« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier

"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

frise2

frise2
Affichage des articles dont le libellé est Le Marché. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Le Marché. Afficher tous les articles

lundi 28 novembre 2011

Echange avec un commissaire-priseur et considérations sur les ventes aux enchères de livres anciens


Amis Bibliophiles bonjour,

Rassurez, je ne vais pas revenir une nouvelle fois sur l'écart entre les estimations et les prix réalisés, sujet déjà maintes fois traité, mais il se trouve que j'ai eu récemment une assez longue discussion avec un commissaire-priseur.


Celui-ci, presque spécialisé dans les livres, a fini de me dégriser lorsque nous avons abordé le sujet de l'organisation d'une vente et de la rédaction du catalogue puisque bien sûr le sujet des estimations est arrivé sur le tapis; j'étais en effet à la recherche d'une maison de vente pour mettre aux enchères un ouvrage et je m'étonnais de la faible estimation qu'il faisait de mon livre (dont des exemplaires moins jolis s'étaient vendus 3 ou 4 fois plus cher chez ses confrères).

La réponse fût rapide et limpide: "je me considère comme un organisateur de spectacle, la vente est un spectacle... Mais puisque le catalogue ne me permet guère de créer la surprise avec le contenu, j'interviens à la marge en appâtant le chaland avec des estimations volontairement très basses. L'amateur sait bien qu'elles sont fantaisistes, même s'il garde toujours un espoir, le client moins connaisseur est attiré, et finira par craquer, si ce n'est pour un lot, ce sera pour l'autre".

Rien de nouveau sous le soleil donc, mais c'était la première fois que j'entendais un commissaire-priseur exprimer aussi clairement sa position.

Dans le même temps, nous avons évoqué l'affaire des commissionnaires. Le commissaire-priseur était plus ennuyé, notamment parce que quelques uns de ses confrères ont également été mis en examen, mais il m'a informé qu'un site (http://www.avisderecherches.interieur.gouv.fr/rovspecial.asp) rassemblait 6000 objets dérobés par les incriminés, et qui sont en attente d'identification puis de restitution. A priori pas ou peu de livres, mais je n'ai pas eu le courage de tout parcourir. Le texte qui accompagne les images est en tout cas assez édifiant et direct de la part d'un site du ministère de l'intérieur:

"En décembre 2009, un trafic d'objets d'art perpétré par des manutentionnaires de l'Union des Commissionnaires de l'Hôtel des Ventes (UCHV) était mis au jour. Ces derniers également appelés «Cols Rouges» ou «Savoyards» étaient chargés de la manutention des objets vendus lors des ventes aux enchères publiques ou judiciaires à l'Hôtel des Ventes de Drouot à PARIS, lequel s'est constitué partie civile dans le cadre de l'instruction pénale. Ces commissionnaires avaient aussi en charge le transport des objets du lieu d'enlèvement jusqu'au lieu de stockage, première occasion de dérober certains objets.

De nombreux objets d'origine indéterminée ont été retrouvés en perquisitions et photographiés. Ainsi, si vous avez été concerné par une succession à PARIS, ou en Province, dont la manutention a été confiée à l'UCHV soit directement par vous, soit par votre notaire ou votre commissaire-priseur, vous pouvez ci-après et jusqu'au 28 février 2012 consulter les photographies des objets retrouvés. Si vous pensez reconnaître un objet volé à votre préjudice, vous pouvez nous le faire savoir immédiatement par mail en cliquant sur le lien "Contacter le service compétent au sujet de cet objet" présent sur chaque fiche. Toute pièce ou renseignement permettant d'authentifier l'origine du bien vous sera ensuite demandé.

NB: Les photographies d'objets et de documents de faible valeur ont été volontairement insérées, et présentées avec les objets d'art retrouvés simultanément, afin de faciliter l'identification des objets et du lieu de succession où l'ensemble a été dérobé."

Dans tous les cas, on reste quand même un peu stupéfait devant l'ampleur de l'arnaque. Et pendant ce temps, il semble que Drouot continue de fonctionner sans ses Savoyards.

H

samedi 27 août 2011

Bilan sur une année d'achats bibliophiles: une bibliothèque, des livres et des projets...

Amis Bibliophiles bonjour,


Les ventes vont bientôt reprendre, les libraires rouvrent les unes après les autres, on rentre de vacances et l'on retrouve ses ouvrages... c'est le moment idéal pour dresser le bilan d'une année d'activité bibliophilique.

Cette année fût particulière pour moi puisque j'ai eu pour la première fois l'opportunité d'acquérir une bibliothèque complète auprès de l'héritier d'un bibliophile. Cette bibliothèque ne contenait qu'une soixantaine de livres, dont une vingtaine particulièrement précieux, mais cet achat important a néanmoins bouleversé mes achats annuels.

Cette année, j'ai acquis exactement 90 ouvrages, dont 62 via cette bibliothèque. Les 28 autres destinés à ma bibliothèque personnelle se répartissent ainsi: 10 ouvrages achetés sur ebay (pour partie à des vendeurs particuliers, pour partie à des libraires), 12 lors de ventes aux enchères et 6 auprès de libraires, dont 4 auprès de libraires étrangers. A noter que sur ces 6 ouvrages achetés auprès de libraires, tous ont été achetés à distance, soit suite à la réception d'un catalogue, soit via le site internet du libraire. Dans ce dernier cas, je suis toujours arrivé sur le site du libraire via le moteur de recherche addall. 

L'an passé, j'avais acquis une trentaine d'ouvrages. Ma tendance est d'ailleurs d'acheter moins d'ouvrages année après année, et je note que les ventes aux enchères prennent une place croissante dans mes achats, au détriment d'ebay. La part des livres acquis auprès de libraires reste elle stable. 

Compte-tenu de l'acquisition de la bibliothèque et de la pression financière qu'elle a fait peser, cette année est finalement très différente des précédentes.

A ces achats, il est également nécessaire d'ajouter une vingtaine d'ouvrages de documentation. C'est d'ailleurs une autre tendance importante, la croissance rapide d'ouvrages de documentation, ce qui a nécessité l'acquisition d'une nouvelle bibliothèque de bois noir, achetée d'ailleurs lors d'une vente en compagnie d'un ami libraire.

A noter également parmi tous ces achats, deux ratés, achetés sur ebay, mal décrits... donc forcément mal achetés, et que le vendeur n'a pas voulu rembourser. C'est particulièrement frustrant. J'ai vécu la même aventure lors d'une vente aux enchères et je dois saluer Pierre Poulain qui a repris l'ouvrage sans discuter en reconnaissant que des défauts importants n'avaient pas été signalés.

Côté bonnes surprises, en dehors de la bibliothèque déjà mentionnée dont les livres ébranlent ma bibliothèque existante sur ses fondations, deux charmants ouvrages dont les vendeurs n'avaient pas précisé les provenances (un libraire n'ayant pas identifié le chiffre des Goncourt sur un maroquin de Lortic... et un vendeur ebay qui ne connaissait pas Robert Hoe, ce qui est plus logique).

Au final, pas de scoop, ebay reste une source de livres intéressante, qui réserve probablement un peu plus de bonnes surprises que de mauvaises. Les achats chez les libraires se font de plus en plus à distance, et le taux de change euro/dollar a probablement joué en la faveur de quelques libraires américains chez lesquels j'ai fait de beaux achats.

Plus triste, cette année a également marqué la fin de la Nouvelle Revue des Livres Anciens après quatre numéros; ceci de façon assez paradoxale d'ailleurs, puisque les lecteurs étaient très majoritairement satisfaits et que de nombreux bibliophiles se sont manifestés après que nous ayons annoncé la fin, pour s'abonner ou se réabonner. Trop tard, hélas. Ce qui est plus gai, c'est que d'autres projets sont en cours, dont l'édition de l'ouvrage sur Cazin écrit par Jean-Paul, le travail que je mène sur un long texte inédit d'Uzanne que j'ai déniché, et consacré à la bibliophilie, et l'idée d'une association, et un troisième projet, encore en gestation.

Quoi d'autre? Quelques pas timides en librairie, 1 année de plus pour le blog, et deux très sympathiques repas avec des bibliophiles... Trois sujets qui seront encore d'actualité dans un an, et c'est heureux.

Le plus important reste les livres acquis cette année et qui rejoignent ma bibliothèque. Penser que nous allons passer quelques décennies ensemble est un sentiment très particulier. Le temps de la bibliophilie est un temps à part.

samedi 9 avril 2011

Miscellanées de Monsieur H.: Drouot Live ou l'avenir des enchères, le salon de Lyon, le site e-bibliophilie

Amis Bibliophiles bonjour,

I. Ca y est, j'ai enfin testé les enchères par internet, les vraies. Et par la grande porte puisque j'ai participé à la vente Weiller par internet, en direct. Il faut bien avouer que si cela ne remplacera jamais l'atmosphère d'une salle, l'outil est simple d'utilisation, très ergonomique et fait déjà ses preuves: il suffit de s'enregistrer sur drouotlive (coordonnées, références bancaires), les données sont transmises à la SVV, qui pré-approuve ou non votre participation à la vente. Vous êtes alors prévenu par email et il ne reste plus qu'à vous connecter au moment de la vente.

Alors que je pensais me retrouver face à une interface austère, j'ai découvert un ensemble plutôt agréable sur mon écran: la partie inférieure est réservée au défilement des lots, la partie droite de l'écran permet de relire la description du catalogue, la partie haute de cliquer pour enchérir (le montant de l'enchère est prédéfini) mais la surprise réside dans la fenêtre vidéo qui permet de suivre en direct la vente. On voit -et on entend- le commissaire-priseur, le crieur, l'expert et le reste de l'équipe de la SVV. Pour l'observateur attentif, on voit même les acheteurs qui viennent régler leurs achats auprès du comptable.

Bref, on est au théâtre, et je dois avouer que c'est assez agréable. J'ai participé aux enchères sur trois lots, enchérissant et sur-enchérissant à quelques reprises. L'écran des enchères affiche alors "contre vous dans la salle", "contre vous au téléphone" ou "contre vous sur internet". C'est vraiment très fluide et très efficace. Mon banquier ayant donné aveuglément son accord (je doute que la SVV l'ait appelé... mais il est vrai que je suis "connu" de cette SVV, comme on dit), je m'en suis donné à coeur joie, mais il faut bien l'avouer, cette joie fut à chaque fois éphémère, puisque je n'ai rien emporté.

Il est vrai que vendredi comme il y a quelques semaines à Paris, les estimations du catalogue n'eurent rien à voir avec les prix finalement atteint: malignité ou subtilité marketing de la SVV, on n'ose prononcer incompétence (et d'ailleurs je ne le pense pas), ou calcul de l'expert, qui saura jamais. Je n'étais pas naïf au point de penser que je pourrais arracher l'un des lots convoités ne serait qu'au double des estimations, aussi avais-je prévu le triple, en me disant que je ne repartirai qu'avec l'un des trois lots. Hélas, trois fois hélas, je suis reparti bredouille, mon banquier dort toujours sur ses deux oreilles et les libraires pourront toujours m'accueillir avec le sourire au Grand Palais. Pour conclure, je suis convaincu par drouotlive, et je reviendrai.

II. En guise de tour de chauffe je me suis quand même offert une petite sortie au salon lyonnais des vieux papiers et du livre ancien: A ne pas rater si vous aimez les cartes postales. Peu de choses à en dire, si ce n'est la présence de trois libraires sérieux, dont l'ami Daniel, à l'impressionante cravate qui proposait une très jolie sélection: ouvrages anciens, dont une très belle Chronique, de très belles reliures signées, et de nombreux bons textes. Je suis reparti avec une jolie petite édition reliée par Pouillet, et dont je suis très content.

III. C’est fait, le site de Yohann est visible. Vous pouvez vous y connecter pour le tester, on y découvre des fonctionnalités un petit peu innovantes pour les ventes futures. Il est nécessaire de s'inscrire (gratuit) sans quoi la plupart des fonctionnalités seront désactivées. Vous ne recevrez ensuite que la newsletter (bi-annuelle à priori).

Pour la phase de test, les informations accessibles se "limitent" à 92000 fiches de ventes récentes et dans le mois à venir + de 100 000 autres fiches de ventes récentes seront chargés, en plus des 45000 fiches du Morgand Fatout... et de quelques catalogues de ventes futures.

Le site est articulé autour de 7 piliers:
- Les ventes futures : moteur de recherche par mot clef ou auteur / titre / édition + alertes
- Les ventes passées : idem
- Les archives <1950 : uniquement une recherche par mot clef
- Un outil d’estimation rapide des ouvrages, pour ne plus s’étonner de voir des estimations multipliées par 10 en SVV (cet outil est à prendre avec le sourire s’il vous plaît, nous allons essayer de l’améliorer en extrayant des corrélations de nos fichiers)
- Une page de définitions.
- Les liens vers Blogs, Libraires et SVV « partenaires » et restaurateurs validés par plusieurs pro ou bibliophiles.
- L’activisme bibliophilique -partie qui sera prochainement développée.

L'accès est libre jusqu’à l’été, il coûtera ensuite 50€ par an pour la base de données des ventes récentes.

Après cette longue digression, le lien est : www.ebibliophilie.com

J'ai testé rapidement, faute de temps, cela me semble bien, à part l'outil d'estimation qui je dois l'avouer est complètement fantaisiste et qui n'a donné aucun résultat probant ou réaliste en 5 essais, avec une énorme tendance à multiplier (par 5, par 10?) la valeur des livres.

H

lundi 3 janvier 2011

En coulisses: la préparation d'une vente aux enchères de livres, la vente Garnier du 7 décembre

Amis Bibliophiles bonjour,

Ugo, l'un des auteurs préférés des lecteurs revient sur le blog et vous propose de découvrir, avec son habituel talent de conteur, la préparation d'une vente de livres dont il a été l'expert le 7 décembre dernier.... véritablement comme si vous y étiez, presque même comme si vous étiez Ugo lui-même. J'avoue que le côté "découverte de trésors" me fait totalement rêver et qu'il est très intéressant de découvrir l'envers du décor... et personnellement je suis fan du style dUgo,et je souhaite et bon courage à Célia :)

"Il  y a quelques temps un lecteur de ce blog se fendait de cette définition «  une vente montée est en général une vente qui rassemble des livres issus de sources diverses. ».
Ben, moi c'est écrit dessus : « Succession Garnier, Garnier frères et à divers... ».
Notez s'il vous plait l'allure guillerette des 3 petits points qui suivent le « et à divers... ». Tout le monde est prévenu, pour une vente montée, c'en est une et bien une. D'ailleurs j'en revendique la besogne.

Enfin j'exagère un peu, parce que coté besogne j'en ai pas fait lourd; rien de tel que la main d'œuvre étrangère... Quelques Cazins ? Ma pythie est à Reims. Une enluminure médiévale ? L'université de Genève me sert d'oracle. Des dessins de Cocteau ? Ma boule de cristal vibre à Toulouse. Pour le reste, et dans l'attente du logiciel qui me fournira la martingale gagnante me permettant d'en faire encore moins, j'ai Celia, mon fidèle écuyer (stagiaire) corvéable à merci.

Résultat, un catalogue de 350 numéros et 3 principales sources. Auguste-Pierre Garnier, Garnier frères  et une bibliothèque portant ex-libris à l'emblème de la fée Mélusine et la devise "in virtus Haeredes ».

D'autres sources aussi pour 1 ou plusieurs ouvrages. Mais là, attention, je trie sévère.  Le « à divers », ça ne veut pas dire auberge Espagnole. Les ouvrages des 2 provenances Garnier et ceux de la fée Mélusine sont à vendre. L'annonce des ex-libris, même si elle est répétitive permet de fixer les provenances. C'est sain, c'est clair, c'est sincère. Pas envie de me prendre le chou avec des ouvrages hors de prix qui feront douter les aficionados. C'est moi l'expert, c'est moi qui décide; et si l'étude n'est pas contente, elle n'a qu'à s'en trouver un autre. Il n'y a d'autres prix de réserve que ceux que la décence impose; il est bien évident qu'on ne vendra pas à n'importe quel prix. Et je fais  confiance à ma force de travail (enfin celle de Celia) pour que ce catalogue donne envie d'acheter.

Bon ce n'est pas toujours aussi simple. Par exemple cet Allemand qui veut apporter un lot de gravures. Rendez-vous est pris avec Sylvie C., expert en estampes. A ce stade, je ne suis pas concerné, ces gravures sont pour une autre vente. Sauf que le standard ne parle pas Allemand et qu'ils n'ont pas compris de quoi il s'agissait. Le Germain, c'est une description de l'Égypte, en feuilles sous couverture éditeur qu'il sort du coffre de sa Mercedes. J'aime beaucoup Sylvie, il n'y a pas plus honnête dans le petit monde des experts. On décide donc de se partager la fiche et de passer l'ouvrage le 7 décembre. Hélas, l'Allemand, il en attend 15000 de sa Description, alors il faut le travailler au corps. Sylvie et moi on suggère 8000/10000, réserve à 8. Et elle comme moi, on essaye de lui expliquer qu'avec 796 planches il en manque une quatrevingtaine, qu'en feuilles, c'est très difficile à vendre; à moins que ce ne soit à casseur. Et là, l'ouvrage se négocierait plutôt autour de 6000.

Bien sur ce n'est pas plaisant de vendre à un casseur. Alors autant mettre la barre un peu plus haut. D'autant que cela risquerait de traumatiser Celia qui se voit déjà en madone de la conservation du patrimoine.

Finalement on transige à 10000/12000, réserve à 10. Exit l'Allemand, exit moi aussi au bout d'un quart d'heure. De fait, et malgré toute la sérénité que peut apporter ma rayonnante masculinité, Sylvie me fous gentiment dehors en me disant qu'elle va se débrouiller avec Celia pour la collation et que ma présence est superflue. Je crois remarquer une certaine satisfaction dans le regard de Celia, comme une sorte de complicité féminine... Et comme elle ne déclare pas immédiatement qu'il lui est impossible de travailler autrement que sous ma paterne direction, je retourne faire la sieste, toute en concoctant une façon de lui faire payer sa navrante déloyauté.

Pour en revenir au montage de cette vente, de fait, il y eut une première bibliothèque à Neuilly; collection personnelle d'A.P. Garnier, bibliophile du tournant du siècle. Disons 200 titres, tous en parfait état et quand ce n'est pas le cas, il y a toujours un truc ou un bidule pour justifier la présence de l'ouvrage. Par exemple ce Lamartine en reliure du temps un peu frottée, aux ors un peu ternis qui s'ouvre sur un envoi d'Alphonse. Et ce qui saute aux yeux, c'est que tout, quasiment tout, est habillé de reliures signées. Champs, Canape, Durvand, Marius-Michel, Lortic, &c., tout le gratin ou presque d'une époque donnée. Des pleins et des demi-maroquins à coins, sobrement habillés, hormis quelques robes mosaïquées. Après il y a des petits détails comme ces provenances, Béraldi, Rattier, Barthou, &c... aussi, et vu que c'est de littérature, le fait que la meilleure part des ouvrages imprimés du vivant de leur auteur s'accompagne d'un gri-gri comme envoi, LAS, dédicace.

Une deuxième bibliothèque, en Normandie pour une centaine de titres. Moins celle d'A.P. G. que celle de tous les Garnier. Garnier qui étaient, et sont encore, des chasseurs. 65 fusils divers, 187 trophées de chasse et autres zoziaux empaillés. Faut aimer...
Et puis, et puis... un bureau avec un placard armurerie  protégé par un grillage épais. Des fusils encore, encore des fusils. De quoi monter un maquis ou s'opposer avec succès aux huissiers du trésor et autres plaies d'Égypte.

Bon d'accord j'ai la vue qui baisse, mais de prés seulement. De loin, je suis un aigle. Et là j'en crois bien mes yeux... dernier rayonnage tout en haut de l'armoire... 1,2,3... 10,11,12... un Buffon en 12 volumes. Normal, c'est l'édition Garnier Frères, le plus beau Buffon du 19°, celui de Traviès... 13, 14.  Mes yeux qui ne me trompent pas, mes yeux que je crois de plus en plus, qui m'imposent ces deux volumes reliés à l'identique, tomés d'un et de deux fleurons dorés... et là c'est un peu loin pour que je les  déchiffre, mais je les devine... ces deux mots … dessins originaux.

Je dois dire quelque chose, pour le moins émettre un son, à moins que ce ne soit un râle. Je sais qu'on me regarde bizarrement, mais moi je veux une échelle, un escabeau, des échasses, ce qu'on veut, ce qu'on a sous la main, pourvu que dans la seconde qui suit, je puisse me confirmer que tout va bien.

L'échelle arrive et même la clé de l'armoire forte. On ouvre, je grimpe; enfin j'y suis. Elles sont pleines et bien pleines ces deux boites. Elles pèsent. A ce stade je ne sais pas combien il y a de planches. Mais de la manière dont elles sont remplies ras la gueule, il y a tout ce que détenaient les Garnier au moment ou ils ont donné ce travail au relieur.
Trois mains différentes, 3 signatures. Staal pour le frontispice représentant Adam et Eve, Gobin pour une trentaine de planches et Traviès pour le reste. En fait, il y a quasiment tout...

Celia me fait remarquer que les premières planches hors-texte dont les cartes et les monstres, sont à retirer du décompte puisqu'elles sont reprises d'éditions antérieures et que ce que l'on a voulu rassembler ici, ce sont les dessins originaux de cette édition. En outre (dixit) elle tient à me signaler que le frontispice ne représente pas « Adam et Eve »  mais leur version laïque...

S'il y a bien une chose que je ne supporte pas, ce sont les remarques intempestives d'un écuyer (stagiaire) payé à sa juste valeur, c'est à dire 3 figues et 2 cacahouètes. Je dis bien écuyer et non écuyère parce que ce féminin évoque le cirque et les saltimbanques alors que dans ce cas d'espèce, il s'agit d'exalter des vertus éternelles genre Amor librorum nos unit  sur fond d'obéissance et d'admiration à mon égard. Toujours est-il que je réponds à Celia que quand on participe à la rédaction d'un catalogue ou termites s'écrit avec un H ainsi qu'il est indélébilement imprimé sous le N° 317, on est plutôt mal armé pour émettre des analyses pertinentes sur l'Histoire Naturelle de Buffon. Qu'en outre le seul à avoir le droit de dire « en outre », ici, c'est moi. Qu'en outre  4 années de lettres classiques, une dizaine d'années de grec et de latin, c'est bien joli, mais qu'encore faut-y qu'y ait des gens comme moi pour les exploiter. Qu'enfin et en outre, le concours de bibliothécaire est  blindé d'énarques et de chartistes et qu'elle devrait faire plus d'efforts pour accepter son destin, moi en l'occurrence.

J'essaye régulièrement de faire pleurer Celia, mais je n'y arrive pas... Pire, depuis quelque temps elle a quitté l'attitude prostrée de ses début et oppose à mes pertinentes admonestations un ricanement des plus embarrassant.

Toujours est-il que le jour ou nous avons rapproché les dessins originaux des gravures, on en a trouvé ceci :
Pour les 12 volumes, 150 planches gravées dont 134 nouvelles.
Pour les 2 boites, 1 dessin original de Staal, 32 dessins originaux de Gobin, 88 dessins originaux de Traviès soit, 121 dessins originaux dont 2 refusés.

Il n'y a pas la totale, c'est normal, c'était couru mais il y a presque tout et d'évidence, tout ce qui était entre les mains des Garnier quand ils ont fait faire ces boites.
Par contre le rapprochement, bonjour... Les dessins ne sont pas légendés et il faut reconnaître les bestioles, ce qui nous permettra notamment d'identifier 2 planches refusées. Malgré ses affirmations je ne vois pas en quoi une très parisienne et très urbaine Célia puisse se révéler plus fortiche que moi quant à la différenciation d'un hippopotame et d'un cochon d'Inde.

Pour simplifier on a divisé les planches en 1, 2 et 3 sujets. Avec les 1 sujet on a repéré les faciles, genre lion ou faisan. Ensuite on a placé tout Gobin qui illustre surtout les premiers volumes de mammifères, on a complété avec les Travies ad-hoc. Mais c'est aux oiseaux zarbis que les choses ont coinçé. Le  faisan, j'assure; aprés je vous laisse faire. Tiens pour rigoler : Bengali piqueté  – Veuve dominicaine – Scarlatte – Rouverdin - Manakin à tête d’or – Tigé – Manakin varié - Tyran de Cayenne – Cochevis – Calandre  – Bec-figue… Ça vous dit quelque chose ? Et qui ici, peut me dire illico ce qu'est un Tinamou ?

Enfin on y est arrivé et j'ai pris sur moi la, pas évidente et quelque peu iconoclaste, décision d'inscrire au crayon, au dos des planches, le placement par volume des gravures qui leur correspond. Au passage on a compris que le travail de Traviès et de Gobin était énorme; qu'il ne fallait pas compter en planches mais en sujets; quand sur une planche il y a 3 palmipèdes  style Canard – Souchet – Canard siffleur, c'est 3 dessins, 3 études différentes.  Mais bon, histoire de ne pas faire trop tape-à-l'œil, on a laissé au quidam bibliophile le soin de faire les additions :  Tome 7, 46 dessins originaux sur 20 planches, Tome 8, 37 dessins originaux sur 15 planches, &c.
Et puisque Celia a, grâce à moi, le bonheur de réaliser ses rêves les plus fous, à savoir biberonner du livre ancien chaque jour que dieu fait, je l'ai collée à fond de cale jusqu'à ce qu'elle termine de mettre tout ça au propre.
Ce qui donne par exemple :
Tome 7, 624 pp. 21 illustrations : 21 planches hors-textes dessinées par Traviès, 3 gravées par Paquien, 10 gravées par Pardinel, 8 gravées par Fournier. La planche du motteux est placée en tête d’ouvrage... 46 dessins originaux sur 21 planches signées Traviès : Motteux – Lavandière (2 dessins par planche.); Roitelet – Troglodyte – Pouillot (3 dessins par planche.); Mésange bleue – Charbonnière (2 dessins par planche.); Mésange-moustache – Mésange huppée (2 dessins par planche.); Grimpereau – Grimpereau de muraille – Sittelle (3 dessins par planche.);  &c.

Mais revenons un peu en arrière, c'est à dire en Normandie. Je suis à peine de remis de mes émotions que débarque la (très séduisante) fille de la maison avec une très grande et très épaisse enveloppe de kraft. Elle me la tends, je lis :  "Lettres de Proudhon à Garnier Frères"... C'est mon deuxième choc cardiaque de la journée... 

Ces lettres je les aies lues 3 fois. En même temps que je les lis, je me documente. Proudhon... Proudhon. Je n'ai rien à dire sur Proudhon, absolument rien, ce n'est pas mon job d'expert, je laisse cela aux universitaires. Comme je n'ai rien à dire sur Cocteau, et comme je n'ai rien à dire sur les autres auteurs sauf cas exceptionnel. Par contre je veux faire une description la plus technique possible.

L'enveloppe est importante. C'est elle, tout autant que la numérotation qui assure l'unité matérielle de l'ensemble. C'est elle qui affirme qu'il y a 90 lettres, enfin 91, ni plus ni moins. C'est donc elle qui amorce la fiche :
« Une grande enveloppe in-folio, 330x260 Mm, en papier kraft à usage postal, avec au centre, retenu par des bandes adhésives insolées, un carré de kraft plus ancien portant les mentions "Lettres de Proudhon à Garnier Frères" et "A.P. [Auguste-Pierre] Garnier, éditeur 6 rue des Sts Pères" écrites à l'encre violette, de la main d'Auguste-Pierre Garnier. D'autres annotations, d'une autre main, sur l'enveloppe, dont la mention au feutre bleu "90 lettres du 22 juin 1848 au 3 novembre 1964".
Dans l'enveloppe, 91 lettres autographes, numérotées de 1 à 90 à l'encre rouge.
88 lettres autographes signées "P.J. Proudhon" rédigées d'une écriture toujours égale à l'encre sombre tirant sur le brun, à raison de 15 à 25 lignes par page, sur 1 ou plusieurs pages, recto et/ou verso.
2 lettres autographes écrites par des tiers, auxquelles Proudhon a ajouté, signée de sa main, une instruction à l'intention des Frères Garnier; l'une "17 aout 1848" non numérotée est un reçu trouvé joint à la lettre N°1 et devient la référence 1 bis; l'autre est numérotée 40.
1 feuillet autographe de la main de Proudhon mais non signé, sans lieu, ni date "Passages incriminés d'après le juge d'instruction", est numéroté 7.
Sauf pour 4 d'entre d'elles, plus grandes que les autres, les lettres présentent à peu près les mêmes caractéristiques...&c. »
Et pour conclure :
«... Les destinataires en sont Auguste et Hippolyte Garnier, fondateurs de la maison Garnier Frères et principaux éditeurs de Proudhon.
Faite en une seule fois, postérieurement à la date de réception du dernier courrier, la numérotation de 1 à 90 à l'encre rouge est de la main du cadet, Hippolyte.
Depuis son décès en 1911, les lettres sont passées dans la bibliothèque d'Auguste-Pierre Garnier, petit-neveu des précédents et leur successeur à la direction des éditions Garnier. Elles y sont restées jusqu'à aujourd'hui. »
Vient ensuite la description technique de chacune des lettres, genre : «  N°1. « Paris, 22 juin 1848 ». LAS de 2 ff. 220X 140, 1 pp. recto, 1 /3 pp. verso. Dont : « Messieurs Garnier Frères, je réponds à votre lettre du 22 courant. J'accepte les propositions que vous me faites... ».

Mon premier jet est de 18 pages. Impossible de caser ça dans le catalogue. Finalement je taille dans les citations et je me limite à 6 pages, ce qui en fait 4 sur 2 colonnes pour le catalogue. Pourtant il y a des choses que je voudrais dire, mais, faute de place tant pis. D'autres aussi que j'élimine pour rester dans le cadre que je me suis fixé, une description purement technique. Comme le fait que les Garnier et Proudhon passent contrat le 22 juin 1848. Ma première fiche commençait ainsi : « Le 22 juin 1848, date de la première lettre écrite par Proudhon, l'émeute gronde dans Paris. 4 jours plus tard, on relève 4000 cadavres d'insurgés; on en fusillera encore 1500 et 5000 seront déportés... ». Ou le fait que la dernière lettre ne précède que de 2 mois et demi la mort de l'anarchiste. Mais bon, je ne suis pas là pour écrire un roman. L'ensemble affirme lui-même sa valeur, il n'a pas besoin de moi. D'autres choses aussi dont je me passe; par exemple je suis absolument convaincu que ces lettres ont été longtemps conservées, sinon cachées, sous une presse de notaire. Mais ce n'est qu'une supposition. Alors je m'abstiens.

Reste l'estimation. Je pense que ce lot peut titiller les 100000 Euros et effectivement, c'est ce qu'il fera. J'ai en tête cette photo de Rimbaud présentée au Grand-Palais et qui n'est qu'une construction intellectuelle; je suis certain de pouvoir m'aligner.  Mais voilà, il y a plus de volumes de correspondance  (15 volumes parus en 1875, 6 autres volumes publiés depuis) que d'ouvrages écrits par Proudhon; de plus je n'arrive pas à cerner l'acheteur potentiel à part une institution comme l'université de Besançon. Alors on va faire comme pour le reste, estimer super bas. Tant pis pour ceux qui se fieront à mes estimations, ils n'ont qu'a avoir une meilleure idée de la valeur des livres qu'ils convoitent. Et si les enchères ne décollent pas des estimations, tant mieux pour eux. Aussi restons humble, c'est le marché qui fera les prix, pas moi (ce qui est une évidence biblique).

A ce stade, je ne la sens pas encore bien cette vente. D'accord entre le Proudhon et les Travies, je suis assuré d'un certain chiffre, mais la plupart des livres que j'ai vu chez les Garnier ne sont pas ma tasse de thé. Les reliures signées, c'est bien, mais je trouve cette littérature assez soporifique. Il manque ce que j'aime, du vrai ancien.

Dieu merci, siégeant à la droite du Père, le Bibliophile Jacob veille sur son serviteur et 15 jours avant le bouclage du catalogue, m'envoie madame de S.


Portant une soixantaine racée, elle débarque un jour, accompagnée de 2 bassets et d'une chienne bouledogue avec laquelle je sympathise aussitôt. 20 ouvrages dont les cérémonies du sacre de Napoléon, la très rare EO (200 exemplaires parus) du voyage de Norden en Égypte, des incunables dont les Décretales Extravagantes, un Torquemada, des seiziemes qui me ravissent; Boece, Erasme, Calvin, &c. Ces ouvrages portant un ex-libris à l'emblème de la fée Mélusine et la devise "in virtus Haeredes ». On s'accorde tout de suite, Madame de S. et moi. Peut-être parce que je lui fais comprendre que ces livres sont en de bonnes mains; surtout parce que moi je sais que ce qu'elle m'apporte constitue, du moins à mes yeux, les lettres de noblesse de cette vente. Elle a droit à tous mes égards, cette fée Mélusine; d'ailleurs son bouledogue est un ami.

Allez les jeux sont faits. Quelques remords cependant, des choses que j'ai oublié de dire qui feront l'objet de 3 rectificatifs à mes descriptions mais pour le reste, vogue la galère et rendez-vous le 7 décembre..."

Nous sommes presque un mois plus tard... et Ugo et à votre disposition si vous avez des questions ou des commentaires.

Merci mille fois Ugo pour votre message et votre amitié,

H

lundi 27 septembre 2010

Drouot pleure: les savoyards ne sont plus là....

Amis Bibliophiles bonjour,

La parole est à Ugo... 

"Je n'ai jamais vu une rentrée aussi triste. Drouot sans les commissionnaires, Venise sans les gondoliers...J'ai mis longtemps à y croire, d'autant que les décisions ont été prises au dernier moment, la semaine précédente. Mais voilà, ce mercredi, il faut regarder les choses en face. La page est tournée. Plus de cols rouges, plus de savoyards. Fini les Vidocq, Larate, Flash, Titine, Babou, Loulou, Château, ces surnoms transmis d'un ancien à son bis; fini les 23, 48, 54, 70, 94, ces 110 numéros brodés à l'or sur fond garance, ces vestes noires au boutons de cuivre frappés de l'antienne « au service des commissaires-priseurs ». Fini ces parlers Allobroges auxquels on ne comprend plus grand chose passé une certaine heure et un certain nombre de verres. 

Je repense à Fanfan, à un an de la retraite; 40 ans de maison; je ne le reverrai plus. La soixantaine sonnée mais toujours une force de la nature. Un géant débonnaire gentil, chaleureux, toujours heureux de vivre. Je l'avais demandé pour la vente du 30 juillet; travail impeccable, lui comme les 2 autres de son équipe. Tout le monde avait assuré; l'étude, les Savoyards, le CP et même l'expert... Le Redouté avait fait son score; 30000 de plus que l'estimation haute; merci pour moi. Fanfan nous avait ramené du saucisson et de la tome qu'il produit lui-même sur son aubrac lointain (en fait c'est peut-être un adret, mais je ne suis pas fortiche en langues étrangères). Le CP et l'expert s'étaient fendu de leur Veuve Cliquot. Du coup on avait saucissonné au champagne dans le magasin de la salle 11. Le reste de l'étude nous avait rejoint. Un petit air de fête; ça se récompense ce genre de choses. Des moments que Drouot - l'ancien Drouot - était seul capable de donner.

Des technocrates dans leur bocal peuvent pondre tous les rapports du monde. Recrutement opaque, corporatisme d'un autre siècle... Beh oui, un commissionnaire commence à 07H30 du mat et termine à 21H30. Un gazier qui s'appuie ses 50 heures par semaine, ses 10 heures par jour et qui n'a absolument aucune idée de ce que peut signifier l'expression « heures supplémentaires » ça ne se recrute pas chez Manpower. Alors oui, ce genre de travailleur, faut aller le chercher en Haute-Maurienne, en Tarentaise septentrionale, en Beaufortain méridional, en Vallée de Chamonix, Chamo pour les intimes. Château, le 23, il vient de Passy-Plaine-Joux à ne pas confondre avec Passy-Plaine , ni avec Joux; faut suivre. 
De fait, le Savoyard, ce sont ses pairs qui le cooptent. C'est à dire que l'ancien sur le départ propose un jeune, un pays à lui, auquel il revendra sa part dans l'association. On lui colle une veste sans col pendant 6 mois et on lui fait jouer l'écureuil dans sa cage tournante. Il en bave des ronds de chapeau, le petit jeune sans numéro; normal, il doit faire ses preuves. On ne lui reconnaît qu'une qualité, celle d'être le bis de son ancien. A lui de montrer qu'il est capable de le remplacer. Pas de place pour les bras cassés, les commandos-basket et les fumeurs d'herbe de perlinpinpin. Vient le jour du vote; ça passe ou ça casse, voté ou non. S'il est voté, il ne lui reste plus qu'à aller voir la BNP, qui à Drouot est dans ses murs, pour négocier un crédit. Crédit qui permettra de racheter la part de son ancien dont il héritera au passage du numéro et du surnom. Il en ressortira endetté jusqu'au cou mais riche d'une participation à un système mutualiste forgé par 150 ans d'histoire. Co-propriètaire du garde-meuble de Bagnolet, des camions verts lignés de rouge, du matériel estampillé UCHV et co-destinataire de petits billets glissés par des marchands reconnaissants de l'effort fourni. Ceci sur fond de mal de dos à répétition, de caprices de commissaires-priseurs stressés du compte en banque et de cuites mémorables pour faire passer. De fait il devient -devenait- l'agent actif d'une institution mille fois plus vivante que toutes celles qui existent de par le monde. 

Le Figaro peut annoncer que Drouot est en baisse, Art-price pommader les enchères asiatiques, le buffet de la Biennale bruisser de considérations savantes sur l'avenir. Drouot est un lieu unique; le déversoir de ce marché qui est le grenier du monde; le marché Français de l'antiquité. Et jusqu'au jour d'aujourd'hui, et depuis un siècle et demi, la cheville ouvrière de ce lieu magique se recrutait en Savoie.
Le plus triste, c'est qu'ils sont nombreux à être encore là les (ex) commissionnaires. Ils trainent autour de Drouot. Comme les soldats d'une armée défaite aux vareuses dépouillées d'insignes et de grades, ils ont toujours leurs vestes noires, mais ils en ont décousu les cols. Attendant je ne sais quoi, peut-être un enlèvement « en ville », le bureau des transports fonctionne encore. Bien sur on les salue, mais ils en ont marre de cette commisération qu'on leur témoigne. Ils sont sonnés, KO, c'est visible. Trois pommes pourries et on jette tout le panier. 110 mecs au tapis. Les derniers d'une histoire qui faisait rêver dans les hautes montagne. Ils méritaient mieux. Pour le moins une certaine fidélité de la part de l'institution, un minimum de soutien; parce qu'ils les ont servis et bien servis ces commissaires-priseurs qui n'ont pas levé le petit doigt pour eux. La justice suit son cours parait-il. Suivez et suivez bien ma chère, vous avez une sacrée pelote à dérouler.

Allez, la page est tournée.

Désormais le bleu Chenue remplace le noir UCHV. Pour le Redouté, les Savoyards avaient sorti cravates et gants blancs. Là, on a des mecs en polo, qu'on ne verra jamais passer du Glassex sur les vitrines avant l'ouverture des salles, tout simplement parce que ce n'est pas inscrit dans leur contrat de travail. Faudra faire avec, on verra bien.
Pour moi, la chose est claire. Les Chenue Boy's ont jusqu'en décembre pour se former, parce qu'en décembre je vais vraiment avoir besoin d'eux : «succession Garnier, Garnier-frères et à divers». La correspondance du premier des anarchistes Pierre-Joseph Proudhon avec les frères Garnier ses principaux éditeurs, 90 LAS écrites de prison ou d'exil. Le Buffon en 12 volumes des Garnier, le plus beau du 19°, accompagné, cela va de soi, des dessins originaux de Traviès. Les contrats d'édition de Lamartine, Sainte-Beuve et compagnie. 

Aussi, la bibliothèque d'Auguste-Pierre Garnier leur neveu et successeur. Un biblio... (je vous laisse le soin de la terminaison : phile, mane, phage ?) qui ne concevait pas un livre autrement qu'habillé de maroquin signé. Je ne me suis jamais autant servi du Flety (Dictionnaire des relieurs de 1800 à nos jours), Simier, Marius-Michel, Cretté, Canape, Aussourd, Blanchetierre, Hardy, Klein, Champs, Lortic, &c... que du beau linge. 
Et coté divers, l'incunable évoqué ici avant les vacances. Un album amicorum – musicae- avec une cinquantaine de signatures accompagnant autant de portées de musique autographes dont Stravinski, Ravel, Klemperer, Saint-Saens, Gounod, Massenet and others, excusez du peu. 

Beaucoup de plaisir en perspective... Mais nous aurons l'occasion d'en reparler."
Merci Ugo,
H

vendredi 25 juin 2010

Tribune libre et iconoclaste par un expert: la présentation de la vente de Livres chez Millon & Associés, le 30 juin

Amis Bibliophiles bonsoir,

J'avais prévu d'écrire un message pour vous présenter la vente Millon & Associés, "Livres Anciens & Modernes, Autographes", avant de me raviser. 
Puisque notre ami l'excellent (et iconoclaste?) Ugo officie en tant qu'expert pour la vente, j'ai préféré lui céder la place et lui demande un petit texte. L'idée de base était une présentation simple de la vente... mais Ugo ne fait pas comme tout le monde... Le mieux est de m'effacer et de lui laisser la parole....

"Ce bouquin je ne le mettrai pas au catalogue; arrivé trop tard. L'heure c'est l'heure; même les enfants le savent. A 8h30, l'école ferme ses portes; à 8h31, tu restes sur le trottoir, et donc représailles: ni ordi, ni télé jusqu’à demain. Je sais, je suis un tyran. 

Pourtant il est plutôt maigre le catalogue, 200 numéros à tout casser. Alors un livre de plus, un livre digne de ce nom, je suis preneur. Mais là, j'ai plus le temps, je dois rendre ma copie. Tant pis, ce sera pour une prochaine vente, même qu'il fera une très bonne couverture de catalogue, ce livre de dernière minute. 

Heureusement je ne suis pas tant démuni. D'abord, il y a ces grandes roses de Redouté. 

Mais qu'en dire ? Une double page bien torchée et passez muscade ! 

Surtout, il y a ces incunables qui me font bien plaisir, merci pour moi. Des beaux, des grands, des balaises, des qui en jettent, qu'on expose sous vitrine fermée et si j'ai des doutes sur tes qualités bibliophiliques, si je t'imagine du genre à ouvrir un ouvrage à plat avec grand angle à 90°, si je te soupçonne de mouiller tes doigts pour tourner les pages, si je te subodore touriste en veine de curiosité, alors j'ai pas la clef. Non, vraiment désolé... La faute au commissionnaire, Savoyard cuit au génépi qui rigole dans son coin. Reviens le matin de la vente entre 11h et midi. 

Parce que vois-tu, coté incunables, y'a du lourd, du matos en veux-tu en voilà; à la régalade.  Du faaastoche qui plus est, des grosses machines traçables, connues, déjà sanctifiées par des ex-libris qui les introduisent genre «by appointement».  Une seule chose à faire, trouver quelque chose de nouveau à raconter, une histoire qui ne sera pas une resucée, qui ne sera pas un copié-collé wikipedia; genre l'auteur, sa vie, son oeuvre; même pas ses moeurs au cas ou on serait tenté de rigoler. 
D'ailleurs  ils n'ont pas besoin de moi pour leur faire l'article; ils vont se vendre tout seuls les petits chéris.
Mais bon, je ne peux pas me contenter d'une fiche technique. Et il y a tant de choses à dire; s'intéresser à l'imprimeur; plancher sur ses presses, ses fontes, sa gens, se concentrer sur qui à produit quoi; avant et après qui.  Tartiner sur la genèse de l'ouvrage, la version du texte; vraiment de quoi gratter. Surtout oublier l’auteur, sauf si l'auteur est un autre et qu'Augustin n'est pas vraiment le saint annoncé mais un de ceusses qui ont écrit par-dessus lui. 
Alors quel plaisir de dire  Pseudo-Augustinus plutôt que Saint-Augustin; ça fait savant, c'est élégant. Voila un livre que j'aime dans le miroir que je lui dresse. Bien sur qu'il est le plus beau du monde, noblesse oblige, puisque c'est moi qui suis chargé de le décrire. 

Mais lui, ce petit dernier, arrivé trop tardivement pour me laisser le temps de le décapsuler; il est anonyme; brut de pomme, sans couronne ni décorum, malgré ses 55 bois gravés. Juste une date 1482.

Merci l'imprimeur... pas un nom, pas un lieu; silence radio; y'a quelqu'un ?

D'accord une gothique ronde et un filigrane à  fleurs de lys; c'est Franco-français ça madame. Sauf que Hain (8261) me renvoie à un Albert Kunne de Memimngen. Ah tiens, le Kunne en question, il a aussi imprimé un Rolewinck, Et vu qu'il y a  des diables mahousses dans ce bouquin comme ceux qu'on trouve dans le Fasciculus temporum, ça pourrait coller. Mais il n'en est pas sur, le Hain. Même qu'il dit «forte» avant de dire Memmingen. D'accord, il a le droit de ne pas être sur de lui le bénédictin de l'incunable. Sauf que ne pas être sur de soi quand moi je nage dans le potage, c'est agaçant; isn'it ?

Et depuis quand les teutons utilisent cette  gothique charnue, ronde de la fesse et du téton? Et qu'est-ce qu'un foutu germain du fin fond de la Bavière irait acheter du papier français pour ses presses ?  En plus il y a un grand dessin au lavis collé sur le 2° contre-plat. Un crucifié de toute beauté, peu ou prou contemporain de l'ouvrage. Mais pour  dessiner comme ça, faut avoir fait un tour en Toscane, s'être imprégné des fresques de Giotto. France, Allemagne, Italie; je vais pas me farcir toute l'Europe ?!?

Déjà que je me suis gouré le jour de notre rencontre; Postilla super epistolis et evangeliis  avez-vous dit... Docteur Livingstone je présume ? Mais non, c'est Christophe Colomb, couillon !

Nicolas de Lyre, 2 parties sur 4, beuh que neni... Alors Simon de Cremone ? Niama ! Alors qui ? Ah, ben oui, Guillaume d'Auvergne Mais le Guillermus en question faut aller le pécher à la 14° ligne de la 2° colonne du verso du feuillet A3 ou quelque chose dans le genre. Enfin tout s'éclaire; Hain c'est gouré et Copinger ne l'a pas rectifié. Dieu merci les cocos de l'ISTC (ig00677000) ont réparé l'erreur. Désormais tout s'accorde Gesamtkatalog 11984, Goff G677 ; Pellechet Ms 5661, &c.  


Jusqu'au Fond des incunables de la bibliothèque de Cologne qui l'a numérisé : http://inkunabeln.ub.uni-koeln.de/vdib-cgi/kleioc/0010/exec/pagemed/%22gbiv1731%5fdruck1%3d0001%2ejpg%22


Imprimé à Lyon par Nikolaus Philippi et Markus Reinhard...  Mais c'est qu'il est complet le kiki !!!, jusqu'à ses deux derniers feuillets blancs et 55 bois gravés. Miracle : je me sens capable de chanter le Salve regina sur fond de vuvuzela.


Sauf que les savants bibliographes, ils  disent tout sauf ce qui m'intéresse. Ces illustrations c'est de qui ? Qui tient la gouge entaillant le bois ?

Le maître à l'abeille ou celui à la feuille de vigne, le maestro au pot de confiture ? Là, il va falloir chercher loin. A moins de tomber sur le travail d'un universitaire qui a potassé le sujet. Heureusement, il me reste encore des cartouches, comme ce très cher Claudin dont j'espérais faire l'économie parce que chacun des 4 tomes pèse un âne mort. Mais bon, faut bien s'y coller. Claudin en décrit un autre, deux ans après, chez les mêmes imprimeurs. Sauf que dans celui qu'il reproduit, les bois présentent quelques différences. Ceux de Claudin sont retravaillés; enfin non copiés puisque désormais ils s'alignent par rapport aux colonnes. Dans celui que j'ai entre les mains, ils débordent, bousculent la typo et empiètent sur l'espace qui sépare les colonnes. Ils ont donc été conçus avant que les imprimeurs n'aient l'idée de produire l'ouvrage. Ils ont donc été déjà utilisés mais par qui et pour quel ouvrage ? 
Allez, il reste encore beaucoup de travail. Mais je n'ai plus le temps. Je dois boucler le catalogue, l'envoyer à l'imprimeur; espérer que les fiches sont les bonnes et vogue la galère. C'est trop tard pour toi mon petit Guillaume D'auvergne, évêque de Paris. Tu attendras une vente d'automne. Mais promis, tu en seras une des stats. Et en attendant, tu partiras en vacances avec moi.
Ugo."


Iconoclaste? Merci Ugo! N'oubliez pas la vente, le mercredi 30 Juin 2010, Drouot. Je pense que Ugo reviendra nous voir à l'automne... En attendant, vous pouvez consulter le catalogue complet ici:http://www.millon-associes.com/vo30062010/millon_30062010.pdf


Hugues
PS: nouvel ebayana demain samedi

jeudi 10 juin 2010

Ebayana ou les livres anciens sur ebay: reliures romantiques, voyages, médecine et littérature

Amis Bibliophiles bonsoir,

Retrouvons ce soir un ebayana pour calmer nos faims (encore trois enchères ratées pour moi aujourd'hui, chez Fraysse....)





















Bonne chance

H

LinkWithin

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...