouve aucune volonté d’édification du lecteur, aucun prologue, aucune conclusion, aucune digression: c’est de bout en bout de la pure littérature fantastique; on ne serait pas surpris de le trouver dans une anthologie sur les morts vivants.





Il y aura d’autres poèmes que ceux de Burger et Goethe. En 1819 est publié Le vampire, par Polidori. Il s’agit d’une nouvelle écrite suite au fameux séjour des Shelley et de Byron en Suisse, ayant donné naissance à Frankenstein. L’éditeur du Vampire a attribué pour des raisons commerciales la paternité du texte à Byron, qui a vivement protesté, tout comme Nodier qui, un peu plus tard, refusera violemment que l’éditeur Ladvocat veuille faire croire qu’il est l’auteur de Lord Ruthwen et les vampires -sorte de suite du Vampire. Cette nouvelle se trouve dans les oeuvres de Byron dès 1819 mais on donne pour eo la traduction d’Henri Faber, chez Chaumerot, en 1819, d’une rareté presque décourageante. Il existe aussi une autre traduction en 1824 chez Masson (éditeur en 1820 de Histoires des vampires et des spectres malfaisans avec un  examen du vampirisme , peut-être écrit par Collin de Plancy). Elle semble très très rare. 

On y trouve quelques autres textes de Byron mais le titre du livre est “Le vampire”. Il existe en 1820 chez Ladvocat une sorte de tirage à part -le terme est inexact- du Vampire signé du pseudonyme Chastopalli, qui a été fourni en supplément à la 2ème édition des oeuvres de Byron, suite aux réclamations de lecteurs après la suppression du Vampire. Cette édition possède sa propre pagination, et de même pour le titre. On peut la trouver reliée avec les autres oeuvres de Byron. Il est beaucoup plus compliqué de la trouver reliée seule à l’époque. A priori il n’existe pas d’autre traduction à l’époque -tout au moins en librairie: pour les revues, je ne sais pas.

Ci-dessous, notamment: Lord Ruthwen ,une romance inspirée du Vampire dans “Le chansonnier des graces pour 1821, une lettre violente écrite par Nodier à Ladvocat au sujet de la paternité de Lord Ruthwen, la pièce de Nodier, inspirée du vampire de Polidori et une affiche de théatre datant de 1827 pour “ The vampire or the bride of the isles ”, qui s’inspire de la pièce de Nodier.


 
  

  




De nombreux textes où il est question de vampires (vrais ou faux vampires: souvent les titres sont trompeurs…) seront publiés au 19ème; ils sont souvent introuvables, comme La vampire ou la vierge de Hongrie, réédité très récemment par la librairie d’Otrante. On peut voir des photos de l’eo sur un blog: http://www.blenders.se/ebay/me/vamp/hungaire.html

Théophile Gautier, de son côté, a écrit “La morte amoureuse”, pré-publiée dans la chronique de Paris les 23 et 26 juin 1836 (eo dans Une larme du diable, en 1839). C’est un texte bien connu. Par contre on connaît un peu moins la longue et intéressante nouvelle Paola (125 pages), de Boucher de Perthes, publiée en 1832 dans le recueil “Nouvelles”, qui se trouve relativement aisément.

Un autre texte en particulier est très peu connu: Gemmalie, publié anonymement en 1825 chez Ladvocat et méritant vraiment d’être lu ( http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k310773j  ). Il est quasiment introuvable. Un exemplaire figurait dans le catalogue de la librairie Loliée en 1952 consacré aux romans noirs, contes de fées...Dans le texte, Gemmalie est une goule mais à la fin du livre se trouve une longue note sur les vampires tendant à la lier au vampirisme. En dehors du catalogue Loliée, qui m’a permis de connaître son existence, ce livre n’est mentionné nulle part -sauf dans un compte rendu de lecture de l’époque, dans la revue encyclopédique, qu’on trouve facilement  via google. Grâce soit rendue au libraire Pierre Saunier chez qui je l’ai trouvé!


 
Dans le domaine de la littérature dite populaire, il y a trois très bons romans de Paul Féval, mais ne cherchant (malheureusement!) pas du tout à faire peur…:Le chevalier ténèbre (1862, chez Dentu, pré-publié dans le musée des familles en avril et mai 1860- facile à trouver- réédité en 1875 par Dentu et en 1879 par Victor Palmé), La ville vampire (1875, chez Dentu aussi et pré-publié dans le moniteur universel du 12 septembre au 25 octobre 1875); les deux eo  ne sont pas courantes mais on les trouve. Enfin, La vampire (1865), dont l’eo semble très difficile à trouver, qui n’a pas connu de pré-publication et dont les éditions 19ème sont loin d’être courantes -mais celle de 1891, chez Dentu, semble accessible. 

De même, la baronne trépassée, de Ponson du Terrail mérite largement à mon sens d’être lu mais l’eo (1853, Baudry) est visiblement difficile à trouver. Les autres éditions 19ème en librairie ne se voient pas vraiment, elles non plus. On le trouve par contre assez facilement, publié à l’époque dans des éditions populaires (entre autre: bibliothèque pour tous chez Havard en 1857).

Deux autres de ses textes, que je n’ai pas encore lus, appartiennent selon Alfu au genre: La femme immortelle (eo: librairie internationale, 1869, 2 volumes), L’auberge de la rue des enfants rouges (Dentu, 1872, 2 volumes) et Les escholiers de Paris (Achille Faure, 1867).  Là encore  il semble difficile de mettre la main sur ces eo prometteuses.

Cela dit, je cherche surtout sur internet et de ce fait il y a beaucoup de livres que je ne vois pas, ce qui pourrait parfois remettre en question la rareté que je leur suppose. Mais cela est surtout vrai pour les livres les moins coûteux car les autres sont plus susceptibles de passer en vente aux enchères ou d’être retrouvés sur des catalogues de libraires, via google.

 Il m’arrive de tomber par hasard lors de recherches sur internet, sur des titres du 19ème comportant le mot “vampire”: le docteur vampire (il y a une édition en 1872, signée Octave Féré, qu’on peut feuilleter sur internet), le baron vampire, le vampire aux yeux bleus….les uns publiés en feuilleton, les autres en librairie. Dans certains il n’y a absolument aucun vampire, dans d’autres, comme Le vampire du val de Grâce de Gozlan (1861, chez Dentu), il y en a  un vrai et il est d’ailleurs très bien -mais il ne joue pour ainsi dire aucun rôle, il est évoqué presque anecdotiquement - et un faux, qui est malheureusement  le héros de l’histoire. Cette eo est difficile à trouver mais, de mon point de vue, décevante.




Pour terminer, il faut parler de Dracula, publié en 1897. L’eo française est chez l’édition française illustrée en 1920; elle est rare en tirage ordinaire et celui en grand papier se limite à seulement 15 exemplaires. Le texte y est très fortement tronqué mais cela le dynamise et en rend la lecture palpitante. On  voit aussi cette eo avec une petite étiquette de remise en vente des éditions Crès collée sur la couverture. 

Ce livre a été précédé de textes intéressants, comme Carmilla, publié par Le Fanu en 1872 mais dont il ne semble pas y avoir de traduction contemporaine (il faut, à ma connaissance, attendre 1936: Histoires de fantômes anglais, Gallimard, sauf si elle a été publiée en revue à l’époque -mais je n’en ai aucune idée). Stoker se serait inspiré de “Le capitaine vampire”, de Marie Nizet (Ghio, 1879), que je ne parviens pas à trouver..... Il existe une édition de Dracula en 1932, comportant des photos du film avec Bela Lugosi (Tallandier, cinéma bibliothèque), qui a été remise en vente (librairie contemporaine, collection “les drames du coeur”, avec une autre couverture; de plus la page de titre est supprimée ainsi que le catalogue de l’éditeur. Enfin, sur la couverture, on lit “Drahus Steker  Dracula” et non plus  “Brahm Stoker   Dracula l’homme de la nuit”; tout le reste est absolument identique. Elle semble plus rare. Le texte est le même que celui de l’eo de 1920, avec quand même quelques changements nécessaires dûs au lien avec le film. Elles paraissent toutes deux rares mais peut-être le sembleraient-elles moins à condition de faire des recherches dans d’autres circuits que la librairie ancienne classique: plus précisément chez les libraires qui s’occupent de cinéma et qui évoluent somme toute dans un autre marché. 

Dans le même ordre d’idée, j’ai découvert seulement très récemment l’existence d’une  novelisation du film Nosferatu, d’aspect assez spectaculaire: le film complet du jeudi du 3/12/1925 et le film complet du dimanche du 6/12/1925. Il y a plusieurs photos et très peu de texte: On trouve souvent des années entières reliées (ou des semestres, je ne sais plus) à des prix parfois peu élevés, notamment sur les salons.

Ci-dessous: 2 exemplaires de l’eo en tirage ordinaire de Dracula. Il est difficile de la trouver sans mention (certainement fictive d’ailleurs) de mille. On pourrait croire que le fait que les fonds des dessins soient de couleurs différentes est lié à la mention de mille mais ce n’est pas le cas: j’ai vu un exemplaire du 4ème mille avec un fond violet...Aussi: 1 cliché du Dracula avec photos du film de Tod Browning et  Nosferatu. Enfin, pour boucler la boucle, une page de la Cosmographia Universalis, de Munster (édition de 1575), où l’on voit un portrait de celui qui a inspiré Stoker (“...avait nom Dracule...fort cruel...empaler beaucoup…”)





Philippe

5 commentaires:

Anonyme a dit…

Waouh, merci Philippe, long billet que je viens de parcourir en diagonale, lecture approfondie prévue ce soir !
B.

Frédérick a dit…

Magnifique article, passionnant. J'ai ouvert de nouveau mon Calmet "Traité sur les apparitions des esprits et sur les vampires..." qui conclue assez raisonnablement : les vampires ne sont qu'illusion et l'on ne peut citer aucun témoin sérieux. Ce qui me fait penser à Robert Ambelain. Je crois qu'il a écrit un livre sur les vampires (que je n'ai pas lu). Mais j'ai une lettre amusante écrit de sa main qui évoque les phénomènes de conservation avec circulation sanguine, pour les Saints comme pour les Vampires. J'en connais qui vont se retourner dans leur tombe ! Bref tout ceci est très amusant. Et cet article: une référence.

calamar a dit…

Diable ! les saints dont le corps ne se putréfient pas, seraient-ils des vampires ? il va falloir faire attention à Bernadette !

Tiephaine G. Szuter a dit…

Excellent article sur un sujet populaire mais pourtant assez peu abordé en bibliophilie. Un grand merci à vous!

Daniel a dit…

Merci très intéressant, je vais maintenant avoir une autre porte d'entrée pour intéresser ma fille à la bibliophilie, entre deux épisode de Chica Vampiro ;))

Daniel B.

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