« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier

"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

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mardi 15 mai 2012

Bibliophilie et Sciences: Rumford, philanthrope et physicien

Amis Bibliophiles bonjour,


Benjamin Thompson (1753-1814) est né d'un milieu modeste en Nouvelle-Angleterre. Maître d'école dans la banlieue de Boston, partisan de l'Angleterre, il doit fuir en 1775 au début de  la guerre d'indépendance qui oppose  les colons britanniques d'Amérique du Nord à la Grande-Bretagne. Réfugié à Londres, il devient sous-secrétaire d'État aux affaires américaines en 1780. Il se constitue rapidement une importante fortune dans le négoce de fournitures militaires.  Après un bref retour aux États-Unis, il regagna Londres à l'indépendance de l'Amérique. Il publie quelques mémoires de physique dans les Mémoires de la Royal Society, ce qui lui vaut d'en être nommé membre.

Il propose ses services à l'Électeur de Bavière qui le nomme colonel dans l'armée bavaroise. Il s'interesse alors à l'important problème de la mendicité. Il crée des ateliers où les mendiants fabriquent des habits militaires. Pour les nourrir il propose des recettes faciles et peu onéreuses. En 1792, Thompson devient Comte du Saint Empire romain sous le nom de Rumford, ancien nom de la ville américaine où il avait passé sa jeunesse et où vivaient toujours son épouse et sa fille, dont il s'était complètement désintéressé.

À Paris, il rencontre la veuve d'Antoine-Laurent Lavoisier, Marie-Anne Paulze, qu'il épouse en 1805.  Cette union ne dura que six mois à peine.

Rumford  consacre alors son temps  à ses travaux de physique, inventant  par exemple le percolateur et le chauffage central.

  
Essais politiques, économiques et philosophiques.
Genève, G.J. Manget. An VII, 1799. 1ère édition française.
2 volumes in-8 ; 461, (1) pp, 2 pl. - XII, 525, (1) pp, 6 pl.

Ce recueil d’essais est traduit par le marquis de Courtivron. Le premier volume est consacré aux activités philanthropiques de l’auteur en particulier l’établissement de soupes populaires la propagation de la pomme de terre, des pâtes alimentaires et des nourritures économiques, etc.

Dans sa préface le traducteur écrit:
" ... rien ne m'a causé plus de plaisir et d'admiration, que l'ordre, l'industrie et l'économie qui règnent dans la maison de travail de Munich. Plus de quinze cent pauvres, arrachés à la fainéantise et à la  mendicité, jouissant d'une existence heureuse et agréable, au lieu d'être l'opprobe et le fléau de la société, composent cet établissement, dû au soins du comte de Rumford." !!!

Le second volume est consacré aux recherches sur la chaleur. Rumford s’oppose à l’existence du calorique. Il prouve que les qualités de surface qui aident les corps à prendre de la chaleur, les aident aussi à perdre celle qu'ils ont, et qu'en général la facilité de donner, comme celle de recevoir, est inverse du pouvoir de réfléchir. Sans cela l'équilibre thermique ne pourrait s'établir entre les corps. Rumford a imaginé, pour ces expériences, un instrument qu'il a nommé thermoscope, et qui est propre à faire apercevoir les moindres différences de chaleur. C'est un tube de verre horizontal , dont les deux extrémités sont redressées et terminées par des boules. Tout l'appareil est plein d'air, et le milieu du tube horizontal contient une bulle de liquide coloré. On ne peut échauffer l'air de l'une des boules, sans que la bulle soit chassée vers l'autre ; et elle est si sensible, que l'approche de la main suffit pour la faire marcher. Leslie obtenait, de son côté, les mêmes résultats en Angleterre avec un instrument à-peu-près semblable, qu'il nomme thermomètre différentiel.

  
Mémoires sur la chaleur.
Paris, F. Didot. An XII, 1804. 1ère édition française.
1 volume in-8 ; LVIII, 166 pp.

Cet ouvrage contient quatre essais: Une notice historique de diverses expériences faites par l’auteur dès 1778 -  Recherches sur la nature de la chaleur, et la manière dont elle est propagée ; mémoire présenté à la Société Royale de Londres au mois de décembre 1803, traduit par Pictet - Mémoire sur la chaleur, lu à la séance publique de l’Institut National le 6 prairial an 12 (25 juin 1804) - Observations sur les petits puits qui se forment en été dans de grandes masses solides de glace… mémoire présenté à la Société Royale de Londres au mois de novembre 1803, traduit par Pictet.

En 1798,  Rumford, surveille le forage de tubes à canon en cuivre à l'arsenal de Munich.  Il est bien connu que cette opération échauffe fortement les pièces.  Ceci est interprété, à l'époque, comme la libération d'un fluide contenu dans la matière, le calorique, lorsque la mèche rogne le métal.  Un jour, Thompson constate que, lorsqu'on utilise une mèche mal affutée, l'échauffement est beaucoup plus important alors que la pénétration de l'outil est insignifiante.  Il est ainsi frappé par le caractère inépuisable de cette source de chaleur qui ne peut donc provenir de la matière elle-même mais du travail mécanique fourni.   Il note :

" D'où vient la chaleur produite par l'opération mécanique du forage des canons ?  Est-elle fournie par les copeaux qui sont séparés par la tarière de la masse solide du métal ?...  En réfléchissant sur ce sujet, nous ne devons pas oublier de prendre en considération cette circonstance hautement remarquable que la source de chaleur produite, dans ces expériences, par le frottement paraissait manifestement inépuisable.  Il est à peine nécessaire d'ajouter que ce qu'un corps isolé quelconque, ou un système de corps, peut continuer à fournir sans limitation, ne peut pas être une substance matérielle..."
"Je ne connais qu'une chose que l'on puisse ainsi produire indéfiniment, sans transformer la matière : c'est du mouvement".
Il faudra attendre encore 50 ans pour que cette interprétation énergétique ne triomphe avec Joule.

Cet exemplaire a fait partie des bibliothèques de Dumas et Sabatier.

  
Recherches sur les bois et le charbon.
Paris. De l'Imprimerie d'Éverat. 1812. EO.
1 brochure in-4 ; (2), 60 pp.

Cette rare brochure contient deux mémoires lus à l'Institut le 30 décembre 1811 ( Notice de quelques nouvelles expériences sur les bois et le charbon) et les 28 septembre et 5 octobre 1812 ( Recherches sur la structure des bois, la gravité spécifique de leurs parties solides, et les quantités de liquides et de fluides élastiques qu'ils contiennent dans différentes circonstances ; sur les quantités de charbon qu'ils peuvent fournir, et les quantités de chaleur qui sont développées dans leur combustion).  

Ce texte a été réédité sans changements en 1813 en 128 pages.

Bernard

dimanche 15 avril 2012

Bibliophilie et Sciences: un propagateur du Cartésianisme, Pierre-Sylvain Régis

Amis Bibliophiles bonjour,


Pierre Sylvain Régis est né en 1632, dans le comté d'Agénois. 



Après de brillantes études à Cahors, chez les Jésuites, il vient étudier la théologie à Paris. Il y suit les conférences publiques de Rohault et abandonne la théologie pour la philosophie de Descartes. En 1665, il reçoit de Rohault et de la société cartésienne de Paris la mission d'enseigner la philosophie nouvelle à Toulouse.  Ses leçons ont un succès immédiat: savants, ecclésiastiques, magistrats, dames du monde  viennent s'initier à la nouvelle philosophie.  Fontenelle note: "Messieurs de Toulouse, touchés des instructions et des lumières que M. Régis leur avait apportées, lui firent une pension sur leur Hôtel-de-Ville, événement presque incroyable dans nos mœurs et qui semble appartenir à l'ancienne Grèce." En 1671, Régis ayant accompagné le marquis de Vardes à Montpellier, y enseigne publiquement le cartésianisme avec le même succès qu'à Toulouse. Il revient ensuite à Paris où il continue les conférences de Rohault.  Mais l'éclat de ces leçons contrarie l'Eglise. L'archevêque de Paris demande à Régis de suspendre ses conférences. Régis rédige alors son cours pour en donner une exposition systématique et complète. Mais ce n'est qu'au bout de dix ans, et avec les plus grandes difficultés, qu'il obtient, en 1690, la permission de l'imprimer, à la condition d'effacer du titre le nom de Descartes.


Système de philosophie contenant la logique, la métaphysique, la physique et la morale.
Paris, Anisson, Posuel et Rigaud. 1690. EO.
3 volumes in-4 ; portrait, (40), 480, (92) pp. - (14), 648, (49) pp, 1 carte - (16), 544, (45) pp.

Dans son Histoire de la philosophie cartésienne, parue en 1854, Bouillier écrit :  "Pierre Sylvain Régis, a plus fait encore que Rohault pour la propagation de la philosophie de Descartes. Non seulement il l'a enseignée, à son tour, avec le même succès, dans les conférences de Paris, mais il l'a, pour ainsi dire, prêchée avec un éclat extraordinaire dans différentes parties de la France. Il a travaillé à coordonner, à systématiser et à compléter, dans un grand ouvrage, toutes les parties de la philosophie de Descartes, tout en la défendant à la fois contre les excès du dedans et les attaques du dehors, contre Spinoza et contre Huet."
La physique occupe pratiquement deux volumes ; elle est illustrée de nombreuses figures dans le texte.


Une seconde édition paraît en 1691 à Amsterdam chez Huguetan sous un titre modifié :  Cours entier de philosophie ou système général selon les principes de M. Descartes contenant la logique la métaphysique la physique et la morale. Elle est augmentée d’une préface par Coste et d’un discours sur la philosophie moderne. Une autre édition en 7 volumes in-12 paraît en 1691 à Lyon chez  Anisson, Posuel et Rigaud.

Ce système de philosophie est critiqué par Jean-Baptiste Duhamel (1623-1706), premier secrétaire de l'Académie des Sciences dans ses  Réflexions critiques sur le système cartésien de la philosophie de M. Régis  parues en 1692.


Réflexions critiques sur le système cartésien de la philosophie de M. Régis.
Paris, Edme Couterot. 1692. EO.
1 volume in-12 ; (16), 344 pp.

Régis répond la même année:



Réponses aux réflexions critiques de M. Duhamel sur le système cartésien de la philosophie de M. Régis.
Paris, Cusson. 1692. EO.
1 volume in-12 ; (12), 263 pp.

Dans la préface l’auteur note : « … les Réflexions Critiques de M. du Hamel sur mes Ecrits, regardent plûtost la doctrine de M. Descartes en général, que mon Système de Philosophie en particulier je suis pas à pas M. du Hamel, en luy répondant chapitre par chapitre. »

Les critiques de Malebranche paraissent en 1693 :


Réponse du P. Malebranche, prestre de l’oratoire, á monsieur Régis.
Paris, André Pralard. 1693.
1 volume in-12 ;  (2) pp, pp 3 à 70, (2) pp.

Régis a répliqué dans le Journal des sçavans des 23 et 30 janvier 1694. Malebranche a répondu la même année dans ce journal.

Le cartésianisme a également été combattu par Pierre-Daniel Huet (1630-1721) dans son fameux livre Censura philosophiae cartesianae, publié en 1689. Régis réplique  point par point en 1691:


Réponse au livre qui a pour titre P. Danielis Huetii, episcopi suessionensis designati, censura philosophiae cartesianae. servant d'éclaircissement à toutes les parties de la philosophie, surtout à la métaphysique.
Paris, Chez Jean Cusson, 1691.
1 volume in-8 ; (12), 331, (2) pp.

"Pour procéder donc à cette réponse avec le plus d'ordre qu'il me sera possible, je tâcherai de suivre l'auteur pas à pas. Pour cet effet, je diviseray chaque chapitre de son livre en ses articles, et je répondray en suite à chaque article selon l'ordre qu'il aura          esté proposé ; observant toujours cette règle, que je mettray au commencement le propre texte de l'auteur traduit en français, pour la facilité de ceux qui n'entendent pas le latin."         

Descartes avait encore des difficutés à s'établir en France que déjà Newton régnait en Angleterre.

Bernard

lundi 19 mars 2012

Bibliophilie et sciences: l'abbé René-Just Haüy, professeur et savant, protégé de Bonaparte

Amis Bibliophiles bonjour,


L'abbé René-Just Haüy (1743-1822), né dans une famille modeste, frère de Valentin qui consacra sa vie aux aveugles, étudie les lettres classiques qu'il enseigne de 1760 à 1784. Passionné par les Sciences de la Nature, la botanique, la physique, il découvre la minéralogie à 35 ans, comme auditeur des cours de Daubenton, au Muséum. Partant de l'hypothèse que le clivage fournit la forme géométrique d'un noyau ou « molécule intégrante » pour tous les cristaux, il formule une théorie descriptive de la structure des cristaux dès 1781. Pendant 40 ans, il ne cessera d'approfondir cette théorie, en y introduisant les concepts fondamentaux de maille élémentaire, de réseau périodique, de symétrie. Hauy est considéré comme le véritable fondateur de la cristallographie et de la minéralogie modernes. Il est élu membre de l'Académie des Sciences en 1784.



 « Quand Haüy entre comme élève au collège de Navarre, vers 1755, c'est Nollet qui détient la chaire de physique expérimentale récemment créée pour lui. Celui-ci n'y sera remplacé par Brisson qu'en 1768, deux ans avant le départ de Haüy devenu entre-temps professeur de latin et de grammaire au même collège. Pendant une douzaine d'années, Haüy put donc écouter Nollet comme professeur puis comme collègue. »

Aepinus fit paraître en 1759 son traité d’électricité : Tentamem Theoriae Electricitatis et Magnetismi. L’Abbé Haüy met cet ouvrage à la portée des non-mathématiciens. Il introduit la loi de Coulomb ignorée d’Aepinus et les observations de Lavoisier, Laplace, de Saussure, etc.


 Exposition raisonnée de la théorie de l’électricité et du magnétisme, 
d'après les principes de M. Aepinus.
Paris, Veuve Desaint. 1787. EO.
1 volume in-8 ; XXVII, (5), 238 pp, 4 pl.
Exemplaire provenant de la bibliothèque de Huzard (1755-1838), directeur de l'École vétérinaire d'Alfort et membre de l'Académie des sciences.


« Laplace signe en préambule à l'ouvrage de Haüy, un vibrant hommage à l'auteur pour avoir diffusé les nouveaux fondements de l'électricité et pour avoir introduit ordre et précision dans l'ouvrage d'Aepinus , un peu diffus et peu méthodique. Le soutien apporté par Laplace à Haüy se manifestera encore lors du choix des professeurs de l’École normale de l'an III ou lors de la désignation d'un auteur pour le traité de physique destiné aux lycées français. » (Haüy et l'électricité : De la démonstration-spectacle à la diffusion d'une science newtonienne par Christine Blondel.). 

Hauy a également participé  à l'élaboration du nouveau système métrique.

 
Instruction sur les mesures déduites de la grandeur de la terre, uniformes pour toute la république.
Paris, Imprimerie nationale exécutive du Louvre. An II de la République une et indivisible.
1 volume in-8 ; XXXII, 224, (27) pp, 1 pl.

Cet ouvrage est la première description du système métrique que nous utilisons aujourd'hui. Après avoir adopté le système décimal, le 8 mai 1790, l’Académie des Sciences chargea une  commission  composée de Borda, Lagrange, Laplace, Monge et Condorcet de fixer la base des unités de mesure. La commission décida de prendre pour unité de longueur le dix millionième du  quart du méridien terrestre ; cette valeur, que Borda appela le mètre, est indépendante du lieu géographique et peut donc prétendre à l’« universalité ». Hauy, secrétaire de la commission des poids et mesures,   rédigea les instructions.  L’établissement du système métrique exigea un temps considérable et la réforme ne deviendra effectivement obligatoire sur tout le territoire qu’en 1837.
Cette édition est la véritable édition originale, comportant la mention "édition originale" sur le titre et l'errata au verso de celui-ci. La même année a paru une autre édition : Paris, Imprimerie Nationale Exécutive du Louvre, an IIe (1794) : XIV, 147, (28) pp, 3 pl. De nombreuses éditions provinciales ont été publiées la même année.

Hauy a rédigé le premier traité de physique destiné aux lycées créés par Bonaparte.

 
Traité élémentaire de physique.
Paris, Imprimerie de Delance et Lesueur. An XII-1803. EO.
2 volumes in-8 ; (6), XXXIV, 426 pp, 8 pl. - (4), IV, 447 pp, 16 pl.

L'abbé René-Just Haüy fut distingué par Napoléon Bonaparte parmi les savants que celui-ci a le plus protégés. Haüy fut ainsi nommé chanoine honoraire de Notre-Dame de Paris, puis membre de la Légion d'honneur à la création de cet ordre. C'est à la demande de Bonaparte que l'abbé Haüy rédigea en 1803 son Traité élémentaire de physique, destiné aux lycées nationaux. Napoléon, ayant eu l'occasion de relire ce traité pendant sa captivité à l'île d'Elbe, en complimenta Haüy, à son retour, et lui remit lui-même la rosette d'officier de la Légion d'honneur.
Dans cet ouvrage clair et concis Hauy adopte la théorie corpusculaire de la lumière et la notion de calorique pour la chaleur.
La seconde édition date de 1806, mais la troisième est plus interessante car elle inclut les découvertes d'Ampère.

 
Traité élémentaire de physique.
Paris, Vve courcier. 1821. 3ème édition.
2 volumes in-8 ; (2), LXII, 510, (2) pp, 7 pl. - (2), 452, (2) pp, 12 pl.

Cette édition est publiée seulement quelques mois après qu’Arago ait répété, devant l’Académie des Sciences, l'expérience d' Œrsted. Haüy écrit :
« Ce n'était pas encore la dernière des surprises dont l'électricité galvanique devait fournir le sujet, et elle en réservait d'autres non moins propres à en faire naître de nouvelles pour le moment où M. Œrsted, l'un des hommes dont s'honore le Danemark, deviendrait à la fois l'inventeur et le premier témoin de l'expérience si remarquable où le fluide électrique semble se transformer dans la pile en fluide magnétique, pour rompre l'équilibre entre les forces qui maintiennent l'aiguille aimantée dans sa position naturelle [...]. Et l'on jugera combien elle a gagné depuis qu'elle est connue en France, par l'extension que lui ont donné deux physiciens très distingués, MM Ampère et Arago, en variant et en multipliant les effets de l'appareil qui avait servi aux expériences du savant Danois. » (tome 1, p. 392-393).

Bernard

mardi 14 février 2012

Bibliophilie et Sciences: les fols espoirs suscités par la découverte du radium

Amis Bibliophiles bonjour,


J'ai déja eu l'occasion de vous parler de la découverte de la radioactivité naturelle de l'uranium par Henri Becquerel, en 1896, puis de l'isolement du radium par Pierre et Marie Curie en 1898. En 1902, à partir d'une tonne de pechblende envoyée de la mine bohémienne de Joachimstahl les Curie isolent le premier décigramme de radium français. Rapidement  les premiers principes de la curiethérapie sont élaborés par l'Institut du radium, fondé à Paris par Marie Curie.  Les rayonnements émis par des aiguilles de sels de radium  sont utilisés pour soigner certaines maladies. Pierre Curie charge Jacques Danne (1882-1919), ingénieur de l’École de physique et chimie de Paris, ancien préparateur de Marie Curie, de mettre au point des méthodes industrielles de raffinement du radium. Dès 1904, une première petite usine est montée à Nogent-sur-Marne.

En 1911 une usine de traitement sera installée à Gif sur Yvette ; à pleine capacité, elle traitera 500 tonnes de pechblende par mois.

En janvier 1904, Jacques Danne et un ingénieur, Henri Farjas, créent Le Radium, revue destinée à « donner à nos lecteurs un compte rendu des articles qui seront publiés sur le radium en France et à l’étranger ; donner le résultat des expériences ; les tenir au courant des progrès accomplis dans la production et l’étude de ce corps mystérieux ». Dès le mois de février le titre est complété ; il devient : Le Radium. La radioactivité et les sciences qui s’y rattachent. 

Paris, Imprimerie Paul Dupont, Janvier et Février1904.
2 brochures in-4 avec leur couverture jaune illustrée ; 16 pages chacune.
           
La couverture et la page de titre de la première brochure sont illustrées d'une photographie de Pierre et Marie Curie dans le laboratoire de la Rue Lhomond, spécialement réalisée pour ce  numéro qui renferme des articles inédits : sur le prix Nobel illustré du portrait photo de Henri Becquerel, sur le prix Osiris attribué à Marie Curie en 1903, le Radium à travers la Presse, une étude inédite d'Henri Becquerel sur la  Radio-Activité de la Matière  (6 pages sur 2 colonnes illustrées de 7 clichés photographiques, basée en partie sur sa conférence du 7 mars à l' Académie Royale de Londres).


Le radium.  La radioactivité et les sciences qui s’y rattachent.
Paris, Imprimerie Paul Dupont, Mars à Juin 1904.
4 brochures in-4 avec leur  couverture jaune illustrée ; 16 pp –  4, 16 pp – 4, 16 pp – 4, 16 pp.

D'avril à juin la revue est complétée par 4 pages de bibliographie et de 2 feuillets jaunes de publicité.

Le forma et le titre changent à nouveau au mois de juillet ; il devient : Le Radium. La radioactivité et les radiations, les sciences qui s’y rattachent et leurs applications. Chaque fascicule mensuel comporte désormais  32 pages et la pagination devient continue. La série suivante est reliée; elle contient, outre les six numéros précédents, les numéros de juillet 1904 à décembre 1908.

Le radium. La radioactivité et les radiations, les sciences qui s’y rattachent….
Paris, Masson. 1904 à 1908.
5 volumes in-4 ; 1904 : (4) pp, janvier à juin en 6 cahiers de 16 pages  - juillet à décembre, 212 pp.
1905 : (4), 456 pp. - 1906 : (4), 407, (1) pp. - 1907 : (4), 468 pp. - 1908 : (4), 401, (3) pp.

Le merveilleux radium soulève un engouement général. On lui prète des propriétés quasi miraculeuses. Les expériences risquées faites en laboratoire soulèvent des espoirs insensés. Des humoristes tels que Norwins dans sa série "Tout au Radium"s'emparent du sujet dès 1904 :
"Hein quoi qu'est qu'ça encore! Radium? Radium? ... Parait qu'ça f'ra voir les aveugles ... M'en fiche! Qu'y m' fassent des rentes alors! ..."
Article de la revue Le Radium de mars 1904.


"Le gros banquier – Mon cher vous savez que le radium éclaire et ne s'use aucunement ... C'est vieux jeu ... et les gogos depuis le temps qu'ils éclairent, sont-ils usés ?"


"- Vous avez encore un fier toupet jeune homme d'oser demander la main de ma fille ... vous un sans le sou ...
- Un sans le sou ... Eh bien et ces dix grammes de radium ?
- Fallait le dire ... Top là dans mes bras mon gendre"


"V'la 25 ans que j'allume dans le même quartier ... Ben si on éclaire Paris au radium je retourne à St Flour ... Hein! Y n'y gagnera pas des tas? C'est mon avis ..."

En France, on trouve en pharmacie la crème Tho-Radia censée effacer les rides du visage. : « La science a créé Tho-Radia pour embellir les femmes. A elles d'en profiter. Reste laide qui veut ! ».  Avec la crème Activa, « on ne vieillit plus, mieux on rajeunit ! ». Certaines stations  thermales utilisent des eaux radioactives. Des sociétés proposent des  « cafetières à radium » et « fontaines à radium ». Une capsule de sels de radium est logée à l'intérieur de l'appareil, l'eau absorbe l'émanation et devient alors radioactive.

Ce n'est que progressivement que l'on se rendra compte du danger des rayonnements. Aujourd'hui le seul mot radioactivité fait peur ...

Pour conclure un petit verre pour tous les lecteurs.


Santé!!!

Bernard

mardi 31 janvier 2012

Bibliophilie et Sciences: Jean-Baptiste Biot , révolutionnaire et physicien français

Amis Bibliophiles bonjour,

Jean-Baptiste Biot (1774-1862) est un des principaux physiciens français du début du IXème   siècle.  Il est volontaire dans les armées républicaines en 1792 et  est nommé professeur à l'École centrale de Beauvais dès 1797. Il est examinateur d'admission à l'École Polytechnique de 1799 à 1806. Un mémoire présenté à l'Institut lui vaut la chaire de physique mathématique au Collège de France en 1800; il n'a alors que 26 ans. Il entre à l'Académie des sciences en 1803 et  prend part à l'ascension en ballon avec Gay-Lussac en 1804. Il  poursuit, avec Arago, la triangulation de la méridienne en Espagne, en 1806 et aux îles Orcades en 1817. Il est élu à l'Académie française en 1856.



Sa principale découverte est  le pouvoir rotatoire moléculaire de certaines substances. Cette découverte conduira Pasteur à celle de la dissymétrie moléculaire.

Jean-Baptiste Biot vérifiant au microscope les découvertes de Louis Pasteur sur la
dissymétrie moléculaire en 1848 (dessin de Vogel. Musée Pasteur de Paris).
Biot formule également avec le Français Félix Savart, la « loi de Biot et Savart », qui donne l’expression de la force exercée par un courant rectiligne sur un élément de courant, force en 1/r. Il travaille aussi sur l'origine des météorites et sur  le magnétisme terrestre.

Je vous présente quelques ouvrages de Biot écrits pour l'enseignement.

Traité élémentaire d’astronomie physique.
Paris, chez Bernard, An XIII, 1805. (EO)
2 volumes in-8 ; XXVIII, (2), 330 pp, 11 pl – (2) pp, pp 331 à 582, 5 pl, 32 pp. 
Biot est professeur d'astronomie physique de 1809 à 1826 à la Sorbonne. Cet ouvrage est destiné à l'enseignement dans les lycées nationaux et les écoles secondaires. Les trente-deux dernières pages s’intitulent : Notice abrégée des principaux livres de Bernard, Libraire de l'École Impériale Polytechnique…

Dans les Archives littéraires de l'Europe de 1805 on lit : « Il n'appartient qu'aux maîtres dans une science d'en exposer clairement les principes. Le meilleur traité élémentaire de physique est sans contredit celui que le savant M. Hauy a publié dernièrement d'après l'invitation du gouvernement. Nous croyons qu'on mettra sur la même ligue le traité élémentaire d'astronomie physique de M. Biot. Ce jeune physicien , qui a déjà donné des preuves de ses lumières et de son talent dans les sciences mathématiques, et de son zèle pour le progrès de la science , qui d'ailleurs, réunit à des connaissances étendues l'esprit philosophique et le talent d'écrire , possède tout ce qu'il faut pour exécuter avec succès l'ouvrage important que le gouvernement destine à l'enseignement des écoles nationales. »

Une autre édition en trois volumes a paru chez Klostermann en  1810-1811.

Traité de physique expérimentale et mathématique. 
Paris, Deterville. 1816. 
4 volumes in-8 ; (4), LXVI, 538, (4) pp, 1 tableau, 5 pl. - (4), 551, (1) pp, 2 tableaux, 4 pl. - (4), 516 pp, 6 pl. - (4), 780, (2) pp, 2 tableaux, 7 pl. 
Ce traité de physique, le plus important du début du XIXème siècle, débute par une Lettre à M. Berthollet. Il est divisé en sept livres : Des phénomènes généraux et des moyens d’observations – De l’acoustique – De l’électricité – Du magnétisme – De la lumière – De la polarisation de la lumière – Du calorique, soit rayonnant, soit latent. Biot est partisan de la théorie de l’émission pour la lumière.

Cet exemplaire possède un ex-libris : « A la source pour que l’on beuve » ; il a été vendu à la vente de la veuve Brunet en 1919. J'aimerais bien connaitre le propriétaire de cet ex-libris (Appel au lecteur). l
Précis élémentaire de physique expérimentale. 
Paris, Deterville. 1817. EO. 
2 volumes in-8 ; X, 576 pp, 6 pl. - (4), IV, 608 pp, 8 pl. 
 
Recueil des leçons publiques que Biot a données, pendant plusieurs années, à la Faculté de Paris, dans le cours de physique qu’il partageait avec Gay-Lussac.
Dans l'avant-propos, Biot précise : « Ce Précis élémentaire est le texte des leçons publiques que j’ai données à la Faculté des Sciences de Paris en 1816 et 1817, dans le cours de physique que je partage avec mon ami Gay- Lussac… Ce n’est pas toutefois sans quelques regrets que je me suis résolu à présenter aux élèves un ouvrage où la physique est dépouillée de ce qui fait sa principale utilité et sa certitude, je veux dire les expressions et les méthodes mathématiques ». Ce Précis est destiné à l’enseignement public, par arrêté de la Commission de l’Instruction Publique, en date du 22 février 1817.
Une deuxième édition a paru chez  Deterville en 1821 et une troisième en 1824.

Précis élémentaire de physique expérimentale.
Paris, Deterville. 1824. 3ème édition. 
2 volumes in-8 ; XII, 678 pp, 7 pl. - (4), 786 pp, 12 pl. 
 
Cette édition est importante car elle contient, en édition originale, pages 704 à 774, l’exposé détaillé des expériences de Biot et Savart:  L’aimantation imprimée aux métaux par l’électricité en mouvement. Seul un résumé en avait été donné en 1821 dans la deuxième édition.

Le 30 octobre 1820, Biot, aidé de Félix Savart, montre que la force exercée par un très long fil sur un aimant est inversement proportionnelle à la distance. Le 18 décembre 1820,  ils calculent la force exercée par un fil infiniment long sur un aimant, puis sur un autre fil, ils énoncent ainsi la fameuse loi, connue maintenant sous le nom de « loi de Biot et Savart ». Ce mémoire a été lu à la séance publique de l’Académie des Sciences le 2 avril 1821.


Bernard.

lundi 16 janvier 2012

Bibliophilie et Sciences: Histoires d'Eaux, un inventeur méconnu traite l’eau au XVIIIe siècle.

Amis Bibliophiles bonjour, 

Le traitement des eaux pour les rendre propres à la consommation n'est pas un problème nouveau. Dès le XVIe siècle on utilisait à Paris des filtres à sable pour purifier l'eau de la Seine. On faisait également usage de "fontaines" domestiques en cuivre ou en bois contenant des éponges filtrantes, avec des résultats fort aléatoires et souvent condamnables.

Planche IX. Fontaine publique pour les villes d’eau et de garnisons.
Joseph Amy, Avocat à Aix-en-Provence,  physicien, et inventeur désintéressé avait conçu des machines élevant et purifiant l'eau. Il était passionné par le problème de l'eau potable et celui de la préparation des aliments. C’est en 1745  qu’il présenta une fontaine dont la matière filtrante était composée d'un lit d'éponges et d'un lit de sable. Réaumur, directeur de l’Académie, établit le certificat le désignant comme l’inventeur des fontaines filtrantes domestiques.

Il expérimentait les effets sur la santé des divers matériaux utilisés pour les ustensiles et récipients de cuisine. En 1752 il publia un ouvrage intitulé "Nouvelles Fontaines Filtrantes" auquel il ajouta une suite en 1754, un  volume fort rare, illustré de 9 planches. On y voit des instruments de filtrage, des fontaines publiques, des ustensiles de cuisine et de pharmacie, une "machine à élèver les eaux".

Les plus curieuses de ces planches représentent des scènes allégoriques, symbolisant les dangers de l'utilisation des récipients de cuivre et destinées, selon l'auteur, à marquer les esprits plus que la lecture des textes. Joseph Amy combattait en effet, avec virulence, l'utilisation du cuivre lors du traitement et du stockage de l'eau potable ainsi que pour les usages culinaires et prônait l'utilisation du fer, de l'étain et ... du plomb.

Auteur de ce texte de référence essentiel pour l’histoire de l’hygiène urbaine dans le domaine du traitement de l’eau, Amy se place dans la continuité de ses prédécesseurs : les seuls traitements disponibles  - jusqu'à l'apparition des techniques de désinfection chimique de l'eau  - s'appuyaient sur des principes physiques de filtration, connus depuis l'Antiquité. Cependant, la tentative de commercialisation domestique tourna court, et il faudra attendre la fin du XIXe siècle pour que des filtres efficaces éliminent les microbes, grâce aux travaux de l'Institut Pasteur dans ce domaine.

La désinfection de l'eau par la chloration pour limiter le risque de maladies diffusées par le réseau de distribution est assez récent. Il semble qu'en France, ce soit Guyton de Morveau qui fut le premier à suggérer - vers 1800 -  la désinfection de l'eau au moyen du chlore. Mais c'est aux Etats-Unis, au début du XXe siècle, que le procédé commença à être appliqué sur une grande échelle et largement mis en œuvre durant la Seconde Guerre mondiale. Cependant lors du siège de Verdun (1916) le procédé fut utilisé aussi, sous le nom de verdunisation, dans une zone particulièrement exposée aux épidémies.


SUITE DU LIVRE INTITULÉ NOUVELLES FONTAINES FILTRANTES, APPROUVÉES PAR L'ACADEMIE ROYALE DES SCIENCES, dédié à M. de Senac, Conseiller d'Etat, premier Médecin du Roi ; Ornée de nouvelles figures expliquées par lettres indicatives, avec trois dissertations : 1. Sur les méchanismes de la nature, dans la corruption, la puanteur, la fadeur & le mauvais goût de l'eau dormante, & de tous les filtres, & dans les blessures souvent mortelles, faites intérieurement dans le corps humain par le verd-de-gris des Fontaines & tous ustenciles de cuivre, dans les Pharmacies, les Cuisines, les Offices, & chez tous ceux qui vendent en détail des alimens, des boissons & des drogues. 2. Sur la nécessité & la salubrité des vaisseaux de fer, pour la préparation des alimens. 3. Sur la nécessité & la neutralité, ou l'impuissance des Fontaines d'étaim pur, ou de plomb affiné, sur le corps humain.
Par M. AMY, Avocat au Parlement de Provence.
A Paris chez Antoine Boudet, Imprimeur du Roy, MDCCLIV.
In-8°, lxxxii, 32 pp. , 9 planches rehaussées en couleur

Etat des fontaines de cuivre à Paris, les produits de corrosion indiqués en vert.

Etat des principaux ustensiles dans les cuisines, les offices, les pharmacies
Empire du cuivre - allégorie.
 Ignorance de l’empire du cuivre - allégorie
Laissons le mot de la fin à Amy: "Il faut donc des images pour faire naître plus de réflexions dans l'esprit de ceux qui donnent mauvais exemple, pour inspirer à ce peuple une frayeur salutaire , & entretenir cette frayeur par une mémoire, fondée sur des objets qui frappent les yeux, & qui rappellent la lecture. Je veux même que ces objets excitent les railleries ; tant mieux : la mémoire s'affermit, on raisonne d'abord fort mal, on badine ; les réflexions viennent après, les railleries cessent peu a peu ; enfin la réforme survient chez un nombre d'honnétes gens, & ce que l'exemple a fait peu à peu dans l'introduction d'un usage funeste, le même exemple le détruit aussi peu a peu.

Souvent même dans la fuite des tems, quand le préjuge est invincible, & le mal reconnu trop grand, les Souverains, instruits par là des abus ou des dangers de leurs sujets les font cesser dans l'instant , & par une seule parole : voilà quel peut être le fruit des images que je mets ici sous les yeux du public aveuglé."

René.

mardi 20 décembre 2011

Bibliophilie et Sciences: Laplace et les mathématiques sous le 1er Empire

Amis Bibliophiles bonsoir,


Rien de tel qu'un bon cours de sciences pour calmer les élèves dissipés. :)



Pierre-Simon de Laplace (1749-1827) est l’un des principaux mathématicien de la période napoléonienne. Ses contributions dans les domaines de l’astronomie et de la théorie des probabilités sont fondamentales. Sa Mécanique Céleste parue de 1799 à 1825, en cinq volumes, est un exemple de physique mathématique.
Laplace  part pour Paris à 19 ans muni d'une recommandation pour d'Alembert, mais ce dernier refuse de rencontrer l'inconnu. Laplace insiste et lui envoie un article de mécanique classique. D'Alembert en est si impressionné qu'il est tout heureux de patronner Laplace, et lui obtient un poste d'enseignement en maths. Il est élu à l'Académie des sciences en 1783. 

Il travaille avec Lavoisier sur la théorie de la chaleur, succède à Bezout comme examinateur des cadets de l'artillerie royale, parmi lesquels Bonaparte. Il participe à l'instauration du système métrique, à l’organisation de de l’École Normale, de l’École Polytechnique et de l'Institut de France remplaçant l'Académie royale des sciences. Après le coup d'État du 18 brumaire 1799, Bonaparte le nomme ministre de l'Intérieur, mais le remplace vite par son frère Lucien. Laplace devint sénateur, puis vice-président du Sénat en 1803. Comte d'Empire en 1806, il vote la déchéance de Napoléon, et se rallie à Louis XVIII. Il est élu à l'Académie française en 1816. Louis XVIII le fait marquis et pair de France en 1817. On rapporte que, feuilletant la Mécanique céleste, Napoléon remarqua qu'il n'y faisait nulle part mention de Dieu. « Je n'ai pas eu besoin de cette hypothèse », rétorqua le savant.

Laplace domina le milieu scientifique français jusqu’à sa mort. Il est souvent considéré comme un défenseur du déterminisme dans les sciences physiques, à l'étude desquelles il appliqua sa rigueur mathématique. Dans le domaine de l'acoustique, on lui doit l'hypothèse selon laquelle les mouvements élastiques de l'air sont adiabatiques et non isothermes. Avec Lavoisier, il développa la calorimétrie et étudia le phénomène de respiration. En électromagnétisme, il prolonge les travaux d'Ampère. On a donné son nom à plusieurs lois : Équation de Laplace, vérifiée par le potentiel électrique, Expression des forces de Laplace. Il participa également à l'instauration du système métrique.

Les oeuvres complètes de Laplace remplissent 14 gros volumes in quarto. La première édition du premier volume date de 1843; celle du quatorzième de 1912.

ŒUVRES COMPLÈTES.
Paris, Gauthier-Villars. 1878-1912.
14 volumes in-4 ; portrait, 2 pl.

Les cinq premiers volumes, sont consacrés à la Mécanique Céleste, les deux suivants au Système du Monde et à la Théorie des Probabilités. Ils sont en deuxième édition (première édition en 1843-1847). Ces sept volumes sont dans de somptueuses reliures, et ont été offerts à Édouard Glasser,  élève sorti major de Polytechnique en 1894. Glasser né le 6/1/1874 à Libourne entre à Polytechnique en 1892. Après ses études il entre à la Société des  Forges et Aciéries de Pompey puis devient directeur général de la Compagnie Générale des Eaux.


Le Prix avait été fondé par Madame Laplace, aux frais de l’État et sur ordre de Louis-Philippe, et comportait les volumes parus à ce jour. 



Les sept volumes suivants, en première édition, sont en cartonnage de l’éditeur. Ils ont été édités respectivement en 1891, 1893, 1894, 1895, 1898, 1904 et 1912.


Les cinq premiers volumes sont consacrés à la Mécanique Céleste, les deux suivants au   Système du Monde et à la Théorie des Probabilités. Les sept derniers volumes contiennent les Mémoires de Laplace à l’Académie des Sciences et les articles parus dans les revues scientifiques comme le Journal de l’École Polytechnique.

Inutile de vous dire que ces énormes volumes ne sont pas mes livres de chevet! Mais ils sont d'une époque où la France rayonnait particulièrement dans le domaine scientifique.

Bernard

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