« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier

"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

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mercredi 21 décembre 2011

Vous êtes plutôt maroquin ou maroquin?

Amis Bibliophiles bonjour,

Il y a d'un côté les amateurs comme Erick, qui ne jurent que par les maroquins d'époque, d'autres comme Philippe qui préfèrent le veau... Personnellement même si le texte est toujours le point de départ dans ma recherche d'un ouvrage, j'avoue qu'avec le temps et en prenant le temps j'essaie désormais, quand c'est possible d'acquérir les textes que je recherche dans des exemplaires en maroquin. Plus joli, plus fin, et souvent mieux conservé, comme si la reliure avait appelé le respect et avait protégé l'ouvrage des outrages du temps et des mains indélicates.

Lots d'ouvrages 18e en reliures en maroquin signées du 19e
(Trautz, Chambolle Duru, Marius Michel, Cuzin, Hardy)
Comme il est parfois difficile de croiser les textes recherchés en maroquin d'époque, mon choix se porte également sur les maroquins postérieurs (19e en tout cas), le plus souvent signés. Aussi je m'interroge souvent, parce que j'aime me poser des questions inutiles: s'il me semble acquis que le maroquin est plus esthétique, qu'en est-il du point de vue bibliophilique?

Que faut-il préférer, toutes conditions d'état égales par ailleurs: un maroquin d'époque, cela va de soit, mais ensuite? Les bibliophiles que vous êtes préfèrent-ils un exemplaire d'un texte 17e ou 18e en veau d'époque, ou en maroquin signé Cuzin, Chambolle Duru, Trautz Bauzonnet ou Marius Michel par exemple? 

Quand j'ai le choix, j'opte en général pour le maroquin 19e... et je dois avouer qu'il peut même m'arriver de préférer un beau maroquin signé 19e à un maroquin 18e abîmé, n'étant pas amateur de restauration. 

Reliures en maroquin d'époque, non signées à gauche, signées Derome à droite
Du reste, il me semble que les maroquins 19e signés ont également une autre dimension qui m'attire, puisqu'ils furent souvent confiés à des ateliers de reliure par des bibliophiles de l'époque, et qu'ils sont régulièrement "améliorés": truffés, reliés dans des reliures renvoyant à l'ouvrage, porteurs de notes ou d'ex-libris, ce qui est parfois un plus.

Ah oui, et en passant, je suis comme Jean Marchand, contre le truffage, à de rares exceptions près: si l'ouvrage a été truffé dans le passé, et bien je le prends bien sûr comme il est, mais si ce n'est pas le cas, je le préfère le plus souvent vierge de toute intrusion. J'ai eu entre les mains des EO 19ème qu'un amateur avait truffé de LAS de l'auteur, mais qui n'avaient strictement aucun rapport avec l'ouvrage, dans ce cas, je ne vois pas l'utilité. Les rares cas où cela devient passionnant, c'est quand la "truffe" a un rapport étroit avec le texte ou l'ouvrage en général. Ainsi, il ne me viendrait pas à l'idée de truffer un ouvrage aujourd'hui, sauf cas absolument exceptionnel et encore jamais croisé.

Bref, maroquin, maroquin ou veau d'époque?

H

lundi 14 novembre 2011

Une "lectio magistralis" de Umberto Eco: considérations sur un bibliophile et ses livres.

Amis Bibliophiles bonjour,

Il ne suffit pas d'avoir Le Rime di Dante pour parler italien. Je ne parle donc pas italien, mais voilà je vous propose quand même de découvrir aujourd'hui une traduction, ma traduction, d'une "lectio magistralis" donnée par  l'écrivain Umberto Eco, l'un des grands bibliophiles de notre époque, à la Foire internationale du livre de Turin qui s'est tenue en mai 2011. 


J'ai passé beaucoup de temps sur cette traduction, qui me semble correcte, passant même par des étapes intermédiaires en anglais et en allemand via google traduction (à qui croyez moi il reste de grands progrès à faire!). Texte intéressant, comme chaque fois qu'Umberto Eco s'exprime, à rapprocher, même s'il reste à la fois plus court et plus global, de celui de Christian Galantaris dans le n°1 de la Nouvelle Revue des Livres Anciens; et qui reste pour moi la référence. J'ai assisté à deux cours de M. Eco (de sémiotique) lors de mes études et j'ai essayé de conserver son ton si possible, même s'il parle probablement mieux français que moi... :) 


"Il y a quelques années, à l’ouverture de la Foire du Livre de Turin, il y avait aussi une section de libraires anciens. Je ne sais pas si leur absence aujourd’hui est liée aux faibles ventes réalisées ou au fait que les visiteurs sont plutôt à la recherche de textes contemporains, mais ils ont disparu de la foire.
C’est très décevant parce que je me souviens avoir vu des écoles entières s'attarder devant les rayonnages et devant les incunables et regarder avec émerveillement ces objets enchantés, ces chefs-d'œuvre de typographie.

Qu'est-ce que les bibliophiles?

On connaît Gerbert d'Aurillac, le pape Sylvestre II, pape de l'an mille, qui dévoré par son amour des livres échangea le manuscrit de la Pharsale de Lucain contre une sphère armillaire. Gerbert ne savait pas que Lucain avait été incapable de terminer son poème, parce que dans l'intervalle, Neron l’avait invité à se couper les veines.  Le manuscrit était donc incomplet lorsqu’il le reçu… Tout bibliophile qui découvre qu’un livre à peine acheté est incomplet en le collationnant le ramène chez le libraire. Gerbert, lui, pour garder le manuscrit, même incomplet, décida de n’envoyer que la moitié de la sphère armillaire.

Je trouve cette histoire merveilleuse, car elle nous dit tout des bibliophiles. Gerbert ne voulait pas seulement lire le poème de Lucain - et cela nous en dit beaucoup sur l’amour de la culture classique dans ces siècles que nous persistons à croire obscurs… non il voulait le posséder. Il voulait posséder le manuscrit, le toucher, le sentir, chaque jour… Et un bibliophile qui, après avoir touché et senti un ouvrage se rend compte qu’il est incomplet, qu’il lui manque le colophon, a la sensation d'un coït interrompu.

Bien sûr il y a des bibliophiles qui collectent et achètent leurs ouvrages en personne, et même certains qui lisent les livres qu’ils accumulent. Mais même pour un rat de bibliothèque, cela en fait trop….

Le bibliophile, lui, même s’il fait attention au contenu, veut l'objet, et encore plus lorsque celui-ci est est en édition originale. Au point que certains bibliophiles – ce que je comprends si je ne l’approuve pas – ne coupent pas les pages des ouvrages qu’ils ont acquis pour ne pas les violer. Pour eux, couper les pages serait aussi sacrilège pour un collectionneur de montres que d’ouvrir une montre définitivement pour en voir le mécanisme.

Les amoureux de la lecture, les chercheurs ou les étudiants, préfèrent la lecture des ouvrages contemporains car ils affirment souvent que leurs commentaires dans les marges, les signes divers qu’ils y ont laissés leur rappelle leur lecture des années après….

Je possède Une « Philosophie au Moyen Age » de Gilson des années cinquante, qui m'accompagne depuis le jour de ma thèse. Le papier de cette époque était infâme, et aujourd’hui le livre part en morceaux dès que vous le touchez ou que vous essayez de tourner les pages. Si cet ouvrage n’était pour moi qu’un outil de travail, je pourrais me contenter d’acheter une nouvelle édition bon marché. Je pourrais même prendre deux jours pour recopier toutes mes notes, leurs couleurs et leur style qui ont changé au fil des ans et  des relectures. Mais je ne peux me résoudre à perdre cet exemplaire, avec son âge fragile qui me rappelle mes années de formation, et qui fait donc partie de mes souvenirs. (...)

Il y a les bibliophiles et il y a les bibliomanes. Voici un exemple pour vous aider à comprendre la différence. Le livre le plus rare du monde est aussi le « premier », la Bible de Gutenberg. Le dernier exemplaire vendu a été acquis par des acheteurs japonais en 1987 pour huit milliards – au taux de change à l'époque. Une autre édition vaudrait évidemment beaucoup moins.

Chaque collectionneur a un rêve récurrent. Faire la connaissance d’une femme nonagénaire ayant un livre à vendre, n’y connaissant rien.  Se rendre sur place, compter les lignes, voir qu'il y en a 42 et découvrir que c'est une Bible de Gutenberg, lui permettre d’échapper à l’avidité d’un libraire malhonnête qui lui en proposerait quelques milliers d’euros (et ce serait déjà heureux pour elle) en offrant 100 000 dollars pour rendre ses dernières années plus douces et repartir chez soi avec un trésor.

Mais après ? Un bibliomane la garderait secrètement pour lui, obnubilé par les voleurs potentiels et veillerait sur elle comme Arpagon, nuit après nuit, ou comme Picsou prenant un bain dans ses pièces de monnaie.
Un bibliophile, lui, souhaiterait que tout le monde puisse voir cette merveille.  Il écrirait au maire de sa ville, lui proposerait de l’accueillir dans le hall principal de la bibliothèque municipale en échange des frais de surveillance et d’assurance et permettrait à chacun de la contempler.  Mais quel serait le plaisir de posséder une telle rareté sans pouvoir se lever à trois heures du matin pour aller la feuilleter ?  C’est le drame : avoir une Bible de Gutenberg serait comme ne pas l'avoir. Mais alors, pourquoi ce rêve utopique ? Et bien les bibliophiles rêvent parfois d’être bibliomanes (...)

Puis il y a le biblioclaste. Il y en a en fait de trois sortes : le biblioclaste fondamentaliste, le biblioclaste par négligence et celui par intérêt. Le fondamentaliste n’est pas l’ennemi des livres en tant qu’objet, il a peur de leur contenu et ne veut pas que d’autres les lisent. Ainsi par exemple le cas de l’incendie de la bibliothèque d’Alexandrie (dont on sait aujourd’hui que c’est un mythe) allumé par un calife qui estimait que tous les livres différents du Coran étaient soient inutiles parce que redondants, soit préjudiciables.

Le biblioclaste par négligence est à l’image de tant de bibliothèques italiennes, pauvres et délabrées, qui deviennent souvent des lieux de destruction des livres, car s’il existe bien un moyen de laisser se détériorer ou de détruire les livres, c’est bien en les faisant disparaître dans des recoins inaccessibles.

L’objectif du biblioclaste par intérêt, lui, est de détruire les livres en les vendant par morceaux, lorsque c’est beaucoup plus rentable que de les vendre complets. Pourquoi casser un livre complet? Dans un catalogue sur Internet j’ai trouvé une carte d'une des premières éditions de la Cosmographia de Sebastian Münster (1570) à 1200 $.

La Cosmographia propose quarante-deux pages de vues de villes, 14 cartes en double page, plus quatre bois dans le texte. Sans compter que les prix peuvent varier selon que la carte ou la vue est pliée une ou plusieurs fois… en partant d’une prix de   simple, double, et plié plusieurs fois, et même 1000€ pour chaque carte en double page ou pour chaque vue, nous atteignons le chiffre de 50.000 euros. Alors qu’au même moment, dans des catalogues récents, on peut acheter des Cosmographies complètes pour 30000€ ou même une copie décente pour 20000€.

Donc, si cassez une Cosmographie de 1570 aujourd'hui, vous pouvez faire un bénéfice de 20000€. Bien sûr, il y aura de plus en plus d’exemplaires complets sur le marché, ceux-ci coûteront plus chers et ainsi de suite….

Le bibliophile rassemble des livres pour une bibliothèque. Une bibliothèque n'est pas une somme de livres, c’est un organisme vivant avec une vie propre. Une bibliothèque à domicile n'est pas seulement un endroit où vous rassemblez des livres, mais aussi un lieu qui les lit en notre nom. Laissez-moi vous expliquer.
Je pense qu’il est arrivé à tous ceux qui ont à la maison un nombre relativement élevé des livres de vivre avec le remords de ne pas avoir lu certains d’entre eux…C’est encore plus  vrai avec une bibliothèque de livres rares, parfois écrits en latin ou même dans des langues inconnues, et un bel objet comme un livre ancien, même avec de jolies images, peut aussi être fort ennuyeux.

Mais chaque il arrive souvent qu'un jour nous prenions en main l’un de ces livres négligés, que nous commencions à le feuilleter pour réaliser que nous savions déjà tout ce qu'il disait. Ce singulier phénomène, dont beaucoup peuvent témoigner, n'a que trois explications possibles. La première est qu’en le manipulant, années après années, en le déplaçant pour le ranger ou pour en prendre un autre, ou en l’essuyant, il vous a transmis une partie du savoir qu’il renferme à travers ce simple contact de vos doigts. Nous l’avons lu tacitement, comme s’il était en braille.

Je ne crois pas aux phénomènes paranormaux, mais dans ce cas, le phénomène est normal, l'expérience quotidienne le prouve.

La seconde explication est qu'il est vrai que nous n'avons pas lu ce livre: mais à chaque à chaque fois que nous avons déménagé, il était là, il regardait ici, il s’ouvrait au hasard, sur une image, et imprégnait notre environnement.

La troisième explication est qu’au fil des années nous avons lu des livres qui parlaient de lui, ou du même sujet, de sorte que nous le connaissons sans l’avoir lu. Nous savons si c’est un ouvrage célèbre, de référence,  ou s’il est au contraire un livre de moindre importance dont on trouve également le contenu ailleurs.

En fait, je pense toutes ces explications sont justes. Elles se produisent simultanément et miraculeusement tout concourt à faire de nous faire connaître des livres que nous n’avons, juridiquement parlant, jamais lus.
Bien sûr, le bibliophile, qui rassemble aussi des ouvrages contemporains est souvent à des dangers lorsqu’un imbécile vient à la maison, découvre ces rayonnages et prononce immanquablement : «Tant de livres ! Vous les avez tous lu ?".

L'expérience quotidienne nous démontre que cette question est même posée par des gens au QI plus que satisfaisant. Face à cet outrage il y a à mon avis trois réponses standard :

La première est de surprendre le visiteur : «Je ne les ai pas lus du tout, sinon pourquoi les garder ici?". Elle a cependant de désavantage de gratifier l'intrus en exaltant son complexe de supériorité et je ne vois pas pourquoi nous devrions lui faire cette faveur.

La deuxième réponse, à l’inverse, plonge l'intrus dans un état d'infériorité…: «Plus, monsieur, beaucoup plus!"

La troisième réponse est une variante de la deuxième et je l'utilise quand je veux plonger le visiteur dans le doute et l’effroi : "Non" dis-je "ceux que j’ai déjà lus, je les garde à l'Université, ceux-ci sont que je compte lire la semaine prochaine." Comme ma bibliothèque a aujourd’hui 50 000 volumes mon invité s’esquive en général assez rapidement, prétextant des obligations.

La bibliothèque n'est pas seulement le lieu de votre mémoire, où vous gardez ce que vous lisez, mais aussi la place de la mémoire universelle, où si le besoin s’en fait sentir un jour, vous pouvez trouver ce que les autres ont lu avant vous. C'est un lieu aux limites confuses et vertigineuses, un cocktail de mémoires savantes. On pourrait ainsi résumer le contenu d’une bibliothèque virtuelle : « Messieurs les anglis, je me suis couché de bonne heure . Tu quoque, alea! Licht, mehr Licht ber alles. Ici c'est l'Italie où si vous tuez un homme mort... vous êtes arrêté. Frères d'Italie, encore un effort….Ce sont les cadets de Gascogne,... Trois hiboux sur la commode ".

Umberto Eco, traduction libre mais fidèle. Il n'est pas simple de traduire une idole :)

H


(http://www.repubblica.it/2007/05/sezioni/spettacoli_e_culbibliofili)

samedi 12 novembre 2011

Une énigme résolue: le décryptage de l'étrange manuscrit dit "Code du Copiale"

Amis Bibliophiles bonjour,

Je vous avais déjà parlé du Code Voynich (http://bibliophilie.blogspot.com/2009/12/le-manuscrit-de-voynich-un-mystere-de.html), l'un de ces étranges ouvrages, à la frontière de la bibliophilie et qui n'a pas encore décrypté. Mais connaissez vous un autre de ces ouvrages étranges, dont le secret vient lui d'être percé... le code du Copiale.


Le code du Copiale est un manuscrit chiffré formé de 75 000 caractères répartis sur 105 feuillets reliés en un volume. Il est généralement daté de 1760/17801, bien qu'il soit resté inconnu du grand public jusqu'en 2011 lorsqu'une équipe internationale a annoncé qu'elle l'avait décodé. Il avait été découvert dans les archives de l'Académie de Berlin à la fin de la Guerre Froide et est aujourd'hui en mains privées.

Le manuscrit du Copiale tire son nom d'une des deux seules inscriptions non codées que l'on croise au fil des 105 feuillets: «Copiales». Il contient également un ex-libris manuscrit  «Philipp 1866» sur la page de garde.

Le manuscrit contient des symboles abstraits ainsi que des lettres grecques et la plupart des lettres de l'alphabet latin. S'il est connu des chercheurs personne ne parvient à comprendre ce dont il s'agît.... jusqu'au mois d'avril dernier, lorsqu'il est décodé informatiquement grâce à une collaboration entre les Universités de Californie du Sud et d'Uppsala en Suède. 

Pour parvenir à ce résultat, les chercheurs ont réécrit une version du texte pouvant être lue par un ordinateur. Ils ont ensuite essayé de le décrypter grâce à 80 langues, avant de découvrir que le Code du Copiale était en fait un code de chiffrement par substitution complexe: les caractères romains étaient en fait des leurres, destinés à tromper les non initiés, et les messages étaient en fait dans les symboles abstraits.



Les chercheurs ont ensuite essayé d’associer des consonnes et des voyelles allemandes aux différents symboles ou groupes de symboles. Et cela a fonctionné puisqu’en déchiffrant la première phrase du document l'expression "Cérémonies d’initiation" est apparue. Elle était suivie de "Section secrète".

Les 16 premières pages du document décrivent en fait la cérémonie initiatique d'une société secrète non encore identifiée, mais qui était fascinée par par les yeux et l'ophtalmologie. Pendant le rite d'initiation, il est demandé au candidat de lire un morceau de papier blanc puis, une fois qu'il confesse qu'il ne peut pas le faire, il lui est donné des lunettes et demandé de réessayer ; on lui redemande ensuite après lui avoir essuyé les yeux avec un chiffon, puis après une « opération » pendant laquelle un poil de sourcil lui est arraché...


Relié en papier brocard or et vert, a probablement été rédigé entre 1760 et 1780. Son décryptage est une étape importante pour envisager celui d'autres documents, notamment le Code Voynich.

H

P.S.: merci à Olivier et pour aller plus loin, je vous conseille deux lectures:
Et l'excellent ouvrage de Simon Singh sur les codes secrets, une merveille: "Histoire des codes secrets" 

dimanche 30 octobre 2011

Miscellannées de Monsieur H. : au fil des discussions avec les libraires, tendances et fiscalité

Amis Bibliophiles bonjour,

Les chemins de la bibliophilie sont parfois tortueux: alors que j'achète de plus en plus chez nos amis libraires... et que je reçois paradoxalement de moins en moins de catalogues papier, je me suis trouvé deux fois en contact avec des libraires dans les dernières semaines. Dans les deux cas, c'était pour m'acheter un ouvrage, plutôt que de m'en vendre un. L'une des deux transactions s'est finalement concrétisée, l'autre est reportée, même si la pression du libraire reste très forte.

Dans les deux situations, comme toujours ces discussions furent très intéressantes. Dans le premier cas, l'échange fût l'occasion de découvrir l'approche particulière de ce libraire sur le marché. 

En effet, celui-ci achète à contre-temps, c'est-à-dire les ouvrages de bibliophilie qui n'ont actuellement pas les faveurs de la mode, comptant logiquement sur une évolution des tendances et le retour en grâce de ces ouvrages achetés au plus bas. Démarche intéressante, qui suppose de bien sentir le marché. Démarche aussi qui pour moi distingue définitivement le libraire d'ancien du bibliophile: essayez toujours, en tant que bibliophile, d'acquérir des ouvrages qui ne vous intéressent pas, simplement parce qu'ils sont momentanément plus abordables. C'est vain...Il ne vous reste plus qu'à espérer être là au bon moment, intéressé par des types d'ouvrages qui ne sont pas à la mode.

Je lui répondais que certains ouvrages me semblent être toujours recherchés, quelle que soit l'époque, ainsi les éditions originales de grands textes (de toutes époques), les grands ouvrages de référence, etc... mais il arguait que des niches subsistent toujours, et méritent que l'on s'y consacre. Difficile pour le bibliophile, nécessaire pour le libraire. Selon lui, les ouvrages qui sont actuellement intéressants, et vont le devenir encore plus pour qui n'a pas besoin de (re)vendre sur un cycle court sont les ouvrages anciens (imprimés avant 1789 à quelques années près), en particulier les éditions latines: en effet, les bibliophiles vieillissent et ceux qui ont fait de vraies humanités (parlant ou comprenant grec et latin par exemple) sont de plus en plus rares. 

De l'autre côté la nouvelle génération de bibliophiles est à la recherche d'ouvrages plus "faciles" d'approche, et lisibles, ce qui augmente la cote des ouvrages 19ème, en particulier les éditions originales. Si je prends mon exemple personnel, il est tout à fait vrai que même si j'ai étudié le latin (pas encore totalement perdu, mais cela ne saurait tarder), j'ai plus souvent croisé Balzac, Baudelaire, Zola, Flaubert ou Stendhal pendant mes études que Pline ou même Ovide. 

Personnellement, je suis incapable de saisir de telles tendances, étant déjà incapable de construire une bibliothèque autour d'un thème précis (ce qui à mon sens lui donne précisément sa valeur - non commerciale). Du reste, je n'achète jamais pour spéculer, et je crois que c'est finalement mieux, je perdrais assurément au change.

Amis libraires, amis bibliophiles, amis bibliomanes... Sentez-vous de votre côté ces mêmes tendances? J'aimerais beaucoup avoir votre avis et savoir si vous aussi, et je parle principalement aux libraires, vous avez une logique d'achat à contre-temps.

Autre type de libraire, autre type de livre, autre type de discussion pour le second livre, que je n'ai pas vendu. En passant, il est intéressant de la ténacité et l'amitié que vous démontre un libraire :) lorsqu'il est très intéressé par un de vos ouvrages. 


Dans ce cas précis, les appels téléphoniques sont réguliers, on s'enquiert avec grande courtoisie de votre santé, j'attends la boîte de chocolats à Noël (hélas Pibi est mort...)... et de celle de l'ouvrage en question. Situation agréable, même si je me sens toujours très inconfortable pour fixer le prix d'un livre, encore plus d'ailleurs lorsque je ne suis pas forcément vendeur. C'est ce que j'expliquais à ce libraire, bien connu sur la place et avec lequel j'avais déjà eu le plaisir de passer quelques heures dans sa caverne d'ali baba provinciale, dans le cadre d'une discussion sur son parcours en librairie. Libraire que j'apprécie beaucoup du reste, et qui à mon sens fait à sa façon beaucoup pour le livre. Comme il s'agit d'une proposition d'achat et non de vente, l'heure n'est plus à l'investissement que peut constituer le livre ancien, ou à la beauté stupéfiante et irrésistible d'un grand ouvrage, mais à un autre argument qui m'a lui aussi stupéfié.

Alors que j'évoquais en effet la possibilité de confier un jour (lointain) l'ouvrage à une maison de ventes, notamment parce que je ne sais pas évaluer sa valeur, et pour donner aux acheteurs les meilleures chances (y compris au libraire en question d'ailleurs), celui-ci m'a informé d'une nouvelle étonnante: il semble qu'à partir du mois de février, les plus-values sur les livres anciens réalisées notamment lors des ventes aux enchères soient taxées de façon nettement plus importante (30% au moins), sauf si le vendeur peut prouver, sur facture, qu'il a acquis l'ouvrage il y a plus de 30 ans. Il y a 30 ans, je lisais Pif Gadget (achat à contre-temps dont j'espère qu'il portera bientôt ses fruits!)... et j'ai réalisé tous mes achats dans les 20 dernières années, me voici donc dans une situation peu enviable... La solution, vendre maintenant, ou en tout cas avant le mois de février. En avez-vous entendu parler?

Ceci me laisse perplexe... D'un côté, je me dis que les ventes vont peut-être se multiplier d'ici février, ce qui est toujours une bonne nouvelle, de l'autre 30%..... Et d'ailleurs, entre nous, avez-vous une facture pour tous vos ouvrages, notamment ce petit chopin fait sur la brocante de Locquirec ou cet autre acheté à un particulier sur ebay? Moi non.

H

En passant, mon problème reste entier, je ne sais pas évaluer la valeur de cet ouvrage. Si l'un de vous, expert ou libraire, veut se mesurer à un livre assez étonnant et me propose une expertise, qu'il n'hésite pas à me contacter.  

samedi 10 septembre 2011

Libraires et bouquinistes: selon vous quelle différence?

Amis Bibliophiles bonjour,

Dans les commentaires du message consacré au salon de Lourmarin, vous avez été plusieurs à évoquer la nuance entre les définitions et les statuts du libraire (de livres anciens) et du bouquiniste. J'ouvre à nouveau ce débat.

Je suis plutôt d'accord avec Pierre quand il suggère si la frontière semble floue (mais Pierre est libraire, et je reviendrai plus tard sur ma vision de bibliophile) il existe bien "une différence entre le bouquiniste et le libraire d'ancien...  Il ne s'agit pas d'un problème de compétence, nous sommes bien d'accord ! Le libraire d'ancien axe son offre sur des ouvrages mieux catalogués, plus rares, mieux reliés et souvent plus chers pour une clientèle ciblée et fidèle. C'est un choix qui l'amène à négliger des ouvrages plus courants qu'il ne présente pas dans sa boutique. Le bouquiniste a un choix beaucoup plus large d'ouvrages à son catalogue qui dépend du hasard de ses achats du moment. Sa clientèle est moins fidélisée. De beaux ouvrages, faute de clients, lui resteraient sur les bras..."

A mon sens l'image est juste, même si le tableau est malgré tout quelque peu idyllique: j'ai en effet rencontré beaucoup de libraires et de bouquinistes et les bouquinistes ayant des vraies connaissances "bibliophiliques" sont rares, beaucoup plus rares par exemple que les libraires d'anciens dont les compétences feraient d'eux d'honnêtes bouquinistes, mais guère plus. Je ne suis pas certain que la différence principale entre les deux catégories soit d'ordre financier: d'un côté le libraire ayant une clientèle fidèle, une capacité financière supérieure et un choix d'ouvrages restreint, de l'autre le bouquiniste, sa clientèle de passage, son équilibre financier précaire.

Mon impression de bibliophile est que le libraire d'ancien a une vision et une ambition différente (ce qui n'est pas péjoratif): il fait le choix de s'entourer d'ouvrages choisis, de les étudier en profondeur, de les décrire, voire de la cataloguer et assume un certain risque, celui de ne pas trouver immédiatement d'acheteur, et donc d'immobiliser des fonds. A contrario, le bouquiniste (et j'écarte les bouquinistes des quais, qui ne savent hélas eux-mêmes plus qui ils sont) favorise les ouvrages à bas prix, dont le stockage n'impose pas de risque financier important. D'une certaine façon, il "fait du volume".

Choix personnel, ambition personnelle (encore une fois, rien de péjoratif), ce sont ils me semblent deux projets différents, et si tous deux partagent l'amour du livre, leur quotidien est à mon sens très différent... même si les deux métiers sont souvent en situation économique difficile*.

Du point de vue du bibliophile que j'essaie d'être, j'ai depuis fort longtemps renoncé à l'espoir de trouver un livre ancien du type de ceux que je recherche chez un bouquiniste. De fait, je ne fréquente que rarement leurs échoppes, ou alors dans un autre but. Mais de chopin jamais, je les ai plutôt faits ailleurs.

Donc en ce qui me concerne, c'est le choix des livres, et leur connaissance, qui distinguent le libraire d'ancien du bouquiniste, deux professions éminemment estimables.

Je redonne la parole à Pierre le sage, qui nous rappelle d'ailleurs qu'il ne faut pas se fier aux apparences, et qu'un "libraire peut être bouquiniste par nécessité et libraire d'ancien par passion"... ce qui est un argument de plus pour visiter nos amis bouquinistes.

Et vous? J'aimerais beaucoup que les nombreux libraires et bouquinistes qui lisent le blog nous donne leur avis.

H
* je me promenais hier dans le quartier Saint-Jean, à Lyon, et j'ai réalisé qu'en 3 ans dans la capitale des Gaules, j'ai vu trois librairies anciennes (où se situant justement entre "bouquiniste au choix relevé" et libraire d'ancien) fermer leurs portes... Triste

samedi 27 août 2011

Bilan sur une année d'achats bibliophiles: une bibliothèque, des livres et des projets...

Amis Bibliophiles bonjour,


Les ventes vont bientôt reprendre, les libraires rouvrent les unes après les autres, on rentre de vacances et l'on retrouve ses ouvrages... c'est le moment idéal pour dresser le bilan d'une année d'activité bibliophilique.

Cette année fût particulière pour moi puisque j'ai eu pour la première fois l'opportunité d'acquérir une bibliothèque complète auprès de l'héritier d'un bibliophile. Cette bibliothèque ne contenait qu'une soixantaine de livres, dont une vingtaine particulièrement précieux, mais cet achat important a néanmoins bouleversé mes achats annuels.

Cette année, j'ai acquis exactement 90 ouvrages, dont 62 via cette bibliothèque. Les 28 autres destinés à ma bibliothèque personnelle se répartissent ainsi: 10 ouvrages achetés sur ebay (pour partie à des vendeurs particuliers, pour partie à des libraires), 12 lors de ventes aux enchères et 6 auprès de libraires, dont 4 auprès de libraires étrangers. A noter que sur ces 6 ouvrages achetés auprès de libraires, tous ont été achetés à distance, soit suite à la réception d'un catalogue, soit via le site internet du libraire. Dans ce dernier cas, je suis toujours arrivé sur le site du libraire via le moteur de recherche addall. 

L'an passé, j'avais acquis une trentaine d'ouvrages. Ma tendance est d'ailleurs d'acheter moins d'ouvrages année après année, et je note que les ventes aux enchères prennent une place croissante dans mes achats, au détriment d'ebay. La part des livres acquis auprès de libraires reste elle stable. 

Compte-tenu de l'acquisition de la bibliothèque et de la pression financière qu'elle a fait peser, cette année est finalement très différente des précédentes.

A ces achats, il est également nécessaire d'ajouter une vingtaine d'ouvrages de documentation. C'est d'ailleurs une autre tendance importante, la croissance rapide d'ouvrages de documentation, ce qui a nécessité l'acquisition d'une nouvelle bibliothèque de bois noir, achetée d'ailleurs lors d'une vente en compagnie d'un ami libraire.

A noter également parmi tous ces achats, deux ratés, achetés sur ebay, mal décrits... donc forcément mal achetés, et que le vendeur n'a pas voulu rembourser. C'est particulièrement frustrant. J'ai vécu la même aventure lors d'une vente aux enchères et je dois saluer Pierre Poulain qui a repris l'ouvrage sans discuter en reconnaissant que des défauts importants n'avaient pas été signalés.

Côté bonnes surprises, en dehors de la bibliothèque déjà mentionnée dont les livres ébranlent ma bibliothèque existante sur ses fondations, deux charmants ouvrages dont les vendeurs n'avaient pas précisé les provenances (un libraire n'ayant pas identifié le chiffre des Goncourt sur un maroquin de Lortic... et un vendeur ebay qui ne connaissait pas Robert Hoe, ce qui est plus logique).

Au final, pas de scoop, ebay reste une source de livres intéressante, qui réserve probablement un peu plus de bonnes surprises que de mauvaises. Les achats chez les libraires se font de plus en plus à distance, et le taux de change euro/dollar a probablement joué en la faveur de quelques libraires américains chez lesquels j'ai fait de beaux achats.

Plus triste, cette année a également marqué la fin de la Nouvelle Revue des Livres Anciens après quatre numéros; ceci de façon assez paradoxale d'ailleurs, puisque les lecteurs étaient très majoritairement satisfaits et que de nombreux bibliophiles se sont manifestés après que nous ayons annoncé la fin, pour s'abonner ou se réabonner. Trop tard, hélas. Ce qui est plus gai, c'est que d'autres projets sont en cours, dont l'édition de l'ouvrage sur Cazin écrit par Jean-Paul, le travail que je mène sur un long texte inédit d'Uzanne que j'ai déniché, et consacré à la bibliophilie, et l'idée d'une association, et un troisième projet, encore en gestation.

Quoi d'autre? Quelques pas timides en librairie, 1 année de plus pour le blog, et deux très sympathiques repas avec des bibliophiles... Trois sujets qui seront encore d'actualité dans un an, et c'est heureux.

Le plus important reste les livres acquis cette année et qui rejoignent ma bibliothèque. Penser que nous allons passer quelques décennies ensemble est un sentiment très particulier. Le temps de la bibliophilie est un temps à part.

dimanche 3 juillet 2011

Miscellanées de Monsieur H.: appel aux bibliophiles pour un festival d'images, les prix des livres, un joli papier, le Cazin

Amis Bibliophiles bonsoir,

Une idée pour l'été, un dernier achat avant les vacances, quelques modestes réflexions sur l'évolution du prix des livres...

Si le blog connaît traditionnellement un ralentissement dans le nombre et la fréquence des messages postés, j'espère cette année pouvoir vous proposer de poster un message par jour ou presque! 

Au cours de ces deux mois mon objectif est de continuer à poster un ebayana par semaine, puisque l'été est souvent l'occasion de faire de belles affaires sur le site, alors que les salles des ventes ont presque toutes fermé leurs portes et, c'est la nouveauté, de vous proposer un Festival d'images bibliophiles, dont je n'ai pas encore le nom (suggestions bienvenues...), mais qui pourrait s'intituler "Images étonnantes, images pour bibliophiles". Son but est de vous présenter chaque jour une image étonnante, autour de plusieurs thèmes hebdomadaires: ainsi la première semaine sera-t-elle consacrée aux reliures (la première image d'un ouvrage aux yeux d'un bibliophile, au sens chronologique du terme), la deuxième aux frontispices, la troisième aux pages de titres et la quatrième aux autres pages, et en particulier aux gravures. Si tout se passe comme je l'espère, nous reprendrons le cycle depuis le début à partir de la première semaine du mois d'août.

Je peux y arriver seul, mais ce sera sans doute plus simple et plus intéressant pour tous si vous m'envoyez des images étonnantes issues de vos ouvrages. Sur le plan pratique, c'est très simple, il vous suffit d'identifier dans votre bibliothèque des sujets qui peuvent intéresser les autres lecteurs, de prendre une ou deux photos de chaque sujet et l'envoyer accompagné d'un texte (une ou deux lignes) à blog.bibliophile@gmail.com. A nous de jouer donc. Je compte sur vous! :)

Dernier achat avant les vacances, qui tordra définitivement le cou à mon image (usurpée) de bibliopégimane: un classique mais fort rare ouvrage (Renversement de la Morale Chrétienne, avec ces 50 extraordinaires portraits), dans un très joli cartonnage/papier d'attente. 


Je suis preneur de toute information sur ce type de papier de couverture et j'aurai l'occasion de revenir sur les portraits.

Le prix des livres. Plus qu'une étude de l'un ou de l'autre - et nous savons bien que l'on fait dire ce qu'on veut aux chiffres et aux études, si c'est encore nécessaire de le préciser, qu'elles soient scientifiques ou pas -, 20 ans de bibliophilie me font très fortement pencher du côté de ceux qui estiment que le prix des bons livres augmentent. 

Je l'ai constaté de façon très simple, puisque j'enregistre systématiquement le prix de mes ouvrages et que je peux aujourd'hui le comparer aux prix auxquels ils sont vendus. Je ne parle pas d'ouvrages très difficiles à comparer à d'autres, mais de grands classiques tels que des Buffon ou des Raynal en veau. L'augmentation des prix est tout simplement indubitable. 

D'un point de vue plus global et avant que la disparition des nos amis bibliophiles les plus âgés ne me donne tort en créant un hypothétique afflux de livres sur le marché et donc une chute des prix, il me semble que les livres anciens de qualité sont naturellement des objets en voie de disparition: aléas de la vie (accidents, feu, tremblement de terre, petits-enfants qui aiment gribouiller, ou découper, héritiers incultes) ou concentration dans les mains des bibliothèques et autres institutions où ils deviennent inaliénables, il y en aura forcément de moins en moins qui seront disponibles pour les mains privées au fil du temps, générant une augmentation du coût moyen. C'est une intuition, mais vraiment, je n'ai jamais observé de chute de prix sur les livres que je possède ou que je convoite.

Autre intuition, je ne suis pas certain que le 19ème siècle soit le meilleur siècle pour effectuer des comparaisons tant il me semble particulier dans l'histoire du livre: industrialisation de l'imprimerie, "démocratisation" de l'édition, point de départ faussé avec l'afflux puis le retour des livres ayant disparu ou été dispersés lors de la révolution, statut particulier de la bibliophilie dans la personnalité de l'honnête homme de l'époque, modes littéraires qui épousent et profitent du penchant de ces mêmes bibliophiles (éditions de luxe à petits tirages, reliés ensuite par de grands relieurs, phénomène qui est devenu exceptionnel aujourd'hui, et qui me semble plus répandu à l'époque...), autant de particularités qui m'amènent à croire que ce siècle ne peut efficacement être comparé au nôtre. Et d'ailleurs avec le recul, peut-on réellement comparer la bibliophilie siècle par siècle? Je ne crois pas. 

Reste à savoir si une approche entièrement ou presque entièrement fondée sur le prix ou la comparaison de la valeur est encore de la bibliophilie. Ce n'est pas ma conception et j'ai tendance à m'éloigner de ce type d'approche... au grand dam de mon banquier. Envisager un livre par le spectre de sa valeur y compris financièrement, nous y sommes tous contraints, mais envisager ce livre dans un contexte d'évolution de sa valeur, très peu pour moi.

Mon humble avis rejoint donc celui de Daniel, à savoir une évolution évidente des prix à la hausse, au moins sur les années dont je peux parler, et en ce qui concerne les livres que je connais. Quant aux comparaisons sur des périodes plus longues, il me semble que "toutes choses n'étant jamais égales par ailleurs" et que la bibliophilie étant "cosa mentale" et profondément individuelle, il est difficile de tirer des conclusions pertinentes; qu'elles soient fondées sur des analyses statistiques ou financières.

Enfin, n'oubliez pas qu'il est encore temps de souscrire à l'ouvrage de Jean-Paul sur Cazin. L’ouvrage est encore en souscription tout l'été au prix de 29 €. Cazin, l’éponyme galvaudé par Jean-Paul Fontaine
In-8° (14 x 22, 5 cm.), d’environ 360 pages, avec 1 frontispice, 1 tableau généalogique et 65 illustrations à pleine page, tiré à 300 exemplaires, dos carré, collé et cousu. Prix de souscription: 29 €. 

J'attends vos images!!!

H

dimanche 26 juin 2011

Miscellanées de Monsieur H. : ebibliophilie, un livre vendu par planches et qui part vers l'Asie, des recherches sur les frontispices et surtout un texte inédit de Rostand enfin édité...

Amis Bibliophiles bonjour,

Quelques miscellanées, ebibliophilie, le mail que j'aurais préféré ne pas recevoir, des recherches sur les ex-libris, et autres...

Le site ebibliophilie continue sa route, il totalisait 600 inscrits début juin pour 190 000 fiches. Il se tourne maintenant vers la Belgique et l'Autriche, ainsi que les pays anglo-saxons. Les avis des internautes sont partagés sur l'intérêt du site et l'approche qui est prise. Nous en reparlerons prochainement.

Le mail que je n'ai pas aimé recevoir, mais qui fait réfléchir.... Il y a quelques jours, je me suis intéressé à un ouvrage vendu par un libraire français. Le livre étant proposé à 3000 euros, je prie le libraire de m'envoyer quelques photographies, en particulier de la reliure et de quelques unes des très belles planches que l'ouvrage contient. La reliure n'étant pas sans défaut, je prends quelques jours pour réfléchir, laps de temps pendant lequel je reçois un autre email du vendeur. De ces emails qui vous glacent, et qui sera le point de départ d'un court échanges de mails:
"Le libraire: - Etes vous toujours intéressé (par l'ouvrage)? car nous avons la possibilité de proposer cet ouvrage par planche à un ressortissant chinois.
Le bibliophile: - Bonjour, Merci pour votre email. Je ne suis hélas pas intéressé par l'ouvrage, dont la reliure ne me convient pas. En tant que bibliophile je ne peux que regretter qu'il soit proposé par planches à un acheteur, mais je vous souhaite bonne chance.
- Cher Monsieur, Nous vous remercions de vos souhaits et de votre réponse. Nous verrons comment cette opération va se déboucler, nous ne sommes pas des spécialistes de la vente planche par planche. Il n'en reste pas moins qu'il faut bien constater qu'il n'y a plus en France de Bibliophiles pour acheter cet ensemble à un prix modique (81euros la gravure). Nous ne pouvons qu'être heureux de voir qu'il y ait des étrangers cultivés pour dénoter leur intérêt. Que voulez-vous, c'est la longue descente d'un pays qui économiquement rejoint le rang qu'il mérite et non celui qu'il pense être le sien. Tout le reste ne sont que pleurnicheries de façade dans lesquelles on se complait en France.".

Dont acte. Le livre sera probablement vendu par planche, c'est un livre rare (un seul disponible aujourd'hui en vente sur internet), à un étranger. Ce qui me laisse rêveur...

Heureusement, il reste des chercheurs qui s'intéressent au livre et à l'image, ainsi Etienne, lecteur du blog, bibliophile et doctorant à l'université de la Sorbonne, en littérature comparée. Parallèlement à ses sujets de recherche, Etienne s'intéresse aux frontispices et me faisait remarquer récemment qu'ils restent encore un sujet éloigné du champ des études littéraires. Etienne souhaite mener une réflexion, une étude critique sur le "topos" que représente le frontispice (XVI/XVIIIe siècle), et cela d'un point de vue plutôt littéraire, "si tant est que la rhétorique du frontispice puisse s'apparenter à une rhétorique qui (comme il le pressent) n'est pas uniquement visuelle, mais déjà d'ordre textuel.

Sa question est la suivante: connaîtriez-vous des ouvrages traitant déjà de ce sujet ? Des catalogues de frontispices "importants"? Des ouvrages critiques? Tout autre document "bibliophilique" (parfum de mystère, de
temporalité longue et d'accumulation patiente qui se dégage de ce terme...) susceptible de l'aider à percevoir l'enjeu de ces travaux? Moi non, et vous?

Enfin, et non des moindres.... A l'heure où il est encore nécessaire de boucler le "tour de table" pour financer le Cazin de Jean-Paul et où chacun s'intéresse sur l'édition d'ouvrages pour bibliophiles, j'avais envie de vous parler du magnifique ouvrage publié par notre ami Nicolas Malais, bon libraire de livres anciens mais aussi éditeur. L'ouvrage, présente deux textes inédits d'Edmond Rostand, proposés tête-bêche dans un fort volume: les Lettres à sa fiancée, ou la correspondance inédite qu'Edmond adressa à Rosemonde Gérard, et une pièce inédite du maître, Le gant rouge, en fait sa toute première pièce, qui était réputée perdue. 

"Les biographes se bornaient à en mentionner l’existence, sans jamais avoir pu la lire... Rostand attendait beaucoup de sa pièce : elle fut jouée deux semaines et malmenée par la critique. L’écrivain, profondément blessé, n’écrira plus jamais de théâtre en prose ! Il fait disparaître son oeuvre ; s’oppose à une reprise en 1903. Et fuit à jamais ses premiers rêves de triomphe. Miraculeusement redécouverte par Michel Forrier, la pièce mystérieuse connaît ici sa toute première édition. Proche de la folie contagieuse d’un Feydeau ou d’un Labiche, ce vaudeville allègre, se déroulant au Musée Grévin, témoigne du talent d’un tout jeune homme de vingt ans qui ambitionne de devenir une « des futures gloires de la France »!

Tiré à 1600 exemplaires. Un volume bicolore, de 512 p. + 4 calques. Dirigé par Michel Forrier & Olivier Goetz. Couverture vergé. Présentation tête-bêche. Lettres à sa fiancée, (Rosemonde Gérard), 162 p. Le Gant Rouge, 350 p. Préface d’Olivier Goetz. 28,50 euros. Il existe également un tirage de luxe sur papier vergé aigue-marine, auquel on joint un gant de velours rouge.

J'ai la chance d'avoir reçu l'un des exemplaires du tirage de luxe. C'est une merveille absolue. Et quel texte!

Si vous souhaitez avoir plus d'informations, vous pouvez vous rendre sur le site de Nicolas (www.lebibliophile.com) ou me contacter pour avoir l'adresse email de Nicolas. Absolument indispensable en tout cas pour les amateurs d'Edmond Rostand (dont je suis).

H

jeudi 3 mars 2011

Miscellanées de Monsieur H.: dilemme, identifications, terre brûlée et délais d'impression d'un ouvrage au 17ème

Amis Bibliophiles bonjour,

- L'achat récent d'une bibliothèque (vide, je rassure immédiatement les cardiaques) et son installation chez moi m'amène une nouvelle fois à me poser LA question: vaut-il mieux posséder 100 (allez disons 200) livres fantastiques, les connaître et les chérir comme autant d'enfants ou au contraire ouvrir son coeur à tous et accumuler les ouvrages, entre volonté bibliophile et réalité bibliomane? 

Cette nouvelle bibliothèque est de taille réduite, environ 1m70 sur 1m, en poirier noirci, et j'ai réalisé en commençant à la remplir qu'elle ne pourrait tout au plus que contenir 200 ouvrages. Bibliomanie et place oblige, j'ai franchi un cap en l'installant à mon chevet dans la "chambre nuptiale". Jusqu'ici ne s'empilaient dans cette chambre que les ouvrages en cours de lecture et des ouvrages de documentation indispensables. J'en ai tiré une conclusion, rien de plus doux que d'avoir ses ouvrages préférés à côté de soi en s'endormant. Je vous le conseille, cela fonctionne mieux que n'importe quel traitement chimique et s'endormir du sommeil de Beraldi ou tomber dans les bras de Nodier n'a pas de prix. 

Mais à contempler cette centaine d'ouvrages, ceux que j'emporterai avec moi sur une île déserte (ou dans ma tombe, pour qu'aucun de vous n'en profite... Sourire), le doute s'est aussi installé: 200 bons ouvrages choisis (allez disons 300), ou 2000 ouvrages (allez disons 3000). Je ne sais plus. Comme le dit un ami "tu ne pourras de toutes façons jamais tout avoir"... (ok, mais je peux quand même essayer), donc cette course est vaine et en même temps, comme résister à une occasion. Je sens confusément que les plus spéculateurs d'entre nous, et nous le sommes tous un peu, il faut bien l'avouer, (mon Dante de chez Alde à couper), les plus spéculateurs d'entre nous donc, pencheraient pour la première option, les plus réalistes comprenant vite que se restreindre est tout aussi vain.

Que faire alors? Laisser faire? Comment voyez-vous les choses?

- Soyons plus pragmatiques et livrons-nous si vous le voulez bien à quelques identifications pour les lecteurs du blog:

Olivier a deux questions: il aimerait savoir si l'un d'entre nous saurait identifier le chiffre apposé dans la doublure en maroquin d'une reliure signée Gruel (Bossuet, Discours sur l'histoire universelle, 1885, Jouaust, 1 des 15 sur Chine, exemplaire truffé de gravures de Foulquier tirées d'une édition de Mame).


Et ce que nous pensons de cette reliure signée Pouillet. Olivier s'interroge sur sa matière. Le libraire a soutenu qu'il s'agissait de veau. Néanmoins l'usure de la coiffe (qui s'est déformée, "tassée"), ainsi que l'irrégularité du dos font que le doute subsiste, qu'en pensez-vous?




- A y bien penser plutôt que d'emporter mes livres avec moi dans la tombe, et si je les annotais comme celui que je viens d'acquérir? En l'ouvrant, je suis en effet tombé sur une petite inscription au crayon à papier à côté du nom de l'auteur qui précisait "cuistre ignorant". Cela m'a fait beaucoup rire.

- Autre identification, soumise par Frédérick, qui cherche à identifier cet ex-libris.


- Enfin, une dernière question d'un lecteur du blog concernant les délais d'impression d'un livre au XVIIème siècle: Thomas n'a trouvé aucune information à ce sujet à aimerait savoir si vous pourriez l'aider.

H

samedi 20 novembre 2010

Miscellanées de Monsieur H.: d'accord sur un Tabourot, identification d'armes, les fous littéraires, où vendre ses livres?

Amis Bibliophiles bonjour,

Pourriez-vous aider un lecteur du blog à identifier ces armes?

Et un autre à identifier ce chiffre (probablement 19ème)?
De mon côté, je cherche à identifier l'origine de cette gravure, un joli portrait de Baïf. En fait j'aimerais en savoir un peu plus sur son contexte. Elle a été insérée dans un ouvrage que je possède, elle est légèrement rouge, comme vous pouvez peut-être le constater:



Guillaume Tabourot? Textor? Jean-Paul, Martin et les autres?

Enfin, un autre lecteur m'interroge sur la meilleure façon de vendre des livres entre ebay et une salle des ventes. Son point de vue, qui se tient, est que de nombreux professionnels achètent des livres en salle des ventes pour les revendre sur ebay... ce qui tendrait à démontrer que les prix finaux en salle sont inférieurs à ceux obtenus sur ebay. Il ne me semble pas que cela soit aussi simple. Je dirais plutôt que cela dépend du niveau des livres que l'on souhaite vendre. Plus les livres en question sont rares/recherchés/de qualité, plus il me semble que les ventes en salles restent les plus intéressantes pour un amateur qui souhaite vendre ses ouvrages, surtout quand la vente est bien organisée.

Qu'en pensez-vous? Ca, c'est plutôt une question pour Ugo.

Pour finir, je vous annonce la parution d'un ouvrage sur les fous littéraires, dont je reproduis ici l'annonce:

"Beaucoup d'entre-vous auront sans aucun doute par le passé lu ou entendu évoquer les écrits si singuliers de ceux qu'il est désormais convenu d'appeler les Fous littéraires.
Personnages inclassables, réunissant tant l'autodidacte que le spécialiste, l'artisan que le professeur, le fou que le savant, tous ont pour point commun d'avoir, durant une période plus ou moins longue de leur existence, publié un ou plusieurs ouvrages aux théories les plus invraisemblables, les plus déconcertantes.
Loin d'être des imposteurs ou des plaisantins, ceux-ci consacrèrent souvent leur temps, leur fortune et une partie de leur santé mentale à tenter de démontrer la véracité de leurs propos.
Malheureusement pour eux, seul le silence accueillait leurs publications réalisées le plus souvent à compte d'auteur.
Cette catégorie littéraire, à mi-chemin entre le domaine psychiatrique et les lettres, fut étudiée dès le XIXe siècle par Nodier, Brunet et Delepierre avant que Queneau et André Blavier ne reprennent le flambeau au siècle dernier. La référence en la matière demeure à ce jour l'excellent travail bibliographique d'André Blavier, dont nous proposons aujourd'hui un supplément composé de plus de 200 auteurs et pas moins de 400 titres qui lui avaient échappés. Outre ses illustrations, Graines de folie, puisque ainsi s'intitule notre texte, est agrémenté de larges et truculents extraits des productions de ces Fous littéraires retrouvés.
Pour plus de renseignements (souscription, 27€) contactez lesfouslitteraires@orange.fr
H

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