La citation de la semaine

"Le vrai plaisir du collectionneur n'est pas de posséder, c'est d'acheter: de chasser, de fusiller le gibier. Ce n'est pas d'engloutir en une fois un morceau de trente mille francs, en se retirant du marché pendant de longs mois, c'est d'acheter souvent". Henri Béraldi. La reliure en France au XIXe siècle.

A l'usage des vendeurs professionnels et amateurs: comment décrire un livre?

mardi 9 février 2010

Amis Bibliophiles bonsoir,

Voici la page du blog qui a été la plus lue ce mois-ci. J'avoue que je l'avais complètement oubliée.

"Bibliophiles comme amis libraires (même les meilleurs amis), nous nous trouvons tous un jour dans la situation de vendre un livre et donc de le décrire. Pour vous aider face cette situation délicate, qui est loin d'être évidente, je vous propose de suivre les conseils suivants. Ils sont inspirés de ma longue pratique en tant que lecteur de notices proposées par de nombreux vendeurs, "professionnels emphatiques" ou amateurs, et de la lecture de "A Course in Correct Cataloguing, or Notes to the Neophyte; and A Second Course in Correct Cataloguing, Compiled and arranged by David Magee (1905-77)", que m'a indiqué l'ami Martin, et que j'ai augmenté et adapté.

A prendre bien sûr avec humour et ironie, même si c'est très souvent justifié et vérifiable!

Attribuable à : si votre maroquin n’est pas signé, pas de panique cela ne peut qu’être lié à l’oubli d’un apprenti dans un atelier renommé. A ne pas oublier, si la reliure est ancienne, ne pas hésiter à l’attribuer à Boyet ou à Le Gascon, si elle est 19ème, elle est forcément de Capé, Duru ou Trautz.

Bibliographies : utiles et toujours impressionnantes dans une description, elles sont souvent très profitables. Si elles ne vous profitent pas, ne pas hésiter à dénigrer les bibliographes, qui se trompent souvent ! Si votre édition est inconnue des bibliographies, c’est le jackpot.

Absent des bibliographies : « pas dans Dorbon, Brunet ou Caillet » est une affirmation qui rend votre livre rare et qui sous-entend qui vous avez de vastes références bibliographiques. Ou google à la maison.

Cachets de Bibliothèque: toujours discrets, surtout si vous avez essayé de les effacer.

Coloriés à la main : les illustrations coloriées à la main sont toujours "exquises" et "délicates".

Craquant : adjectif charmant qui s’utilise en général pour les feuilles de laitue.

Défauts : ils sont toujours « minimes » ou « d‘usage » voire « habituels ». Ils sont bien sûr liés aux outrages du temps, mais jamais aux rats, souris, enfants indélicats ou abrutis patentés.

Dorure : elle est toujours "exquise" et très "fine".

Dos : pour un livre 18ème il est toujours "richement orné".

Dubuisson : cf « attribuable à », toute reliure à plaque du 18ème est de Dubuisson… ou presque.

Dürer : toutes les gravures non signées du 16ème siècle peuvent lui être attribuées. Il peut être pertinent de vérifier que votre ouvrage est paru à peu près pendant sa vie.

Premier tirage : si votre copie possède un élément qui tend à montrer qu’elle est de premier tirage, soulignez-le avec force. Et n’oubliez pas de doubler le prix.

Edition Originale : à utiliser sans modération, ne jamais oublier qu’une édition revue, augmentée et/ou corrigée peut aisément être qualifiée d’originale. Ou presque. Et n’oubliez pas de doubler le prix.

Edition (troisième et suivante) : plus difficiles à vendre. Mais vous pouvez sans doute découvrir une préface inédite de trois lignes ou quelques corrections qui vous permettront un efficace « troisième (et meilleure) édition ».

Epave : on préférera « exemplaire de travail ».

Exemplaire/Seul exemplaire connu : n’oubliez pas d’ajouter « excessivement rare », les gens sont tellement stupides.

Exemplaire de travail : tout livre qui est déchiré, sans reliure, roussi, brûlé, dévoré par les vers ou les rats, etc.

Faux-titres : très important si votre exemplaire en possède.

Frotté : doit toujours être accompagné de « légèrement ». Vous pouvez même ajouter « signes de l’amour que lui porta son ancien propriétaire ».

Illustrations : toujours "superbes", "célèbres" ou au moins "curieuses".

Jamais ouvert/à l’état de neuf : indique en général un livre que personne n’a jamais eu envie d’ouvrir. N’oubliez pas de doubler le prix.

Noms manuscrits sur les faux-titres ou la page de titre : ce petit défaut peut être aisément changé en qualité en consultant google ou un dictionnaire biographique. Ainsi un « Bougremont » maladroitement calligraphié vous conduira à : de Bougremont, Jean (1649 – 1720) : écuyer du Connétable de Bourgogne et seigneur de Bougremont, célèbre pour sa collection de hiboux empaillés. A vous de rédiger votre notice : « charmant ouvrage ayant sans doute appartenu à Jean de Bougremont, célèbre aristocrate du 17ème siècle, ornithologue et grand cavalier. Rare provenance ».

Octavo : un format pratique quand vous n’êtes pas très sûr de vous.

Provenance : un élément clef. Il est toujours plaisant (et souvent profitable) de cataloguer un exemplaire La Bédoyère – Hoe – Adams, mais si votre ouvrage contient l’ex-libris d’un illustre inconnu comme le marquis de Bougremont, alors vous devez simplement écrire « exemplaire Bougremont ». Certaines personnes trouveront cela étrange mais vous serez surpris de voir combien cela fonctionne.

Rare : s’applique pour tout livre que vous croisez de temps en temps. Et n’oubliez pas de doubler le prix.

Recherché : s’applique pour tout livre rare. Et n’oubliez pas de tripler le prix.

Restauration : toujours « habile » et « ancienne »

Rousseurs : toujours "légères", voire "minimes".

Tranches peintes : elles sont toujours "superbes" et "exquises", même si c’est votre arrière grande tante Simone qui les a peintes un dimanche pluvieux.

Trou de ver : toujours "minuscules". Toujours dans les marges. Il est communément admis que les vers n’aiment ni la lecture, ni l’encre.

Unique : un mot dangereux, mais qui sonne bien.

A vous de jouer!"

H

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L'exposition Bernier, à la bibliothèque du chateau de Chantilly

lundi 8 février 2010

Amis Bibliophiles bonsoir,

Lauverjat revient tout juste du chateau de Chantilly et vous présente l'exposition Bernier qui s'y tient jusqu'au 23 février.
Né en 1845, Louis Bernier est l’architecte de l’Opéra Comique à Paris. Membre de l’académie des Beaux Arts de l’Institut de France, section architecture, il est l’ami d’ Honoré Daumet, l’architecte du duc d’Aumale. Il supervise, en 1914, l’évacuation des collections de Chantilly. Bibliophile, il lègue à sa mort, en 1919, ses archives à l’Institut et 600 livres précieux à la bibliothèque du château de Chantilly.

Ses acquisitions proviennent des libraires Paul Cornuau et André Leclerc mais aussi des enchères publiques. Ses choix se portent sur une bibliophilie d’excellence, livres rares en parfait état dans de belles reliures. Indiscutablement il est bibliopégimane. Les grandes orientations de sa bibliothèque concernent les livres d’architecture, les livres de fêtes et d’entrées, la littérature, les livres religieux et les manuscrits rares. Particularité de sa collection, on y trouve, un petit nombre d’objets proches de l’art de la reliure et de la maroquinerie, telle cette malle du régent au semé, des reliures boites, portefeuilles et serviettes aux armes.
Parmi les livres exposés notons ces livres d’heures enluminés en reliures à la fanfare, ce manuscrit au semé macabre, ces reliures à la cire, des plaques de Dubuisson, des livres des sacres, un Rabelais de 1663 en reliure mosaïquée aux petits fers et doublée de Capé, le paysan perverti de 1776 en reliure de Chambolle-Duru, l’EO de Salammbô etc... Du côté des objets, le “maroquin” personnel de Beaumarchais est montré au public pour la première fois ou cet autre, presque un jeu de mots, de M. Chalgrin architecte du Roy.

L'exposition dure jusqu'au 23 février.

Lauverjat.
Merci
H

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Les tranches peintes ou fore-edge paintings

dimanche 7 février 2010

Amis Bibliophiles bonjour,

Les tranches peintes sont l'une de ces petites subtilités bibliophiliques qu'il est difficile de ranger dans une catégorie. S'agît-il d'un complément à l'illustration d'un ouvrage, cela tient-il plus de la reliure, n'est-ce qu'une simple fantaisie héritée de l'ère victorienne, aucun des trois?
Mais avant tout, que sont les tranches peintes? En fait, l'expression tranches peintes ne définit pas réellement les tranches peintes que l'on peut trouver sur les Pillone (http://bibliophilie.blogspot.com/2008/09/un-monument-de-la-bibliophilie-les.html), mais plutôt une décoration aquarellée que l'on peut parfois trouver sur les tranches des ouvrages (en anglais fore-edge painting). Sur les Pillone, la décoration se présente verticalement et est visible en permanence, ce qui n'est pas le cas habituel des tranches peintes, qui ne se découvrent qu'en modifiant légèrement les tranches. Ainsi les tranches d'un livre à tranches peintes semblent elles le plus souvent totalement normales si on ne manipule pas l'ouvrage de façon à les faire apparaître, pour mieux comprendre, voici une vidéo éloquente.


Les premières tranches peintes semblent dater du 14ème siècle et sont le plus souvent symboliques. L'exemple connu le plus ancien de tranches peintes disparaissant lorsque le livre est fermé date de 1649. C'est à partir du milieu du 18ème siècle, et presque toujours au Royaume Uni, que les tranches peintes deviennent figuratives et commencent à représenter des paysages, des portraits, des scènes religieuses, voire des scènes érotiques, d'abord de façon monochrome, puis rapidement en couleurs.
L'intérêt des tranches peintes réside dans leur rapport au livre qu'elles décorent, même si ce n'est pas toujours le cas. A partir de l'ère victorienne au tout au long du 19ème siècle la décoration avec des tranches peintes devient une pratique assez courante sur les livres précieux.

Cela reste assez rare en France et personnellement je n'ai croisé que deux ouvrages français aux tranches peintes, tous les deux proposés par la librairie Cambon. L'un était un ouvrage de poésie du 18ème et fut vendu pendant le pourtant court laps de temps que je mis à me décider, le second sur un ouvrage plus courant du 19ème, mais le décor n'était pas figuratif et cela m'a semblé moins intéressant.
J'avoue un faible pour ce type de décoration pour deux raisons: la première est le rapport à l'ouvrage, j'ai ainsi croisé un ouvrage anglais sur Naples dont les tranches peintes représentaient une vue ancienne de la ville. La seconde est liée au fait que les tranches peintes ne se dévoilent finalement qu'aux bibliophiles qui le méritent et qui prennent réellement le temps de découvrir un ouvrage: le livre fermé, elles sont impossibles à détecter, il faut le prendre dans ses mains, l'ouvrir, le découvrir sous tous les angles pour espérer révéler l'oeuvre peinte. Cela ne m'est jamais arrivé, mais j'imagine quelle délicieuse surprise cela doit être pour un bibliophile qui découvre une tranche peinte insoupçonnée.
Deux détails pratiques: pour être crées, les tranches nécessitent de placer délicatement un ouvrage dans un étau afin de donner une "courbure" à la tranche. On peint alors le sujet choisi, on laisse sécher et on enlève l'ouvrage de l'étau, la tranche redevient alors "droite" et l'oeuvre peinte disparaît.

On distingue trois sortes de tranches peintes:
- Les "tranches peintes" simples, lorsqu'un seul décor apparaît sur la tranche. Dans ce cas, une dorure sur tranche est souvent appliquée pour rendre l'oeuvre totalement indécelable.
- Les tranches peintes doubles, plus compliquées à expliquer. Il s'agît d'ouvrages faisant apparaître un décor peint lorsque l'on "évente" le livre dans un sens par exemple de bas en haut lorsque le livre est présenté à plat, et un autre décor quand on retourne le livre et qu'on "l'évente": deux décors différents apparaissent selon la façon de manipuler l'ouvrage.

- Les tranches peintes triples: il s'agît de tranches peintes doubles sur lesquelles on peint un troisième décor à la place de la dorure ou de la marbrure. Ce troisième décor devient donc visible. Je n'en ai jamais croisé, mais cela ouvre des perspectives intéressantes pour les bibliophiles à l'imagination fertile... ou ayant des choses à cacher.
Enfin, on parle de tranches peintes panoramiques lorsque les trois tranches sont décorées, mais cela reste plus rare. En voici une en vidéo:

H

P.S.: on rencontre parfois ce type d'ouvrages sur
ebay:

Une tranche peinte sur un ouvrage de Shakespeare

Et celle-ci, moderne et nettement plus
polissonne:

Un fore-edge d'inspiration très libre....

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Ebayana à moins de 20 euros

samedi 6 février 2010

Amis Bibliophiles bonjour,

Un jeune bibliophile m'envoie un email pour me dire que mes sélections ebayana proposent des livres à des prix trop élevés et me met gentiement au défi de proposer des ouvrages intéressants à moins de 20 euros. Pas simple, mais en voici quelques uns, pour compléter l'ebayana d'hier, tous à moins de 20 euros pour l'instant, et bien partis pour se vendre à un prix faible, enfin j'espère. J'ai un message tout prêt sur les tranches peintes, il attendra demain 15h.

Pour 20 euros:

Pour 15,50 euros:

Pour 18 euros:

Pour 3,51 euros:

Pour 20 euros:

Pour 10,50 euros:

Pour 15,50 euros:

Pour 9,90 euros:

Pour 3,50 euros:

Pour 11,50 euros:

Voyons ceux qui resteront abordables. Rendez-vous demain avec des images et même des vidéos de tranches peintes. Ci-dessous, un ebayana "normal".

H

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Ebayana

jeudi 4 février 2010

Amis Bibliophiles bonjour

C'est le week-end, la chine virtuelle et réelle peut reprendre, commençons par la baie. Bonne chasse et bonne chance.

Les commentaires de Matthiole, 1680, avec ses centaines de bois

Les Lettres de Saint-André sur la Magie, les sorciers, etc., 1725, dans une reliure moderne originale

Si vous ne devez avoir qu'un seul ouvrage sur la bibliophilie, c'est celui-ci: l'extraordinaire Manuel de Bibliophilie de C. Galantaris

La fable des abeilles, ou les fripons devenus honnêtes gens, 4 volumes, 1750

1587 Sacra Regum Historia, une belle reliure au semis de fleurs de lys

Le Voyage de la baie d'Hudson par Ellis, avec hélas une planche manquante....

Les Vies des hommes illustres par Plutarque, 1583

Histoire des Diables de Loudun par Urbain Grandier, 1716

Les lettres et poésies de Mme la Comtesse de B., très belle reliure aux armes, 1666

Bonifacius - Liber sextus - Un post incunable joliment colorié de 1511

La star du moment, La Fontaine par Oudry, 2 volumes in-folio, 1785. mais il y a du travail de restauration à effectuer...

Histoire physique, civile et morale de Paris, avec l'Atlas, 1837

L'Histoire des naufrages par Desperthes, 2 volumes, 1818

Les principes de la Philosophie de Descartes, 1698, TRES BEL EXEMPLAIRE

Et ce bel ouvrage sur Jeanne d'Arc, apparemment fort rare. Imprimé à Pont-à-mousson en 1612

Superbe, un autre monde de Grandville, 1844 bien complet des 36 planches

Les 92 tomes de l'édition de Kehl des Oeuvres complètes de Voltaire, 1785, en bel état.

Un Elzevir dépareillé, mais dans une intéressante reliure à la Duseuil, avec une page de manuscrit ancienne "à l'intérieur"...


H

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Le 1er site français sur le Livre Ancien: et alors!?! Sourire

Amis Bibliophiles bonsoir,

Voici quelques informations concernant la fréquentation du Blog du Bibliophile sur le mois de janvier. Comme vous le constaterez, la fréquentation a significativement augmenté puisque près le blog a enregistré près de 12 000 visites au mois de janvier (plus de 400 par jour), soit une augmentation de 30% par rapport au mois de décembre. La barre fatidique des 10 000 visites mensuelles est donc allègrement franchie.
Ce mois de janvier est le mois où le trafic a été le plus élevé, mais est également marqué par un autre événement, puisque lorsque vous tapez "bibliophile" ou "bibliophilie" dans google, le blog est désormais le premier lien qui vous est proposé.

C'est amusant, cela m'a valu un courrier de la part de google, qui me "félicite", puisque le blog est aujourd'hui le premier site français non marchand sur les livres anciens en termes de fréquentation, et me propose diverses petites choses (pas toutes gratuites, hélas).
Mais laissons là les chiffres, même s'ils sont toujours un encouragement lorsque je dois m'atteler à la rédaction d'un message après une longue journée de travail, ou que je dois revoir entièrement la maquette...

Je n'ai évidemment pas créé ce blog il y a maintenant presque trois ans dans ce but, et j'étais d'ailleurs loin d'imaginer que mes petites élucubrations intéresseraient ne serait-ce que les membres de ma famille (ce qui n'est d'ailleurs toujours pas le cas)! Sourire. Et quand je pense à toutes les âneries que j'ai pu écrire, je reste tétanisé... Misère. Il faudrait tout relire, tout corriger...

Finalement, l'important est que le blog m'aura apporté quelque chose de plus riche que ces visites: de très nombreux contacts avec des bibliophiles, dont certains sont aujourd'hui des amis, et même des amis très chers puisque la rencontre avec l'un d'entre eux, Jean-Paul pour ne pas le nommer, a finalement abouti à la création de La Nouvelle Revue des Livres Anciens.

Merci donc, merci à tous, chaque visite, chaque commentaire, chaque email reçu sont autant de gestes qui me permettent de pallier une énergie parfois défaillante, et que je prends, avec beaucoup d'humilité, comme des signes d'amitié!

H

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Bibliophilie et Sciences: Ampère et ses ouvrages sur l'électricité

mardi 2 février 2010

Amis Bibliophiles bonsoir,

Bernard (que j'espère croiser au déjeuner des bibliophiles), vous propose ce soir un article sur le physicien Ampère, et ses ouvrages sur l'électricité.

André Marie Ampère (1775-1836), physicien, chimiste, mathématicien et philosophe français est bien connu par le nom de l’unité d’intensité électrique. Je ne vais pas vous faire un cours d’histoire des sciences, mais vous présenter quelques ouvrages d’Ampère. Ampère est nommé professeur de mécanique à l'Ecole polytechnique en 1809. Il est admis à l'Académie des sciences en 1814. De 1824 à 1836, il enseigne la physique au Collège de France. Les travaux d'Ampère portent tout d'abord sur les mathématiques puis sur la chimie. Mais c'est pour ses découvertes en physique qu'il est aujourd'hui reconnu. Les écrits d’Ampère se trouvent essentiellement dans les Annales de chimie et de physique, le Bulletin des sciences par la Société philomatique de Paris, le Journal de physique, de chimie, d'histoire naturelle et des arts, le Journal de l’Ecole Polytechnique, les Mémoires de l’Académie des Sciences, etc. L’étude détaillée et chronologique des travaux d’Ampère sur l’électricité se trouvent dans l’ouvrage de Christine Blondel paru en 1982 et intitulé : « A.M. Ampère et la création de l’électrodynamique (1820-1827) » et sur le site : http://www.ampere.cnrs.fr/?lang=fr.
D’abord un achat récent sur ebay, deux cahiers manuscrits de notes prises au cours d’Ampère à Polytechnique. Il s’agit des leçons d’analyse et de mécanique données à l’Ecole en 1823 - 1824. Ces leçons n’ont jamais été imprimées.
C’est entre le 18 septembre 1820 et le 15 janvier 1821 qu’Ampère fait à l’Académie les douze communications qui fondent la nouvelle théorie électromagnétique. Ces mémoires successifs n’ont pas été publiés séparément et un mémoire récapitulatif est publié dans les Annales de chimie et de physique. Le mémoire d’Ampère occupe les pages 59 à 76 et 170 à 218. Il est illustré de cinq planches.
Ampère écrit: « Je sais bien que mon mémoire n’est pas rédigé assez clairement ; cela vient de ce que je l’ai écrit avec une hâte extrême et par morceaux détachés que j’ai ensuite réunis comme j’ai pu ».

De l’action mutuelle de deux courans électriques.
Paris, Cochard. Annales de Chimie et de Physique, 2ème série, tome 15. 1820.
1 volume in-8 ; (5) pp, pp 6 à 448 pp, 5 pl.
Ampère publie à nouveau son travail sous le titre Mémoires sur l'Action mutuelle de deux courans électriques, sur celle qui existe entre un courant électrique et un aimant ou le globe terrestre, et celle de deux aimans l'un sur I'autre. Sur la page de titre de cette publication de 68 pages et 5 planches, il est écrit «Extrait des Annales de Chimie et de Physique». Pourtant le texte présente quelques différences avec celui du tome 15 des Annales.
En 1822 paraît un résumé de ses travaux dans le Supplément à la traduction française de la 5ème édition du système de chimie de Thomson publié par Riffault. Ce résumé se trouve entre les pages 163 et 256, sous le titre : Exposé des nouvelles découvertes sur le magnétisme et l’électricité. (Paris, Méquignon Marvis. 1822. (4), VIII, 547, (1) pp.)
Enfin Ampère publie en 1822/23 son « Recueil d’observations électro-dynamiques contenant divers mémoires, notices, extraits de lettres ou d’ouvrages périodiques sur les sciences... »
Paris, Crochard. (4) pp, pp (3) à 250, pp 252 à 378, (6) pp, 10 pl.
Ce recueil est formé par la réunion de tirages à part des premiers articles relatifs à l’électrodynamique parus, soit dans les Annales de Chimie et de Physique, soit dans la Bibliothèque Universelle de Genève. On trouve, au début, le mémoire fondamental d’Ampère : « De l’action exercée sur un courant électrique, par un autre courant, le globe terrestre ou un aimant ». Ampère y a joint des mémoires de Faraday, de la Rive, Savary, Davy, etc. L’ouvrage a paru initialement sous le titre : Recueil de Mémoires, Notices, Extraits de Lettres ou d'Ouvrages périodiques sur les Sciences, relatifs a l'Action mutuelle de deux courans électriques, sur celle qui existe entre un courant électrique et un aimant ou le globe terrestre, et celle de deux aimans l'un sur l'autre. Paris: Crochard, 1822. (4) pp, pp (3) à 124, pp 169 à 250, pp 252 à 344, 9 pl. Il existe, à la même date, deux autres états incomplets de ce recueil : (2), 222 pp, pp 237 à 250, pp 252 à 344, 9 pl. et (2), 360 pp, 9 pl.

Ampère complète ce Recueil en 1824 en publiant son « Précis de la théorie des phénomènes électrodynamiques. pour servir de supplément à son recueil d’observations électrodynamiques et au manuel d’électricité dynamique de m. Demonferrand. »
Paris, Crochard et Bachelier. (67 pp, 1 pl).
Enfin l’Académie des sciences publie en 1827 le bilan de tous les travaux d’Ampère dans le tome VI de ses mémoires sous le titre : « Mémoire sur la théorie mathématique des phénomènes électrodynamiques uniquement déduits de l’expérience... »
Paris, F. Didot. [(6), CLXXVI, 612 pp, 2pl.]
Le mémoire d’Ampère occupe les pages 175 à 388, il est accompagné de 2 planches. Un tiré à part a paru en 1826 chez Méquignon Marvis (226 pp, 1p errata, 2 pl)

Enfin si vous voulez voir quelques vidéos d’expériences historiques sur l’électricité, allez à l’adresse : http://www.ampere.cnrs.fr/parcourspedagogique/accesauxvideos.php

Merci Bernard,
H

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Faire-part de naissance: la librairie ancienne l'Escalier des Sages

lundi 1 février 2010

Amis Bibliophiles bonsoir,

C'est la deuxième fois que j'annonce la création d'une librairie ancienne par un lecteur du blog et c'est toujours un immense bonheur (et en même temps, à titre personnel, il faut bien le dire, un immense espoir pour moi).
Aujourd'hui, il s'agît de la librairie ancienne crée par Eric, dont le portrait est sur le blog et qui vous aussi proposé des articles sur la restauration de reliures: l'Escalier des Sages.

Située à Colombes, en région parisienne, la librairie est spécialisée dans les sciences, la médecine et l'ésotérisme.
Vous pouvez découvrir son site à l'adresse suivante:

http://www.escalierdessages.com/

Je suis déjà allé consulter le catalogue et m'inscrire à la newsletter: beaux ouvrages, site très réussi... tout est réuni pour passer un bon moment en bonne compagnie.

Longue vie à l'Escalier des Sages.

H

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Revue de Blogs

dimanche 31 janvier 2010

Amis Bibliophiles bonsoir,

Voici une sélection d'articles intéressants parus sur les blogs amis du Blog du Bibliophile.

Pour commencer, ce conte pour bibliophiles et libraires que nous propose Jean-Luc sur le Bibliofil: le Conte du Cavalier et du Colporteur, que vous pourrez lire ici, http://blog.100antiquebooks.com/index.php?post/2010/01/15/Le-Conte-du-Cavalier-et-du-Colporteur. C'est pour moi, le message le plus "fort" que l'on puisse actuellement sur la toile, au sujet de l'évolution du métier de libraire.

De son côté, le Bibliomane moderne de Bertrand vous propose de découvrir un objet bien mystérieux, les armes sont simples à reconnaître, mais à quoi ce bel objet était-il destiné? http://le-bibliomane.blogspot.com/2010/01/histoires-sans-parole-lobjet-mysterieux.html

Un article de Léo sur Bibliomab, qui vient compléter celui que j'avais proposé ici sur les éditions partagées: http://bibliomab.wordpress.com/2010/01/20/une-probable-edition-partagee/

Trois articles intéressants proposés par trois amis.

Trois autres choses:

1. Le Salon du Livre Ancien du Grand Palais se tiendra à Paris du 15 au 18 avril. Préparez-vous amis bibliophiles, puisque un repas entre bibliophiles sera organisé afin de nous réunir à nouveau, probablement le vendredi ou (et?) le samedi à l'heure du déjeuner.

2. C'est amusant, si vous entrez Bibliophile ou Bibliophilie sur Google, c'est désormais le Blog du Bibliophile qui est le premier lien proposé... De là à dire qu'il y a un impact sur le trafic généré sur le site, il n'y a qu'un pas. Je partagerai cette information avec vous dans quelques jours. C'est assez incroyable.

3. Je brûle d'envie de partager avec vous une acquisition récente... mais elle est quelque part au milieu de l'Atlantique et n'arrive pas. L'attente est parfois (mais pas toujours) une cruelle ennemie du bibliophile.

H

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Ebayana

vendredi 29 janvier 2010

Amis Bibliophiles bonjour,

Je n'ai pas abandonné le blog, non... mais j'ai du m'absenter quelques jours pour me rendre à Barcelone pour des raisons professionnelles. Jolie ville, je n'ai hélas pas eu le temps de flâner, ni même de trouver un libraire.

Retour en douceur, je vous propose de démarrer par un ebayana, à l'approche du week-end.... même si mon "butin" est maigre.












Bonnes enchères

H

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Marginalia diverses....

lundi 25 janvier 2010

Amis Bibliophiles bonsoir,

Chaque bibliophile se trouve un jour confronté aux marginalia: parfois rédhibitoires, parfois fort intéressantes, parfois elles ajoutent même de la valeur à un livre ancien lorsqu'elles sont le fruit des réflexions de l'auteur (rare, mais cela arrive) ou plus fréquemment d'un lecteur célèbre. Nous avons tous en tête les marginalia de Montaigne dans un Lycosthènes déniché sur le puces de Toulouse.

C'est d'ailleurs un autre toulousain, Olivier, qui vous présente trois exemples intéressants de marginalia.

Le premier ouvrage est une copie manuscrite d'un ouvrage de 1675. Le livre est entièrement manuscrit et contient les visions, prédictions etc. d'une religieuse, mais Olivier ne connaît pas l'ouvrage d'origine. Le "copiste" a également utilisé la page de faux-titre et l'a rempli d'une écriture minuscule et serrée.
Etait-ce à but décoratif? Le texte est curieux, et semble dédier l'exemplaire (mais à qui?). Si je déchiffre correctement le début : "chère ame pour gage de mon amour je vous laisse le souvenir amoureux & fréquent (?) de ma sainte passion ainsi que la dévotion & la confiance au mistere (?) de mon auguste sacrement. [...] Dans ce mistere de mon incomparable amour quoi que fils de Dieu je me suis fait fils de l'homme [...] De pasteur que je vous suis je me veux tous les jours l'agneau sur les autels pour vous engresser de ma substance divine et humaine". Etonnant, non?

Le deuxième ouvrage est plus connu.
Il s'agît de l'édition originale de la Folle Journée de Beaumarchais et dans ce cas, on se trouve face au cas typique du bibliophile encombrant, tellement content d'avoir l'édition originale qu'il la couvre de notes... avant de s'arrêter, fort heureusement juste avant la page de titre.

Le troisième ouvrage est daté de 1875 et il rassemble 49 vignettes à l'eau-forte pour illustrer le théâtre choisi de Molière chez Mame (1875-1879), elles sont de Foulquier et sont montées sur onglets et reliées en un in-folio.
La reliure est simple mais parfaitement exécutée et rien ne fait particulièrement penser à un maître relieur. En fin une note au crayon précise qu'il a été relié par Chambolle-Duru. Il n'y a pas d'étiquette de relieur simplement une petite marque dont je ne sais si elle est un indice.
C'est un exemple assez fréquent que je retrouve dans certains de mes ouvrages... en l'absence de signature ou d'étiquette du relieur, je considère en général que la reliure n'est donc pas signée. En effet, comment savoir si l'inscription manuscrite est celle de l'amateur qui a fait relier le livre, celle d'un libraire qui voulait en accroître la valeur, ou celle d'un autre amateur... Mais peut-on réellement parler de marginalia dans ce cas?

Le quatrième livre est de 1902. Il s'agît de l'édition originale du Temple enseveli, de Maeterlick, relié en demi-maroquin par Lavaux.
Dans ce cas, nous avons affaire à un bibliophile sentencieux, qui a parsemé le volume de notes où il manifeste ses accords ou désaccords avec Maeterlinck.

Il semble être l'auteur d'une nouvelle intitulée Le Meurtre qu'il ne cesse de citer et de comparer au livre qu'il est en train d'annoter. Quelqu'un sait-il de qui il s'agit? Dans ce cas, il faut avouer que les marginalia, si elles sont cocasses, sont un peu ennuyeuses. Mais cela reste mon exemple préféré et vu le personnage, il doit être amusant de les lire.

Olivier & H

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Ebayana

samedi 23 janvier 2010

Amis Bibliophiles bonjour,

Le week-end, je vais aller me promener sur les quais de la Saône, à la recherche d'un petit "chopin". Pour ne pas finir le week-end bredouille, il y a ça, de toutes façons!





















Bonne chasse,
H

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Miscellanées de Monsieur H.: un défi aux bibliographes, une reliure en "peau de femme", etc.

vendredi 22 janvier 2010

Amis Bibliophiles bonsoir,

Quelques miscellanées, avec notamment un défi que vous lance Charles, qui cherche a identifier son édition des Buchanani poemata.

1. Défi bibliographique: son livre n'a pas de page de titre (impardonnable, sourire) et si la forme et le contenu correspondent exactement aux deux éditions elzéviriennes de 1628 ( 511p et 561p) des oeuvres complètes de Buchanan, la pagination elle ne correspond pas puisque son exemplaire possède 629 pages numérotées et 14 pages non numérotées.
Enfin le plus curieux est une note de l'éditeur (en latin bien évidemment) qui prétend qu'il s'agit de la première édition complète des oeuvres de buchanan et qui cite comme dernière édition avant la sienne une édition d'Edimbourg. Voici le texte latin pour les
"Habes, amice lector, Georgii Buchanani Poemata, qua supersunt, omnia nunc primum in unum collecta. Editio enim Edindbougenensis, qua omnium quae vidi novissima est, Miscellaneorum librum sola habet : et tamen nec Medeam, nec Alcestin habet."
Le contennu du livre énnoncé pages 3 et 4:
Pars Prima:
-psalmorum Davidis paraphrasis poetica.
-Sephtes, sive votum, tragoedia.
-Baptistes, sive calumnia, tragoedia.
Pars Secunda:
-Fransiscanus et fratres.
-Elegiarum liber.
-Sylvarum liber.
-Hendecasyllbum liber.
-Iambum liber.
-Epigrammatum libri III.
-Miscellaneorum liber.
-De Sphoerae mundi lib. V.
Pars Tertia:
-Euripidis Medea. ) utraque latino
-Ejusdem Alcestis. ) carmine reddita.

Charles m'assure que ses recherches ont été longues et infructueuses, et il compte sur vous... Qu'en pensez-vous?

2. Reliure en peau humaine... L'itinéraire d'un ouvrage est parfois étonnante. Je me trouvais le dimanche 11 juin 2006 à l'hôtel des ventes des Chevau-Légers de Versailles où j'ai pu manipuler et enchérir sur une reliure en peau humaine. J'ai baissé les bras à 900 euros, terminant 2ème derrière un libraire parisien qui était dans la salle. J'avais eu le temps de regarder l'ouvrage sous toutes les coutures si j'ose dire, et l'amusante note manuscrite "en peau de femme" avait naturellement laissé une trace dans les innombrables fichiers bibliophiliques qui encombrent ma mémoire. 3 ans après, le livre réapparaît dans la vente Massol du 26 janvier 2010. C'est le même lot, aucun doute, et il est estimé à 2500/3000 euros.

344 -[RELIURE EN PEAU HUMAINE]. Sans lieu, , [fin XIXe s.]. In-12, type cuir de Russie havane, dos à nerfs orné, tranches rouges (reliure de l'époque).Ouvrage comprenant 56 sentences contrecollées, tirées pour la plupart de Sénèque, de l'Imitation de Jésus-Christ des Psaumes, des Actes des Apôtres ou des Évangiles.Une étiquette manuscrite de l'époque indique que la reliure serait en « peau de femme ». Ce maroquin naturel, évoque, en effet, bien la peau humaine. La reliure de livres en peau humaine a parfois été utilisée aux XVIIIe et XIXe siècles. Cette pratique n'était pas vraiment exceptionnelle dans les siècles passés.

3. Benoît, lecteur du blog, travaille sur un ouvrage sur ebay. Il aimerait avoir votre avis sur le point suivant: il observe que pour certains acheteurs, le fait qu'un objet soit à vendre via des enchères est beaucoup plus attirant qu'à prix fixe. A l'inverse, certains ne jurent que par l'achat immédiat.

Des distorsions assez importantes surviennent : ainsi, il est courant que des livres aux enchères se vendent plus cher (à exemplaire égal et vendeur de même réputation, peu ou prou) qu'un autre exemplaire, "posé" juste à côté, quelques centaines d'euros moins cher que le prix final enchéri...

Comment voyez-vous les choses de votre côté?

H

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L'Almanach des Bergers

mercredi 20 janvier 2010

Amis Bibliophiles bonsoir,

En écho à l'article sur le Calendrier des Bergers paru dans le deuxième numéro de La Nouvelle Revue des Livres Anciens et à celui que j'avais écrit sur le blog sur Le Messager Boiteux (http://bibliophilie.blogspot.com/2008/01/le-messager-boiteux.html), René vous propose ce soir un article sur l'Almanach des Bergers.

"Dans l'un des plus célèbres romans de Balzac, "Illusions perdues", David Séchard rachète l'imprimerie paternelle à des conditions très défavorables et se retrouve rapidement proche de la ruine. Il recherche en secret un procédé permettant de produire du papier à faible coût. Pendant ce temps, son épouse Eve essaie de lui venir en aide en faisant tant bien que mal tourner l'imprimerie.
"Eve, qui remuait tout dans l'imprimerie, y trouva la collection des figures nécessaires à l'impres-sion d'un almanach dit des Bergers, où les choses sont représentées par des signes, par des images des gravures en rouge, en noir ou en bleu. Le vieux Séchard, qui ne savait ni lire ni écrire, avait jadis gagné beaucoup d'argent à imprimer ce livre destiné à ceux qui ne savent pas lire. Cet almanach, qui se vend un sou, consiste en une feuille pliée soixante-quatre fois, ce qui constitue un in-64 de cent vingt-huit pages. Tout heureuse du succès de ses feuilles volantes, industrie à laquelle s'adonnent surtout les petites imprimeries de province, madame Séchard entreprit l'Almanach des Bergers sur une grande échelle."

Ce curieux almanach populaire imprimé en rouge et noir, qui semble destiné à un public illettré, est d'une telle complexité de signes qu'il faut bien penser, comme Nisard (Histoire des livres populaires), qu'il n'en est rien. "Je ne sache pas qu'il y ait quelque chose au monde de plus bizarre, de plus original. Figurez vous un almanach sans texte, ou du moins sans celui pour lequel un almanach est particulièrement fait, c'est à dire l'indication des jours et des quantièmes du mois. Ces renseignements si essentiels sont donnés en caractères hiéroglyphiques, de telle sorte que, s'il est vraiment comme on est fondé à le croire d'abord que ce livre est destiné aux gens qui ne savent pas lire, il faut nécessairement que, pour parvenir à deviner et à savoir par coeur ces caractères, ils fassent cent fois plus d'efforts d'intelligence et de mémoire qu'ils en feraient seulement à lire l'écriture vulgaire". Nisard s'extasie sur ce livre extraordinaire pendant plusieurs pages, à grand renfort de descriptions, et uniquement « pour les bibliophiles ».
Parmi ces signes hiéroglyphiques, on peut noter : « bon sevrer les enfants, bon prendre des pilules, bon couper les ongles, etc. ».

L'archétype de ce genre d'almanach est évidemment le Compost et kalendrier des bergers (voir NLRA n° 2).
Cependant un des plus célèbres almanachs "modernes" est celui de Mathieu Lansbert dit "de Liège" publié pour la première fois en 1636 par Léonard Streel et continué par les héritiers et descendants, les Bourguignon, sous les noms successifs de Laensbergh puis Mathieu Lansberg qui désigne cette publication depuis trois siècles.

Imprimée en rouge et noir, et richement illustrée, cette édition populaire contient, outre le calendrier des mois, les dates des fêtes et foires mobiles, des éclipses, une liste des prédictions pour l'année en cours et se termine par l'almanach des bergers avec les douze signes célestes gouvernant le corps humain.

Cette petite publication bon marché se retrouvait partout : dans les auberges, les fermes, les châteaux et même chez les Princes. Elle rythmait les saisons et on y trouvait des conseils pour les cultures et les récoltes, les horaires de diligences, des proverbes, etc.

Son succès tenait aussi au fait qu'il relatait des événements remarquables arrivés en Europe et dans le monde. Ces textes qui atteignaient toutes les couches de la population suscitaient la méfiance des gouvernements. Cependant Napoléon avait compris qu'on pouvait l'utiliser comme "outil de communication".
Une anecdote raconte que la Comtesse du Barry avait cru y découvrir, en 1774, l'annonce d'une mauvaise nouvelle pour le mois d'avril. Le 27 avril Louis XV contracta la variole et en mourut le 10 mai.

C'est donc en annexe du Mathieu Lansberg qu'on trouvait le fameux Almanach des bergers destiné aux illettrés. Comme le calendrier des mois, il est illustré de petites gravures assez frustes mais qui ne manquent pas de sel.

Qui était Mathieu Lansberg ? Malgré les recherches et hypothèses diverses - un chanoine, un mathématicien, un astronome, etc - on n'est jamais parvenu à identifier ce personnage qui n'a probablement jamais existé et qui fut sans doute une pure création de l'imprimeur.

Au XVIIII siècle, un chroniqueur français se gaussait de l'almanach en disant que Liège n'était connue de la République des Lettres que grâce à Mathieu Lansberg.
L'almanach était vendu soit simplement broché ou en "reliure d'édition" parfois même avec les tranches dorées, les plus aisés le faisait relier plein veau. Souvent l'éditeur ajoutait des feuillets vierges où on pouvait apporter des annotations personnelles, le papier était peu courant et difficile à se procurer. Au XVIIIe siècle on allait jusqu'à utiliser des cartes à jouer en guise de carte de visite manuscrite ou pour rédiger un reçu.
Interrompue pendant la guerre 14-18, la publication se poursuivit même pendant la Seconde Guerre mondiale mais sous l'étroite surveillance de l'occupant. Après être passé par divers éditeurs successifs - Vve Bourguigon, Collardin, Renard & Frères, Duvivier-Sterpin, Ista, De Neef, le dernier almanach de Mathieu Lansberg paru en 1959 pour l'année 1960 chez l'imprimeur liégeois Vaillant-Carmanne. D'après les exemplaires que je possède, il semble que l'annexe Almanach des Bergers ait disparu vers 1910.
Cependant, aujourd'hui, en l'an de grâce 2010, les éditions Casterman publient toujours un Grand Double Almanach Belge dit de Liège qui en est à 186e année. Il est vendu au prix de 3.95 euros.

Merci René!
H

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le Livre de la Diablerie....

mardi 19 janvier 2010

Amis Bibliophiles bonsoir,

On a 5 minutes, on regarde ebay, on tombe là dessus et on se dit, pourquoi je ne suis pas trader à la Société Générale?

C'est assez beau je trouve, reste à savoir à quoi ressemblent les fac-similés:

le Livre de la Diablerie par Eloy D'Amerval, 1508

N'étant que client à la Société Générale, je me contenterai de suivre ceux là:

Les catalogues de la vente Petiet

Le theatre d'honneur et de chevalerie de favyn, tome 2 assez rare, dans cette belle reliure, même si l'exemplaire lui même est abîmé

La Polygraphie et Universelle Escriture Caballistique de Trithemius

‎La Pharsale de LUCAIN, ou les guerres civiles de César et Pompée, en vers françois., un volume in-4 aux armes, 1656

‎Lae Traité de la Relieure des Livres de Gauffecourt, un repint de 1987 de l'édition de 1737

Les Amoureux du Livre de Fertiault, un grand classique, 1877.

La célèbre encyclopédie Diderot & D'Alembert, une des stars du moment...

et d'autres encore...

H

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Une bibliothèque thématique?

lundi 18 janvier 2010

Amis Bibliophiles bonsoir,

Un jeune bibliophile lecteur du blog m'a demandé de faire écho sur le blog à ses interrogations face à la nécessité de thématiser ou non sa bibliothèque... Je lui cède la parole:

"Les messages réguliers de Bernard, expert ès-histoire de la physique, m'ont interpellé car je m'y suis reconnu : il semble ne collectionner que les livres en rapport avec la physique (peut-être suis-je en train de me tromper: dans ce cas, je prie Bernard de bien vouloir m'en excuser). Dans un autre domaine, j'ai la même attitude. Je m'aperçois que, depuis quelques mois, j'achète quasi-exclusivement des livres en rapport avec une thématique précise (qu'on me pardonnera de taire, puisque ceci n'a aucun intérêt). J'en suis actuellement au point où je revends des livres sans rapport avec cette thématique, pour pouvoir acquérir les livres sur "mon" thème.

Cette "spécialisation" me permet d'acheter mieux, plus intelligemment. Je reconnais les chopins, les "grosses opportunités", mais j'arrive aussi à acheter des choses quitte à en payer le prix (auparavant, je cherchais toujours la "bonne affaire" ; aujourd'hui, je suis simplement content lorsque j'ai un livre, même si le prix en est conséquent).

Cependant, cette spécialisation fait aussi que ma bibliothèque ressemble plus à une "bibliothèque de travail" qu'à une bibliothèque d'agrément : je regarde mes rayons et je me dis que je suis très loin de la culture encyclopédique, de l'idéal de l'honnête homme, qui doit pouvoir parler d'à peu près tout.

Une collection strictement thématique présente-t-elle le même attrait qu'une autre? Cela se retrouve dans les catalogues de libraires: j'aime bien les catalogues entièrement consacrés à un thème précis (comme ceux de la Librairie Jammes), mais il faut bien admettre que si le thème ne m'intéresse pas, je n'y jette même pas un oeil... Alors que les catalogues "généraux" m'attirent plus... (on ne peut pas vivre sans contradiction!).

Où se situe les gens du blog par rapport à ça? Se spécialisent-ils? A quel degré? La spécialisation passe-t-elle par l'exclusion des autres livres?"

En ce qui me concerne, mon parcours a été toujours été thématique. Mes amis Pinhas et Pierre pensent que la bibliophilie est affaire de culture personnelle tout en étant cosa mentale. La seule différence, c'est que je pense que l'on peut avoir plusieurs thèmes. Ainsi, dans ma bibliothèques se côtoient trois tendances: les voyages, les livres curieux et rares et enfin la littérature qui est pour moi un domaine inévitable. A ceci s'ajoute une contrainte temporelle, puisque je m'arrête avec la fin de l'ancien régim, à quelques exceptions près. J'ai l'impression qu'après avoir exploré d'autres thèmes, on en revient toujours à la littérature. J'avoue que n'avoir qu'un thème m'a lassé au bout d'un moment et que j'ai ressenti le besoin de "passer à autre chose", mais sans pour autant délaisser mes premières amours. Je cours donc désormais plusieurs lièvres à la fois, c'est très agréable... mais un peu cher au final... En plus de ces ouvrages, j'ai des ouvrages de travail, comme le Marius Michel présenté hier, qui correspondent plus à une envie d'approfondir qu'à une envie de "collectionner" (même si je sais que le mot heurte certains d'entre vous).

Pour revenir aux questions, je pense que je suis donc spécialisé (je n'achète aucun ouvrage de régionnalisme, aucun ouvrage sur la physique par amitié pour Bernard - et parce qu'il a tout raflé -, et aucun ouvrage sur les sciences, etc), mais pas hyper-spécialisé, ce qui me laisse une certaine liberté. Je ne vais donc pas jusqu'à l'exclusion, idem pour la contrainte temporelle d'ailleurs, mais les règles sont faites pour être contournées. Ma seule règle d'ailleurs, est de me faire plaisir, en dehors de toute contrainte de domaine (les miens sont ceux vers lesquels m'orientent naturellement ma personnalité), et de toute contrainte de spéculation.

L'inconvénient de tout ceci est que cela multiplie les tentations!

Et vous?
H

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La Reliure Française depuis l'invention de l'imprimerie, par MM. Marius Michel

samedi 16 janvier 2010

Amis Bibliophiles bonsoir,

Je partage aujourd'hui vous une acquisition récente: La Reliure Française depuis l'invention de l'imprimerie et jusqu'à la fin du XVIIIème siècle par MM. Marius Michel, Relieurs-doreurs. A Paris, chez Damascène Morgand et Charles Fatout, 1880.
Ce bel ouvrage in-4 (qui inclue 22 belles gravures), de la main du maître et de son fils (ou l'inverse, sourire) se lît avec délice et retrace l'histoire de la reliure française depuis les débuts de l'imprimerie jusqu'à la fin du 18ème siècle.

Comme souvent dans les ouvrages de Marius Michel, le style est très agréable et les prises de positions des auteurs sont toujours claires et tranchées (ainsi Trautz-Bauzonnet est-il élevé au rang de meilleur relieur du 19ème, quand Capé est renvoyé à ses chères études pour avoir commis des reliures trop fragiles, "presque mortes avant d'avoir vécu"... et quand Derome est qualifié d'assassin pour sa propension à rogner les marges).
Les auteurs nous entraînent sur les traces des premiers moines relieurs, puis des Le Gascon, Eve et autres Padeloup, tout en multipliant les digressions autour de la relation entre bibliophile et relieur, et en évoquant ainsi la personnalité des grands bibliophiles de l'histoire, de Grolier à Pichon, en passant par Thou.
Je viens d'en terminer la lecture, et j'ai sélectionné pour vous quelques passages intéressants:

- Une règle qu'énoncent les Marius Michel dès le début de l'ouvrage et dont vous savez l'importance: "le livre vient d'être collationné, il est reconnu complet. Les lavages, encollages, restaurations, retouches ont été faits par une main expérimentée et discrète. Le voici dans l'atelier du Relieur (que les auteurs écrivent avec une majuscule)".

- Ils rappellent également leur collègues (et les bibliophiles) à l'ordre en énonçant une autre vérité évidente: la reliure n'est là que pour servir le livre, rejetant ainsi tous les relieurs qui "serrent" trop le texte et empêchent le livre de s'ouvrir.
- Les bibliophiles sont parfois également égratignés, non seulement pour leur bibliopégimanie mais aussi pour leur "rage de faire relier": si la comtesse de la Verrue et Pompadour sont épargnées, la du Barry est vivement critiquée ("qui savait à peine lire") pour sa bibliothèque reliée par Redon, elle a participé à une mode de la reliure au 18ème siècle qui selon les Marius Michel conduira rapidement au déclin de la reliure française.

Les auteurs évoquent ces grands ateliers de dorure qui furent créés pour répondre à cette mode, et "où se firent dans la suite par milliers les almanachs royaux, pour lesquels Dubuisson et les dessinateurs du temps inventèrent quelques plaques charmantes".
- Ces plaques, les auteurs les critiquent également en partie, rappelant "une règle qui doit primer toutes les autres: l'appropriation (de la dorure) au sujet du livre", évoquant avec humour cette fois les erreurs et les fautes de goût de certains, qui vont jusqu'à "faire dorer la grenade entr'ouvrete, image des lèvres roses.... sur un recueil d'oraisons funèbres".

L'ouvrage se conclue par une présentation des principaux relieurs de l'époque et les Marius Michel expliquent qu'ils ont limité leur étude à la fin du 18ème siècle pour ne pas blâmer certains de leurs confrères... Ce qu'ils feront pourtant peu de temps après.

H

PS.: pour mémoire, le portrait de Marius Michel que j'avais commis sur le blog:
http://bibliophilie.blogspot.com/2008/12/portrait-dun-immense-relieur-marius.html

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