« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier

"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

frise2

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jeudi 6 mars 2008

Les papiers décorés

Amis Bibliophiles Bonjour,
J'espère que vous avez l'adsl! Je vous propose ci-dessous un superbe article de référence, écrit par Xavier pour le blog. Magnifique. Ce message compte pour vendredi! Il m'a donné un travail de mise en page important.

Les papiers décorés :

Les Chinois ont inventé le papier au début de notre ère, en 105 après J.-C. Il a d’abord été employé comme support pour l’écriture, puis il fut teinté en surface. Chaque couleur avait alors sa signification particulière : le jaune contenait une substance épicée censé éloigner les insectes (conservation). Ces premières expériences décoratives encouragèrent le développement de techniques de plus en plus sophistiquées. Et le raffinement de la société chinoise était tel qu’il n’aurait pas permis l’utilisation d’un matériau sans qualité décorative ni esthétique. Sont donc apparus les premiers motifs décoratifs imprimés, ces techniques deviendront par la suite de plus en plus raffinées ; on saupoudrait d’or ou d’argent les papiers. Vers le Xe siècle, d’autres procédés apparaissent : papier à la colle et papiers « tigrés » (les couleurs sont jetées et forment un semis de petites tâches)

C’est vers le VIIIe siècle que les Japonais apprirent des Chinois la technique de fabrication du papier. Très vite il devint un objet de culte et de tradition. Dans ce contexte, la décoration du papier a connu un essor vertigineux. Les tous premiers papiers marbrés se font au Japon, en appliquant et en agitant une couleur unique sur de l’eau pure ; le « suminagashi « était né et devenait l’apanage de la famille impériale. Les techniques de décorations se multiplièrent : les papiers pliés et teintés, les papiers « batik ».


L’art des nuages :
Au IXe siècle, le papier fut connu du monde islamique où il devint l’objet de soins très particuliers pour la décoration. La religion interdisant les représentations humaines et figuratives, les artistes, pour mettre en valeur les textes sacrés, devaient faire appel à leur imagination. Il y avait une recherche systématique d’harmonie entre le texte, la calligraphie, la mise en page et le papier décoré ; celui-ci était utilisé, soit comme support soit comme encadrement.

Ce n’est qu’au XVIe siècle qu’apparut la marbrure telle qu’on la pratique encore aujourd’hui. Les papiers marbrés étaient utilisés, soit comme support de calligraphie, soit comme encadrement de miniatures. Les motifs traditionnels étaient alors les cailloutés et les peignés ; certains marbreurs turcs du XIXe siècle ont développé un art très particulier avec des motifs figuratifs floraux.
Manuscrit persan avec encadrement de papier marbré

Ce n’est qu’au XVe et XVIe siècle que ces techniques de décoration du papier sont apparues en Europe. Il s’agissait principalement de techniques d’impressions pour les papiers peints muraux. Les papiers à la colle étaient aussi très utilisés en France, en Italie et surtout en Allemagne où il existait des ateliers spécialisés dès le XVIe siècle. Au XVIIe et XVIIIe siècle la marbrure connut son apogée, elle est principalement utilisée dans les reliures et les cartonnages ; les principaux motifs étaient alors : les peignés, les coquilles et les cailloutés. En Allemagne, certains papiers étaient imprimés et dorés par gaufrage à chaud, de feuilles de cuivre ou d’argent sur un papier à la colle uni ou multicolore.
Miniature indienne marbrée représentant une scène de chasse (musée national de New Dehli)

Au XIXe siècle, l’industrialisation et la mécanisation supprimèrent l’aspect artisanal de la décoration du papier. En marbrure, on remet au goût du jour les motifs traditionnels tout en développant les papiers à la colle.
Au XXe siècle, l’art de la marbrure subit un certain déclin ; il y a très peu d’artisans capables de reproduire les motifs traditionnels. Peu à peu, la marbrure fut délaissée par certains au profit de réalisations beaucoup plus modernes et originales. L’apparition de nouveaux produits, l’adaptation de certaines techniques du papier, permettent aujourd’hui une plus grande liberté de création et une plus large utilisation des papiers décorés.

Les papiers à la colle :


D’origine ancienne, ce procédé, permet des réalisations particulièrement originales. Les couleurs (en tube ou en poudre) ne se fixent pas au papier tant que la colle d’amidon n’est pas sèche.

La technique de la décoration « à la colle » est certainement antérieure à toutes les autres, du fait de sa préparation très simple : il s’agit en effet de mélanger des couleurs à une colle de farine, puis d’étendre directement ce mélange sur la feuille de papier, à l’aide d’une grosse brosse

Pour la réalisation des motifs, on se sert de peignes, de spatules, de grilles, de morceaux de bois…

Deux exemples de papiers à la colle

Les papiers tirés :


Même technique que pour le papier à la colle, mais on utilise de la colle de farine (plus ferme), les deux feuilles se détachent dans un mouvement régulier.

Ci dessous, un papier tiré, réalisation du papier tiré

La marbrure :


Le motif n’est pas exécuté directement sur un papier absorbant (oriental, chinois ou japonais de 130/150 g.) ; il est d’abord réalisé à la surface d’un liquide, puis transféré sur le papier. Il y a plusieurs techniques : sur eau, avec des peintures grasses (encres de typographie ou peinture à l’huile) ; sur gomme, avec des peintures grasses ou des encres de Chine.

La marbrure sur gomme


Née en Turquie au XVIe siècle, elle a pour base la gomme adragante, suc gommeux issu de l’incision de l’écorce de certains arbustes du genre astralagus. Ces végétaux poussent au Proche-Orient ou en Grèce. Au XIXe siècle, la gomme adragante a été souvent remplacée par le lichen carragheen, algue gommeuse qui donne en marbrure plus d’éclat aux couleurs et plus de précision au dessin.
Aujourd’hui comme hier, les couleurs traditionnelles sont des pigments minéraux (ocres, oxydes naturels, etc.) ou végétaux (indigo, bois de Brésil, etc.)

La pose des couleurs, les peignes, le peigné

La feuille, le séchage des feuilles

Il y a trois grandes familles : les marbrés, peignés et les cailloutés

Les marbrés : Le marbré, très employé par les romantiques, est un caillouté dont la particularité principale est que chaque goutte est bordée par un anneau plus clair. L’Empire voit naitre un nouveau modèle qui annonce les marbrés romantiques, le fond est souvent bleu, noir ou rouge, et sur ces couleurs qui deviennent de fines veines, sont jetées des taches bleues parsemées de minuscules bulles blanches comme un bouillonnement et qui donnent un aspect poudreux.

Deux différents peignés droits, dits « non pareils » Le sens d’un papier peigné :

Jusqu’au XVIIIe siècle, ils étaient généralement disposés dans le sens de la largeur, pointes des motifs orientés vers la gouttière ; aujourd’hui certains papiers continuent à être marbrés ou imprimés de manière à respecter cet usage. Tel est le cas de la plupart des petits peignés aux motifs très serrés. Dans un souci de conformité avec les critères décoratifs des reliures couvrant cette période, de tels papiers sont tout à fait indiqués.
Avec les peignés larges on innove en employant le dessin dans le sens de la hauteur, c'est-à-dire, la pointe du motif dirigé vers la tête du livre.

Les cailloutés :
Motif caillouté sur un ouvrage de 1840
Les scrotels, ou schroetel :

le scrotel romantique est un papier caillouté à une seule couleur, ils sont souvent utilisés comme gardes, alors que les plats étaient en œil de chat. La plupart des scrotels seront polis à la pierre d’agate.

La Révolution donne un coup d’arrêt au papier marbré, on se sert d’un papier à la colle marron, ocre rouge ou plus souvent bleu vif. Sous le Premier Empire, on emploie encore le papier à la colle, surtout pour les travaux courant.

Identification de quelques types de papiers marbrés

Motif à chevrons

Autre type de motif peigné, bouquet ou feuillage

Les tourniquets, qui sont une évolution des peignés
Motif coquille, milieu XVIIIe
Deux types de papiers flammés
Feuille de chêne, Peigné ondulé à quatre couleurs, dans le genre XVIIIe genre XVIIIe
Papier ombré, XIXe (1825-30), marbré sur eau

Les papiers dominotés :

Il s’agit d’une technique particulière de décoration du papier qui est imprimé au moyen d’une planche de bois. La surface du bois qui crée l’impression est en relief, alors que le fond est creusé ; le dessin en relief est encré et imprimé sur le papier par une pression du bois tout entier.


Tampons de bois pour la réalisation de papiers dominotés




Voilà! Merci Xavier pour ce superbe message, vraiment.

H

Sources consultées :
- Bertrand, pour les trois premiers papiers dominotés
- Z1k, pour le dominoté de 1740 (sur l’histoire des Celtes)
Merci de votre aide.
- Google Books, qui numérise les pages de gardes en couleur
- Stéphane Ipert, Florent Rousseau-Le papier décoré, Dessain et Tolra, P., 1988
- Marie-Ange Doizy-De la dominoterie à la marbrure. Histoire des techniques traditionnelles de la décoration du papier, Arts et Métiers du livre, P., 1996, il existe une édition de tête, tirée à 200 ex. avec son portfolio contenant les échantillons de papiers décorés anciens et modernes d'une trentaine de marbreurs.
-Papier(s), Seuil, 2000
Métiers d’art, septembre 1991, n°44, La Reliure

Vente Impériale, ventes courantes, ebayana

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Je viens de recevoir le catalogue de la vente de la Bibliothèque Impériale de Dominique de Villepin, qui se tiendra le mercredi 19 mars 2008 à Drouot. Une superbe vente évidemment, au cours de laquelle seront proposés un peu plus de 300 lots, que le Premier Ministre a rassemblés sur une période d'une trentaine d'années. J'avoue que j'admire sa capacité à se défaire ainsi d'une telle bibliothèque, pour passer à autre chose. Si vous voulez en savoir plus, le catalogue est disponible sur http://www.pba-auctions.com/. J'ai noté que l'évaluation la plus basse se situe autour de 200 euros, mais tous les ouvrages semblent en condition parfaite.

Je signale en passant une autre vente, organisée par Alde, celle d'une superbe bibliothèque d'ouvrages modernes, sur la Belle Epoque, le Cubisme, le Dadaïsme, le Surréalisme, etc. Elle aura lieu le mardi 11 mars, également à Drouot. (catalogue: http://www.bibliorare.com/cat-vent_drouot11-03-08.pdf).

Plus courant, mais pas toujours moins intéressant, voici quelques uns des ouvrages repérés ces derniers jours sur ebay :

Pour les Bibliopégimanes :

Cet Almanach révolutionnaire, bien relié, mais qui se termine ce soir, pressez-vous!

Un recueil de Poésies du 17ème, relié en maroquin par Knecht, avec un imposant supra-libris

Le Livre des Secrets, de Mizault, 16ème siècle, dans une reliure ayant beaucoup de personnalité

Pour ceux qui veulent se mettre à la reliure...

Un spectaculaire maroquin bleu mosaïqué

Pour les bibliophiles :

Destockage de Magazines du Bibliophile, 6 numéros! 1 euro! De la bonne documentation

Et six autres, mais pour 18 euros! Plus cher... Il doit y avoir de meilleurs articles dedans!

Le Quérard, la réimpression de 1964

Le Manuel de Galantaris, l'ouvrage préféré de tout bon Bibliophile... (Tome 1 seul, hélas, mais pas cher!)

Les livres anciens :

Les Bons Mots de M. Menage, menagiana, 1694... pas cher!

Les Essais de Montaigne, Edition de 1669, très abordable

Les Mémoires de d'Artagnan, 1701, que j'ai déjà évoqués ici...

Le Naudé, un bon ouvrage sur l'ésotérisme, l'Alchimie, etc. Une édition de 1712, très abordable.

Et d'autres ouvrages "en vrac" :

Bourdaloue.... Mais n'est-ce pas un peu cher? Ou alors c'est la reliure?

Le repassage de l'Oexmelin... Tome 1 seulement... Incomplet de mémoire

Le cauchemar absolu de tout bibliophile... L'oeuvre d'un dépeceur

Bonne chine!

H

mercredi 5 mars 2008

Noces de papier marbré.

Amis Bibliophiles Bonsoir,

A trop parler de Folengo, j'en oublie une petite information, depuis lundi, le blog a un an. On ne dirait pas comme ça, mais c'est quand même quelque chose....
J'ai posté au total 420 messages.

Merci à vous d'avoir répondu présent!

H

L'Histoire maccaronique de Merlin Coccaie

Amis Bibliophiles Bonjour,

Il est des livres qui rejoignent nos rayonnages et dont on se dit qu'on les lira forcément, pas tout de suite certes, mais un jour sûrement. J'ai acheté il y a quelques temps cette édition de "L'Histoire maccaronique de Merlin Coccaie, prototype de Rabelais, avec l'Horrible Bataille des Mouches et des Fourmis", Robinot, 1734, deux volumes in-12. En fait, j'assistais à une vente aux enchères et alors que je convoitais un autre ouvrage, je n'ai pu résister à cette curiosité (soyons totalement transparents : 200 euros, sans les frais)... ce qui s'est ensuite avéré être une bonne décision puisqu'e bien évidemment, je n'ai pas eu le livre convoité, comme souvent. Je me suis donc retrouvé avec cette curiosité entre les mains, ce "prototype de Rabelais", élégamment relié, que je me promettais de découvrir plus tard.
C'est ce qui s'est passé il y a quelques jours, j'ai enfin décidé de faire connaissance avec cet OBNI (objet bibliophilique non identifié, de moi en tout cas).

En réalité, l'auteur n'est pas Merlin Coccaie, mais Théophile Folengo (1491 - 1544), un noble italien destiné à l'Eglise et qui comme Rabelais se lancera dans l'écriture. Il va d'ailleurs quitter l'habît, enlever une jeune fille, être arrêté, dormira longtemps en prison, avant de parcourir l'Italie.
Teophile Folengo est le créateur du genre maccaronique : il publia à Venise en 1517, sous le pseudonyme de Merlo Coccaio, Baldus, un recueil de dix-sept livres de Macaronicae, où il mêle le latin, l'italien et le patois mantouan et florentin. Cette œuvre qui raconte les aventures du géant Fracasse et du fourbe Cingar, a probablement servi de source d'inspiration à François Rabelais.

Qu'est ce que le genre maccaronique? C'est en fait un genre de poésie burlesque, mêlant des mots de différentes langues, avec des mots du langage vulgaire, de l'argot modifiés et latinisés (peut-être la source d'inspiration d'Eco pour créer le sabir de Salvatore).

Il semblerait que les poèmes de Merlin Coccaie, dans lequel un certain Balde nous conte ses aventures nomades soit en fait le récit autobiographique de l'épopée de Folengo à travers l'Italie du début du 16ème siècle. Folengo ne l'a pas écrit en latin, ni même en italien, mais en "latin de cuisine", en patois, avec des mots grossiers de l'époque... ce qui donne un mélange incroyable, qui fait incontestablement penser à Pantagruel, si l'on veut, un «plat de macaroni offert au public par le cuisinier (Coccaie) Merlin.»
Et je dois vous avouer que la lecture en français (qui d'ailleurs l'a traduit?), si elle est amusante au début, s'avère vite indigeste.

Du reste, l'imprimeur nous prévient dès les premières pages : "Lecteur, voicy un prototype Rablais (sic), histoire de belle invention, autant diversifiée d'allégorie et d'heureux rencontre, que les esprits et les goûts les plus differents sauraient désirer. Ainsi qu'en une table bien couverte, chacun pourrait rechercher des viandes à son appétit... Si tu la touche du bord des lèvres seulement, la lecture ne t'en sera moins utile que facétieuse, et si tu y prends plaisir, ce sera le contentement et le salaire que j'espère de mon travail".

Une fois l'avertissement lu, il ne reste plus qu'à se lancer et à ingurgiter le plat de macaronis. Autant vous prévenir, la ponctuation est "essoufflante" et l'on passe de lancebeignet aux géants de trois brasses, de fleuves de vin aux rivières de lait, de bagarres où l'on se donne des coups de pieds si fort qu'on brise l'adversaire comme un tendre raifort, lequel se conchie très fort... (?).

Le texte se termine par l'horrible bataille des mouches et des fourmis. Au final, c'est impressionnant, foisonnant, mais cette interminable énumération comique finit pas être assez indigeste. Quoi qu'il en soit, l'évidente proximité avec Rabelais est intéressante (mon exemplaire "dort" d'ailleurs à côté des Oeuvres), et cela en fait une curiosité telle que celles que j'apprécie, vous le savez maintenant.
Enfin, la reliure aide à faire passer les multiples lourdeurs, il s'agît en effet d'un joli veau glacé de l'époque, les plats (comme les entrenerfs) sont aux armes mosaïquées de Laleu, qui fût secrétaire du Roi.

H

mardi 4 mars 2008

Statistiques du blog

Amis Bibliophiles rebonsoir,

En plus du petit débat proposé ci-dessous, voici quelques informations sur le blog :

1. Un peu plus de 2800 visiteurs différents au mois de février.

2. Un très gentil libraire lecteur du blog m'a proposé d'envoyer un email sur le blog à une partie de son fichier d'acheteurs. Il a envoyé cet email hier, ce qui a eu pour conséquence de tripler la fréquentation du blog dans la journée et de générer de nouveaux fidèles puisque j'ai reçu une dizaine d'emails de ces nouveaux lecteurs hier, m'annonçant qu'ils ajoutaient le blog dans leurs favoris. Plus amusant, le fichier contenait pas mal de bibliophiles basés à l'étranger et hier, on s'est connecté du Pakistan, de Chine, de Nouvelle Zélande, etc, et beaucoup d'Italie. Vous le savez, mon objectif est que notre communauté soit la plus grande possible, afin que nos échanges soient les plus riches possibles, aussi si certains d'entre vous souhaitent envoyer un tel email à leurs fichiers, ils seront plus que bienvenus!

3. Pour information, voici la répartition géographique des lecteurs du blog sur les 3derniers jours.
Ci-dessous, le message du jour, un débat.

H

Débat : vendre ou ne pas vendre, et comment?

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Je rebondis sur le commentaire de Jean-Paul qui a suivi le portrait d'un bibliophile que j'ai mis en ligne hier.

Certains bibliophiles refusent ne serait-ce que l'idée de se séparer de leurs ouvrages, pour d'autres, comme moi, c'est une dimension normale de la bibliophilie, destinée en général à "améliorer", voire à financer de nouveaux achats importants.

Mais quelles sont les possibilités pour vendre ou léguer tout ou partie de sa bibliothèque, que l'on ait changé de marotte, besoin d'argent ou même pour nos héritiers.

J'avoue que de mon côté, n'ayant pas une bibliothèque qui me semble le justifier, j'écarte la possibilité de la léguer à une bibliothèque. Je crois que si la question se posait, je mettrais plutôt mes livres en vente dans une salle des ventes, les proposer à un libraire n'étant que la dernière extrémité.

Et vous?

1. acceptez-vous l'idée de vous séparer de vos livres?
2. si oui, comment envisageriez-vous la chose?

H

lundi 3 mars 2008

Portrait de Bibliophile : Eric / Z1k

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Je vous propose ce soir le portrait d'un bibliophile fidèle au blog, Eric, qui signe également ses messages Z1k. Certains d'entre vous l'ont d'ailleurs croisé en sucrissime compagnie au dîner des bibliophiles du blog, qui avait été organisé à Paris.

Bonjour Eric, pourriez-vous nous parler un peu de vous et de votre bibliothèque?

J’ai 36 ans et je suis responsable d’un projet de recherche sur les systèmes de sécurité active dans l’automobile.

Ma bibliothèque est composée d’ouvrages d’alchimie (principalement des rééditions épuisées des traités majeurs), de mathématiques (avec un choix, plus personnel, des meilleurs ouvrages sur le sujet, en édition récente), et des livres anciens, avec pour ces derniers, un choix plus éclectique :
- A ma grande déception, seulement trois livres de mathématiques (La science du géomètre de Deidier, L’usage du compas par Ozanam et la première traduction française des éléments d’algèbre d’Euler)
- Un ensemble de livres de sciences anciennes, chymie principalement (dont cinq éditions du cours de Chymie de Lemery, je sais, c’est grave mais je me soigne. Ceci dit, si vous avez un exemplaire à vendre …), et ésotérisme
- Quelques ouvrages du XVIè et un incunable, complet et dans un état quasi parfait (1488, Venise : Gerson, Imatio Christi)

Cours de Chymie de Nicolas Lemery, augmenté par Baron, 1756, la meilleure édition.

Depuis quand la passion de la bibliophilie s'est-elle emparée de vous?

La passion de la bibliophile m’est tombée dessus en juillet 1985, mais je ne m’en suis rendu compte que bien plus tard. Cherchant un livre à lire, je suis rentré par hasard dans une librairie. Les livres de poche étaient dans une sorte de grenier aménagé et je ne sais pas pourquoi, j’ai acheté « Le trésor des alchimistes », de J.Sadoul. Et voilà, c’est à partir de ce moment que j’ai découvert que les textes d’alchimie que je voulais lire n’existaient pas dans des éditions récentes et que me suis tourné vers les livres anciens.

Au début, j’ai commencé par rassembler les textes fondamentaux avec parfois des quêtes de plusieurs années pour trouver un livre, par exemple Le Char Triomphal de l’Antimoine (Ed Retz). J’ai failli l’avoir pourtant. En effet il était dans le catalogue de mon libraire préféré et il ne s’est pas passé un quart d’heure entre le passage du facteur et mon appel pour réserver le livre. Quelle déception ! Un concurrent m’avait devancé. Au final, c’est, quelques années plus tard, Bergamote qui me l’a offert.

Ne me jugeant certainement pas assez actif, la bibliophilie m’est à nouveau tombée dessus en août 2005. En fait c’est plutôt le ciel qui m’est tombé dessus. Je corrige, c’est moi, qui suis tombé sur la terre, violemment, en deltaplane.

L’interdiction familiale de pratiquer toute activité de plein air qui s’en est suivie, associée au pécule engendré par la vente forcée de mon matériel m’a permis de me « recentrer » sur les livres. Internet y aide beaucoup. Les livres hier introuvables ne le sont plus. En tant qu’acheteur c’est un vrai bonheur.

Paul et virginie 1879 relié par Chambolle Duru

Quels sont vos domaines de prédilection, ou votre approche est-elle éclectique et vous fonctionnez au coup de cœur?

Bien sur j’ai des domaines de prédilection, sciences et techniques, agriculture, gastronomie, mais je fonctionne aussi au coup de cœur. Parfois je vois passer un ouvrage de mémoires, des illustrés du XVIII° ou simplement un livre, sans raison particulière, dont je me dis qu’à ce prix, ce serait dommage de se priver. D’autre part, je ne m’attache qu’à très peu d’ouvrages, ainsi, en fonction de la place disponible, lorsque je me lasse d’un livre, lorsque je recentre ma collection ou bien pour l’améliorer, je n’hésite pas à revendre.

Où achetez-vous vos livres? Internet, salons, libraires?

J’achète mes livres à des libraires, via internet, sur Ebay ou parfois dans des ventes aux enchères traditionnelles. Le fait de faire tourner les livres de ma bibliothèque, me permet aussi d’acheter par correspondance, sans craintes, mais aussi sans illusion sur l’honnêteté des descriptions, des livres que je n’ai ni vus ni touchés.

Lavoisier : Traité élémentaire de chimie, 1793. 13 pl. ht. de Mme Lavoisier

Quel est le ou les livres qui vous font rêver? Et les livres que vous possédez déjà et qui vous sont particulièrement chers?

Vous voulez dire, à part les Cours de Chymie de Lemery ? Je suis particulièrement attaché au « Traité élémentaire de chimie 2° édition chez Cuchet » de Lavoisier, avec 13 planches dépliantes dessinées par sa femme. Un texte de référence.

Sinon, je cherche désespérément, L’escalier des Sages par Barent Coenders van Helpen. En écrivant ces lignes, je vois qu’une réédition vient de paraître Janvier 2008. Ma commande est partie. Pour une édition du XVII°, je ne désespère pas.

Œuvres de Saint Augustin. 10 tomes en 18 volumes. 1563

Vous savez que les lecteurs du blog aiment les histoires, auriez-vous une anecdote à nous raconter, sur une trouvaille, un livre, autre chose qui touche à la bibliophilie?

Il m’arrive souvent, et sans aucun état d’âme (financièrement parlant, une « mauvaise » affaire par ordre est souvent plus rentable qu’une « bonne » affaire faite au prix d’une journée de congé), d’enchérir par téléphone ou par ordre dans des ventes publiques.

Un jour j’ai donc remporté à bon prix, un ouvrage annoncé (le matin de la vente par téléphone et sur le procès verbal) « incomplet d’un Tome », une édition du XVI° des œuvres de Saint Augustin en 18 volumes, reliés en maroquin rouge ancien à la Du Seuil. Arrivé chez moi, l’ouvrage s’est avéré bien complet du tome 3, temporairement égaré (ou subtilisé ?) lors de la vente. Bonne surprise !

Enfin, vous êtes un visiteur fidèle du blog... qu'en attendez-vous?

Qu’il me permette de faire connaissance et d’échanger avec le reste de notre petite communauté.

Merci Eric, à bientôt.

H

dimanche 2 mars 2008

Miscellannées de Monsieur H.

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Rien ou presque, sur rien ou presque :

1. Bloomsbury auctions (Londres) vient de mettre en vente la collection d'un amateur d'Harry Potter. Si les éditions originales signées de Harry Potter se vendent couramment entre 5 et 10000 livres sterling, il est moins courant d'assister à une vente comme celle qui a eu lieu jeudi dernier à Londres. En effet, la collection vendue par Bloomsbury consistait en 553 éditions différentes des ouvrages de JK Rowling sur Harry Potter : des éditions dans 63 langues différentes, mais aussi en braille, en latin ou en grec anciens. La maison de ventes espérait atteindre un total de 40 000 livres sterling, soit un peu plus de 50 000 euros. Le collectionneur a 33 ans. Cela me laisse songeur, j'aime beaucoup Harry Potter, pas forcément comme lecteur mais parce que j'ai observé autour de moi que ce personnage avait amené beaucoup de jeunes lecteurs vers les livres. Néanmoins, dans ce cas précis, il est difficile de ne pas penser à de la spéculation, à court terme.
2. Après la bibliothèque de l'Université de Transylvanie, c'est la bibliothèque de Boulogne-sur-mer qui a signalé la disparition d'environ 70 livres anciens dont certains de grande valeur. Un ancien agent technique a été mis en examen et sera prochainement jugé devant le tribunal. Il devra répondre du vol de cinq atlas d'une valeur de 67000 euros. Mais une question demeure : qui a volé les autres ouvrages....? Puisque plus 60 manquent encore à l'appel...

3. Gagnez un libraire! Oui, vous avez bien lu, le site abebooks.com propose à ses visiteurs un jeu-concours dans lequel vous pouvez gagner un libraire : en fait, si vous gagnez, un libraire d'ancien se déplacera chez vous en personne. Vous pourrez alors le flageller, lui hurler à l'oreille "trop cher! trop cher! trop cher!", lui massicoter les orteils ou l'obliger à vous écouter lui lire l'intégrale des sermons de Massillon... Non, en fait je rêve tout éveillé. Abebooks organise bien ce concours, le libraire viendra bien chez le gagnant, mais il s'agira plutôt pour lui d'estimer votre collection, et de vous régaler de ses anecdotes. Hélas, le concours est réservé aux territoires du Canada et des Etats-Unis... En attendant, si vous connaissez un libraire volontaire, je suis prêt à organiser le concours sur le blog!

4. Libraires encore... Si vous allez sur le site suivant, vous pourrez découvrir l'amusante manie de cet internaute, qui rassemble des photos de librairies, prises un peu partout. Belle initiative, il y a certaines images très jolies.
http://www.flickr.com/photos/nigelbeale/sets/72157603766472746/

H


Image : l'ex-libris de la bibliothèque de l'école des sorciers de Harry Potter

samedi 1 mars 2008

Le vol de livres le plus stupide du siècle!

Amis Bibliophiles Bonjour,

Je reprends aujourd'hui une rubrique que j'avais délaissée pour cause (heureuse) de manque d'actualité, celle des "escrocs et autres filous du monde de la bibliophilie et du livre ancien"...

L'action se déroule au Kentucky, à l'Université de Transyvalnie (Etats-Unis) et nous allons suivre les aventures de quatre pieds-nickelés modernes. Les quatre apprentis voleurs sont en fait des étudiants, et pendant un an ils vont mûrir un plan leur permettant de s'emparer d'un certain nombre de livres de la réserve des livres rares de la bibliothèque de l'université. Je vous laisse juges!

1. Première phase : les bureaux de Christie's à New York reçoivent un email envoyé sous un fausse identité, leur proposant une collection de livres rares afin d'organiser une vente. Parmi les livres proposés, on retrouve une collection de manuscrits du 15ème siècle, un Audubon sur les quadrupèdes, une édition originale de Darwin. Bref, l'expéditeur du mail suggère à Christie's qu'il y en a là pour des millions de dollars.

2. Deuxième phase : les étudiants demandent par email une entrevue à la bibliothèque de l'Université, prétendant être un collectionneur important. Le jour convenu, afin d'être plus crédibles, les jeunes hommes se présentent à la bibliothèque, grimés et déguisés en hommes plus âgés (NDLR : on ne dira jamais assez le manque de considération qu'ont les professionnels pour les jeunes bibliophiles!!!). Mais le déguisement est si grossier que les bibliothécaires les ignorent, pensant se trouver face à une farce de potaches. Plus comique, les quatre amis croisent un camarade qui les reconnaît sous leurs déguisements et leur demandent ce qu'ils font ainsi grimés... Les apprentis voleurs rebroussent chemin et reprogramment un nouveau rendez-vous à la bibliothèque pour le lendemain.

3. Troisième phase : le 17 décembre 2004, ils se présentent sans déguisements. Deux étudiants entrent dans la bibliothèque, pendant que deux les attendent dans une voiture prête à filer, stationnée devant l'édifice. Une fois à l'intérieur, les deux apprentis voleurs malmènent la bibliothécaire, la ligotent et commencent à transférer les livres dans un sac... On s'arrêtera un instant pour constater que les rapetous réussissent à ne prendre que certains volumes de plusieurs ouvrages, au lieu de prendre un ouvrage complet : deux des quatre éléphant folios du Audubon sur les Oiseaux d'Amérique, et deux de ses trois volumes sur les quadrupèdes...

4. Quatrième phase : il est temps de sortir, mais avec leurs quatre éléphantesques formats et d'autres livres, nos deux rapetous sont avisés par un autre bibliothécaire. Ils hâtent donc le pas, font tomber les Audubon dans les escaliers, ne cherchent pas à les récupérer, et se mettent à courir pour fuir. Ils atteignent la sortie, montent dans la voiture et démarrent sur les chapeaux de roues. Arrivés avec leur butin chez l'un des étudiants, ils cachent les livres volés dans la cave fermée à clef où celui-ci faisait d'ailleurs pousser de la marijuana...

5. Cinquième phase : il est temps de souffler, et si le butin n'est pas aussi important que prévu, nos quatre lascars estiment s'en être tirés correctement. Erreur...

6. Sixième phase : nos "amis" annoncent à leurs parents qu'ils partent skier alors qu'en fait ils se rendent à New York pour rencontrer Christie's. Hélas pour eux, vous le devinez, la fin était proche... En effet, les "amateurs" ont commis une erreur stupide dès le départ en contactant Christie's et la Bibliothèque de l'Université avec la même fausse adresse email "Mr. Beckmann", via yahoo. Aussi, alors qu'ils étaient en route vers New York, la police du Kentucky vérifiait leur adresse email et constatait que le seul autre contact de la boîte email était Christie's à New York.

7. Septième phase : nos amis avaient donné un numéro de téléphone portable à Christie's pour les contacter, ainsi qu'un de leurs véritables noms... Le 11 février 2005, les quatre voleurs étaient arrêtés. Ils plaidèrent coupables et écopèrent de 87mois de prison chacun, ce que les observateurs qualifièrent de peine lourde compte-tenu de leur absence d'antécédents... sans parler de leur stupidité.

8. Huitième phase : les quatre font appel, écopent cette fois de 108 à 135 mois de prison...

Où l'on voit qu'il n'y a pas que les bibliophiles et les universitaires pour voler dans les bibliothèques, il faut également compter avec les imbéciles!

H

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