« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier
"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.
Affichage des articles dont le libellé est Expositions de Reliures. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Expositions de Reliures. Afficher tous les articles

mardi 3 décembre 2013

Connaissance de la reliure: reliures d’orfèvrerie de Strasbourg et d’ailleurs

Amis Bibliophiles bonjour,

Le Musée des Arts décoratifs de Strasbourg conserve et présente dans son intégralité, une collection singulière de 13 reliures d’orfèvrerie du XVIIIe siècle.

Il ne s’agit pas ici de  reliures médiévales d’apparat, ecclésiastiques pour la plupart, aussi désignées sous ce nom de reliures d’orfèvrerie et qui associent métaux précieux, bronze, gemmes, camées ou pierreries.

Les livres de Strasbourg semblent avoir jusqu’à présent attiré l’attention des seuls spécialistes des arts décoratifs et guère des gens du livre. Ils sont dans un état de conservation exceptionnel.

Livre de cantiques, Jonas Lorenz, strasbourg 1775, Isaac Kübler orfèvre
La collection strasbourgeoise comporte essentiellement des livres imprimés à Strasbourg de 1723 à 1777 (par Johannes Beck, Joh. Heinrich Heintz, Johann Daniel Dulssecker, Conrad Schmidt, Jonas Lorenz). Un  livre est imprimé à  Colmar par  J. Heinrich Deckers, un autre à Bâle par Jos Jakob Flick. Il s’agit exclusivement de livres religieux, cantiques et psaumes luthériens.

La collection strasbourgeoise


Les corps d’ouvrages classiques sont pourvus d’une couvrure de chagrin ou de velours sur laquelle sont serties des pièces d’orfèvrerie en argent, coiffes, fermoirs, encadrements et motifs centraux. Les décors sont gravés, ciselés,  ajourés ou repoussés en rond de bosse. Pour la plupart, ils reprennent les décors dorés des reliures du XVIIe siècle à écoinçons et fers dorés aux centres des plats. L’usage d’un style de décor un peu démodé avec le temps n’est du reste guère surprenant sur des livres religieux de présent.



Deux de ces reliures sont constituées de montures en argent doré sur lesquelles sont fixées des décors en argent repoussé ou ajouré. On pourrait leur rapprocher  une autre reliure à monture d’argent  conservée au musée Unterlinden de Colmar. 

Deux des orfèvres  sont identifiés, Johann Philipp Kremer et Isaac Kubler.

En dehors de cette collection strasbourgeoise  ce type de reliure en argent se retrouve assez rarement. La Bnf conserve (Rés. 8° NFA 40) un exemplaire unique de reliure dite «de Charenton» sur un nouveau testament protestant de 1658 chez Etienne Lucas à Charenton. Ce livre de luxe  présente « un décor doré plus soigné que de coutume, un compartiment mosaïqué au centre des plats, des tranches ciselées et peintes, et surtout une très inhabituelle ferrure d’argent disposée en bordure ».

Vente Couppel du Lude
En ventes publiques, une reliure ajourée en argent sur fond de velours rouge faisait partie de la vente Couppel du Lude le 23 novembre 2009. Elle couvrait « Comes theologus » de Pithou établie par Claude Le Peletier chez Denis Thierry à Paris en 1684. Une autre reliure en argent à décor ajouré est présente dans la vente d’une partie de la collection du château de Beaumesnil le 9 décembre 2013 (n°193).

Carnet à reliure d'orfèvrerie, donné par le comte de Paris et le
duc de Chartres à M. Bizouard en 1851 (Musée du château de Chantilly)
Dans la collection du duc d’Aumale à Chantilly sur un agenda, là encore le caractère d’objet précieux, voire de bibelot, l’emporte sur le livre.

La collection de Strasbourg me semble cependant particulièrement précieuse en ce qu’elle reflète une continuité de production et de vogue régionale.

Lauverjat

Référence : Deux siècles d’orfèvrerie à Strasbourg, éditions des Musées de Strasbourg, 2004.

lundi 7 novembre 2011

Un monument de la Bibliophilie: les Pillone

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Après les reliure de Jean Grolier, je vous propose de retrouver un message posté sur le blog il y a plus de 3 ans....



Titien, Vecellio, Pillone et Bérès, quatre grands noms pour les amateurs d’art et les bibliophiles, quatre grands noms pour un ensemble unique dans l’histoire de la Bibliophilie : la bibliothèque Pillone.

La bibliothèque ou collection Pillone est l’expression consacrée pour qualifier les quelques cent soixante volumes appartenant à la famille Pillone dont les reliures fûrent peintes par Vecellio.
Dans l’Italie du 16ème siècle, les livres étaient rangés dans le sens inverse de celui que nous utilisons aujourd’hui: ils présentaient leurs tranches de gouttière, et non leurs dos au lecteur faisant face à la bibliothèque (c’est en fait la phase de transition entre les ouvrages rangés à plat et le rangement actuel). La particularité des Pillone, est que Odorico, Giorgio et Antonio Pillone poussèrent l’extravagance vénitienne de l’époque jusqu’à faire peindre, de façon quasi systématique, la tranche de gouttière de leurs ouvrages. En réalité, on parle bien là d’un projet bibliophilo-artistique unique.

Cette tâche extraordinaire fût confiée à Cesare Vecellio (1521 – 1601), neveu ou cousin de Titien (qui s'appelle en fait Tiziano Vecellio), dont les Pillone étaient les protecteurs et mécènes. Cesare Vecellio qui fît ses classes chez Titien peignît également les églises de Belluno, la ville où résidaient les Pillone (Vénétie, à 80 km au nord de Venise). Titien lui-même était d’ailleurs un habitué de la maison des Pillone.

Si l’idée de peindre les tranches n’est pas unique (voir par exemple les nombreux "fore-edge" anglais du 19ème siècle, ou quelques ouvrages français de la fin du 18ème représentant des scènes bucoliques), l’ensemble constitué par les Pillone était lui sans égal.

Une oeuvre de Vecellio à Belluno
D’une part, les Pillone furent semble-t-il les seuls de leur époque à faire exécuter ces travaux et d’autre part, les 168 (ou au moins 170 disent d’autres sources) livres ainsi peints étaient regroupés dans un cabinet spécifique. On devine qu’il devait produire un effet particulièrement impressionnant sur ses visiteurs. Quel effet chromatique, et quelle majesté…

En 1875, le bibliophile Tessier, qui eût l’occasion de contempler la bibliothèque Pillone dans la villa même de Belluno en parlait en ces mots «…ceci vous rend extatique, vous pensez vous trouver devant un ensemble d’objets d'art, et vous vous retrouvez non seulement devant une merveilleuse bibliothèque, mais également devant une sublime et abondante collection de tableaux ». Plus loin, il affirme que ce moment aura « dépassé ses attentes ».

Les décors peints par Vecellio représentaient soit des animaux, soit des personnages, souvent les auteurs des ouvrages eux-mêmes d’ailleurs, comme celui ci-dessous. C’est Odorico qui le premier commanda ces œuvres à Vecellio. On a retrouvé quelques une de ses notes destinées au peintre, le plus souvent sur le contreplat. Il y donnait des détails précis sur ses souhaits.

Ce qui est assez unique également, est que cette collection, formée au 16ème siècle par les Pillone nous est parvenue sans trop de dommages au fil des siècles... Enfin, jusqu’à ce qu’elle croise la route de Pierre Bérès, dans la seconde partie du 20ème siècle.
Geographie de Strabon, 26 août 1480, orné d'un portrait de Strabon, Vente Bérès décembre 2006

En 1837, on trouve ainsi dans le contrat de mariage d’un descendant des Pillone que le marié apporte « une précieuse collection de livres anciens de grande valeur et d’une grande rareté, et dont l’état de conservation remarquable se double de l’honneur d’être enrichis de miniatures de Vecellio ».

Les volumes seront ensuite vendus en janvier 1875 pour permettre aux descendants de faire face à divers revers de fortune et achetés en bloc par le bibliophile anglais Sir Thomas Brooke qui les déplaça à Londres. Il dressa d’ailleurs la liste de cette « bibliothèque de Venise ». Il fît également fabriquer une bibliothèque d'ébène sur le fronton de laquelle fût gravé en lettres d'or "Libros hic summa repositos cum Diligentia collegit Odoricus Pillonius Venetus, ornavit eximia art Vecellius César."

Le neveu et héritier de Brooke confia la vente des ouvrages à Alan Keen et c’est en 1957 que Pibi, Pierre Bérès, acheta l’intégralité de la collection, même si trois ouvrages disparurent mystérieusement entre Londres et Paris.

Bérès inventoria la collection, écrivît un ouvrage, proposa des expositions, mais l’acquisition des Pillone par le grand libraire parisien signa également et malheureusement leur dispersion au fil des ventes. Certains d’entre eux furent d’ailleurs vendus lors des grandes ventes Bérès de 2007 et 2008.

Monument de la Bibliophilie, les Pillone ne sont désormais plus « un », puisque l’unité de la collection a été rompue, mais ils restent d’immenses ouvrages, rares, avec des textes prestigieux et, chose peu commune, porteurs pour chacun d’entre eux d’une œuvre unique, une création de Vecellio. Leurs prix se comptent aujourd’hui en dizaines, voire en centaines de milliers d’euros.

On trouve dans les Pillone un petit nombre de livres allemands issus de l’héritage d’un ancêtre des Pillone, qui s’était engagé sous les ordres de Charles Quint, et qui mourût au siège de Metz en 1553. Les chercheurs divisent généralement les Pillone en quatre grandes parties, dont tous les volumes furent peints :
Seneque, Epistolae ad Lucillium, Rome, 1er février 1475. Vente Bérès 2007

- Les volumes du 15ème siècle : ils furent tous publiés en Italie, sauf de lo Speculum Aureum praeceptorum de Enricus Herf imprimé à Nuremberg en 1481: quarante-quatre à Venise, cinq à Trévise, quatre à Brescia quatre, trois à Vérone, trois à Vicenza, trois à Rome, trois à Bologne, deux à Parme, etc.
- La deuxième partie est composée de seize volumes publiés de 1503 à 1520. Dix furent imprimés à Venise, un à Paris, un à Milan, deux à Bâle, un à Naples et un à Lyon.
- La troisième partie est composée de livres entre 1522 a 1547, soit 59 volumes, publiés principalement en Suisse, en Allemagne et en France.
- La quatrième partie contient 30 volumes imprimés entre le milieu du XVIe siècle et 1591.

Naturellement, il ne s’agît que d’une partie de la bibliothèque des Pillone, qui étaient des notables de Belluno, notamment des juristes, et qui possédaient également d’autres nombreux livres, mais dont les tranches ne furent pas peintes, et qui ne furent pas inventoriés.

On pense aujourd’hui que les Pillone firent peindre les volumes qui n’avaient pas trait à leur travail ou à leurs études, mais qu’ils avaient rassemblés pour leur rareté, leur beauté et par passion. L’ensemble des reliures peintes en effet assez hétérogène, regroupant des ouvrages classiques en grec et en latin, des ouvrages scientifiques, des chroniques, des ouvrages de tacttique militaire ou même de voyages.

Je vous ai demandé si l’un de vous avait un exemplaire Rahir… je ne vous demande pas si vous avez un Pillone ! Sourire.

Hugues

Pour en savoir plus, vous pouvez notamment consulter :
Pierre Bérès : Cesare Vecellio et la bibliothèque Pillone. Paris, P. Berès, 1957. 1 volume in-8
Pierre Bérès : catalogue n°67, un groupe de livres Pillone
Anthony Hobson : the book collector, 1958

Cesare Vecellio fit des études approfondies sur l'habillement de l'époque avec des descriptions et dessins :
Corona delle nobili e virtuose dame (1591/1598) trilogia di Cesare Vecellio
Degli habiti antichi et moderni di diverse parti del mondo (1589).

mercredi 2 novembre 2011

"Io. Grolierii et Amicorum", ou les fabuleuses reliures de Jean Grolier

Amis Bibliophiles bonjour,

Le samedi 8 octobre dernier, la salle des ventes de Montluçon dispersait l’importante collection de l’ancien maire de la ville, monsieur André Guy. 

Au programme beaucoup de régionalisme Bourbonnais, un peu Auvergnat et des provinces circonvoisines, et un nombre conséquent d’ouvrages du XVIe souvent en latin.

Comme il se doit la vente comptait quelques lots phares. Le numéro 64 donnait lieu à une bataille nourrie au téléphone. 


Il s’agissait de la seconde édition aldine (Venise, 1521),“Institutionum Oratoriarum libri XII..” de Quintilien. L’intérêt des enchérisseur était aiguillonné par la reliure de ce livre, sortie des mains de Jean Picard vers 1543-1546, à la commande de Jean Grolier. Ce volume, en veau, de format  in-8 (papier 134 x 220 mm) au décor géométrique d’entrelacs dorés délimitant des réserves rondes occupées par des fleurons dorés en écoinçons, porte au centre du premier plat le titre doré et au centre du second plat la devise “ Portio mea, domine, sit in terra viventium” du bibliophile. 

Bien sûr, le premier plat porte en queue le supra libris doré célèbre “Io. Grolierii et amicorum”. L’état de la reliure laisse cependant un peu à désirer, mors fendus, coiffes arasées, coins émoussés, “cuir du dos sec et légèrement racorni”. L’estimation imprimée était de 15 000 à 20 000 euros. Premier émoi, la mise à prix est de 20 000 euros. (Mes amis s’attristeront de savoir que je n’étais déjà plus sur les rang de toutes façons; la lecture des notices de catalogue garde ceci de plaisant que l’estimation est toujours à la fin). Mais les amis de Grolier, eux, sont nombreux et convaincus; le marteau tombe sur l’enchère de 72 000 euros aggravée de 17,642 % de frais...

Le chroniqueur de la Gazette Drouot semble un peu perdu devant ce résultat et laisse à penser que la rareté de l’édition prime sur l’origine de la reliure. Il est trop évident que l’acheteur s’est enthousiasmé pour la reliure et sa provenance.

Rappelons que Grolier (1479-1565),  trésorier général du roi de France à Milan, puis trésorier de l’extraordinaire des guerres, officier et  proche collaborateur du Grand Maître Anne de Montmorency, dont il surveille la construction de ses châteaux et administre les finances,  amateur d’art, constitua une bibliothèque célèbre. En fait trois bibliothèques successives, les deux premières seront dispersées après des revers de fortunes (on en connaît subsistant  aujourd’hui respectivement 27 et 25 volumes). Jean Grolier reconstitua sa bibliothèque après 1538, confiant ses travaux de reliures aux maîtres parisiens.

Qu’en est-il de la rareté? Quelques 450 volumes de cette dernière bibliothèque, qui en comptait peut-être 3000,  sont parvenus jusqu’à nous. Parmi ceux-ci les ouvrages en français sont  très rares.

Les bibliothèques publiques et les institution comptent donc de nombreuses reliures "de" Grolier qui sont régulièrement exposées. De mémoire, la bibliothèque de Mariemont en possède une, la bibliothèque Municipale de Versailles deux comme celle de Nancy et celle de Vesoul qui en a découvert deux dans ses réserves il y a peu d’années. La bibliothèque du Château de Chantilly conserve une quinzaine de reliures Grolier dont une Bible de Robert Estienne offerte par Grolier à Christophe de Thou. La bibliothèque Mazarine est un peu moins riche... La Wittockiana malgré ses réorientations conserve encore quelques reliures Grolier invendues.

En fréquentant les ventes récentes, il était aussi "possible" de faire son marché.


Chez Christie’s, la première vente  Wittock à Londres proposait sept “grolier”: sous le n° 32, Caton, Disticha moralia, Bâle, Froben, 1526, un in-8, en veau au décor à encadrements dorés qui fit partie de la première bibliothèque de Jean Grolier avec son ex-libris manuscrit au colophon, adjugé 21 510 Livres (39 686 Dollars) frais inclus; n° 38, Ciceron, Officia..., Lyon, Trechsel, 1533, relié en maroquin vers 1540 par Jean Picard orné d’un décor géométrique typique vendu frais inclus 68 118 Livres (125 672 Dollars, le double de l’estimation haute); le    n°54, Diogenes Cynicus, Epistolae, Venise 1487 [1492], reliure in-4 veau blond glacé à encadrements et entrelacs de fers dorés et azurés réalisée vers 1555 par le relieur de Thomas Mahieu (dit “le relieur de l’Esope de Mahieu”) vendu 81 260 Livres (149 925 dollars); 


n°80 , Marullus, Epigrammata et Hymni, Paris, Wechel, 1529, in-8, reliure moderne à l’imitation, ex-libris manuscrit de Grolier, estimé de 9 100 à 12 000   mais non vendu; n° 91, Pic de La Mirandole, Hymni heroici tres, Strasbourg, Schürer, 1511, in folio veau brun, grand décor d’entrelacs géométriques dorés du relieur Jean Picard, estimé 76 000 à 120 000   et non vendu;  n° 103, Sadolet, Interpretatio in Psalmun Miserere mei Deus, Lyon, Gryphe, 1533 (suivi de in Psalmum XCIII interpretatio,1534), in-8 relié par l’atelier  “à la fleur de lis” veau orné de filets à froid et dorés en encadrement, grands fleurons dorés aux coins et large composition d’entrelacs floraux en losange au centre des plats, estimé de 16 000 à 23 000   et non vendu;


Enfin le n°118 qui terminait la vacation et ornait la couverture du catalogue, Vigerus, Decachordum Christianum, Fano, Soncinus, 1507, reliure en veau fauve ornée d’entrelacs géométriques dorés et peints en vert et blanc formant un encadrement central où se logent 3 cercles contigus peints en noir par le  relieur dit “à l’arc de Cupidon” vers 1547-1553 estimée entre 38 000 et 53 000   et non vendu.

La troisième partie de la vente Wittock, le 7 octobre 2005, à Paris, proposait 5 livres de Grolier, soit les numéros 24, Hérodien, Historiarum libri, Venise, Alde, 1524, in-8, reliure de Jean Picard vers 1540, maroquin olive discrètement restaurée à encadrement de filets dorés et à froid assez sobre, livre vendu frais inclus 66 000 euros;  

Le n° 27, Huttich, Imperatorum romanum libellus. Strasbourg, Köpfel, 1526, un petit in-8 en veau fauve de l’atelier dit “à la fleur de lis” vers 1540, adjugé 85 000   (102 000 avec les frais) acheté par la maison Spink & Son à Londres précisait la Gazette de l’époque;  n° 32 Lopez de Zuniga, Annotationes contra Erasmum Roterodamum (suivi de) contra Iacobum Faabrum Stapulen (Lefèvre d’Etaples), Alcala de Henares, 1520 et 1519, in-folio veau de Jean Picard au fantastique décor d’entrelacs géométriques peints et dorés (dos orné au XVIIe d’un semé de fleurs de lys) adjugé 90 000   (108 000   avec les frais);  n°38, Pigghe, Hierarchiae ecclesiasticae assertio.. Cologne, Melchior Novesianus, 1544, in folio de veau fauve de Jean Picard au décor de feuillages dorés et d’entrelacs géométriques dorés, autrefois peints en noir, non vendu (estimé 60 000 à 90 000); n°41, Polybe, Historiarum libri quinque..., Venise, Alde, 1521, in-8 maroquin blond de l’atelier  “à la fleur de lis” assez semblable au n°27 qui coûta 46 800   frais inclus.

Chez Christie’s toujours, le 7 juillet 2010, nous trouvons à la vente (the Arcana collection, part 1) l’édition originale Aldine incunable de 1499 de l’Hypnerotomachia Poliphili dont Hugues s’était fait l’écho ici. Ce livre frais inclus atteignit 313 250 Livres (473 321 Dollars).

Les ventes Bérès virent l’adjudication de deux livres. Lors de la deuxième vente le 28 octobre 2005, le °48:


Simonet, De Christiane fidei et romanorum pontificum persecutionibus, Bâle, Kester, 1509, un in-folio en veau brun redevable à Estienne Gommar vers 1555, l’un des derniers relieurs de Grolier, au décor d’entrelacs dorés et peints, courbes, au dessin nouveau de “cuir enroulé”, au dos lisse muet orné de croisillons dorés, obtint 200 000   le double de son estimation (plus 21,10 % de frais).  


Le n°10 de la quatrième vente, le 20 juin 2006, Saint Jean Chrysosthome, Aliquot homiliae (suivi de) In epistolam divi Pauli..., Bâle, Froben, 1533, in-4, relié vers 1540 par Jean Picard, en veau brun à décor d’entrelacs géométriques et de fleurons azurés fut adjugé 62 000 euros au marteau.

Vous me direz qu’on n’assiste pas à de telles ventes tous les jours. Nous vivons une époque d’exception!? Mais alors les livres de Grolier sont-ils rares? Précieux, raffinés, luxueux, émouvants, mythiques certes, coûteux (oh combien) et recherchés (excessivement), bien sûr, ils sont à l’évidence moins rares que certains mandements d’évêques crottés du XVIIe... Mais ces derniers n’intéressent personne, personne ne les recherche et ils ne font rêver personne. Dommage, des mandements, j’en avais.

Lauverjat

Sur Grolier et ses reliures la littérature est abondante et la recherche toujours renouvelée et actualisée, sur le personnage on peut encore consulter :
Antoine Leroux de Lincy Recherches sur Grolier, sur sa vie et sa bibliothèque, suivies d’un catalogue des livres qui lui ont appartenu, Paris, L. Potier, 1866. (Numérisé par Google)

dimanche 25 septembre 2011

Portrait d'un maître relieur: Pétrus Ruban (1851 - 1929)

Amis Bibliophiles bonjour,

"Il trouve, déniche et prend aussi bien dans la flore naturelle que dans l'architecture, dans le japonisme et et dans l'ornithologie... il semble avoir étudié avec soin et intelligence les théories des couleurs complémentaires et sa palette est ordonnée avec une très heureuse harmonie et sans discordance."  C'est ainsi qu'Octave Uzanne évoquait le relieur Ainé Ruban (dit Pétrus Ruban), que le hasard de quelques acquisitions ont mis sur mon chemin.

Une Nuit de Cléopâtre, Théophile Gautier, Ferroud, 1894 
Dans La Reliure française de 1900 à 1925, de Crauzat évoque lui un "travailleur acharné, relieur doreur excellent praticien qui violente la matière pour en tirer le maximum d'effet". L'ensemble de son oeuvre se caractérise d'ailleurs par son éclectisme. On retrouve cet éclectisme dans les deux ouvrages reliés par Ruban dont j'ai fait l'acquisition: le premier est techniquement parfait, magnifiquement mosaïqué (il y "violente la matière", mais finalement assez chargé, (Une nuit de Cléopâtre); le second est plus sobre, également parfait sur le plan technique, et c'est le talent de doreur de Ruban qui en fait un ouvrage magnifique.
Une Nuit de Cléopâtre, contreplats et doublures, signée P. Ruban 1910,
l'une des ses dernières création donc.
... mais qui porte également l'ex-libris personnel de Ruban,
doré au centre du contreplat
Cette oeuvre fît de Pétrus Ruban l'un des grands relieurs de la fin du 19e siècle et du début du 20e siècle. Né à Villefranche-sur-Saône en 1851, il exerça à Paris de 1879 à 1910, il s'est éteint à Neuilly le 21 avril 1929, à l'âge de 79 ans. Il avait installé son premier atelier au 16, rue Dauphine, avant de le transférer au 9 rue de Savoie en 1896.
Octave Uzanne, Le Miroir du Monde, EO sur Japon au format
Contrairement à nombre de ses confrères Ruban était à la fois relieur et doreur décorateur, il se distingue par des décors emblématiques complexes et dans le travail du cuir, en particulier des mosaïques, mais est également capable de proposer des réalisations plus simples à l'exécution parfaite. Il fût l'un des relieurs les plus en vogue au tournant du siècle et si les plus grands bibliophiles lui confièrent leurs ouvrages (Barthou, Beraldi, Borde, Baron de Claye, etc.), il était également collectionneur et réalisa pour sa propre bibliothèque un nombre important de reliures. 115 furent ainsi dispersées à Drouot le 12 décembre 1910, année de son départ à la retraite. Dans le catalogue, la collection était décrite comme "riche de beaux livres modernes en édition de luxe recouverts par de riches reliures composant la bibliothèque de M. Pétrus Ruban, ex-relieur".

Détail de la dorure
Lors de l'Exposition Universelle de 1889, ses reliures doublées et mosaïquées furent remarquées pour leur originalité et il obtînt une médaille d'argent. Le rapport de l'exposition souligne ainsi  que "M. Ruban exposait des reliures fort réussies. En continuant à étudier les beaux modèles que nous ont laissés les maîtres des siècles passés et les reliures de nos artistes modernes, aussi bien sous le rapport de la constitution parfaite du corps d'ouvrage et e la couvrure que sous celui de la décoration en dorure correcte et bien nourrie, cet exposant ne tardera pas prendre parmi ces derniers le rang qu'il recherche à juste titre".

C'est Lanoé, l'un des premiers relieurs de l'école Estienne, qui lui succéda l'atelier après avoir longtemps travaillé chez Ruban. 

H

jeudi 7 octobre 2010

Les Trésors de la bibliothèque du musée Royal de Mariemont, et la visite d'un bibliophile d'exception

Amis Bibliophiles bonjour,

Heureux bibliophile que Lauverjat qui a pu visiter pour nous l'exposition "Les Trésors de la bibliothèque" du musée Royal de Mariemont, et bénéficier de visites commentées de la réserve et de l'exposition par les conservateurs et Michel Wittock lui-même. Il nous en fait tous profiter.

"Les 2 et 3 octobre derniers, le Musée royal de Mariemont (Belgique) clôturait en fanfare l’exposition consacrée aux ”Trésors de la bibliothèque”. Le coeur de cette bibliothèque a été constitué par l’industriel Raoul Warocqué mort en 1917, qui légua ses collections et son domaine à l’Etat belge.

 La bibliothèque rescapée de l’incendie du château en 1960, organisa une précédente exposition de ses livres les plus prestigieux en 1967, sous la responsabilité de son premier conservateur exclusif, Paul Culot.

Depuis le 26 juin, une centaine de pièces parmi les plus précieuses étaient de nouveau exposées. Les traits dominants de l’ensemble étant l’exception, la qualité de reliure, la provenance et la rareté.
 reliure anglaise in-folio sur David Loggan, Oxonia illustrata, Oxford, 1675

Pour ce dernier week-end donc, le Musée organisait dans l’ensemble de ses départements des visites guidées et des interventions conduites par ses conservateurs et des experts invités sur le thème générique de la masculinité. C’est ainsi que nous avons pu pénétrer dans la réserve précieuse pour y suivre, documents autographes et livres en mains, un dialogue entre Gilles Docquier (Responsable des collections d’Histoire régionale) et Bertrand Federinov (conservateur Réserve précieuse) sur les grands personnages ayant influencés l’histoire de la région. Marie-Blanche Delattre (responsable bibliothèque documentaire) nous a commenté avec précision les pièces exposées.
reliure réalisée pour Thomas Mahieu, sur Procope de Césarée, de bello persico, Rome, 1509. attribuable à Claude de Picques, exemplaire de Robert Hoe

Enfin François Mairesse (ancien directeur du Musée et bibliophile) a reçu Michel Wittock en voisin pour une conversation à bâtons rompus sur les trésors exposés, ses goûts et ses pratiques de bibliophiles. Il nous a confié ses envies et ses jalousies dans l’exposition (une reliure renaissance exécutée par Thomas Mahieu par exemple) mais aussi son histoire de bibliophile précoce, ses rencontres et la place envahissante qu’avait parfois pris les livres dans sa vie et sa maison.
Hygin, Poeticon astronomicon... Venise, 1485.

Que reste-t-il me direz vous de cette exposition aujourd’hui, outre les enseignements de rencontres privilégiées? Le catalogue de l’exposition apporte une documentation sur 91 pièces illustrées en belle page (la belle page est la page impaire en imprimerie), à pleine page, avec la notice détaillée en regard. 

Tous les numéros sont repérés par une marque de couleur indiquant les reliures (un tiers des numéros), les manuscrits, les imprimés, les livres illustrés, les estampes et les livres d’artistes; un livre de référence donc.

Merci Lauverjat
Hugues

mercredi 23 septembre 2009

Le lot du siècle (qui est encore jeune)?

Amis Bibliophiles Bonsoir,

C'était en effet un bien beau lot qui était mis en vente ces jours-ci chez nos amis allemands... 1067 volumes anciens, joliment reliés, dont un grand nombre aux armes.
L'estimation m'a laissé rêveur puisqu'elle était de 585 000 euros. Je ne sais à quelle savante équation s'était livré l'expert pour arriver à cette somme folle, mais si on parle chiffres, cela fait 548 euros le volume, ou même 14 268 euros le mètre, puisque l'ensemble fait 41 mètres de long de rayonnage. N'ayant pas le poids total, je ne peux vous proposer de prix au kilo. Sourire.
En tout cas, le lot semble avoir été adjugé pour 520 000 euros. Je ne sais quel est l'heureux élu, mais ce prix semble écarter un libraire puisque comme le souligne justement Eric dans un commentaire, les livres, quoique très bien reliés et armoriés, ne semblent pas à première vue rarissime. Le pari pour un libraire serait hasardeux en effet, puisque qu'il faudrait revendre l'ensemble pour 3 fois plus. Un bibliophile alors? L'idée ne me viendrait point en tout cas d'acheter un tel lot, même si j'en avais les moyens, tout simplement parce que j'ai besoin de créer un lien personnel avec chaque ouvrage. Dans ce cas précis, l'overdose serait immédiate.
Je me dis bien que dans un tel lot, 1037 volumes, surtout de cette qualité (qui les a rassemblés, d'ailleurs?), se cachent forcément quelques raretés, mais rendent-elles pour autant le prix intéressant, difficile à dire. Combien d'ouvrages du 18ème valent plus de 50000 euros, pas tant que cela finalement, non? Dans tous les cas, parcourir ce lot de visu doit être très émouvant.

L'acquéreur restera mystérieux, mon pari malgré tout est qu'il s'agît d'un libraire, j'en connais au moins deux qui pourraient être concernés... reste à savoir s'il a annoncé "je garde", au moment où le marteau s'est abattu.

Que trouve-t-on dans ce lot: en vrac les voyages de Cook, un dictionnaire diplomatique, des reliures aux armes en très grande quantité, des plaques à la Dubuisson, le Moreri, des classiques, Bossuet, Corneille, Rabelais, Voltaire, beaucoup d'histoire...

H




vendredi 18 septembre 2009

Bauzonnet au musée de Chantilly: reliures

Amis Bibliophiles Bonsoir,
A peine rentré de voyage, à peine reparti, j'ai eu peu de temps pour poster des messages sur le blog cette semaine. Le blog est lu par nos amis de la Bibliothèque du Chateau de Chantilly, qui ont réagi au message de Gilles en m'envoyant quelques images de l'exposition, en "exclusivité" pour le blog, les voici:


H
« ©Bibliothèque du Château de Chantilly ».

dimanche 13 septembre 2009

Bauzonnet, le Raphaël du filet (Thouvenin)

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Ce soir, c'est Gilles qui vous invite à découvrir une petite exposition consacrée à Bauzonnet.

"Le cabinet des livres du château de Chantilly réserve une petite mais superbe exposition sur “les reliures d’Antoine Bauzonnet” qui n’a pas été, me semble-t-il, médiatisée. La majorité des reliures de Bauzonnet de la bibliothèque du duc d’Aumale provient de l’acquisition en 1859 de la bibliothèque d’Armand Cigongne. Le duc d’Aumale possédait 725 reliures signées Traut-Bauzonnet.
Reliure de Bauzonnet, maroquin
Reliure de Bauzonnet, maroquin
Une dizaine de reliures à décor des siècles précédents types des sources d’inspirations du relieur sont exposées en préambule. Ensuite quelques spécimens de Jean-Georges Purgold, maître, puis associé de Bauzonnet ouvrent un panorama sur une soixantaine de reliures de ce dernier. Les signatures des reliures changent avec la situation de famille du relieur, “Bauzonnet-Purgold”, puis “Bauzonnet”, enfin “Bauzonnet-Trautz”. En effet, ouvrier chez Purgold dès 1820 (après une formation dans le jura et malgré un intermède chez René Simier), Bauzonnet épousa sa veuve en 1830. Plus tard Georges Trautz, doreur, entre dans l’atelier et épouse la belle-fille de Bauzonnet avec lequel il s’associe en 1840, jusqu’à la retraite de Bauzonnet en 1847.
Reliure de Bauzonnet, maroquin
Pèle mêle j’ai admiré une reliure doublée d’un décor à la fanfare très pur au chiffre de Nicolas Yéméniz, une reliure “historique” à décor d’entrelacs géométriques mosaïqués de 1839, quelques reliures à l’éventail directement inspirées de Le Gascon, une reliure signée Bauzonnet recouvrant trois tomes d’une série de cinq, les deux premiers signés Thouvenin utilisant les mêmes fers et que l’exposition suppose avoir été confiés par Muller le successeur de Thouvenin pour finir la série.
Reliure maroquin
Au chapitre des regrets, que les titres des livres ne soient pas indiqués et qu’il ne soit pas réalisé de plaquette sur cette présentation.

Pour des raisons de droits d’image je ne peux pas vous fournir de photos de cette exposition qu’il faudra découvrir par vous même, seulement une modeste et pâle illustration personnelle et une reproduction noir et blanc du Devauchelle."

Pour plus d'information sur Trautz, vous pouvez vous rendre ici: http://bibliophilie.blogspot.com/2007/12/gutentag-herr-trautz-portrait-de-trautz.html

Merci Gilles,
H

samedi 22 août 2009

Une reliure mosaïquée de belle provenance, reliée par Pétrus Ruban

Amis Bibliophiles Bonjour,

Une fois n'est pas coutume, je partage avec vous une acquisition assez originale, joliment reliée, avec une provenance qui se déclare de façon élégante.
Il s'agît de l'ouvrage Une Nuit de Cléopâtre, par Théophile Gautier, à Paris, chez Ferroud, 1894. Un beau volume de format in-8, contenant 21 compositions par Paul Avril et préfacé par Anatole France.
Il est relié en plein maroquin marron, et porte deux grandes compositions mosaïquées sur les plats avec des ornements de style égyptien. Le décor est identique sur les deux plats, mais les compositions mosaïquées sont de couleurs différentes.
A l'intérieur on découvre une large bordure de maroquin, elle aussi mosaïquée dans les angles, avec un filet doré; l'ouvrage est doublé et possède des gardes de soie brodées de couleurs très vives, dans un style rappelant le décor des plats.
Les couvertures et le dos de l'époque sont conservés, le tout rentre joliment dans un bel étui.

L'exemplaire est numéroté et est l'un des exemplaires sur Grand Vélin d'Arches. Il contient un triple état des illustrations dont l'eau-forte et un état avec remarques. Il est en état parfait, les tranches sont dorées.

Cette belle création est l'oeuvre du relieur Pétrus Ruban (1851-1929). La reliure est signée en bas du contreplat par "P. Ruban 1910", qui était d'ailleurs connu pour la finesse de ses mosaïques.

Jusqu'ici, l'ouvrage est intéressant, très joliment relié, mais il a également un petit plus, de ceux que recherchent parfois les bibliophiles: c'est en effet l'exemplaire de Pétrus Ruban, le relieur, et il a lui même doré son ex-libris en bas au centre du contreplat ("Ex-libris Pétrus Ruban").
Dès lors, on peut rêver... Pétrus savait-il que cet exemplaire lui était destiné et il y a mis tout son art. Ou bien en voyant cette superbe réalisation il n'a pu se résoudre à s'en séparer... Qui sait?

Avez-vous déjà croisé d'autres ex-libris de ce relieur moins connu que d'autres, mais très talentueux?

J'ai peu d'informations sur Ruban (toujours pas de Fléty...), mais j'ai néanmoins découvert qu'il a exercé jusqu'en 1910, ce qui est précisément la date de cette reliure...

H

LinkWithin

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...