« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier
"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

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mercredi 2 novembre 2016

Un relieur anglais au travail: Roger Payne (1739 - 1797)

Amis Bibliophiles bonjour,

La lecture du très beau catalogue de la vente Tissot-Dupont chez Piasa était riche en émotions: ouvrages magnifiques, reliures parfaites, envois de choix... mais ce n'est pas l'un de ces lots qui a retenu mon attention.

Non, c'est le lot 442 (PFINTZING, Melchior [Theuerdank]. Die Geuerlicheiten und Einsteils der Geschichten des loblichen streyt paren und hochberumbten helds und Rit) que j'ai gardé en mémoire pour en faire un petit billet sur le blog.

En effet, à la lecture de la description de ce très bel ouvrage, on découvrait des informations intéressantes concernant la reliure: "RELIURE ANGLAISE DE LA FIN DU XVIIIe SIÈCLE RÉALISÉE PAR ROGER PAYNE. Cuir de Russie, filets dorés en encadrement, dos à nerfs orné, tranches dorées, entièrement réglé à l’encre rouge : “washing, ruling and binding by Roger Payne” (note de Michael Wodhull sur la garde)".

La reliure avait donc été réalisée par Roger Payne, relieur anglais, qui en avait d'ailleurs profité pour laver et régler l'ouvrage (...). 

Le bibliophile qui fit l'acquisition de l'ouvrage à l'époque, ajouta une illustration, un portrait gravé de Robert Payne par S. Harding, daté de 1797 (soit un an après l’acquisition de l’exemplaire par Michael Wodhull), contrecollé sur la dernière garde (270 x 197mm).

C'est ce portrait (que m'a également signalé mon ami Patrice Goy, relieur de l'atelier Moura de Lyon) qui est je trouve intéressant.

Il est rare de voir un relieur de l'époque au travail, sur une gravure contemporaine. 

J'aime beaucoup cette gravure, elle est très expressive. On y entrevoit à peine l'atelier, mais c'est l'expression du relieur qui interpelle. Il semble presque avoir été frappé d'une malédiction, est-ce de toujours devoir courber le dos, ou est-ce la fatigue liée aux discussions avec ses clients bibliophiles!? On ne le saura jamais. :)

On remarquera aussi les bords élimées du pantalon et de la veste de Payne, signe que le métier ne rendait déjà pas riche au XVIIIe, même pour l'un des meilleurs relieurs anglais de son époque.

Le regard... Ce regard! 


H

Le catalogue Tissot-Dupont est ici: http://www.piasa.fr/sites/default/files/Catalogue_Bibliotheque_Tissot_Dupont_3.pdf

6 commentaires:

Philippem a dit…

Effectivement, la gravure est belle mais le regard vraiment terrible ... Cela ne donne guère envie d'avoir été relieur au XVIIIe s...

Philippem a dit…

Cela dit, dans la notice du catalogue, il est spécifié que le prix de la reliure équivalait au prix du livre, donc la facture de Payne ne devait pas être totalement indolore.

Anonyme a dit…

La notice dit plus exactement : "On y découvre qu’à la fin du XVIIIe siècle,
en Angleterre, le prix du livre équivalait celui de sa reliure par un grand maître"...

Payne était-il considéré comme un grand maître ? J'avoue mon ignorance en matière de reliure anglaise...

calamar a dit…

oui, Payne était considéré comme l'un des meilleurs, sinon le meilleur relieur. A noter que ce portrait est peut-être posthume, ce qui pourrait expliquer son étrange regard ; en effet Payne est mort le 20 novembre 1797. Il est dit de lui "qu'il préférait le boire au manger", et qu'il ne vécut que de la charité publique ses huit dernières années...
Voir https://books.google.fr/books?id=ojp-CgAAQBAJ&pg=PT119&lpg=PT119&dq=bonders+kalthoeber+payne&source=bl&ots=6mHitHs1rO&sig=PUn5GzO3u83k19ftAW_Fxj-4aBI&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwi3s_eSgozQAhVCqxoKHcD8A0YQ6AEIHTAA#v=onepage&q=payne&f=false

Daniel a dit…

Avec un étau aussi bas, il avait sans doute un lumbago, qui lui rendait le regard noir ;) ou alors effectivement le graveur a voulu signifier une certaine déchéance, en appui titubant sur son étau, avec des chausses pas fermées ; quel relieur digne de ce nom laisserait des ouvrages au sol, et un certain désordre ambiant ?

Daniel B.

ciriaco a dit…

Il est clair, d'après le lien fourni par Calamar que c'était un grand alcoolique, ce qui peut expliquer la négligence de son atelier, et une certaine folie du regard. Il se querellait avec son associé et finit dans la misère. Néanmoins un génial artisan.

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