« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier

"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

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dimanche 21 avril 2013

Les sociétés de bibliophiles I - La doyenne des sociétés de bibliophiles, la "Société des Bibliophiles François", avec une présentation des Commentaires de la Guerre Gallique.

Amis Bibliophiles bonjour,

Si certaines existent encore, formelles ou informelles, au grand jour ou pas, les sociétés de bibliophiles furent la grande affaire des XIXe et XXe siècles. Je vous propose de redécouvrir ces principales sociétés de bibliophiles à travers un cycle d'articles qui leur seront consacrés.


La Société des Bibliophiles François, fondée en 1820, est la doyenne de ces sociétés (on ne connaît qu'une seule société qui soit sa doyenne, le Roxburghe Club de Londres, mais nous aurons l'occasion d'y revenir). 

En 1819, en effet, MM. de Chateaugiron, de Pixerécourt, Walckenaër, de Malartic, Durand de Lançon, Bérard, Edouard de Chabrol et de More-Vindé, tous grands amateurs et possesseurs de bibliothèques, conçurent le projet de former une société dans le but de faire imprimer des ouvrages inédits, ou de réimprimer des ouvrages très rares, ce qui restera sa caractéristique principales et sa différence majeur avec les autres sociétés qui furent créées par la suite (et dont l'objectif fut souvent de publier des livres d'art, bien illustrés, tirés à petit nombre).

Cette société, fondée le 1er janvier 1820, prît le nom  de Société des Bibliophiles François.  Aux 8 membres fondateurs, cités ci-dessus, s'ajoutèrent bientôt 16 autres membres et 5 membres associés étrangers, portant l'effectif à 29 (la société atteindra un chiffre maximal de 35 membres).

C'est l'objectif recherché par la Société lui-même qui de facto, définira le recrutement des membres. En effet, la Société des Bibliophiles François n'intègre pas de bibliophiles amateurs de belles estampes, et désirant illustrer somptueusement, idéalement de façon annuelle, un chef-d'oeuvre de la littérature française, en accordant un soin particulier au choix du papier, des caractères, de l'illustrateur, de la composition et du tirage. 

La Société des Bibliophiles François est plutôt une réunion de savants, de gens du monde possesseurs de bibliothèques, d'archives de famille, susceptibles d'apporter à la Compagnie un manuscrit précieux encore inédit, de faire une trouvaille historique ou littéraire, telle des lettres de Louis XIII au Cardinal de Richelieu..., ou de proposer par exemple la réimpression de Roti-Cochon, ouvrage de 1689 destiné à enseigner la lecture aux enfants... ou encore les Commentaires de la Guerre gallique.

La Société des Bibliophiles François publia ainsi moins d'une cinquantaine d'ouvrages, qui sont tous aujourd'hui devenus rares et très recherchés des amateurs. On le voît, cette Société peut presque être considérée comme une académie privée des inscriptions et belles lettres, un salon. Les réunions se tenaient d'ailleurs dans le salon d'un des membres de la Société, ou chacun, comme dans une académie, retrouvait son "fauteuil", portant son numéro d'ordre d'admission.

Les jetons de présence et le papier à lettres de la Société des Bibliophiles François s'ornent de l'effigie de Jacques Auguste de Thou, "patron de la compagnie", qui incarne parfaitement l'objectif historique que s'était donné la Société. 


On y retrouvera bien sûr la noblesse (le Comte de la Bédoyère, le baron Pichon, le duc d'Aumale, le prince de Metternich), l'armée et des bourgeois (Ambroise Firmin-Didot, Jules Janin, etc.) et même, c'est à souligner... quelques femmes ainsi la marquise de l'Aigle, la comtesse de Galard, la duchesse de Broglie, la duchesse de Clermont-Tonnerre, la duchesse de Bisaccia.

Ces membres se réunissaient tous les 15 jours de décembre ou janvier à mai ou juin. Un banquet annuel réunissait les membres de la Société. Le plus célèbre d'entre eux, fut celui organisé par Prosper Mérimée au cours duquel furent servis successivement un potage, un turbot, de la selle de mouton, un poulet à la marengo, une timbale à la portugaise et sorbets... pour terminer le premier service, avant de reprendre avec des poulardes truffées, une terrine de Nontron, des asperges en branches, des écrevisses, puis enfin les entremets et les gâteaux; laissant Mérimée sur sa faim puisqu'il se plaignît de ne pas avoir pu se procurer des "huîtres de Marennes ou d'Ostende".

S'il était naturellement accepté que les membres vendent des ouvrages (soit de façon organisée via des ventes aux enchères, soit de façon occasionnelle), aucune personne faisant commerce de livres ne pouvait y être admise. 

Le baron Jérôme Pichon
Cette Société se caractérise également par son absence de président à l'origine, les membres fondateurs dirigeant à tour de rôle les débats et occupant le fauteuil "présidentiel". C'est un président, néanmoins, qui lui donnera un essor notable et permettra de multiplier les publications: le baron Pichon, qui la présida de 1844 à 1894 (réélu chaque année), et accueillit les réunions chez lui, dans son appartement de la Rue Blanche, puis dans son hôtel de Lauzun, quai d'Anjou.

A partir de cette seconde moitié du XIXe, le bureau de la Société des Bibliophiles François se composait du président, d'un secrétaire et d'un trésorier. La Société imposait à ses membres des cotisations annuelles de 200 francs, doublées d'un droit d'entrée de 800 francs. Ce sont ces cotisations qui permettaient de financer les frais d'impressions des ouvrages, qui furent soit imprimés uniquement pour les membres, soit tirés à un nombre d'exemplaires plus importants, et proposés aux amateurs qui non membres par le libraire de la Société, M. Francisque Lefrançois (cette vente annexe permettant d'équilibrer le financement d'un ouvrage).

La Société, si elle ne se focalisa qu'à quelques occasions sur l'illustration, apporte un grand soin à ses ouvrages, allant même jusqu'à acquérir des caractères anciens (par exemple ceux gravés en 1730 par Fleischmann pour les Westein, utilisés à la composition de l'Heptaméron de Marguerite de Navarre en 1853-1854).

La Société des Bibliophiles François occupe donc une place bien à elle dans les sociétés de bibliophiles françaises: académie privée à la dimension historique plus que littéraire, nombre de sièges extrêmement réduit, présence significative de femmes, publications curieuses, livres rares et d'érudition, plutôt que fuite en avant dans la recherche du "beau livre". 

Focus: 
Les Commentaires de la Guerre Gallique (1894), orné de 24 portraits, 61 miniatures et 3 cartes, tiré à 31 exemplaires, 29 pour les membres de la Société, un pour la Bibliothèque Nationale et un pour le British Museum.


Les Commentaires de la Guerre Gallique est l'un des ouvrages les plus remarquables publiés par la Société des Bibliophiles François. Il illustre parfaitement la mission que s'était donnée la Société. J'ai le plaisir de vous présenter cet ouvrage, dont je possède un exemplaire (exemplaire Prince de Metternich, reliure de Carayon).


Au lendemain de Marignan, le Roi François 1er se souvint que quinze siècles auparavant un grand capitaine avait vaincu les Suisses et raconté sa campagne dans un livre immortel. Le Roi voulut le lire et commanda qu’on lui mît en bon français le récit de ce prédécesseur.

La Société des Bibliophiles François, sous l’inspiration d’un Prince issu du même sang glorieux que le Roi François 1er, le duc d'Aumale, décida de reproduire ces trois volumes, et ils furent réimprimés pour ses vingt-neuf membres.

Le destin de cet ouvrage fût cahotique... On suppose ainsi qu'il fut sorti du trésor royal au temps de la Ligue, soit par le pillage du cabinet du roi Henri III dont les dépouilles furent vendues à l’encan devant l’Hôtel de ville, soit par les vols commis dans la bibliothèque du Roi, transportée de Fontainebleau à Paris sous le règne de Charles IX.

Jean Gosselin qui était à cette époque garde de la bibliothèque, dans une note écrite au verso de la reliure d’un manuscrit intitulé La Marguerite des vertus et des vices, accuse le président de Nully « de s’être saisi de la bibliothèque Roi environ la fin du mois de septembre, ayant fait rompre la muraille pour entrer en ladite librairie, laquelle il a possédée jusqu’environ la fin du mois de mars de l’an 1594… Durant le temps susdit ont été emportés de la dicte librairie plusieurs livres dont le commissaire Chenault fit enquête après que le dict Président eut rendu cette librairie ». A la suite et dans une seconde note, Jean Gosselin signale les tentaives faites par le célèbre ligueur Rose, évêque de Senlis, familier ami du Président susdit, et d’autres ligueurs de moindre importance « pour posséder la dicte librairie. Mais feu de bonne mémoire le président Brisson, à ma requête et sollicitation, a empêché leur intention».

Ce certificat délivré au président Barnabé Brisson est en contradiction avec un passage des lettres de Scaliger qui l’accuse d’avoir transporté à son hôtel beaucoup de livres et de manuscrits de la librairie du Roi qu’après sa mort sa veuve avare vendit pour un morceau de pain (vidua avara frustro panis, si ita loqui fas est, dividendi).

Dispersés par les événements, les trois volumes des Commentaires de Guerre Gallique sont restés séparés. Et ils le sont toujours.

Le tome premier reparaît peu de temps après dans la bibliothèque de Christophe Justel, conseille et secrétaire du Roi, ainsi que l’apprend une note écrite au recto du premier feuillet (bibliothecae Christofori Justelli)… Quelque temps avant la révocation de l’édit de Nantes, Justel passa en Angleterre avec sa bibliothèque. Il devint bibliothécaire du Roi d’Angleterre et mourut en 1698. Après lui ce premier tome passa dans la bibliothèque de lord Harley et entra avec la collection Harléienne au British Museum.

Le deuxième volume est arrivé aux mains de M. Van Praet d’une source inconnue. Il a été acheté par lui pour le compte des frères de Bure, les grands libraires, qui l’ont légué à la Bibliothèque Nationale où il est entré en 1852.

Le troisième était la propriété d’un Tourangeau, qui après l’avoir gardé quarante ans dans son armoire, le donna au colonel Lacombe sans dire d’où il était venu (...). Il fut acheté par le libraire Téchener, qui l’a revendu en 1854 à Mgr le duc d’Aumale. Il est maintenant un des joyaux de la bibliothèque de Chantilly.

Grâce à la Société des Bibliophiles François, les trois livres furent rassemblés le temps de réimprimer l'ouvrage. 

L’œuvre consiste en un dialogue entre François 1er et César. La première apparition du romain au roi de France est supposée avoir eu lieu « le dernier jour d’Avril, ung moys après la nativité de son second fils en son parc de Saint-Germain-en-Laye ». S’ensuivent plusieurs apparitions dans des forêts ou des parcs.




Au-delà des qualités de l’impression, c’est la beauté de l’illustration qui frappe le lecteur : les miniatures sont magnifiques, admirablement réhaussées par les miniaturistes Benard et Guerrier, et le style de Godefroy est superbe, qui mélange les costumes romains, comme on les comprenait à la Renaissance, et les costumes italiens des premières années du XVie siècle.

Laissons la parole à Janin dans l'Almanach du bibliophile pour l'année 1898, pages 131-132.
« Terminons enfin cet exposé critique des livres de l'année, sur le dernier volume des Commentaires de la Guerre Gallique, réédités aux frais de la Société des Bibliophiles François. Les Commentaires de la Guerre Gallique ne sont point un livre, mais un manuscrit, en trois tomes, que les Bibliophiles françois ont reproduit en fac-simile, pendant le cours des années 1895, 1896 et 1897.

Mais c'est, à coup sûr, une curiosité de bibliothèque, et plus encore une œuvre de grand art, par le soin minutieux qui a été apporté à la reconstitution exacte de l'original. Les nombreuses et superbes miniatures que fit Godefroy le Hollandais pour illustrer la traduction libre de Albert Pighe, de Campen, en Hollande, mathématicien ami d'Erasme, à qui François 1er avait confié le texte, — première traduction française de l'ouvrage de Jules César, — ont été rendues avec la fidélité scrupuleuse que permettent aujourd'hui les procédés photographiques mis en œuvre avec habileté, et corrigés par un artiste. Le texte, manuscrit dans l'original, est imprimé, dans la reproduction, avec un corps antique de noble aspect. L'ouvrage ainsi transposé a un caractère de réelle grandeur, et mérite les éloges les plus absolus.


Les manuscrits sont, l'un au British muséum, l'autre à la Bibliothèque Nationale, le troisième à Chantilly ; la réédition n'a été faite qu'à 31 exemplaires, dont deux seulement ont été déposés dans les collections publiques, du British, à Londres, et de la Nationale, à Paris. C'est certainement l'ouvrage le plus rare de cette année 1897, qui, en fin de compte, n'aura pas été l'année de la Comète du livre. »

Cet ouvrage est typique de l'oeuvre de la doyenne des sociétés de bibliophiles françaises, la Société des Bibliophiles François. 

H

Dictionnaire Encyclopédique du Livre
Histoire des Sociétés de Bibliophiles, Raymond Hesse

lundi 21 novembre 2011

Tout savoir sur Cazin ou presque: rappel de piqûre par le Dr Rhemus

Amis Bibliophiles bonjour,

Les amateurs appelés « cazinophiles » s’intéressent aux éditions dans le petit format in-18 (127 x 80 mm), auxquelles ils ont donné le nom de « Cazins », mais Cazin a aussi édité des ouvrages dans les autres formats plus grands (in-12, in-8° et in-4°).


1724 : naissance le 22 mai, à Reims, rue des Tapissiers (actuelle rue Carnot), fils de libraire.
1755 : fils de libraire, il est reçu dans la communauté des libraires, imprimeurs et relieurs de Reims, à sa première demande, conformément au règlement de 1623, et succède à son père décédé.
1757 : client des frères Cramer, à Genève.
1758 : épouse, à Soissons, Marie-Françoise Duhamel, fille d’un maître brasseur, et devient le beau-frère du procureur au bailliage ducal de Reims, Nicolas Gerbault.
1759 : destitué de sa qualité de libraire pour vente de livres prohibés.
1760 : réhabilité, il commence à faire des affaires avec Pierre Rousseau et son beau-frère Charles-Auguste Weissenbruch (futurs fondateurs en 1768 de la S.T.B.), à Bouillon. 
1762-1763 : chargé de dresser le catalogue et de faire la saisie des livres interdits de la bibliothèque des Jésuites de Reims qui avaient été bannis du royaume.
1764 : perquisitions à Bouillon (chez le libraire Luc Trousseaud) et à Reims (chez Cazin) : on trouva chez Cazin et chez Trousseaud les mêmes livres prohibés et les preuves de leur provenance de Sedan et de Liège. Cazin fut une seconde fois destitué.
1765 : réhabilité, Cazin se fait plus discret pendant 9 ans.
1773 : aide son beau-père à installer une brasserie rue du Marc.
Déménage sa librairie sur la nouvelle place Royale (actuel salon de coiffure, en face de la banque Société Générale).
1774 : libraire de l’Université de Reims.
1775 : client de la S.T.N., fondée en 1769.
1776 : dénoncé, Cazin fut condamné à l’embastillement (pour la première et dernière fois) du 10 octobre au 16 décembre.
1777 : cherche à s’installer à Paris.
1779 : il fait la connaissance de Jacques-François Valade, imprimeur-libraire, rue des Noyers (boulevard Saint-Germain, Ve), qui venait de fonder une collection in-18 sous la rubrique de Londres.
1780 : associé périodiquement aux activités de la librairie de Valade.
1782 : s’installe définitivement à Paris chez Valade.
Première édition in-18, en association avec Valade, Les Jardins, par l’abbé Delille, imprimée par Pierres.
1783 : chargé par Jean-Charles Le Noir, lieutenant général de police de Paris, ami de Valade, de surveiller le pilonnage des livres à la Bastille (Cazin emportait une valise pour y mettre son déjeuner, à l’origine de l’invention de l’anecdote de « la valise toujours prête » pour l’embastillement).
Cesse de commander des « livres philosophiques » à la S.T.N.
1784 : collection in-18 « Petite bibliothèque de campagne ou collection de romans », imprimée par Valade en 1784 (Henry et Sarah Fielding, Smollett et Goethe : 8 titres en 24 vol.).
Valade meurt le 24 juin : sa veuve lui succède jusqu’en 1799.
1785 : « Collection des poètes italiens » in-18, imprimée par Jacob, à Orléans, de 1785 à 1787 (Le Tasse, Guarini, Tassoni, Pétrarque, Bonarelli, Pignotti, L’Arioste, Beccaria et Dante : 12 titres en 18 vol.).
1786 : Cazin quitte la rue des Noyers pour la rue des Maçons (rue Champollion, Ve). Cazin est alors propriétaire d’un dépôt de petits formats brochés et de gravures du  premier tirage de l’imprimerie Valade. Il fait graver les mentions « Édition de Cazin. » ou « Collection de Cazin. » sur les planches de cuivre qui lui avait été cédées, signant ainsi, théoriquement, le second tirage des titres gravés, des frontispices et autres figures. C’est pourquoi certains volumes de la collection in-18 mis en vente par Cazin ont une ou des gravures portant cette mention, fort noire par rapport à la lettre ancienne plus pâle : ils sont des volumes de réemploi sortis du dépôt hérité.
1792 : déménage rue du Coq-Saint-Honoré (rue de Marengo, Ier).
1793 : déménage rue Pavée-Saint-André (rue Séguier, VIe).
Dernière édition in-18 connue, les Œuvres de Colardeau, imprimées à Paris par Glisau et Pierret, en 3 vol.
1795 : blessé le 13 vendémiaire an IV (5 octobre), rue du Dauphin (rue Saint-Roch, Ier), il meurt le 15 (7 octobre). Sa femme  lui succède.
Inhumé dans le cimetière de l’église Saint-André-des-Arcs.

On doit à un libraire rémois, Charles Brissart-Binet (1814-1866), la première synthèse des rares publications parcellaires sur Cazin, intitulée Cazin. Sa vie et ses éditions. (Cazinopolis [Reims], s.n. [Brissart-Binet], 1863). Cet ouvrage est resté la bible des cazinophiles, malgré ses grossières erreurs et « arrangements » avec les archives, et les critiques justifiées d’un libraire parisien,  Corroënne, qui n’a fait qu’ajouter une division arbitraire en cinq périodes triennales dans la nomenclature des éditions, dans son Manuel du cazinophile (Paris, A. Corroënne, 1877).

Contrairement à ce qui a été écrit tout au long du xixe siècle, Cazin :

- n’a jamais eu de femme prénommée Henriette-Françoise, mais Marie-Françoise.
n’a jamais eu de fils (invention de l’érudit rémois Lacatte-Joltrois)
- n’a jamais eu quatre filles, mais cinq : la troisième, et non la seconde, fut inhumée au    cimetière de Montmartre, et non à celui du Père Lachaise.
- n’est pas mort le 13 vendémiaire an IV, mais le 15.
- n’a jamais été emprisonné à la Bastille plusieurs fois, mais une seule fois en 1776.
n’a jamais eu de valise toujours prête pour y séjourner (invention de son petit-fils, l’écrivain Chaalons d’Argé).
- ne s’est pas installé définitivement à Paris en 1789, mais en 1782.
- n’a pas habité successivement dans le cul-de-sac Saint-Honoré, puis dans la rue des Maçons-Sorbonne, dans la rue des Noyers et dans la rue Pavée-Saint-André-des-Arcs, mais rue des Noyers, rue des Maçons, rue du Coq et rue Pavée.n’a jamais tenu de salon littéraire (invention de Brissart-Binet).
- n’a jamais été imprimeur
- n’a jamais édité de livres pornographiques, en particulier Le Meursius françois, ou entretiens galans d’Aloysia (Cythère, s.n., 1782, 2 vol. in-18, frontispice et 12 gravures non signées attribuées à F.-R. Elluin) et La Tentation de saint Antoine (Londres, s.n., 1782, in-18, frontispice et 8 gravures non signées attribuées à F.-R. Elluin).
- n’a jamais été responsable du papier azuré, des caractères, des fleurons, des dispositions typographiques, des gravures, des catalogues qui se trouvent dans les petits formats, ni de leur reliure caractéristique : tout, ou presque, est l’œuvre de Valade.
- n’a jamais utilisé les presses de Fruard et Cailleau, qui n’ont jamais existé.
- n’a jamais commandé 332 éditions de 1758 à 1793 (plus de 500 dit Brissart-Binet dans sa «Préface»), mais 70 de 1769 à 1793, dont 56 in-18 – en 114 volumes –, de 1782 à 1793.

LBR + H

mardi 24 août 2010

Quoi de neuf sur Cazin? L'identification d'un graveur, une conférence, et un nouvel ouvrage de référence à paraître, par Jean-Paul Fontaine

Amis Bibliophiles bonjour,

Alors que Jean-Paul prépare une conférence sur Cazin (voir ci-dessous), avant d'enchaîner avec la publication d'un ouvrage entièrement l'imprimeur et éditeur Rémois, il vous propose en avant-première quelques nouvelles découvertes sur le sujet.

"Depuis que les historiens du livre et les bibliographes ont abandonné Cazin aux mains des romanciers et des collecteurs de titres du xixe siècle, les amateurs de ses éditions in-18, dits « cazinophiles », ont toujours des difficultés pour lui en attribuer certaines avec certitude. 

Parmi les découvertes récentes, citons celle concernant le graveur des Poésies de M. Bérenger (Londres [Paris], s.n. [veuve Valade], 1785). 
Poésies de Bérenger, Valade, Cazin
Impression de la veuve de Jacques-François Valade (décédé en 1784), rue des Noyers, absorbée en 1855 par le boulevard Saint-Germain (Ve arrondissement), en 2 vol. in-18.
Poésies de Bérenger, Valade, Cazin
Au tome I, le titre a été dessiné et gravé par C.J.B. Chatelain et porte « Poësies de Mr. Bérenger. », avec la mention « Edition de Cazin » ajoutée en marge inférieure : il précède le titre typographié et suit un frontispice gravé par Chatelain, d’après L. Pignon, avec la légende « J’ai fait un peu de bien j’y songe ... C’est assez ; » et la mention « Edition de Cazin ».

Au tome II, on trouve le même frontispice qu’au tome I ; une virgule est à la place du point qui suit « Londres » au titre.  

Personne ne s’est étonné de voir Jean-Baptiste-Claude Chatelain (Londres, 1710-1771) signer « C.J.B. » des gravures en 1785! Portalis et Beraldi s’interrogent tout de même dans Les Graveurs du dix-huitième siècle (Paris, Morgand et Fatout, 1881, t. I, p. 365) :   

« [...] comment concilier cette date [1771] avec la mention de 12 petites figures très-finement gravées par Chatelain pour un Robinson Crusoé de 1784 (Paris, Cazin) des vignettes pour les ouvrages de Fallet, lePhaéton et les Aventures de Chéréas et Callirhoé (1775) et Mes Bagatelles (1776) ; pour les Poésies de M. Bérenger (Paris, Cazin 1785), de pièces pour les Œuvres de l’abbé Prévost (1783-1784) etc... Il faut donc supposer l’existence d’un autre Chatelain ; Dominique suivant la catalogue Paignon Dijonval, ou F.-B. Chatelain d’après Le Blanc. »   

Mais leurs réponses sont quelque peu étonnantes : « Dominique » et « F.-B. » ne correspondent pas aux initiales « C.J.B. » lues au bas des gravures! 

C’est Haim Burstin, docteur d’État ès lettres et sciences humaines, spécialiste d’histoire de la Révolution française, professeur invité au Collège de France en 2002, professeur d'histoire moderne à l’Université de Milan, qui semble avoir découvert en 2005 le véritable auteur de ces gravures : « Claude-Jean-Baptiste Chatelain, graveur, 42 ans, collège de Reims, rue Chartière 11 », électeur et membre du comité de la section du Panthéon-Français en 1792. 

J-P Fontaine

Jean-Paul proposera prochainement une conférence à l'hotel de la Poste de Bouillon le 30 septembre dans le cadre du 250e anniversaire de l’impression à Bouillon du Journal Encyclopédique de Pierre Rousseau.
Ce sera pour lui est l’occasion de faire le point des connaissances sur Hubert-Martin Cazin (1724-1795), libraire éditeur à Reims et à Paris, qui fut en relation d’affaires avec Pierre Rousseau dès son installation à Bouillon en 1760 et qui fit appel aux presses de la Société Typographique de Bouillon en 1785. 

Connu notamment sur le marché du livre prohibé, mais pas uniquement, Cazin développa, bien qu’il n’en ait pas été le créateur, un format d’édition particulier, précurseur de notre futur livre de poche, le in-18. La conférence aborde cette caractéristique d’édition fascinante, et explique, à l’aide de nombreux exemples dont quelques inédits, la difficulté d’établir avec certitude l’attribution d’un ouvrage à une maison d’édition au XVIIIe siècle, - celle de Cazin en particulier -, contrariée en cela par le règne de la contrefaçon. 

Jean-Paul Fontaine, est docteur en médecine, historien du livre, éditeur. Fondateur de la revue Le Bibliophile Rémois (1985-2004), il est actuellement rédacteur auprès de plusieurs revues littéraires, auteur du Livre des Livres (Hatier, 1994) et autres travaux sur l’histoire de l’imprimerie, co-éditeur de La Nouvelle Revue des livres anciens (depuis 2009). Il travaille actuellement à un ouvrage sur Cazin et ses éditions authentiques, dont la parution est prévue en 2011. Nous serons là!


H

lundi 21 décembre 2009

Débat: le catalogage des bibliothèques d'amateurs...

Amis Bibliophiles bonjour,

Comme promis, j'ai quelques sujets de débats et de discussions pour les jours à venir, et la période des fêtes durant laquelle nous aurons tous peut-être un peu plus de temps.

On l'a vu la bibliographie, même privée, est à la mode ces derniers temps et la question que peut se poser chaque amateur est de savoir s'il est nécessaire de dresser systématiquement une fiche de ses ouvrages? C'est en tout cas une question que Gonzalo et moi nous posons.

La réponse est me semble-t-il évidente, et forcément affirmative et pourtant je crois savoir que nous sommes peu à mettre ceci en pratique. En ce qui me concerne, j'avoue que c'est le temps qui me fait défaut et qui fait que je n'ai pas de fiche dans un très grand nombre de mes livres. Pour autant, quand le livre est acheté chez un libraire j'accorde beaucoup d'importance à ce qu'il contienne une fiche et c'est d'ailleurs pour moi un gage de la qualité du travail du libraire (au moins à partir d'un certain prix - je peux en effet comprendre que le libraire n'ait pas non plus le temps de faire une fiche pour chaque "bouquin"). Certains libraires ne font pas de fiche, d'autres décrivent l'ouvrage dans leur catalogue mais hélas quand vous recevez le livre convoité, il ne contient pas de fiche alors qu'il serait si simple d'insérer la description déjà rédigée. D'autres enfin, et ce sont mes préférés, prennent le temps de rédiger une fiche précise, de la réduire à la taille de l'ouvrage et de la glisser entre le premier plat et le faux-titre. On touche là à la perfection quand la fiche est bien faite.

Pour autant, la fiche du libraire n'est pas toujours suffisante. Chaque amateur peut avoir envie d'ajouter quelques lignes à lui, ce que je fais parfois, quand j'ai finalement identifié les armes, ou trouvé de nouvelles informations.

Dans le cas d'un livre acheté en salles des ventes, lors d'une vente cataloguée, je photocopie en général la page de la notice (si elle est correctement rédigée), je la découpe et je l'insère dans l'ouvrage, en attendant mieux.

Il ne m'est arrivé que très rarement de "ficher" moi-même un livre, par manque de temps, et dans ce cas j'utilise le modèle des descriptions bibliographiques, et j'ajoute en général un commentaire historique sur l'auteur, voire une citation si j'ai lu le livre et si un passage m'a particulièrement marqué.

Et vous? Cataloguez-vous systématiquement chaque ouvrage entrant? Cela vous semble-t-il nécessaire et si oui, à quoi ressemblent vos fiches? A des fiches de libraires, à des notices de catalogues, avez-vous une norme? Si vous avez des exemples, n'hésitez pas à m'en envoyer (blog.bibliophile@gmail.com) et je les diffuserai. J'ajouterai les miens dès que je pourrai.

Alors... pour résumer?
1. Les fiches sont-elles utiles?
2. En faites-vous?
3. A quoi ressemblent-elles?

H

mercredi 2 décembre 2009

Le Journal de Physique

Amis Bibliophiles bonsoir,

Ce soir Bernard, notre bibliophile physicien (et néanmoins ami), vous propose de découvrir le Journal de Physique. Je lui cède la parole:

Lors de ma dernière intervention sur le blog, je vous avais dit que les mémoires de l’Académie des sciences étaient publiés trop longtemps après leur présentation, ce qui émoussait l’intérêt de leur lecture. Au milieu du XVIIIème siècle les progrès scientifiques se sont accélérés et leur divulgation a du être plus rapide. D’où la parution de journaux ou revues mensuelles. Le Journal des Savants dont je vous ai déjà entretenu était trop généraliste. Le journal scientifique le plus prestigieux a été le Journal de physique. A la fin du XVIIIème il a été supplanté par les Annales de chimie. Quelques mots sur le Journal de Physique qui occupe une grande place dans ma bibliothèque, pour la période 1752-1824.

Le Journal de Physique a été fondé en 1752 et dirigé entre autres par Jacques Fabien Gautier d’Agoty (1716-1785), élève de Jacob Christoph Le Blon (1667-1741), inventeur du procédé de gravure en trichromie. La première série, éditée de 1752 à 1755 sous le titre Observations sur l’Histoire Naturelle, sur la Physique et sur la Peinture, est constituée de trois volumes in-4. Ces volumes, très rares, sont illustrés de 65 planches, dont 58 imprimées en couleur. En 1752, l’éditeur donne une édition in-12 vendue sans les planches prévues pour l'édition in-4, planches éventuellement achetables séparément. La partie intitulée Les disputes des philosophes et des artistes modernes, est consacrée à la théorie de la lumière et des couleurs de Gautier d’Agoty. Elle s’oppose à celle de Newton.
La publication, par Toussaint et le fils de Jacques Fabien Gautier d’Agoty, se poursuivra en 1756-1757 sous le titre Observations périodiques sur la Physique, et les Arts ou Journal des Sciences et des Arts en trois volumes in-4.

L’Abbé François Rozier (1734-1793) rachète la propriété de ce Journal en 1771. Constatant l'augmentation des délais de publication au sein des académies, l'abbé Rozier, définit, dans sa présentation, les caractéristiques et les fonctions de ce journal mensuel. Il écrit : « Ces motifs ont fait désirer qu'un ouvrage périodique, d'un débit sûr et animé, annonçât les découvertes qui se font chaque jour dans les différentes parties des Sciences, soit par des notices abrégées, soit par des mémoires très étendus, qui continssent le développement de toutes les preuves de ces découvertes, en traçant même la marche de l'esprit inventeur ». Rozier publie neuf volumes in-12 en 1771 et 1772. Ces volumes seront réédités en 1777 en deux volumes in-4 sous le titre Introduction aux observations sur la physique.
En 1773 le journal, mensuel, prend le nom d’ Observations sur la physique, sur l’histoire naturelle et les arts. La première série paraît de 1772 à 1793. Elle rassemble les journaux parus de 1773 à 1793. Elle est complète avec les deux rares volumes de suppléments pour les années 1778 et 1782.
Cette série couvre toute la période de collaboration de Lavoisier qui y publia vingt-trois mémoires, en particulier : « Mémoire sur la calcination des métaux dans les vaisseaux fermés et sur la cause de l’augmentation de poids qu’ils acquièrent pendant cette opération. » et « Sur la nature du principe qui se combine avec les métaux pendant leur calcination et qui en augmente le poids. »
On y trouve également des articles des plus grands savants français et étrangers de l’époque : Berthollet, Berzélius, Chaptal, Faugas de Saint-Fond, Fourcroy, Franklin, Haüy, Kirwan, Montgolfier (Rapport de 1784 du premier vol en ballon), Guyton de Morveau, Scheele, Priestley, etc.

L’abbé Rozier quitte Paris en 1783 pour se consacrer à son Cours d’Agriculture. Le journal est repris en 1783 par son neveu Jean André Mongez (1750-1788). Mongez étant parti avec Lapérouse en juin 1785, Jean Claude Delamétherie (1743-1817) rédige le journal jusqu’en 1817. Il est remplacé par Ducrotay de Blainville (1777-1850) jusqu’en 1823.

A partir de janvier 1786, Jean-Claude de la Métherie, publie chaque année dans le premier numéro du Journal un important « Discours préliminaire » qui résume les progrès récents des sciences.

Une nouvelle série débute en 1794 et termine en 1823. Le titre Observations sur la physique, sur l’histoire naturelle et les arts disparaît ; il est remplacé par Journal de physique, de chimie et d’histoire naturelle.
Après un début de nouvelle numération, la numération ancienne reprend. Le premier volume paraît pendant une période politique troublée. L’éditeur justifie retards et augmentation de prix à la fin du tome 44 : « En attendant, le Journal souffre, la correspondance entre les savants languit, et les ouvrages des hommes laborieux ne se répandent pas ; plusieurs s’en plaignent, mais ce n’est pas ma faute. Tout autre journal de science ne circulera pas plus promptement que le mien, parce que les causes sont les mêmes pour tout le monde. Aussi, on a vu tomber tous les journaux d’instruction ; leurs propriétaires n’avaient pas le même dévouement que moi…. Je prie donc mes souscripteurs et lecteurs de faire, chacun selon leurs facultés, mais le plus possible, un prêt, non pas à moi, mais au Journal de physique. Ce prêt aura pour hypothèque La collection entière du Journal, qui, à raison de 10 liv. le volume, prix ancien, vaut 143000 liv. , et qui, estimée en raison de la hausse, vaudrait six fois plus. J’ENGAGE SOLEMNELLEMENT CE FONDS, qui ne peut jamais perdre de sa valeur. »

Ce journal a continué à être publié après 1824. Il existe encore aujourd’hui. N’hésitez pas à utiliser les commentaires pour compléter ou préciser ce petit exposé. "

Merci Bernard,
H

dimanche 20 septembre 2009

Histoires d’imprimeurs en Champagne-Ardenne







Amis Bibliophiles Bonsoir,

Après Chantilly et les reliures de Bauzonnet, Jean-Paul vous propose de découvrir aujourd'hui une autre exposition qui intéressera les bibliophiles: l'exposition « Histoires d’imprimeurs en Champagne-Ardenne », qui se tient à la Médiathèque de Sedan, jusqu’au 21 novembre.
Elle est l'occasion de faire le point sur un imprimeur célèbre, mais bien mal connu, Jean Jannon.

À la demande du prince Henri de La Tour, Jean Jannon, qui était « de la religion prétendue réformée », vint s’installer à Sedan dans le courant de l’année 1610. Très vraisemblablement suisse d’origine, il était passé par Mayence avant de travailler à Paris, chez Robert (III) Estienne d’abord, puis à son compte.
À Sedan, il prit le titre d’imprimeur de l’Académie. Son atelier était situé dans la tour et maison attenant à la Porte du Rivage. Il était aussi graveur et fondeur de caractères : il publia en 1621 un cahier d’épreuves des caractères qu’il avait gravés (« petite sedanaise ») et perfectionna, quelques années plus tard, l’instrument servant aux fondeurs pour la finition des caractères (« coupoir de fer »).

En 1640, Jean Jannon quitta Sedan pour s’occuper de l’officine parisienne tenue par son fils aîné Antipas, décédé prématurément ; pendant ce temps, son atelier sedanais fut dirigé par son autre fils Pierre (I), né du même premier mariage avec Anne de Quinge.
De Paris, il se rendit à Caen, employé avec son matériel dans une entreprise clandestine créée par un protestant rencontré dans la capitale. Pendant son absence, le prince Frédéric-Maurice de La Tour, converti au catholicisme, fut arrêté pour avoir participé à la conspiration de Cinq-Mars, et dut accepter le rattachement de sa principauté à la France. C’est le fils d’un imprimeur messin qui fut nommé nouveau gouverneur de Sedan par le roi Louis XIII en 1642.

Jean Jannon rentra à Sedan à la fin de l’année 1645, et fut momentanément associé à son fils Pierre (I), qui le quitta dès 1647 pour étudier la théologie. L’âge, et la concurrence de Hubert Raoult, puis de François Chayer, avec lequel il s’associa en 1648 pour une édition des Psaumes de David, eurent bientôt raison de son affaire, malgré son nouveau titre d’imprimeur privilégié du roi. Il mourut le 20 décembre 1658, âgé de 78 ans et 8 mois.
Il avait imprimé à Sedan environ 200 éditions, du « psautier de chignon » ou « de manchon » (in-64) à l’in-folio, dont un grand nombre d’écrits polémiques de Pierre du Moulin, l’un des plus célèbres ministres protestants de France. Une vingtaine d’éditions furent commandées par des libraires parisiens (Jean Baillet, Adrian Périer, Nicolas Bourdin, Abraham Pacard, Pierre des Hayes, Jérémie Périer, Abdias Buizard, Jean-Antoine Joaslin, Samuel Petit, Melchior Mondière) et de Quévilly (Claude Le Villain, Jean Berthelin). D’autres fois, par crainte du Conseil des Modérateurs, il utilisa des pseudonymes (Guion de La Plume, « Successeur de Salesse », Jean L’Enfan, Jacques de Turenne, Jacques Fillon, Jean Royer, Jean Tollon). Jean Jannon utilisa trois marques : Janus, Neptune et La Religion chrétienne.

Sa troisième femme, Suzanne François, put lui succéder à condition de porter sur ses impressions le nom de son fils Pierre (II), alors âgé d’une dizaine d’années ; elle exerça jusqu’en 1664. En 1678, un libraire de Châlons-sur-Marne, Nicolas Denoux, acheta ce qui restait du matériel de l’officine de Jean Jannon et confia la direction de son imprimerie à Pierre (II).

Merci Jean-Paul.

H

lundi 31 août 2009

Charles Motteley et les Elzevirs

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Nous retrouvons ce soir Rémi, qui nous présente un de ses ouvrages.

"Je propose de partager avec vous une acquisition effectuée il y a quelques mois sur ebay, pour une somme toute modique, et qui intéresse, je pense, les bibliophiles que nous sommes. Il s’agit d’une brochure de Charles Motteley, publiée en 1847, et intitulée Aperçu sur les erreurs de la Bibliographie spéciale des Elzevirs.
Le bibliophile Charles Motteley possédait, dans la première moitié du XIXe siècle, l’une des collections les plus importantes d’ouvrages hollandais de petit format, dont bon nombre sont sortis des presses des Elzevier. Motteley avait vendu une partie de sa collection en 1824, mais l’essentiel sera dispersé lors d’une seconde vente en 1848. Sa collection et ses compétences avaient fait de Motteley le plus fin connaisseurs des Elzevier et de leurs imitateurs.
Dans cet Aperçu sur les erreurs de la bibliographie spéciale des Elzevirs Motteley corrige les bibliographes qui l’ont précédé – notamment Brunet et Bérard. Il écrit ainsi dans l’avertissement : « Aidé de notre faible instinct, d’une certaine expérience, mais surtout d’une bibliothèque elzévirienne que l’on chercherait peut-être vainement ailleurs, nous avons cru pouvoir asseoir notre jugement sur de nombreux objets de comparaison ». L’ouvrage est ainsi construit : le titre de chaque édition est donné, suivi éventuellement de l’avis de Brunet ou de ses confrères bibliographes, puis de l’opinion de Motteley, qui rectifie les attributions en se basant sur le matériel et le « style » typographique, donnant au passage un certain nombre d’indications historiques sur les différents imprimeurs cités.
L’ouvrage est modeste : il ne comporte qu’une quarantaine de pages et n’a aucun caractère d’exhaustivité. Motteley y démontre son érudition, ses compétences et son œil typographique, mais, par sa faible ampleur, l’ouvrage peut paraître décevant. Cela s’explique aisément : en réalité, plutôt qu’une œuvre achevée et complétée, le texte de Motteley est un véritable programme bibliographique. Dans l’avertissement, après avoir cité les érudits qui se sont intéressés aux Elzevier (« MM. Adry, Peignot, Beuchot, Nodier, Bérard, Jacob (de la Haye), Pieters, Dodt van Flensburg, Rammelman-Elsevier, de Reume… »), Motteley en appelle à une étude physique des ouvrages, qui complètera les seules analyses littéraires ou esthétiques. S’il n’utilise pas l’expression de « bibliographie matérielle », il en a déjà l’idée et emploie un terme curieusement proche : « malheureusement tous ces savants […] ne nous ont pas fait connaître avec la même exactitude la typographie matérielle des Elzevirs. C’est cependant là le point essentiel sous le rapport de la bibliographie ». Motteley appelle ainsi ses confrères à « passer en revue toutes les jolies éditions hollandaises et belges du XVIIe siècle, pour arriver à une bibliographie spéciale des Elzevirs et de leurs annexes, aussi parfaite que possible ». Motteley mourra en 1856 sans avoir vu son vœu exaucé. Son point de vue sera pourtant entendu, puisque trente plus tard, paraîtra la véritable somme d’Alphonse Willems, qui demeure incontournable : Les Elzevier : histoire et annales typographiques (1880).
L’Apercu de Motteley paraît relativement rare. Le catalogue joint à la fin du volume, mentionne la justification : un exemplaire unique sur peau de vélin (aujourd’hui conservé à la réserve de la Bibliothèque nationale sous la cote RES-Q-695) , 15 exemplaires numérotés sur papier bleu, 30 exemplaires numérotés sur papier superfin de Hollande, et 200 exemplaires sur papier ordinaire, soit 246 exemplaires mis en vente par l’éditeur. Mon exemplaire a cependant une particularité intéressante : il est imprimé sur papier de chine, et porte un titre à l’encre rouge. Au verso du dernier feuillet se trouve imprimée la phrase suivante : « il n’a été tiré que 2 exempl. sur papier de chine », suivie du chiffre 2, numéroté à la presse (les exemplaires courants sont numérotés à la main). Les deux exemplaires sur papier de chine, qui ne sont pas mentionnés dans la justification, constituent donc très probablement un tirage hors commerce, peut-être destiné à l’auteur lui-même ou à son éditeur."

Merci Rémi,

H

mardi 7 juillet 2009

Bibliophilie physicienne, les écrits de Paulian

Amis bibliophiles Bonsoir,

Jour du bac... je suis certain que vous excellâtes tous un jour en physique, et comme vous avez presque tout oublié, la physique vous rattrape par la bibliophilie. Voici un post de Bernard, le physicien bibliophile, sur le père Paulian.

"Après Nollet et Sigaud de la Fond je vous présente aujourd’hui quelques ouvrages d’un Jésuite oublié Aimé Henri Paulian (1722-1802) qui enseigna la physique à Avignon. Il a été très attaqué par les encyclopédistes. On rencontre ses livres sur ebay et ailleurs. Ils ont été populaires et utilisés surtout dans les collèges jésuites.
Traité de paix entre Descartes et Newton précédé des vies littéraires de ces deux chefs de la physique moderne.

Avignon, Vve Girard. 1763. EO.

3 volumes in-12 ; (2) pp, portrait, X, 405, (1) pp, 2 pl. - IV, 374, (1) pp, 4 pl. - (2), XVIII, 381, (2) pp.

Cet ouvrage est le plus rare de l’auteur. Le premier tome expose les travaux de Descartes, le second ceux de Newton et le troisième cherche à concilier les deux théories. Paulian est newtonien pour « la physique céleste, la lumière et les couleurs » ; il est cartésien pour ce qui concerne « la dureté, l’élasticité, les fermentations et les tuyaux capillaires ». Ce traité sera réédité en 1769 sous le titre : Système général de philosophie.

Dans une lettre de janvier 1764, Voltaire écrit : « Le P. Paulian, jésuite d’Avignon, qui a déjà fait quelques compilations, vient de publier, en trois volumes, un Traité de paix entre Descartes et Newton, avec la vie de ces deux illustres philosophes. Et le titre, et le fond, et la forme de cet ouvrage, sont très dignes d’un moine; mais Descartes et Newton ne méritaient pas un tel médiateur, et certainement ils ne lui ont pas donné de pleins pouvoirs. »
Dictionnaire de physique portatif.

Avignon chez la Veuve Girard. 1760. 2ème édition.

1 volume in-8 ; (2), XXIV, 400, 38 pp, 6 pl.

Le titre complet est : Dictionnaire de physique portatif dans lequel on expose les découvertes les plus intéressantes de newton et les notions géométriques nécessaires à ceux qui veulent se former une idée de la physique moderne. L’édition originale date de 1758.
Dictionnaire de physique.

Avignon, Louis Chambeau. 1761. EO.

3 volumes in-4 ; XVI, L, 620, (2) pp, 5 pl. - (2), XLVIII, 621 pp, 7 pl. - XXIV, 528 pp, 4 pl.

Ce dictionnaire de physique fut le plus populaire au XVIIIème siècle. Dans l'une des préfaces, l'auteur explique que son Dictionnaire de Physique n'a aucune commune mesure avec son Dictionnaire portatif paru en 1758 et qu'il « renferme non seulement ce qu'il y a de plus facile, de plus curieux et de plus intéressant dans la physique expérimentale mais encore ce qu'il y a de plus sûr et de plus relevé dans la physique spéculative ». Outre les articles relatifs aux différentes branches des sciences, il fournit les notices biographiques de nombreux savants et l'exposé de leurs systèmes généraux et particuliers pour former une « histoire critique des ouvrages des physiciens qui ont paru jusqu'à nous ». Le troisième volume se termine par un Projet d’un exercice de physique ; « Quelque étendues que soient les questions qui entrent dans ce Projet d’un exercice de physique, il nous paroît qu’on peut les apprendre dans l’espace de deux ans à tout enfant d’esprit qui aimera l’étude ».

Une vignette, répétée trois fois, représente l’intérieur d’un cabinet de physique.

En mars 1762, Voltaire écrivait : « Un autre jésuite appelé le P. Paulian, d’Avignon, a fait imprimer un Dictionnaire de physique en trois volumes in-4°. Jamais un jésuite ne fera un bon ouvrage, ni de physique, ni de philosophie. L’esprit monastique s’opposera toujours à toute vue grande et profonde dans les sciences. Les jésuites de toute l’Europe ne se sont prêtés à leurs progrès que parce qu’il ne leur a pas été possible de les empêcher. Leur premier vœu serait de bannir la lumière et la science de la terre; le second, d’en usurper les honneurs et la gloire parmi les nations qui en prennent le goût malgré eux. Mais qu’on me montre un seul jésuite qui ait été véritablement utile aux lettres par ses découvertes et par son génie: vous n’en trouverez aucun. Ceux qui ont du génie parmi eux sont obligés de le dénaturer ou de le dérober à l’inquisition de leurs supérieurs, ou bien ils se tournent à l’étude de la science absurde appelée en grec théologie, ou bien ils sont persécutés et malheureux dans leur cloître. M. de La Chalotais, dans son compte rendu au parlement de Bretagne, a judicieusement remarqué que les jésuites étaient au moins de deux siècles en arrière en fait de lumières et de sciences. Ils sont encore à oser prononcer le nom de Newton. L’étude des anciens philosophes se réduit parmi eux à cette absurde scolastique qui a régné pendant tant de siècles barbares, et les grands philosophes modernes n’ont jamais été nommés par un jésuite sans être attaqués ou blâmés. Croyez-vous que jamais le nom de Montesquieu ait été prononcé avec éloge devant les écoliers des jésuites? Voilà cependant les gens qu’on voudrait nous faire regretter en France pour l’instruction de la jeunesse, tandis qu’un des plus cruels fléaux dont une nation puisse être affligée, c’est sans contredit de voir l’éducation de la jeunesse entre les mains de moines avilis par une servitude d’esprit cent fois plus outrageante pour l’honneur que celle du corps. Ainsi quand on vous dit que le P. Paulian est jésuite, vous savez quelle est la physique qu’il peut enseigner dans son dictionnaire. »
Dictionnaire des nouvelles découvertes faites en physique...

Nîmes, Gaude. Avignon, Niel. 1787. EO.

1 volume in-8 ; (4), XXXVIII, (2), 523, (2) pp, 1 pl, 1 tableau.

Cet ouvrage est destiné à compléter le Dictionnaire de Physique dans lequel il sera refondu dans l’édition de 1789. Il contient une violente réfutation du Système de la Nature du Baron d’Holbach et de nouveaux articles, en particulier sur les aérostats et les découvertes récentes sur l’électricité.
L’électricité soumise à un nouvel examen...

Avignon, Vve Girard et F. Seguin. 1768. EO.

1 volume in-12 ; XLVIII, 286, (2) pp, 2 pl.

L’ouvrage est une réponse aux critiques que lui avait faites l’abbé Nollet concernant l’article « Electricité » de son dictionnaire, paru en 1761. La première partie est formée de neuf lettres adressées à l’Abbé Nollet. La seconde partie, écrite en latin, donne la théorie de l’auteur concernant les phénomènes électriques.
La physique à la portée de tout le monde...

Nîmes, J. Gaude. 1791. (2ème édition) - 1790. (EO).

2 volumes in-8 ; 416 pp. - 416 pp, 1 pl.

Amusant ouvrage dans lequel l'auteur, abordant la question de la navigation aérienne si controversée à l'époque, s'en montre un ardent détracteur. On peut en juger en lisant les premières lignes du chapitre consacré au parachute: « Tant d'accidents arrivés à nos nouveaux Icares dans les plaines aériennes, auraient dû naturellement dégoûter les astronautes de ces périlleux voyages. Mais raisonne-t-on, lorsqu'on est téméraire par caractère? On se fait gloire d'affronter les dangers les plus évidents; et l'on crut, en cas de malheur, se garantir de la mort, en se servant d'une machine à laquelle on donna le nom de parachute. » La planche dépliante représente trois sortes de Montgolfières.
Merci Bernard,
H

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