« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier

"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

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lundi 29 juillet 2013

Les Etats-Unis rendent deux livres anciens, volés à la Suède

Amis Bibliophiles bonjour,

Il s'appelait Anders Burius, il était directeur de la section des manuscrits au sein de la Bibliothèque Nationale de Suède.

Entre 1995 et 2004, Anders Burius, a dérobé 56 livres conservés dans les collections dont il avait la charge, avant d'être arrêté puis de se suicider après avoir confessé ses vols (pour une valeur totale d'environ 5 millions de dollars).

Plusieurs de ces ouvrages ont fait l'objet d'une enquête obstinée de la part du FBI: perdus du vue, puis retrouvés pour certains dans une vente Ketterer Kunst à la fin des années 90. Deux d'entre eux ont finalement été retrouvés et seront remis à la Bibliothèque Nationale de Suède: il s'agît d'une Description de la Louisiane, daté de 1683, et rédigé par le missionnaire et explorateur français Louis Hennepin, ainsi que d'une collection allemande d'illustrations de l'artiste américain Henry Lewis, imprimée à Düsseldorf entre 1854 et 1858.


C'est un libraire américain, Stephan Lewentheil, situé à Baltimore, dans le Maryland qui a du oeuvrer pour permettre la restitution: celui-ci avait acheté les ouvrages chez Ketterer, avant d'apprendre avec étonnement et par le FBI que les livres étaient volés.
Pour pouvoir les récupérer, Lewentheil a dû racheter à ses frais les livres qui avaient continué leur cycle auprès de particuliers.  « Tout délit est condamnable, mais pour moi, le vol de biens culturels est le pire, parce que c'est le patrimoine d'une nation que vous dérobez », assure-t-il.

On peut saluer sa conscience (professionnelle et personnelle), tout en notant, au passage et avec grand regret, que comme souvent ce sont les conservateurs qui sont parfois à l'origine de ces vols d'ouvrages qu'ils sont supposés protéger.

A noter que Burius, pour masquer ses vols, avait également dérobé les catalogues de la bibliothèque dans lesquels ils étaient référencés. Après enquête il apparu finalement qu'il volait des ouvrages depuis 1986 au moins, les revendant, contre un paiement en espèces, à des clients qui ne lui demandaient jamais d'où venaient les livres ou via la société de vente aux enchères allemande. Il enlevait d'ailleurs préalablement les marques d'appartenance.

Nombre d'entre eux furent écoulés via Ketterer Kunst, dont la légèreté surprend, tout comme surprend légèreté de la Bibliothèque Nationale de Suède, qui n'a jamais communiqué de liste de ces ouvrages volés...

H

lundi 3 décembre 2012

Une escroquerie bibliophile élaborée, les faux de Harry Buxton Forman et Thomas Wise... Des originales avant les originales

Amis Bibliophiles bonjour,

Cette escroquerie montée par le libraire anglais Harry Buxton Forman et le bibliophile Thomas James Wise nous conduit à Londres à la fin du XIXe siècle.
Thomas James Wise
Harry Buxton Forman
Harry Buxton Forman était un érudit respecté, spécialiste de Shelley et Keats, et libraire. Thomas James Wise, lui, était bibliophile, connu pour sa bibliothèque d'éditions originales et faisait également un peu de courtage.

Profitant de l'engouement des bibliophiles de l'époque pour les éditions originales, les deux associés proposèrent pendant près de 15 ans des faux qui devinrent rapidement très recherchés. L'astuce était elle-même relativement élaborée: bibliophile et libraire, Wise et Buxton Forman ne pouvaient ignorer combien il est difficile de produire un faux en bibliophilie (encore que, nous l'avons déjà vu...), en particulier pour des éditions originales qui venaient de paraître. Leur idée fût donc de proposer, d'inventer des pré-originales ou des tirages inconnus, ou privés des mêmes textes, le plus souvent sous forme de plaquettes.

De fait ces textes, antérieurs aux éditions originales, devenaient encore plus rares et étaient destinées à connaître un grand succès auprès des amateurs. Ils bénéficiaient en outre de la double caution d'un grand bibliophile de l'époque, Wise, et d'un libraire et érudit réputé, Buxton Forman, connu pour ses bibliographies sur Shelley et Keats. Aussi, c'est en toute logique qu'ils débutèrent leur carrière de faussaire avec Shelley.

En novembre 1886, Edward Dowden publia une biographie de Shelley, qui contenait un nombre importants de poèmes inédits. Ce fût le déclic pour Buxton Forman et Wise qui décidèrent alors de créer une une société écran, la Philadelphia Historical Society et de publier séparément les poèmes sous le titre Poems and Sonnets, avec une date antérieure à 1886.

Les ouvrages étaient imprimés à l'aide d'un complice imprimeur, Richard Clay & Sons, et réunissaient toutes les conditions pour être crédibles, se permettant même le luxe de proposer des éditions privées, antérieures aux éditions originales, d'auteurs encore vivants.

Buxton Forman et Wise créèrent ainsi des faux d'ouvarges d'Elizabeth Barrett Browning, George Elliot, John Ruskin, Matthew Arnold, Alfred Tennyson, George Meredith, William Thackeray et de beaucoup d'autres. Les deux escrocs les commercialisaient ensuite et ceci durant plusieurs décennies, à une échelle relativement vaste, puisqu'à la vente Brayton Ives à New-York en 1915, 24 faux étaient proposés aux amateurs.


Buxton Forman décéda en 1917 sans avoir été découvert, mais Wise était encore vivant lorsque deux experts et libraires, Pollard et Carter, démontrèrent en 1934 dans leur ouvrage (An Enquiry into the Nature of Certain Nineteenth Century Pamphlets) que de nombreux ouvrages étaient faux, en utilisant notamment des analyses scientifiques mettant en évidence que les matériaux utilisés, notamment de la pulpe de bois, étaient postérieurs aux dates affichées sur les ouvrages... avant de découvrir l'imprimeur complice et de le confondre.


Naturellement, les bibliophiles étant ce qu'ils sont, les faux de Buxton Forman et Wise sont aujourd'hui très recherchés, parfois plus que les éditions originales qu'ils étaient supposés supplanter. Mission accomplie donc!

Pour l'anecdote et plus près de nous, la librairie américain Oak Knoll proposait dans son catalogue 273 quelques ouvrages autour de cette fraude à grande échelle: un pamphlet (lot 718) daté de 1875 dans lequel un propriétaire précédent, John Spoor avait ajouté que "moins de 6  copies étaient connues", que l'édition avait ensuite été détruites et qu'aucune copie n'avait été connue avant 1897. Et pour cause Buxton Forman et Wise publièrent le pamphlet daté de 1875 en... 1896. Spoor acheta en tout 50 contrefaçons des faussaires.

Autre curiosité, dans le même catalogue (lot 887), une annotation du libraire Rosenbach, qui affirme qu'il savait que Wise était un faussaire 15 ans avait que cela ne soit démontré, mais qu'il n'avait rien fait pour ne pas entacher la réputation d'un ami...

H

jeudi 1 décembre 2011

Bibliokleptomanie moderne ou les tribulations d'un bibliophile hâvrais qui vola pour un million d'euros de livres

Amis Bibliophiles bonsoir,

Histoire vraie pour bibliophile, relatée dans le Courrier Picard du 30 novembre 2011 (http://www.courrier-picard.fr/courrier/Actualites/Info-regionale/Pour-un-million-d-euros-de-livres-voles)

Qui aurait pu soupçonner ce discret ingénieur à la retraite que l'on voyait flâner dans les librairies et les salles des ventes d'Amiens, de Paris, de Lyon ou de Belgique? Passionné de livres, c'est évident, mais notre amateur était également bibliokleptomane: au gré de ses visites il dérobait des ouvrages rares pour garnir sa jolie villa hâvraise, toute entière vouée au culte du livre.

C'est la mémoire d'un commissaire-priseur d'Amiens qui a mis un terme à ses actions. En le reconnaissant parmi les visiteurs d'une exposition et en associant son visage à un vol commis un an avant. La maréchaussée prévenue, le bibliokleptomane est arrêté et rapidement confondu. Il avoue le vol mais aussi celui d'un nombre important d'autres livres de valeur dans une librairie de Rouen. 

La perquisition au domicile du gardé à vue sera surprenante et fructueuse: ce n'est pas quelques ouvrages rares que les policiers vont découvrir, mais des milliers d'ouvrages rangés dans de magnifiques bibliothèques qui remplissent la maison. Au fil des aveux, le bibliokleptomane reconnaîtra finalement le vol de milliers d'ouvrages étalé sur un vingtaine d'années, pour un montant total d'environ 1 million d'euros. Un million d'euros de livres volés, dont l'amateur jouissait en solitaire dans sa maison...

Voilà de quoi nous interpeller sur les dérives de la bibliophilie et de la bibliomanie... J'ai été confronté trois fois à des cas proches, et à chaque fois cela m'avait troublé: à Drouot, quand j'avais vu un bibliophile très âgé escamoter un joli in-12 pendant une exposition et le glisser dans les larges poches de son manteau (fait sur mesure, comme celui de Boulard?), j'étais resté muet et je l'avais regardé partir. Dans une librairie parisienne, où l'amateur qui glissait un Savonarole dans son veston n'avait lui pas franchi la porte.... et plus récemment dans une vente, où l'expert signala qu'une page importante d'un ouvrage avait été tranchée au rasoir pendant l'exposition (vol ou volonté de faite chuter le prix potentiel?). De quoi réfléchir à la condition du bibliophile qui ne sait ou ne peut résister aux mauvaises tentations.

Il paraît que les policiers qui ont mis en garde à vue le biblioklpetomane havrais s'interrogent sur ses motivations... C'est pourtant tellement évident, non? L'un de vous pourrait-il aller éclairer leur lanterne?

H

P.S.: les deux dernières fois où j'ai écrit un message sur des bibliofilous contemporains (a tribute to Octave), figurez-vous que celui-ci m'a contacté par email ensuite. Dans les deux cas, ils étaient lecteurs du blog. Ami hâvrais, si tu nous lis...

P.P.S.: merci à Elian et Bertrand.

samedi 28 août 2010

Vol de livres: Raymond, William, Fidel, l'expert et la Durham ou les tragiques aventures biblio-kleptomanes de Raymond Scott

Amis Bibliophiles bonjour,

Décidément, les escrocs qui gravitent dans le monde du livre ancien sont aussi fantasques et originaux que les bibliophiles: certains escaladent des falaises et découvrent des passages secrets, d'autres usurpent des identités, d'autres encore espèrent quitter une bibliothèque de renom avec deux in-folios dans chaque poche, etc. En voici un nouvel exemple, avec les aventures de Raymond Scott.

2008. Un anglais élégant se présente à la bibliothèque Folger (Etats-Unis) pour faire authentifier un exemplaire de l'EO in-folio des oeuvres de Shakespeare (1623). Cet ouvrage n'est pas rarissime (on en connaît environ 200 exemplaires... mais seulement 40 complets), mais il est très recherché et est évalué à  quelques millions d'euros. 
Shakespeare Folio 1623 Frontispice
La page de titre et le frontispice de l'édition de 1623

La Folger est le bon endroit pour faire authentifier l'exemplaire puisqu'elle en possède 79 autres exemplaires, et on peut penser que l'idée de Scott était de proposer son exemplaire à l'institution.

Las, l'expert de la bibliothèque remarque vite quelques notes manuscrites dans les marges de l'exemplaire, caractéristique d'un exemplaire dérobé en 1998 à la bibliothèque anglais de Durham. L'élégant anglais est aussitôt arrêté et poursuivi.
Raymond Scott prend des forces avant son procès

C'est à ce moment là que le monde va découvrir l'excentrique Raymond Scott, libraire, fils de libraire et personnage fantasque s'il en est. On découvre rapidement que s'il demeure dans une modeste maison à quelques kilomètres de la bibliothèque Durham, et vît d'une mince allocation sociale (100 euros par semaine), Raymond Scott roule en Aston Martin ou en Ferrari (Dino, l'homme a du goût), porte des costumes de luxe et voyage sans cesse à l'étranger, en particulier à Cuba.
Raymond Scott en tenue de campagne

Sur cette île, il a en effet fait la connaissance d'une danseuse de 30 ans, Heidy, qui est de 23 ans sa cadette. On comprend rapidement que celle-ci préfère profiter des largesses de ce capitaliste en goguette que de consacrer leurs rencontres à lui vanter les vertus du communisme à la Fidel. 
Raymond Scott et Heidy, un amour au parfum de vélin

Cet amour au parfum de vélin coûte cher à Raymond, et l'oblige finalement à tenter de mettre en vente le Shakespeare pour subvenir aux besoins croissants de sa jeune capitaliste en herbe.
Raymond Scott arrive au tribunal, avec son assistante

Devant le tribunal où Scott arrive tour en calèche précédé d'un Scotsman, dans une limousine ou déguisé en Che Guevara (pour mieux illustrer la piste cubaine), notre élégant anglais clame, malgré l'évidence, que l'ouvrage est en fait à Cuba depuis plus d'un siècle et que c'est le régime de Fidel qui a empêché son authentification et sa vente à l'étranger. Il a rendu service à la famille de sa fiancée en se dévouant pour faire sortir l'ouvrage de l'île, le faire authentifier et le vendre. Rapidement, les preuves liées aux notes manuscrites viennent confondre Scott qui opte pour une seconde version de la thèse cubaine.
Raymond Scott ou Che Guevara dupé par les enfants de Fidel

Ce sont en fait les parents cubains de sa dulcinée qui ont dérobé le Shakespeare à la bibliothèque de Durham, au terme d'un voyage de milliers de kilomètres, avant de rejoindre leur île et, heureux hasard, que leur fille ne s'éprenne d'un anglais, libraire et habitant à proximité de la bibliothèque de Durham. 
Raymond Scott arrive au tribunal bis, en tête-à-tête avec son conseiller bénédictin

Bref, l'affaire semble mal engagée, d'autant plus que les preuves s'accumulent contre Scott, dont on sait désormais qu'il a été arrêté plusieurs fois pour vol, et notamment pour vol de livres juste avant son procès. Néanmoins, il n'y a aucune preuve du vol... Les employés de la bibliothèque n'ayant rien vu, rien entendu ou presque alors que le livre était présenté dans une vitrine de verre. Pour tout dire, ils ne se sont rendus compte de la disparition de l'ouvrage que quelques jours plus tard. En effet, le voleur avait pris soin de replacer le velours qui protégeait la vitrine des lumières du soleil entre deux expositions. La consigne c'est la consigne et ils n'étaient visiblement pas gênés d'avoir laissé le livre exposé sous le velours pendant quelque temps. C'est beau la conscience professionnelle.

Scott ne sera donc condamné que pour recel et dégradation d'une oeuvre d'art (il a gratté les cachets), à une peine de 8 ans de prison (énorme, non?).

Difficile de ne pas trouver le personnage sympathique en tout cas. Moi j'aime assez.

H

mardi 13 avril 2010

Lortic, le neurologue et les libraires parisiens

Amis Bibliophiles bonsoir,

Je reviens ce soir sur l'un des deux faits divers qui ont secoué le landerneau bibliophile ces derniers mois, à savoir celui du neurologue bibliomane, avec quelques détails supplémentaires.

Vous vous souvenez forcément de cet éminent neurologue suisse, appelons Julien B., qui détournait les fonds de l’hôpital dans lequel il dirigeait un service pour acquérir des ouvrages rares; les livres en question étant plutôt des ouvrages illustrés et bien reliés du 20ème siècle.

Mais peut-être ne savez vous pas que c'est notre ami Pierre-Marcelin Lortic qui est à l'origine de la perte du neurologue bibliomane? En effet, c'est lors d'un contrôle de routine effectué sur une facture reçue à l'hopital que les services comptables de l'établissement découvrîrent que des factures avaient été réglées pour un total de 260 000 euros environ au bénéfice de Lortic SA, qui n'était en fait société fictive (on admire la créativité...), destinée à encaisser à Genève les paiements effectués à un grand libraire parisien.

Malgré sa renommée internationale, qui prouve que l'on peut être à la fois un spécialiste du cerveau et perdre la raison, notre neurologue bibliomane ne pût dissimuler longtemps ses malversations et reconnu avoir élaboré ce système de fausses factures pour assouvir sa passion. 

Au final, ce sont plus de 3,5 millions d'euros qui furent ainsi détournés par le bibliophile, dont on suppose qu'il était accueilli avec amitié chez les libraires. Incarcération, opprobre, caution, il est finalement sommé de s'expliquer devant la Cour: il présente ses excuses et propose qu'il remboursera intégralement toutes les parties lésées.... les chroniqueurs judiciaires présumeront qu'il avait senti le vent tourner dès 2005, en confiant à Christie's le soin d'organiser la vente d'une partie de sa bibliothèque («Bibliothèque d’un amateur européen», vente 5443, 23 mai 2006). La vente ne rassemblera que 117 lots mais totalisera plus de 4,2 millions d'euros (http://www.christies.com/LotFinder/searchresults.aspx?intSaleID=20697#action=refine&intSaleID=20697&sid=0a2f5ba9-916f-44a4-8a10-8a83dea0a517). 


Le calcul est vite fait et l'on constate que le neurologue avait bien de quoi rembourser ses victimes, il ajoutera un don de 45 ouvrages rares de sa collection vaudoise à une bibliothèque publique juste après le procès.

Il sera finalement condamné à deux ans de prison avec sursis et une forte amende. Autre chose? Oui, il cocasse de noter que Julien B. est le fils d'un original qui avait dérobé un Watteau au Louvre en 1939, en sortant simplement avec le tableau sous le bras, avant de le rendre deux mois plus tard après l'avoir restauré.

J'ai identifié au moins l'un des ouvrages de Julien B. lors d'une vente Bérès. Il pourrait être amusant de retracer son itinéraire: vendu par M. Vrain, libraire parisien, au bibliophile suisse qui y apposa son ex-libris, avant de le remettre en circulation lors de la vente Christie's, où il sera acquis par Pibi puis remis en vente lors des ventes du siècle? 

Mais dis-moi, Pierre-Marcelin, pourquoi toi, qu'es-tu allé faire dans cette galère?

H

dimanche 1 février 2009

Réponse à l'énigme, quelques chiffres, un faussaire moderne

Amis Bibliophiles Bonsoir, 

1. L'énigme: voici la réponse à la jolie énigme de Lauverjeat: il s'agissait de la "coquille": c'est-à-dire, l'addition, l'omission, la substitution ou l'inversion d'un ou de plusieurs caractères dans un ouvrage imprimé.(à différentier du mastic qui est un mélange de caractères, de mots ou de lignes d'origine le plus souvent accidentelle en typographie). 

Érasme déplorait une coquille en parlant de la reine de Hongrie (en latin) qui déboucha sur un "Mentula" (organe sexuel féminin) au lieu de "Mente illa".

Malherbe aurait écrit primitivement "Et Rosette a vécu… ", le typographe y substitua ce vers magnifique "Et rose, elle a vécu…".

Insigne et indigne, bien et rien sont des coquilles fameuses qu'un typographe cité par Larousse mis en vers.

Enfin Robert Estienne affichait ses épreuves, les bien nommées, à charge au passant d'y débusquer des coquilles!
Voici une image avec une coquille amusante, sur la page d'Errata de "la traduction de l'Eneide de Virgile par Mr de Segrais", Paris, 2 tomes, 1668-1681: on lit Tite Livre au lieu de Tite Live.

2. Quelques chiffres: merci à tous pour votre fidélité même si j'ai bien conscience de ne pas toujours être au rendez-vous ces derniers jours et donc la mériter. En effet, la fréquentation du blog a fait un bond TRES important en janvier en matière de trafic, puisque un peu plus de 5300 visiteurs différents lui ont rendu visite. Merci beaucoup.

3. Une histoire de faussaire pour terminer, que plusieurs d'entre vous m'ont transmise, dont Julien que je remercie, et qui fait une nouvelle fois intervenir ebay: en effet un vendeur américain vient d'être mis en examen pour avoir abusé ses clients depuis deux ans. Il utilisait deux pseudonymes différents sur le site de vente aux enchères: avec le premier il achetait des éditions originales de grands auteurs, qu'il agrémentait d'une signature et/ou d'un envoi de l'auteur, avant de les revendre avec un second compte. Au final, une escroquerie de près de 300 000$, même s'il est peu probable qu'il ait attrapé un bibliophile dans ses filets, puisque les auteurs concernés étaient uniquement contemporains: Tom Clancy, Truman Capote, Kurt Vonnegut, Anne Rice et d'autres... 300 000$ dollars quand même....
En parlant d'ebay, si vous avez une belle édition des Fermiers Généraux des Contes et Nouvelles en Vers par La Fontaine, je crois que c'est le moment de la mettre en vente... Elles se vendent comme des petits pains, ou des Ambroise Paré, au choix. (je garde la mienne, notamment pour la planche "Les Rémois"). 

H

mardi 6 janvier 2009

La Carte du Vinland: un OOPArt Bibliophilique?

Amis Bibliophiles bonjour, 

Je vous propose aujourd'hui de découvrir le premier acte de la saga de la carte du Vinland, l'une des grandes "énigmes", voire l'un des grands scandales de la Bibliophilie au 20ème siècle. Je vous proposerai le second acte après-demain, tant cette histoire mérite deux messages.
Avant tout, deux questions: qu'est-ce qu'un OOPArt et les péripéties d'une carte ancienne ont-elles un rapport avec la Bibliophilie?

1. Qu'est ce qu'un OOPArt: il s'agît du terme inventé par le zoologiste américain Ivan T. Sanderson pour désigner un artéfact archéologique ou historique dont les caractéristiques diffèrent de celles attendues d'un objet appartenant à la zone géographique ou temporelle du site où il a été découvert, au point qu'il est impossible au monde scientifique de le reconnaître comme appartenant réellement à la culture de ce site. Les crânes de cristal par exemple, qui ont eu récemment les faveurs du cinéma sont un OOPArt. Les OOPArts peuvent par exemple être des faux, des canulars, liés à des erreurs d'interprétation, ou des objets mis en avant pour défendre des thèses contestables, telles que le créationisme ou l'ufologie.

2. Quel est le lien entre une carte ancienne, puisque c'est bien de cela dont il s'agît, comme vous allez le découvrir ci-dessous, et la Bibliophilie? Il est très important dans ce cas précis dans la mesure où le destin de la carte est extrêmement lié à celui de deux ouvrages anciens, mais aussi parce qu'elle est passée entre les mains de libraires, pour terminer dans une grande bibliothèque américaine. Mais je suis certain qu'après avoir découvert la saga de la carte du Vinland, vous comprendrez son intérêt bibliophilique.

La carte du Vinland, aujourd'hui conservée à la Bibliothèque Beinecke de Yale, daterait du xve siècle et serait la copie d'un original du 13ème siècle. 

Son importance réside dans le fait que, outre la présence de l'Europe, de l'Asie et de l'Afrique, elle montre une portion de terre au-delà de l'Atlantique Nord, appelé Vinland, qui confirmerait le fait que les Européens auraient eu connaissance des voyages des Vikings au xie siècle, anticipant de quatre siècles la découverte du Nouveau Monde par Christophe Colomb (1492). La carte indique également un certain nombre d'îles, notamment une île nommée "Beati Brandani" (île de Saint Brandan) et une île nommée "Branziliae" rappelant étrangement le mot Brésil.

Elle est dessinée sur une feuille de vélin pliée verticalement en son milieu pour former deux feuillets. Elle est reliée avec un manuscrit, Historia Tartarorum (ou Relation Tartare), version ancienne du texte du franciscain Jean de Plan Carpin, lui-même autrefois relié en appendice au Speculum Historiale de Vincent de Beauvais. Le texte de ce manuscrit est d'une écriture cursive gothique à deux colonnes par page et ses feuillets sont de même dimension que ceux de la carte. L'ensemble est recouvert d'une reliure qui semble avoir été exécutée entre 1900 et 1957.

L'histoire récente de cette carte est assez romanesque: elle est apparue officiellement sur le marché pour la première fois en 1965 quand le libraire américain Laurence Witten l'a proposée à la bibliothèque de Yale. En réalité Witten fût en contact dès 1957 avec la carte lors d'un voyage d'affaires en Europe. Elle faisait partie d'un lot proposé au libraire genevois Nicolas Rauch par un courtier italien du nom d'Enzo Ferrajoli. Celui-ci vivait en Espagne après avoir servi dans l'armée italienne puis s'être engagé dans les troupes franquistes au moment de la Guerre Civile. Enzo Ferrajoli est l'exemple d'une génération de courtiers cultivés et connaisseurs qui parcouraient alors l'Europe d'après-guerre pour dénicher et proposer des livres rares aux libraires et aux amateurs. L'époque était faste pour les bibliophiles et les livres affluaient en grand nombre sur le marché, conséquence directe de la guerre: origines incertaines, bibliothèques contraintes de se séparer d'une partie de leurs fonds pour financer des travaux, collections dispersées, etc. 

Ainsi par exemple des centaines d'incunables de la bibliothèque de l'Etat de Bavière furent mis en vente. Les livres de Ferrajoli venaient notamment de ce genre de collections et nous savons qu'il se trouve toujours des bibliophiles ou des libraires pour fermer les yeux sur la provenance d'un ouvrage... d'autant plus que les feuillets de garde, indiquant les provenances furent souvent arrachés. 

Witten finît par acheter un lot à Ferrajoli, incluant le manuscrit et la carte, bien que celle-ci ait été également proposée à de grands libraires anglais qui hésitèrent puis renoncèrent devant les implications qu'une telle carte suggérait. De plus, dès le départ, quelques interrogations furent soulevées, comme le fait que les trous de vers de la carte et du manuscrit ne correspondaient pas, et si les doutes sur l'authenticité du manuscrit furent rapidement levés, ils subsistaient pour la carte. (NB: reproduire un manuscrit de 1450 lignes comme celui de la Relation Tartare est considéré comme quasiment impossible).

Néanmoins, Witten acheta l'ensemble, notamment parce que le manuscrit en lui-même restait un ouvrage d'une grande rareté, mais aussi parce Ferrajoli, finalement, n'eût pas d'autre acheteur. Restait pour le libraire à authentifier la carte... Après cette première étape, le hasard (...?) intervient et permet à Laurence Witten d'entrer en contact avec Tom Marston, qui lui présente un volume en reliure du 15ème siècle au dos refait, contenant une partie du texte de Vincent de Beauvais... le Speculum Historiale. Les similutudes entre la Relation Tartare et ce nouveau texte sautent immédiatement aux yeux de Witten: le texte est écrit sur deux colonnes, sur des cahiers de papier dont les premières et huitièmes feuilles sont de vélin. Là aussi, il s'agît d'une écriture cursive gothique du 15ème siècle et les deux manuscrits ont la même taille, et les deux papiers laissent apparaître une tête de boeuf en filigrane. En comparant les ouvrages plus précisément, il s'avéra que leur dimension était très exactement identique. 


Plus intéressant, les trous de vers de la carte coïncidaient avec ceux du début du Speculum Historiale et que ceux de la Relation Tartare coïncidaient avec ceux de la fin du Speculum Historiale: tout laissait donc à penser que les trois éléments ne faisaient en fait qu'un, la carte du Vinland étant placée avant le Speculum et la Relation Tartare après le Speculum. Les éléments auraient été séparés par la suite, comme l'explique la reliure moderne et le fait que le dos du Speculum Historiale ait été refait. 



La réunion des trois éléments permettait semble-t-il d'authentifier la carte puisqu'il paraissait difficile d'imaginer qu'un faussaire ait désolidarisé le tout, faisant disparaître ainsi les preuves d'authenticité de la Carte et de la Relation. Le lien entre les trois éléments était de plus corroboré par une inscription figurant sur la Carte et signifiant à peu près "Delineatio primae partis. secundae partis. tertiae partis speculi", soit: dessin de la première partie, deuxième partie, troisième partie du speculum".



Mais revenons à la carte elle-même: La première équipe qui examina le document remarqua la ressemblance avec une carte des années 1430 attribuée au navigateur italien Andrea Bianco ; l’Afrique est coupée là où la carte de Bianco était pliée. Elle en diffère aux confins est et ouest, en particulier dans le cas du Groenland qui est représenté comme une île, fait pourtant ignoré des géographes scandinaves de l’époque.


En ce qui concerne le vélin, en 1995, des chercheurs de l’université d’Arizona et de la Smithsonian Institution se rendirent à l'Université Yale pour dater ce parchemin par la méthode du carbone 14 avec spectromètre de masse à accélérateur. Le résultat donna une date assez précise de 1434 avec plus ou moins 11 années en plus ou en moins soit entre 1423 et 1445 mais cette date n'est valable que pour le support de la carte, et non la carte elle-même. 



Vous le constatez, tous ces éléments indiquent que la carte du Vinland semble bien être la preuve bibliophilique irréfutable que les Vikings ont bien découvert les Amériques comme le content plusieurs sagas... Et pourtant. C'est loin d'être le cas, et je vous présenterai les théories des détracteurs de la carte dès demain...


 

 

En effet, si la carte semble faire partie d’un ensemble dont deux éléments tendraient à confirmer l’authenticité globale, et si elle est tracée sur un vélin qui a bien été scientifiquement daté de la 1ère partie du 15ème, soit 50 ans environ avant que Colomb ne pose un pied sur le Nouveau Monde, il subsiste de nombreux doutes.

 

On peut aujourd’hui classer ces doutes en eux grandes catégories : ceux liés au contenu de la carte elle-même d’une part, et les éléments matériels d’autre part.

 

Ainsi, sur la carte, Leif Eriksson est appelé Erissonius, ce qui ne deviendra pourtant la norme qu'au 17ème siècle et supposerait une transmission italienne ou française. Cela suggère que l’auteur ne serait pas un scandinave connaissant le latin, mais un non-scandinave connaissant le latin mais pas les langages nordiques. Le fait que l’Islande soit écrite Isolanda confirme que l’auteur pourrait être italien.


Par ailleurs, la graphie æ, qui apparaît plusieurs fois sur la carte, était hors d'usage à l'époque où la carte est censée avoir été produite, hormis quelques textes italiens transcrits délibérément à l'antique, et n'est habituellement pas utilisée en écriture gothique qui est celle du document.

 


Sur la carte, on retrouve une virgule dans la ponctuation, écrite « / », ce qui est anormal dans l’écriture Oberrheinisch Bastarda utilisée et aucune virgule n’est utilisée dans le manuscrit de la Relation Tartare.


 


Enfin, l'évêque Eirik est mentionné en latin « du Groenland et des régions voisines » (regionumque finitimarum). Or, cette expression avait déjà attiré plusieurs années avant la découverte de la carte l'attention du chercheur allemand Richard Hennig : on ne la trouvait que dans les ouvrages du franciscain Luka Jelic (1863–1922), et Henning voulait savoir de quelle source il la tenait. Il pensait avoir prouvé qu'elle venait de sources françaises citées par Jelic dans sa première édition (en français). « évèque régionnaire des contrées américaines » aurait été retraduit en latin dans les éditions ultérieures. Il ne s'agirait donc pas d'un titre ancien de l'évêque de Groenland et sa présence sur la carte permet de soupçonner une fraude s'inspirant de Jelic, qui fut lui-même un moment mentionné comme l'auteur possible de la carte.



 

De plus, et c’est un élément important, Laurence Witten s’est avéré incapable de préciser la provenance de la carte en dehors du nom du courtier et des possibilités qu’elle ait appartenu à un collectionneur espagnol du 10ème siècle. Et aucune trace de cette carte ou de ces volumes, même partielle, n’a pu être retrouvée dans les bibliothèques européennes, et ce depuis l’époque où la carte aurait produite. Laurence Witten a d’ailleurs toujours été assez flou sur les origines supposées de la carte, en dehors de l’acquisition auprès de Ferrajoli (qui de son côté a connu des problèmes avec la justice espagnole pour des vols de livres dans des institutions), il a même avoué avoir menti sur certains points.



 

Enfin, l’encre, dont l’analyse est encore sujette à de nombreux débats. Le tracé de la carte est constitué de la superposition de deux lignes, une noire presque effacée au-dessus d’une jaunâtre10. En 1967, les chercheurs du British Museum remarquent la nature inhabituelle de l’encre pour un manuscrit. En 1974, l’expert légal Walter McCrone détecte la présence de dioxyde de titane (ou anatase), substance que la chimie ne sait produire que depuis le début des années 1920. Ce composé étant utilisé pour les couleurs pâles, sa présence indique que la ligne jaune ne résulte pas du vieillissement d’une encre ancienne mais d'une fraude. Pour autant, une analyse  contradictoire de juillet 1985 réalisée à l’Université de Californie à Davis, montre que le dioxyde de titane n’est présent qu’à l’état de traces.



 

Je vous livre pour terminer la conclusion de la chercheuse J. Olin du Smithsonian Institue : « Il est parfois possible de déterminer si un objet est un faux en se basant sur des analyses scientifiques. Il est très difficile de prouver qu’un objet est authentique. Le papier utilisé est une preuve que la carte du Vinland est d’époque. La composition élémentaire de l’encre est cohérente avec une encre médievale. Ces deux éléments attestent de l’authenticité de la carte. Les objections liées au fait que le Groenland soit décrit comme une île dès le 15ème siècle ont déjà été levées par ailleurs... les analyses diverses tendent donc à donner une grande crédibilité aux thèses défendant l’authenticité de la carte du Vinland ».

 


Il semble que ce soit désormais la thèse qui prévale même si une thèse intéressant a suggéré que le jésuite allemand Josef Fisher (1858-1944) puisse être le faussaire. En effet, dans un catalogue d’une vente suisse de 1934, on a découvert que l’un des lots pourrait être la 5ème section de l’ensemble, qui était manquante. L’origine de ce fragment était la bibliothèque du château Mikulov de Brno, connue pour ses cartes anciennes et que Fischer consulta. Il serait envisageable que Fischer ait acheté l’ensemble contenant la Relation Tartare et le Speculum Historiale lors de la vente de la bibliothèque au début des années 30. Dans ce cas, si la carte avait été présente, on peut penser que cet éminent cartographe l’aurait dévoilée… a contrario on peut aussi penser qu’il ait pu prélever le vélin nécessaire, induisant le découpage de l’ouvrage, pour produire une fausse carte.

 



A vous de vous faire votre avis (si l’un de vous est informé d’une nouvelle théorie, qu’il nous en informe) sur cette belle histoire. Son intérêt bibliophilique est évident, même si désormais sa dimension historique est moindre, puisque des fouilles dans L’Anse aux Meadows (Canada) ont depuis démontré que les Vikings avaient établi un campement en Amérique du Nord dès 970.



H

jeudi 23 octobre 2008

Escrocs et vol de livres: vol des codes Freeman et Maxwell

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Je reprends mon cycle sur les escrocs qui hantent le monde du livre, en attendant de donner plus d'exposition à ces textes..., pour donner un peu d'espoir à ceux à qui on un jour volé un livre, et pour montrer que escroc de haut vol comme Libri, ou Arsène Lupin amateur comme nos deux amis américains, ils finissent souvent par se faire prendre.

L'action s'est déroulée cet été au Rutherford B. Hayes Presidential Center de Fremont dans l'Ohio. Deux livres précieux furent volés: le "Laws of the Territory of the United States North West of the Ohio", publié en 1796, et plus connu sous le nom de Code Maxwell, et le "Laws of the Territory of the United States North West of the River Ohio", publié en 1798, et plus conny sous le nom de Code Code.

Je ne sais si les voleurs de livres se passent le mot, mais encore une fois, le déroulement des faits est assez rocambolesque: Le 27 Juin, Joshua McCarty et Angela Bays se sont présentés à la bibliothèque et ont demandé à consulter les deux ouvrages, qui était dans le même étui. Curieusement, McCarty a réussi à emmener les deux livres dans les toilettes pour dames... Première curiosité, puisque Joshua McCarty est un homme.... cette incongruité a éveillé l'intérêt d'un employé de la bibliothèque qui a interpellé McCarty et récupéré les livres.... Deuxième curiosité, les employés de la bibliothèque n'ont pas vérifié les livres, et n'ont découvert qu'au mois de septembre que les pages du code Freeman avaient disparu. Seule restait la reliure.

Attention, maintenant, accrochez-vous: entre le vol et sa découverte en septembre, le 25 août précisément, un certain Zachary Scranton s'est présenté à la bibliothèque et a demandé à consulter le Code Maxwell (l'autre). N'ayant pas de pièce d'identité, il a proposé de laisser son sac à dos en guise de caution... Troisième curiosité. Evidemment, Scranton a profité d'un moment d'inattention des employés pour s'enfuir et leur laisser le sac à dos, rempli de papier toilette... Vous l'aurez deviné, c'est McCarty qui avait payé Scranton pour voler le deuxième ouvrage (300$). Pour votre information, les deux livres valent ensemble environ 100 000$.

Les trois complices furent finalement arrêtés, et la police découvrit que McCarthy avait vendu le Code Freeman a un amateur anglais pour 25 000$ par l'intermédiaire d'un libraire de Philadelphie. Le code Maxwell fût retrouvé chez un autre libraire... Les voleurs sont aujourd'hui sous mandat fédéral.

Tout est bien qui finit bien comme vous le voyez, et vous pouvez dormir sur vos deux oreilles la bibliothèque demande maintenant un papier d'identité avec une photo pour pouvoir consulter un ouvrage rare. La sécurité est donc... maximale. L'histoire ne dit pas s'ils utiliseront un registre, ou si un sac un dos rempli de papier toilette pourra encore servir de garantie.

H

dimanche 7 septembre 2008

Le scientifique, le bibliophile et les truands: où Nicolas Copernic sous les fourches caudines des libraires

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Les plus grands noms s'invitent sur le blog du bibliophile, et je vous présente ce soir un article proposé par Nicolas Copernic : Le scientifique, le bibliophile et les truands: où Nicolas Copernic sous les fourches caudines des libraires de livres anciens, d’après « Le livre que nul n’avait lu. A la poursuite du « De Revolutionibus » de Copernic. Par Owen Gingerich. Dunod, 2008 ».

A vous la parole, Nicolas:

"Je ne vais pas mentir, je connaissais de réputation cet ouvrage parut aux Etats-Unis en 2004, et qui avait fait déferlé sur la très célèbre « bookfair » de New-York. Un bémol : déferlé certes, mais comme un courant sous-marin. On ne secoue pas ouvertement le monde feutré de la très haute bibliophilie : on se moque, on fait des gorges-chaudes, mais tout cela par derrière. Jamais on osera évoquer en direct, affronter oserais-je dire, l’un des plus grands libraires de la planète encore en activité.

Mais de l’eau était passé sous les ponts depuis 2004, et puis plus rien.

Jusqu’à cet été 2008 où un très cher ami, libraire d’ancien de son état, me téléphone afin de m’informer de la traduction de cet ouvrage. Ni lui ni moi n’avons fait sur le moment le rapprochement avec l’ouvrage de 2004, et ce n’est que quelques jours plus tard qu’il me retéléphona avec cette nouvelle : « attention au chapitre 13,c’est de la dynamite ».

L’auteur de ce livre, scientifique de renommée internationale, s’est lancé pendant de longues années à la recherche des annotations présentes dans les marges, les feuillets blancs…de tous les exemplaires du De Revolutionibus de Copernic, de l’édition originale de Nuremberg de 1543 et de la seconde édition de Bâle de 1566. De cette quête il a fait deux ouvrages: un census (ou recensement) de tous les exemplaires connus et localisés de cet ouvrage dans les deux éditions, et un second, celui que je me permets de vous présenter succinctement aujourd’hui.

Cet ouvrage, qui se lit finalement comme un roman policier (il faudra plus de trente ans à l’auteur pour trouver et recenser tous les exemplaires connus ou non, et ce même à Moscou, à Leningrad, à Varsovie en pleine période la plus glaciale de la Guerre Froide) est un pur plaisir pour un collectionneur et/ou bibliophile (là je mets volontairement une distinction que j’expliquerai plus tard) car on accompagne ainsi au fil des pages la redécouverte d’un livre mythique.

Oui livre mythique : le premier à développer (même si ce ne reste tout au long de l’ouvrage qu’une hypothèse de travail purement scientifique : Copernic est un chanoine catholique, et on ne joue pas avec Dieu et sa très sainte Inquisition surtout) ouvertement et publiquement la thèse héliocentrique : à savoir mettre le Soleil au centre de l’univers et non la Terre comme dans le système de Ptolémée.

Ainsi au fil de l’enquête, l’auteur découvrira les exemplaires de certains des savants les plus célèbres de notre histoire dont celui de Mercator (quand même), "re-découvrira" avec l’aide de certains libraires en livres anciens des exemplaires volés à des collections publiques en Pologne et aux USA…

A lire donc et à recommander à tous les amateurs de livres anciens, qui n’ont pas besoin de beaucoup de connaissances scientifiques je rassure car c’est mon cas. Il faudra cependant faire abstraction de la mauvaise traduction des termes de bibliophilie, le traducteur étant nettement plus un scientifique qu’un collectionneur et/ou bibliophile comme l’auteur (par exemple il faudra sans cesse jongler entre exemplaire et copie : copy/copies voulant dire exemplaire en anglais est traduit systématiquement par copie, ce qui agace et peut prêter à confusion).

L’auteur, comme indiqué plus haut, est scientifique et collectionneur. Je dis volontairement collectionneur et pas bibliophile car il ne se cache pas pour ouvertement avoir à moindres frais les exemplaires des ouvrages scientifiques qu’il convoite. Rien de malhonnête et tout à son honneur puisque cette démarche lui fait acheter des exemplaires incomplets, mal reliés, et lui fait reconstituer des exemplaires de travail et dont le cheminement est bien connu (ce qu’il appelle étrangement des « Dames sophistiquées » et dont le nom est donné au chapitre 13). Depuis l’aube des âges anciens de la bibliophilie tous les grands bibliophiles (La Vallière, Hoym…) ont fait compléter leurs précieux incunables en « empruntant » à d’autres les feuillets ou les gravures manquants. Rien de choquant, et l’on voit encore de nos jours de somptueuses raretés bibliophiliques passer dans les ventes publiques avec la mention « feuillet a° provenant d’un autre exemplaire ». Au moins là la chose est claire.

Mais c’est là que le sujet devient brûlant, provoquant ce raz-de-marée « sous-marin » évoqué dans l’introduction de cet article.

Owen Gingerich a fréquenté les libraires de livres anciens à la fois pour ses recherches et sa collection privée. Ainsi à force d’examiner les exemplaires des deux éditions du De Revolutionibus il est devenu une autorité incontestée et incontestable faisant foi auprès des institutions, des libraires et également des salles des ventes.

Ayant mesuré au millimètre près, photographié (avec des flashs à lumière froide spécialement mis au point), recopié, traduit et analysé les notes, remarques, ex-libris des différents possesseurs de chaque ouvrage, noté en détail chaque tâche, chaque déchirure, chaque manque, ayant étudié de façon systématique la censure dont le livre fit l’objet en 1620 par l’Inquisition, l’auteur se révèle d’une impitoyable cruauté en étalant la vérité des pratiques commerciales de certains libraires de livres anciens.

Vous comprendrez bien volontiers que pour l’édition originale (ou la seconde) du De Revolutionibus certain collectionneurs soient prêts à débourser un million d’euros (ou plus) pour acquérir un bel exemplaire en reliure du temps. Vous comprendrez bien volontiers également que ce montant puisse attirer la convoitise, la concupiscence de certains libraires en livres anciens, prêts à vendre leur âme et leur génie au diable pour quelques deniers d’argent.

Ainsi Bernard Clavreuil, de la Librairie Thomas-Sheler, reçoit un accessit pour son honnêteté en 1982 pour un exemplaire arrangé : « Oh ! il s’agit d’une copie qui existe depuis environ trente ans m’a-t-il dit » (Bernard Clavreuil à l’auteur, page 230). L’honnêteté du libraire est cette fois clairement établie : « je me hâte d’affirmer que Clavreuil ne faisait pas mystère de l’état problématique du livre : son prix respectait clairement le fait que cette copie « était une dame très sophistiquée » (page 231).

Cependant l’auteur est beaucoup moins affirmatif pages 233 et 234 (et à vrai dire pas affirmatif du tout, au mieux évasif) sur un exemplaire de la seconde édition de 1566 acquise aux enchères par Bernard Clavreuil en 1977 à Amsterdam, puis revendue toujours aux enchères à Genève « sans plus aucun défaut ». L’auteur a « demandé alors à Bernard Clavreuil ce qui s’était passé, et il [m’] a répondu sans sourciller, comme si de rien n’était, qu’il avait commandé deux feuillets fac-similés et il m’a donné des photocopies pour me montrer comme elles étaient bonnes. Il a ajouté que le livre avait fini dans la collection de P.Z, mais il n[e m’]’ a pas révélé qui était ce P.Z. ».

Cela se déroulait vers 1985 d’après l’auteur, puisque dix ans plus tard en 1995 un important libraire de New-York lui téléphona car il avait un doute sur l’authenticité du dernier feuillet (qui se révélera lui être bon).
Acquis à la vente Philippe Zouméroff, l’un des plus grands bibliophiles actifs sur le marché dans les années 1980 (et qui d’après les rumeurs aurait cessé d’acquérir et dispersé ses collections dans les années 1990 par suite de l’écœurement provoqué par les manœuvres financières des grands libraires de livres anciens), l’auteur fit de suite le rapprochement avec l’exemplaire Bernard Clavreuil acquis par le mystérieux P.Z. Et je ne vous indique pas la désillusion de ce pauvre libraire new-yorkais qui ayant un doute sur le dernier feuillet s’est retrouvé avec deux feuillets en fac-similé, il a du en faire une tête en apprenant la nouvelle.
Enfin bon, vente annulée, exemplaire repassé à Drouot avec cette fois la mention que « les pages avaient été ajoutées mais se gardant bien de dire qu’il s’agissait de fac-similés ».

Edifiant non ?

Sont ainsi dévoilées en quelques pages les pratiques commerciales de quelques libraires et maisons de ventes aux enchères sur les grands textes scientifiques (mais il en est sans doute de même pour tous les grands textes je pense). Là où l’amour du profit a remplacé l’amour des livres, là où mes illusions en ont pris un grand coup même si je ne verse jamais de larmes en pensant aux grands libraires de la planète.

Je n’ai cité ici que Bernard Clavreuil car c’est le seul libraire vivant et français qui parle ouvertement de ces méthodes à l’auteur, et qui est même assez confiant pour lui donner des secrets de fabrication. Mais dans ce chapitre 13 des « Dames sophistiquées » on peut également voir que Lucien Scheller (de la Librairie Thomas-Scheller, dirigée par Bernard Clavreuil. Là je ne fais pas exprès, c’est comme ça) en 1950 s’associait avec Ernst Weil (d’après l’auteur il s’agit de l’un des premiers libraires indépendants spécialisés en sciences, voire le premier) pour « arranger » un exemplaire.

Je vous invite donc à vous procurer cet ouvrage, ce roman policier pour les vrais amoureux des livres anciens, qui devrait donner du grain à moudre à tous ceux qui ont toujours pensé que les libraires d’anciens étaient des roublards ou au contraire donner des arguments aux « pro-libraires », car un bon nombre d’entre eux ont été des auxiliaires précieux dans les recherches de l’auteur.
A chacun de conserver ou de se faire son avis.

Moi c’est fait : ne pas généraliser, ne pas donner les défauts de quelques uns à tous, et surtout accorder du respect à tous, libraires de livres d’anciens et bibliophiles réunis par et pour le livre.

A très bientôt peut-être pour un autre article polémique si l’occasion se présente,
Nicolas Copernic

Merci Nicolas!
H

Références bib. : Le livre que nul n’avait lu. A la poursuite du « De Revolutionibus » de Copernic. Par Owen Gingerich, Professeur émérite d’astronomie et d’Histoire des sciences à Harvard, astronome émérite au Smithonian Astrophysical Observatory. Traduit de l’anglais (USA) par Jean-Jacques Szczeciniarz, Professeur d’Histoire des sciences à l’université des sciences à l’université Paris-VII-Denis Diderot. Dunod, 2008.

mercredi 19 mars 2008

Lorello, le bibliothécaire voleur...

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Qui n'a pas un jour vécu de tels moments, dans une salle des ventes, ou confortablement installé à son bureau face à un écran d'ordinateur? Enchérir, voir quelqu'un surenchérir, enchérir, le voir surenchérir, etc. Ce qui est plus inhabituel ce sont les conséquences récentes d'une bataille d'enchères entre deux américains.

Dans le cas qui nous intéresse, le meilleur enchérisseur est un juriste américain qui vient de remporter une photographie d'un général de la Guerre de Sécession sur ebay, pour 2500$. Plutôt que de se faire envoyer l'objet, il propose de rencontrer le vendeur pour une remise en mains propres, et ce dernier organise une rencontre sur le parking de son lieu de travail... La Bibliothèque de l'Etat de New York, et plus particulièrement la section Manuscrits. L'acheteur se rend sur place, rencontre un vendeur affable et cultive, Daniel Lorello, conservateur de la dite librairie et expert.

Notre acheteur est bien loin de se douter que cette transaction sera au coeur d'un important vols de documents historiques, dont un almanach de Davy Crockett, commis par le conservateur en question.

En effet, celui-ci, après avoir vendu près de 300 documents anciens sur ebay, sera arrêté par la police, et rapidement confondu. En quelques années, il aura ainsi écoulé des documents précieux, plusieurs centaines, qui malheureusement, ne seront pas tous retrouvés par les autorités, malgré l'aide d'ebay.

A noter que le voleur profitait de sa position et du fait qu'il travaillait dans cette bibliothèque depuis de 30 ans, pour escamoter des documents et livres rares, mais pas assez rares pour attirer l'attention.

A noter également, et cela rejoint notre récent débat, que la bibliothèque n'avait pas remarqué la disparition des objets. Ce sont des acheteurs sur ebay qui ont alerté la police, avant que celle-ci n'achète un livre du vendeur sur ebay, pour le confondre définitivement. Les victimes de Lorello furent aussi bien des particuliers collectionneurs, que des professionnels.

A noter enfin, le geste appréciable d'ebay, qui a offert de racheter tous les objets vendus par Lorello sur ebay, pour 70000$ environ, avant de les offrir à la Bibliothèque spoliée.

Qu'en déduire?

L'absence d'un cachet ne garanti malheureusement pas la provenance d'un livre ou d'un document. Professionnels comme amateurs peuvent être abusés par un vendeur malhonnête, même si ici, c'est un particulier qui a tiré la sonnette d'alarme. Se méfier des mariées trop belles, sur ebay comme ailleurs. Et puis, pour finir sur un sourire... n'est-il pas cocasse de constater que la plupart de ces tristes individus ne sont quand même pas très futés! Ou alors on attrape que les plus bêtes...

H

samedi 1 mars 2008

Le vol de livres le plus stupide du siècle!

Amis Bibliophiles Bonjour,

Je reprends aujourd'hui une rubrique que j'avais délaissée pour cause (heureuse) de manque d'actualité, celle des "escrocs et autres filous du monde de la bibliophilie et du livre ancien"...

L'action se déroule au Kentucky, à l'Université de Transyvalnie (Etats-Unis) et nous allons suivre les aventures de quatre pieds-nickelés modernes. Les quatre apprentis voleurs sont en fait des étudiants, et pendant un an ils vont mûrir un plan leur permettant de s'emparer d'un certain nombre de livres de la réserve des livres rares de la bibliothèque de l'université. Je vous laisse juges!

1. Première phase : les bureaux de Christie's à New York reçoivent un email envoyé sous un fausse identité, leur proposant une collection de livres rares afin d'organiser une vente. Parmi les livres proposés, on retrouve une collection de manuscrits du 15ème siècle, un Audubon sur les quadrupèdes, une édition originale de Darwin. Bref, l'expéditeur du mail suggère à Christie's qu'il y en a là pour des millions de dollars.

2. Deuxième phase : les étudiants demandent par email une entrevue à la bibliothèque de l'Université, prétendant être un collectionneur important. Le jour convenu, afin d'être plus crédibles, les jeunes hommes se présentent à la bibliothèque, grimés et déguisés en hommes plus âgés (NDLR : on ne dira jamais assez le manque de considération qu'ont les professionnels pour les jeunes bibliophiles!!!). Mais le déguisement est si grossier que les bibliothécaires les ignorent, pensant se trouver face à une farce de potaches. Plus comique, les quatre amis croisent un camarade qui les reconnaît sous leurs déguisements et leur demandent ce qu'ils font ainsi grimés... Les apprentis voleurs rebroussent chemin et reprogramment un nouveau rendez-vous à la bibliothèque pour le lendemain.

3. Troisième phase : le 17 décembre 2004, ils se présentent sans déguisements. Deux étudiants entrent dans la bibliothèque, pendant que deux les attendent dans une voiture prête à filer, stationnée devant l'édifice. Une fois à l'intérieur, les deux apprentis voleurs malmènent la bibliothécaire, la ligotent et commencent à transférer les livres dans un sac... On s'arrêtera un instant pour constater que les rapetous réussissent à ne prendre que certains volumes de plusieurs ouvrages, au lieu de prendre un ouvrage complet : deux des quatre éléphant folios du Audubon sur les Oiseaux d'Amérique, et deux de ses trois volumes sur les quadrupèdes...

4. Quatrième phase : il est temps de sortir, mais avec leurs quatre éléphantesques formats et d'autres livres, nos deux rapetous sont avisés par un autre bibliothécaire. Ils hâtent donc le pas, font tomber les Audubon dans les escaliers, ne cherchent pas à les récupérer, et se mettent à courir pour fuir. Ils atteignent la sortie, montent dans la voiture et démarrent sur les chapeaux de roues. Arrivés avec leur butin chez l'un des étudiants, ils cachent les livres volés dans la cave fermée à clef où celui-ci faisait d'ailleurs pousser de la marijuana...

5. Cinquième phase : il est temps de souffler, et si le butin n'est pas aussi important que prévu, nos quatre lascars estiment s'en être tirés correctement. Erreur...

6. Sixième phase : nos "amis" annoncent à leurs parents qu'ils partent skier alors qu'en fait ils se rendent à New York pour rencontrer Christie's. Hélas pour eux, vous le devinez, la fin était proche... En effet, les "amateurs" ont commis une erreur stupide dès le départ en contactant Christie's et la Bibliothèque de l'Université avec la même fausse adresse email "Mr. Beckmann", via yahoo. Aussi, alors qu'ils étaient en route vers New York, la police du Kentucky vérifiait leur adresse email et constatait que le seul autre contact de la boîte email était Christie's à New York.

7. Septième phase : nos amis avaient donné un numéro de téléphone portable à Christie's pour les contacter, ainsi qu'un de leurs véritables noms... Le 11 février 2005, les quatre voleurs étaient arrêtés. Ils plaidèrent coupables et écopèrent de 87mois de prison chacun, ce que les observateurs qualifièrent de peine lourde compte-tenu de leur absence d'antécédents... sans parler de leur stupidité.

8. Huitième phase : les quatre font appel, écopent cette fois de 108 à 135 mois de prison...

Où l'on voit qu'il n'y a pas que les bibliophiles et les universitaires pour voler dans les bibliothèques, il faut également compter avec les imbéciles!

H

mercredi 24 octobre 2007

Le Retour du "Roman de la Rose"

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Il n'y a pas que des histoires d'excrocs et de filous dans notre petit monde, en voici une belle, communiquée par Isabelle..
Un exemplaire rare du "Roman de la Rose" datant de 1460, volé à son propriétaire français et retrouvé lors de la fouille d'une voiture par la police des frontières allemande en 2004, a été remis lundi à l'ambassadeur de France à Berlin.

Cet exemplaire manuscrit, décoré d'enluminures, a été apporté par le chef de la police allemande, Rüdiger Kass, à l'ambassadeur, Bernard de Montferrand, qui a salué cet exemple d'une coopération judiciaire réussie entre la France et l'Allemagne.
A l'heure de "l'Europe sans frontières" intérieures, face à des "bandes bien organisées qui utilisent l'hétérogénéité" des situations judiriques existant dans différents pays pour leurs trafics, l'ambassadeur a appelé à la "création d'instruments" juridiques nouveaux permettant de mieux faire face à la contrebande d'objets d'art.

Deux policiers de la police allemande des frontières avaient intercepté le 9 mars 2004 non loin de la frontière belgo-allemande, près d'Aix-La Chapelle, une Audi suspecte. Deux policiers avaient saisi dans le coffre un sac en plastique renfermant le manuscrit.

L'exemplaire de ce roman de l'amour courtois, l'une des oeuvres les plus lues du XIVème au milieu du XVIème siècle, a une valeur estimée à quelque 330.000 euros. Il avait été volé en avril 2003 chez un particulier français de Neuilly-sur-Seine, près de Paris et doit être rendu à son propriétaire qui a conservé l'anonymat.

Présent à l'ambassade, un des policiers allemands, Christian Dähn, a expliqué à l'AFP avoir contrôlé la voiture "parce que quelque chose ne collait pas". Les deux policiers ont laissé le conducteur de nationalité serbe repartir. Il a fallu des mois d'enquête pour retracer l'origine du document.

Un mandat d'arrêt européen a ensuite été lancé contre le conducteur. Arrêté en France en décembre 2005, il a été extradé en Allemagne, où il a été condamné à neuf mois de prison en 2006.

H.

Source : Isa + AFP.

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