« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier

"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

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samedi 27 juillet 2013

Promenade de bibliophile: la visite du Musée de l’Imprimerie de Nantes

Amis Bibliophiles bonjour,

La visite du Musée de l’Imprimerie  de Nantes se révèle vite un incontournable du bibliophile.

Au centre ville, le musée est installé au premier étage de la Médiathèque grâce à la bienveillance de la municipalité mais dans des locaux trop petits pour accueillir l’énorme collection de son fondateur. Trois imprimeurs permanents animent et rythment la vie du Musée. Le jour de notre venue, Monsieur Philippe Bretaudeau sera notre guide. Compositeur typographe de formation initiale, il a suivi l’évolution frénétique et numérique du métier avant d’être appelé par le fondateur du Musée. 

Les après-midi il accueille les visiteurs à 14 h 30. 

Le musée ouvre cependant plus tôt et vous n’aurez pas trop de temps pour parcourir les collections sous vitrine où en situation. Tout y est de ce qui participe à l’art du livre. Rangs typo du XVIIIe, matrices et poinçons, typothèque « Caslon », lingotiers, caractères affiches en buis, composteurs, fers à dorer, palettes et roulettes, presses et massicots de relieurs, presses typographiques, lithographiques ou de taille douce. Hélas, l’atelier de reliure était inerte ce jour-là.

M. Philippe Bretaudeau et l'atelier taillle -douce

Rang du XVIIIe siècle et casse dite  Parisienne
La reliure
Le parcours guidé commence par la découverte des caractères mobiles, l’explication de la casse et l’évolution de la composition manuelle. La démonstration sur une presse à bras en bois reconstituée suit naturellement, puis celle sur une presse métallique type « Stanhope » du début du XIXe siècle, dite à un coup, où chacun pourra encrer la forme, poser sa feuille sur le tympan et tirer le barreau et son épreuve.

Au premier plan, presse de type Stanhope
Voici venu le temps de la composition chaude mécanique. La linotype (ici une Intertype) fond des lignes-blocs en relief pour une impression typographique, c’est une composeuse-fondeuse-distributrice. Le brevet initial de l’invention remonte à 1884.  Le claquettement de la distribution des matrices dans le magasin de la machine est inoubliable mais la compréhension de leur parcours demande un peu d’attention.

La « Typograph » est une composeuse-fondeuse étrange qui semble s’être accouplée avec la corbeille d’une machine à écrire, plus adaptée aux petites unités de production. La monotype nécessite un clavier séparé et perfore une bande de papier.  Dans un second temps,  la fondeuse lit cette bande et produit des caractères mobiles à grande vitesse. Le niveau sonore et l’agitation de cette machine complexe sont impressionnants. Chacun tiendra bientôt entre ses doigts quelques caractères encore chauds.

La « Ludlow »  est une machine mixte. La composition est manuelle, mais cette  fondeuse titreuse permet de réaliser des gros corps et vient en complément des autres moyens de composition. 

Les visiteurs restent éberlués de la persistance de ces machines, y compris dans la grande presse, jusque dans les années 1980. Tous se retrouvent enfin autour du marbre où je ne peux m’empêcher d’évoquer à part-moi, souvenirs personnels ou photos célèbres de l’express.

Les formes passent ensuite sur les presses modernes. Devant vous se réveille une platine « pédalette » à marge à main de marque « Minerve ». Machine universelle aux nombreuses fabrications et divers formats. Elle offre à chacun un poème en forme de calligramme typographique. Puis voici une autre presse platine à marge à main également mais électrifiée, de marque « Phœnix »  souvent utilisée pour la découpe ou le gaufrage, comme aujourd’hui, à cause de sa puissance.

La mise en mouvement de la monstrueuse machine à cylindre « Voiron » reste un moment fort de la visite. Le marbre est actionné par une énorme bielle au premier rang des spectateurs et passe en va-et-vient sous un cylindre « à temps d’arrêt ». Le tirage en grand format s’effectue sous vos yeux.

Presse à cylindre Voiron
L’exiguïté des locaux ne nous permettra pas d’entendre les sucettes des performantes et modernes presses « Heidelberg » par exemple ;  l’humanoïde et épatante platine « Ofmi » ou la robuste « KSB » cylindre.

Nous passons maintenant à l’impression lithographique, qui fait l’ornement de maints livres «modernes».  Devant nous un artiste peintre parachève son œuvre. Le temps passé à l’encrage et la préparation du tirage  sont indissociables de la qualité du résultat. La « bête à corne » s’anime. Nous terminons par l’impression rivale, en taille douce et ses différentes modalités. En l’espèce nous assistons au tirage d’un cuivre gravé à l’eau forte. 

Bête à corne lithographique
Chemin faisant on nous a ainsi expliqué la différence ente les points Pica et Didot, l’importance de la justification et l’usage d’une espace, la place de l’encre grasse et non liquide dans l’imprimerie, l’usage de la pelure, l’agrément des blancs, l’indispensable repérage, la complexité de l’imposition, l’ingéniosité de l’espace-bande, la nécessité d’humidifier la pierre litho et de la sécher à froid, les savants alliages plomb-étain-antimoine, les bois de bout et les bois de fil, la taille d’épargne, etc.

Le marbre
Mais, me direz-vous, pourquoi ne pas préciser au lecteur ces quelques mots abscons qui émaillent votre propos ?

C’est qu’ils le font si bien à Nantes, allez-y et vivez les.  

Lauverjat

Merci au Musée qui a aimablement autorisé ces photographies.

Le Musée s’adosse également à une « Société des Amis du Musée de l’imprimerie»  ouverte tant aux particuliers qu’aux entreprises.
http://musee-imprimerie.com/index.html

samedi 22 juin 2013

Promenade de bibliophile: exposition à Chantilly, « Histoire de rire, histoires à rire »

Amis Bibliophiles bonjour,

Courez, courez, l’exposition actuelle de la bibliothèque du château de Chantilly, "Histoire de rire, histoires à rire", se termine le 2 juillet!

Heureusement, un catalogue annoncé devrait paraître prochainement.


Les commissaires de l’exposition, Madame Louise Amazan-Comberousse et Monsieur Olivier Bosc se proposent d’explorer l’histoire du rire à travers  « les joyeuses narrations et devis gaillards du Moyen Âge au Grand Siècle » c’est-à-dire, s’agissant de la collection du duc d’Aumale, au moyen des livres précieux, depuis les manuscrits enluminés jusqu’aux facéties imprimées. L’exposition (environ 80 numéros) est dense et fouillée et difficile à résumer en quelques lignes.

Hélas, bien sûr,  le livre II de la poétique d’Aristote sur la comédie et le rire n’est pas exposé. Il est perdu, comme vous savez si vous avez lu Umberto Eco et son « Nom de la rose ». Parmi les manuscrits présentés notons celui  « les Quinze joies du mariage» du XVe siècle qui voisine avec l’édition incunable (1498) de Jean Trepperel. Après les fabliaux et les narrations comiques du Moyen âge, le Décaméron de Boccace servit de modèle à nombre de conteurs. Quatre éditions différentes sont exposées dont l’incunable sur vélin d’Antoine Vérard.


Enfin Rabelais vînt. « Cornucopie et joyeuseté de la raillerie » président à son écriture. Cinq éditions rarissimes de ses œuvres sont présentées, Pantagruel (Lyon, 1534), Gargantua (Lyon, 1535 et Troyes, 1556),  le Tiers livre (Lyon, 1548) et du Quart livre (1552).

Avant de quitter le XVIe siècle nous n’oublierons ni Marguerite de Navarre (l’Heptaméron des Nouvelles) ni Bonaventure des Périers (Les Nouvelles récréations et joyeux devis) ni Tabourot (Les Escraignes dijonnaises)…


Le siècle de XVIIe est celui des bons mots.

Les imprimeurs rééditent les œuvres du siècle précédent et impriment des recueils récréatifs et des opuscules satiriques. Par exemple, les histoires récréatives parues sous le nom de « Roger Bontemps » ou encore « les caquets de l’accouchée ». Parmi beaucoup d’autres exemples, et un aparté sur la contrepèterie, on s’étonnera pourtant de n’y pas trouver cette langue de vipère de Ménage.


L’exposition s’achève sur l’évocation des facéties mises en scène, c’est-à-dire les pièces publiées des acteurs comiques. Les comédiens de l’hôtel de Bourgogne excellèrent dans la farce et furent édités, Gaultier Gargille ou Gros Guillaume ou Buscambille (les fantaisies, Paris, Jean Millot, 1615).

Tabarin, bateleur de la place Dauphine (inventaire universel des œuvres, Paris, 1623), bénéficia d’un gros succès d’édition.

On notera encore deux vitrines intitulées « la récréation du bibliophile » qui présentent une accumulation fort plaisante de plaquettes rares rééditées au XIXe (collection Jannet et librairie Techener) dans des conditions fort désirables.

S’il faut exprimer un regret,  il concerne les cartels.  Ceux-ci ne font pas état (par choix) des particularités des exemplaires présentés, (reliure, provenance, dédicace, édition, etc.), toutes caractéristiques bibliophiles omniprésentes dans la bibliothèque du duc d’Aumale et qui nourrissent notre monomanie.  Il est cependant loisible de consulter en ligne le catalogue de la bibliothèque…


En conclusion,  voilà une étude très étayée sur l’histoire du rire à travers l’écrit et le livre, où la bibliothèque précieuse de Chantilly fournit une illustration de choix. 

Lauverjat

dimanche 21 avril 2013

Les sociétés de bibliophiles I - La doyenne des sociétés de bibliophiles, la "Société des Bibliophiles François", avec une présentation des Commentaires de la Guerre Gallique.

Amis Bibliophiles bonjour,

Si certaines existent encore, formelles ou informelles, au grand jour ou pas, les sociétés de bibliophiles furent la grande affaire des XIXe et XXe siècles. Je vous propose de redécouvrir ces principales sociétés de bibliophiles à travers un cycle d'articles qui leur seront consacrés.


La Société des Bibliophiles François, fondée en 1820, est la doyenne de ces sociétés (on ne connaît qu'une seule société qui soit sa doyenne, le Roxburghe Club de Londres, mais nous aurons l'occasion d'y revenir). 

En 1819, en effet, MM. de Chateaugiron, de Pixerécourt, Walckenaër, de Malartic, Durand de Lançon, Bérard, Edouard de Chabrol et de More-Vindé, tous grands amateurs et possesseurs de bibliothèques, conçurent le projet de former une société dans le but de faire imprimer des ouvrages inédits, ou de réimprimer des ouvrages très rares, ce qui restera sa caractéristique principales et sa différence majeur avec les autres sociétés qui furent créées par la suite (et dont l'objectif fut souvent de publier des livres d'art, bien illustrés, tirés à petit nombre).

Cette société, fondée le 1er janvier 1820, prît le nom  de Société des Bibliophiles François.  Aux 8 membres fondateurs, cités ci-dessus, s'ajoutèrent bientôt 16 autres membres et 5 membres associés étrangers, portant l'effectif à 29 (la société atteindra un chiffre maximal de 35 membres).

C'est l'objectif recherché par la Société lui-même qui de facto, définira le recrutement des membres. En effet, la Société des Bibliophiles François n'intègre pas de bibliophiles amateurs de belles estampes, et désirant illustrer somptueusement, idéalement de façon annuelle, un chef-d'oeuvre de la littérature française, en accordant un soin particulier au choix du papier, des caractères, de l'illustrateur, de la composition et du tirage. 

La Société des Bibliophiles François est plutôt une réunion de savants, de gens du monde possesseurs de bibliothèques, d'archives de famille, susceptibles d'apporter à la Compagnie un manuscrit précieux encore inédit, de faire une trouvaille historique ou littéraire, telle des lettres de Louis XIII au Cardinal de Richelieu..., ou de proposer par exemple la réimpression de Roti-Cochon, ouvrage de 1689 destiné à enseigner la lecture aux enfants... ou encore les Commentaires de la Guerre gallique.

La Société des Bibliophiles François publia ainsi moins d'une cinquantaine d'ouvrages, qui sont tous aujourd'hui devenus rares et très recherchés des amateurs. On le voît, cette Société peut presque être considérée comme une académie privée des inscriptions et belles lettres, un salon. Les réunions se tenaient d'ailleurs dans le salon d'un des membres de la Société, ou chacun, comme dans une académie, retrouvait son "fauteuil", portant son numéro d'ordre d'admission.

Les jetons de présence et le papier à lettres de la Société des Bibliophiles François s'ornent de l'effigie de Jacques Auguste de Thou, "patron de la compagnie", qui incarne parfaitement l'objectif historique que s'était donné la Société. 


On y retrouvera bien sûr la noblesse (le Comte de la Bédoyère, le baron Pichon, le duc d'Aumale, le prince de Metternich), l'armée et des bourgeois (Ambroise Firmin-Didot, Jules Janin, etc.) et même, c'est à souligner... quelques femmes ainsi la marquise de l'Aigle, la comtesse de Galard, la duchesse de Broglie, la duchesse de Clermont-Tonnerre, la duchesse de Bisaccia.

Ces membres se réunissaient tous les 15 jours de décembre ou janvier à mai ou juin. Un banquet annuel réunissait les membres de la Société. Le plus célèbre d'entre eux, fut celui organisé par Prosper Mérimée au cours duquel furent servis successivement un potage, un turbot, de la selle de mouton, un poulet à la marengo, une timbale à la portugaise et sorbets... pour terminer le premier service, avant de reprendre avec des poulardes truffées, une terrine de Nontron, des asperges en branches, des écrevisses, puis enfin les entremets et les gâteaux; laissant Mérimée sur sa faim puisqu'il se plaignît de ne pas avoir pu se procurer des "huîtres de Marennes ou d'Ostende".

S'il était naturellement accepté que les membres vendent des ouvrages (soit de façon organisée via des ventes aux enchères, soit de façon occasionnelle), aucune personne faisant commerce de livres ne pouvait y être admise. 

Le baron Jérôme Pichon
Cette Société se caractérise également par son absence de président à l'origine, les membres fondateurs dirigeant à tour de rôle les débats et occupant le fauteuil "présidentiel". C'est un président, néanmoins, qui lui donnera un essor notable et permettra de multiplier les publications: le baron Pichon, qui la présida de 1844 à 1894 (réélu chaque année), et accueillit les réunions chez lui, dans son appartement de la Rue Blanche, puis dans son hôtel de Lauzun, quai d'Anjou.

A partir de cette seconde moitié du XIXe, le bureau de la Société des Bibliophiles François se composait du président, d'un secrétaire et d'un trésorier. La Société imposait à ses membres des cotisations annuelles de 200 francs, doublées d'un droit d'entrée de 800 francs. Ce sont ces cotisations qui permettaient de financer les frais d'impressions des ouvrages, qui furent soit imprimés uniquement pour les membres, soit tirés à un nombre d'exemplaires plus importants, et proposés aux amateurs qui non membres par le libraire de la Société, M. Francisque Lefrançois (cette vente annexe permettant d'équilibrer le financement d'un ouvrage).

La Société, si elle ne se focalisa qu'à quelques occasions sur l'illustration, apporte un grand soin à ses ouvrages, allant même jusqu'à acquérir des caractères anciens (par exemple ceux gravés en 1730 par Fleischmann pour les Westein, utilisés à la composition de l'Heptaméron de Marguerite de Navarre en 1853-1854).

La Société des Bibliophiles François occupe donc une place bien à elle dans les sociétés de bibliophiles françaises: académie privée à la dimension historique plus que littéraire, nombre de sièges extrêmement réduit, présence significative de femmes, publications curieuses, livres rares et d'érudition, plutôt que fuite en avant dans la recherche du "beau livre". 

Focus: 
Les Commentaires de la Guerre Gallique (1894), orné de 24 portraits, 61 miniatures et 3 cartes, tiré à 31 exemplaires, 29 pour les membres de la Société, un pour la Bibliothèque Nationale et un pour le British Museum.


Les Commentaires de la Guerre Gallique est l'un des ouvrages les plus remarquables publiés par la Société des Bibliophiles François. Il illustre parfaitement la mission que s'était donnée la Société. J'ai le plaisir de vous présenter cet ouvrage, dont je possède un exemplaire (exemplaire Prince de Metternich, reliure de Carayon).


Au lendemain de Marignan, le Roi François 1er se souvint que quinze siècles auparavant un grand capitaine avait vaincu les Suisses et raconté sa campagne dans un livre immortel. Le Roi voulut le lire et commanda qu’on lui mît en bon français le récit de ce prédécesseur.

La Société des Bibliophiles François, sous l’inspiration d’un Prince issu du même sang glorieux que le Roi François 1er, le duc d'Aumale, décida de reproduire ces trois volumes, et ils furent réimprimés pour ses vingt-neuf membres.

Le destin de cet ouvrage fût cahotique... On suppose ainsi qu'il fut sorti du trésor royal au temps de la Ligue, soit par le pillage du cabinet du roi Henri III dont les dépouilles furent vendues à l’encan devant l’Hôtel de ville, soit par les vols commis dans la bibliothèque du Roi, transportée de Fontainebleau à Paris sous le règne de Charles IX.

Jean Gosselin qui était à cette époque garde de la bibliothèque, dans une note écrite au verso de la reliure d’un manuscrit intitulé La Marguerite des vertus et des vices, accuse le président de Nully « de s’être saisi de la bibliothèque Roi environ la fin du mois de septembre, ayant fait rompre la muraille pour entrer en ladite librairie, laquelle il a possédée jusqu’environ la fin du mois de mars de l’an 1594… Durant le temps susdit ont été emportés de la dicte librairie plusieurs livres dont le commissaire Chenault fit enquête après que le dict Président eut rendu cette librairie ». A la suite et dans une seconde note, Jean Gosselin signale les tentaives faites par le célèbre ligueur Rose, évêque de Senlis, familier ami du Président susdit, et d’autres ligueurs de moindre importance « pour posséder la dicte librairie. Mais feu de bonne mémoire le président Brisson, à ma requête et sollicitation, a empêché leur intention».

Ce certificat délivré au président Barnabé Brisson est en contradiction avec un passage des lettres de Scaliger qui l’accuse d’avoir transporté à son hôtel beaucoup de livres et de manuscrits de la librairie du Roi qu’après sa mort sa veuve avare vendit pour un morceau de pain (vidua avara frustro panis, si ita loqui fas est, dividendi).

Dispersés par les événements, les trois volumes des Commentaires de Guerre Gallique sont restés séparés. Et ils le sont toujours.

Le tome premier reparaît peu de temps après dans la bibliothèque de Christophe Justel, conseille et secrétaire du Roi, ainsi que l’apprend une note écrite au recto du premier feuillet (bibliothecae Christofori Justelli)… Quelque temps avant la révocation de l’édit de Nantes, Justel passa en Angleterre avec sa bibliothèque. Il devint bibliothécaire du Roi d’Angleterre et mourut en 1698. Après lui ce premier tome passa dans la bibliothèque de lord Harley et entra avec la collection Harléienne au British Museum.

Le deuxième volume est arrivé aux mains de M. Van Praet d’une source inconnue. Il a été acheté par lui pour le compte des frères de Bure, les grands libraires, qui l’ont légué à la Bibliothèque Nationale où il est entré en 1852.

Le troisième était la propriété d’un Tourangeau, qui après l’avoir gardé quarante ans dans son armoire, le donna au colonel Lacombe sans dire d’où il était venu (...). Il fut acheté par le libraire Téchener, qui l’a revendu en 1854 à Mgr le duc d’Aumale. Il est maintenant un des joyaux de la bibliothèque de Chantilly.

Grâce à la Société des Bibliophiles François, les trois livres furent rassemblés le temps de réimprimer l'ouvrage. 

L’œuvre consiste en un dialogue entre François 1er et César. La première apparition du romain au roi de France est supposée avoir eu lieu « le dernier jour d’Avril, ung moys après la nativité de son second fils en son parc de Saint-Germain-en-Laye ». S’ensuivent plusieurs apparitions dans des forêts ou des parcs.




Au-delà des qualités de l’impression, c’est la beauté de l’illustration qui frappe le lecteur : les miniatures sont magnifiques, admirablement réhaussées par les miniaturistes Benard et Guerrier, et le style de Godefroy est superbe, qui mélange les costumes romains, comme on les comprenait à la Renaissance, et les costumes italiens des premières années du XVie siècle.

Laissons la parole à Janin dans l'Almanach du bibliophile pour l'année 1898, pages 131-132.
« Terminons enfin cet exposé critique des livres de l'année, sur le dernier volume des Commentaires de la Guerre Gallique, réédités aux frais de la Société des Bibliophiles François. Les Commentaires de la Guerre Gallique ne sont point un livre, mais un manuscrit, en trois tomes, que les Bibliophiles françois ont reproduit en fac-simile, pendant le cours des années 1895, 1896 et 1897.

Mais c'est, à coup sûr, une curiosité de bibliothèque, et plus encore une œuvre de grand art, par le soin minutieux qui a été apporté à la reconstitution exacte de l'original. Les nombreuses et superbes miniatures que fit Godefroy le Hollandais pour illustrer la traduction libre de Albert Pighe, de Campen, en Hollande, mathématicien ami d'Erasme, à qui François 1er avait confié le texte, — première traduction française de l'ouvrage de Jules César, — ont été rendues avec la fidélité scrupuleuse que permettent aujourd'hui les procédés photographiques mis en œuvre avec habileté, et corrigés par un artiste. Le texte, manuscrit dans l'original, est imprimé, dans la reproduction, avec un corps antique de noble aspect. L'ouvrage ainsi transposé a un caractère de réelle grandeur, et mérite les éloges les plus absolus.


Les manuscrits sont, l'un au British muséum, l'autre à la Bibliothèque Nationale, le troisième à Chantilly ; la réédition n'a été faite qu'à 31 exemplaires, dont deux seulement ont été déposés dans les collections publiques, du British, à Londres, et de la Nationale, à Paris. C'est certainement l'ouvrage le plus rare de cette année 1897, qui, en fin de compte, n'aura pas été l'année de la Comète du livre. »

Cet ouvrage est typique de l'oeuvre de la doyenne des sociétés de bibliophiles françaises, la Société des Bibliophiles François. 

H

Dictionnaire Encyclopédique du Livre
Histoire des Sociétés de Bibliophiles, Raymond Hesse

samedi 5 mai 2012

Le Salon du Livre Ancien du Grand Palais, vision IV: le salon vu de l'intérieur par Eric, qui expose pour la première avec sa librairie l'Escalier des Sages

Amis Bibliophiles bonsoir,

Pour en terminer avec le salon du Grand Palais, je souhaitais vous proposer ce soir la vision de celui qui est  à mon sens l'un des plus prometteurs jeunes libraires français, si ce n'est le plus prometteur: Eric, lecteur du blog depuis très longtemps, qui s'est lancé en librairie il y a deux ans environ, avant d'être reçu au SLAM cette année et de participer, petite consécration, au salon du Grand Palais après donc seulement deux ans d'activité. Une forme de consécration, et de reconnaissance, qui s'ajoute à celle de ceux qui le connaissent: compétence, sympathie, simplicité et une certaine vision de ce qu'il veut (bien) faire.


Vous pouvez retrouver sa librairie sur internet (http://www.escalierdessages.com), Eric est spécialisé dans les sciences, la médecine et l'ésotérisme. Son stand sur le salon était en quelque sorte le quartier général des lecteurs du blog, et il faut dire qu'il était bien assisté par une très sympathique commis. :)

Eric a donc connu son premier salon et en semble très content, voici en quelques lignes la façon dont il l'a vécu.


Je viens chaque année au salon du livre ancien au Grand Palais. Cette année est particulière pour moi. Je suis exposant.


Lorsque j'arrive avec mes livres le jeudi matin, nous prenons juste quelques secondes avec Bergamote pour regarder autour de nous. C'est la classe. Ce sera notre seul instant de libre. Ensuite, même pas le temps de mettre les livres en place que des confrères viennent déjà voir si nous avons des ouvrages susceptibles de les intéresser.

Par rapport à d'autres salons, l'ambiance est studieuse. Chacun est concentré sur son stand. Je sens que ce salon est important pour tout le monde... Un petite musique annonce l'ouverture des portes dans 5 minutes. Je jette un coup d'oeil à droite un coup d'oeil à gauche pour évaluer les stands d'à côté. 

A ma droite, un libraire Italien présente une vingtaine de livres d'Heures. Superbe. Ce n'est pas mon domaine, mais j'apprécie. En face, un libraire danois propose un superbe exemplaire de l'édition originale du Discours de la Méthode, l'exemplaire Kronecker des Disquisitiones de Gauss. Fabuleux.

Les premiers visiteurs arrivent.  Des visages connus bien sûr, Lauverjat, Bernard, Bertrand, Jean Marc, Xavier, Frédérick, Baptiste, Textor et tant d'autres avec qui j'aurais souhaité pouvoir discuter un peu plus. Mais d'autres visiteurs sont là aussi, se renseignent sur tel ou tel livre. Nous ne sommes pas trop de deux pour tenir le stand. Le salon est aussi l'occasion pour moi de rencontrer des clients avec lesquels je n'ai souvent échangé que par mail ou par téléphone. De belles rencontres. Mettre un visage sur chaque passion.

Aux vêtements de certains, je constate qu'une averse est tombée. Cela n'arrête pas le bibliophile du vernissage. Il va au plus vite. Faire le maximum de stands pour trouver le livre qu'il recherche tant.
J'en retrouverai la plupart le vendredi. La visite se fait alors plus méthodique. Stand par stand, étagère par étagère. Les catalogues ont été lus la nuit. Certains ont pris le temps de la réflexion pour des ouvrages importants. Le temps reste maussade. Il fait froid. Samedi aussi il fera froid. Moins de visiteurs à mon stand, mais un peu plus de curieux en visite (qui ne permettront pas à Bergamote de participer au traditionnel repas des bibliophiles).

Dimanche, enfin du soleil, beaucoup de monde, à nouveau. Je passe prendre les livres que j'avais réservés chez un confrère. Déjà 20h00, nous avons à peine une heure pour ranger les livres. 
Voilà, c'est déjà terminé. A l'année prochaine.

Eric

mercredi 2 mai 2012

Le Salon du Livre Ancien du Grand Palais, vision III: Bernard, une approche scientifico-photographique

Amis Bibliophiles bonsoir,


Depuis quelques années les amoureux des livres se retrouvent dans un lieu grandiose, le Grand Palais. Je me souviens qu'il y a quelques années le salon s'est tenu à la Conciergerie, lieu prestigieux encore plus en accord avec le livre ancien, mais trop exigu. Puis il y a eu Wagram, la Mutualité ... qu'il vaut mieux oublier ... 



C'est l'occasion pour moi de reprendre contact avec certains libraires que je ne rencontre qu'à cette occasion ou d'en rencontrer de nouveaux comme Eric que je remercie encore de sa gentillesse.



L'ambiance y est toujours détendue. La tentation est permanente mais raison et finance veillent. Les livres scientifiques ne sont pas majoritaires, loin de là, mais vous pouvez vous faire un petit plaisir avec un ouvrage du XVIII ème pour quelques centaines d'euros ou avec un rarissime ouvrage de Viète pour 300 000 euros. 





Mais c'est aussi l'occasion de retrouver certains amis bibliophiles autour d'une table dans une ambiance décontractée. J'ai raté Bertrand et Pierre; je les salue. On aimerait avoir le temps de discuter plus longuement avec tous. Qu'on se le dise: les bibliophiles ne sont pas tous de tristes rats de bibliothèques !!!

Merci encore à Hugues l'initiateur de ces retrouvailles annuelles.

Bernard

mardi 1 mai 2012

Le Salon du Livre Ancien du Grand Palais, vision II: Wolfi, ou l'instinct du chasseur

Amis Bibliophiles bonjour,


Par ce temps très maussade pour la saison, il est bien agréable de pouvoir profiter du Salon du livre ancien au Grand Palais : malgré le ciel gris, le lieu reste lumineux sous ses verrières, ce qui change favorablement de la Mutualité. Certains diront que le lieu est trop grand pour une telle manifestation. Pour ma part, je trouve le lieu classe sans être guindé. Le Salon du livre ancien y a clairement gagné en attractivité.


Samedi matin 11h, après un avoir pris un café avec Hugues, premier tour des stands. L'ambiance est feutrée : peu de monde, tous les libraires ne sont pas encore présents. J'aime bien ça! Comme d'habitude, les grands stands au milieu paraissent les plus alléchants. Je les parcours rapidement en prenant bien soin d'en faire le tour intérieur et extérieur afin de me faire une idée des ouvrages exposés. 

Pas de doute, beaucoup de livres de grande qualité! C'est un peu la même sensation quand vous parcourez fébrilement un catalogue de vente qui semble prometteur! Je ne sais pas si vous voyez ce que je veux dire!! Je passe ensuite aux allées latérales. Et là, comme d'habitude, à part deux ou trois librairies qui tirent leur épingle du jeu, je reste sur ma faim… Je me dis comme chaque année, que je devrais faire le contraire, à savoir commencer par les côtés. 

Mais non, je suis irrésistiblement attiré par les vitrines du milieu :)) On peut même dire qu'un abîme sépare les deux mondes : d'un côté les "grands" libraires avec des stocks parfois hallucinants en quantité et en qualité, et puis les autres qui essaient de tirer leur épingle du jeu… Quand on regarde les prix, j'exagère à peine en disant qu'un seul livre d'une librairie "importante" est comparable à la valeur du stock entier de dix librairies d'importance "moyenne". Le livre un peu exceptionnel échappe malheureusement de plus en plus à Monsieur tout le monde… La différence a toujours existé mais je pense qu'elle n'a jamais été aussi importante. 

Entendons nous bien : pour un simple amateur comme moi, tout est si simple! Je me fais plaisir parfois, et s'il je ne trouve rien d'intéressant ou si  la fin de mois s'annonce difficile, je n'achète rien. C'est aussi simple que ça! Pour un libraire, c'est tout autre chose: c'est son métier! Et dans ce monde où l'information circule si vite, cela doit être bien difficile de se faire une place au soleil!
12h15 : déjeuner au restaurant avec échange sympathique avec les bibliophiles du blog.
Deux réflexions qui me viennent à l'esprit: 
- c'est dur de partager nos coups de coeur entre bibliophiles, car les sujets de collection sont innombrables et tellement variés!
- que le bibliophile est cachotier :)

14h : je refais le tour complet , méthodiquement et je décortique chaque stand. Après deux bonnes heures à tourner et fureter, je reste définitivement sur ma première impression. Et je suis un peu déçu, je dois dire… un des plaisirs du bibliophile, c'est bien connu, c'est la traque, découvrir la pièce rare à un prix dérisoire! Alors quand on rentre bredouille… 

Le Salon, ça me fait fait penser à l'ouverture de la chasse : on lâche du gibier domestiqué qui est quasiment immobile, et il n'y a qu'à tirer! Et là en l'occurrence, il faut du très gros calibre : sans un chèque avec quadruple zéro à la fin, on a du maroquin d'élevage! (NDLR: très drôle, très vrai. Hugues).

Enfin, une réflexion toute personnelle : les mentions "très bel exemplaire" ou "rare édition" finissent par galvauder un peu les notices et par entretenir une certaine confusion chez l'amateur qui n'a pas eu la chance et/ou l'occasion de feuilleter des vrais beaux exemplaires. Le sujet n'est pas de comparer un maroquin de la bibliothèque Grolier et un Jules Verne en troisième tirage. Chacun collectionne selon ses affinités et ses moyens évidemment! 

En revanche, passé un peu l'euphorie des premiers moments de collection, il est intéressant d'avoir quand même certains repères...En cette fin d'après-midi, je relève la tête et je m'aperçois qu'il y a beaucoup de monde au Grand Palais! Et des personnes (en groupe avec des enfants notamment) que l'on apercevait pas forcément dans les éditions d'il y a dix ans… Certainement que ce genre de manifestation va susciter des vocations chez certains "curieux" venus se balader! Merci à tous pour le moment sympa et merci à Hugues d'avoir organisé le repas. Et bonne chasse à tous!

Wolfi

lundi 30 avril 2012

Le Salon du Livre Ancien du Grand Palais, vision I: les promenades de Lauverjat

Amis Bibliophiles bonjour,


Plutôt que de vous proposer l'habituel reportage au salon du Grand Palais, le Blog du Bibliophile va innover avec une mini-série de reportages consacrés à cet évènement, mais sous différents angles. En effet, comme il y a autant de bibliophilies que de bibliophiles, j'ai réalisé en en discutant avec quelques amis que chacun avait une façon très différente de le vivre, ce sont ces visions qui seront proposées cette semaine sur le blog. Wolfi, et son instinct de la chasse, Bernard, et sa description plus clinique, Lauverjat bibliophile plus éclectique, ma vision, et même pour finir celle d'une personne mystère, qui n'est pas allée au salon! 


Après ce tour d'horizon, je vous proposerai une enquête du Blog du Bibliophile, qui risque de faire beaucoup parler :). En attendant, laissons la parole à Lauverjat...

Une pierre blanche sur mon agenda marque le salon du Grand Palais. Aussi, jeudi dernier à 17 heures, soirée inaugurale, nous battions la semelle au bas des marches attendant l’ouverture des portes sous une petite pluie. Dès l’entrée l’impression est magnifique. Sous la haute verrière s’alignent les stands comme à la parade. Au centre sous le dôme s’épanouissent les vitrines des  librairies les plus précieuses, Tenschert, Günther, Coulet, Sourget, Vrain... Derrière et à gauche se pressent le plus grand nombre des exposants, les stands où il ne suffit pas d’admirer les vitrines mais où il faut, de plus,  méthodiquement inventorier les étagères. À peine un regard à l’aile droite consacrée au salon de l’estampe et nous allons saluer Eric qui talentueusement hisse sa jeune librairie dans la cour des grandes. 


Presque aussitôt surgissent les amis des blogs présents ce soir, Textor, Bernard, Bertrand et les autres. Mais la tâche nous attend, il faut voir des livres, si possible tous. Avec frénésie nous commençons une exploration minutieuse. J’ai presque honte d’ailleurs de franchir en deux pas négligents les stands qui présentent une bibliophilie qui n’est pas la mienne. La qualité est partout au rendez-vous. Il me semble que cette année, les livres neufs, ceux qu’on n’a pas déjà vus et revus ni sur les étagères, ni dans les ventes, ni sur les catalogues sont nombreux. Sans doute la raréfaction des salons et la singularité de l’événement favorisent-elles un choix nouveau chez les vendeurs. Au hasard des stands nous saluons et nous croisons des amis et des libraires et des amis libraires. 


D’aucun nous signale tel ou tel livre déjà repéré, tel ou tel achat fait ou à faire. L’ambiance du Grand Palais consiste aussi, libraire ou amateur,  à échanger sur les livres qu’on achète, ceux qu’on n’achètera pas , ceux qu’on envisage d’acheter et ceux qu’on aurait pu acheter... autrefois. Pour moi, dès mon entrée sur son stand, un sympathique libraire vient de me mettre en main un ouvrage important. Tourner et retourner la pièce, en parler et voici que ma visite a basculé. Je vais réfléchir, laisser le temps agir. Mais rien de plus difficile quand un livre vous obsède que de l’oublier pour se consacrer aux autres. (N’est ce pas Hugues?) Voilà il est 22 heures, je suis fourbu, la soirée se termine le Grand-palais ferme et je n’emporte rien, sinon deux ou trois catalogues et le sentiment de n’avoir rien vu.


Qu’importe, une fois encore grâce à Hugues,  samedi midi sonne l’heure du déjeuner des bibliophiles. Aimables retrouvailles. D’importantes discussions roulent sur les avantages du maroquin, la bassesse des brochés, le côté “ m’as tu vu” des demi-reliures, la fraîcheur des cartonnages, les prix du marché et autres sujets fondamentaux. 


Devant l’urgence de la situation, il n’est de si bonne compagnie qui se quitte. La plupart d’entre nous retourne sous la verrière concrétiser quelques rêves. Un des deux livres achetés fera l’objet d’un billet pour ce blog. Je m’abandonne pour finir à la contemplation des enluminures chez Günther , aux maroquins chez Coulet, aux curiosités chez Bouvier. J’admire l’enthousiasme de madame Sûn Evrard décrivant ses reliures chez Jammes, je regrette un livre chez Picard,  un autre chez Brunet, et d’autres encore. Les amis du blog se séparent, je n’ai pas même mis un pied dans l’aile droite. À l’année prochaine.

Lauverjat

samedi 21 avril 2012

Promenade de Bibliophile: “Miniatures flamandes, 1404-1482" à la BNF

Amis Bibliophiles bonjour,


La Bibliothèque nationale de France propose jusqu’au 10 juin une exposition intitulée “Miniatures flamandes, 1404-1482". Il s’agit après Bruxelles, du volet parisien, sur le site de “François-Mitterand”. 

Un peu moins de 90 livres sont exposés sortis des collections de la Bnf et de la Bibliothèque royale de Belgique mais aussi des Archives Départementales du Nord. Une vaste salle, segmentée par thèmes nous accueille. Commencer à  gauche par “la pratique des enlumineurs” avant de revenir à droite pour “les prémices”, puis passer au gros morceau de l’exposition au centre consacré à “la commande”, pour finir au fond par la “galerie d’artistes” m’a paru plus judicieux. En tous cas trois heures m’ont été nécessaires pour découvrir le siècle d’or de l’enluminure des pays-bas méridionaux (incluant donc en France, Flandres, Artois, Hainaut et Picardie) au temps des ducs de Bourgogne, Jean sans Peur, Philippe le Bon et Charles le Téméraire. 

miniatures fl 567 : David Aubert, Conquêtes et chroniques de Charlemagne,
Jean le Tavernier, enlumineur, vers 1458-1460 (BRB) 
La partie qui concerne la commande est probablement la plus exaltante pour le bibliophile. Les livres de l’époque, livres d’heures pour l’essentiel, étaient personnalisés pour le bibliophile actif en proportion de ses moyens et de son prestige. Les ducs de Bourgogne surpassaient allègrement la concurrence sur des titres bien plus originaux. Le mécénat des princes et de leurs cours produit des chefs-d’oeuvre. Un des intérêts de telles manifestations consiste à réunir par exemple le portrait peint (copie conservé au musée de Dijon) de Philippe Le Bon par Rogier Van der Weyden, du livre de Jacques de Guise, “Chroniques de Hainaut” enluminé par le même artiste où Philippe Le Bon en pied cette fois et entouré de ses conseillers, mais dans une même position, reçoit l’hommage de l’auteur. Autres rapprochements, ceux de l’inventaire de la librairie de Philippe le Bon (conservé aux AD du Nord) et des livres qui y sont décrits, le Valère Maxime (Bnf Fr 6185) ou les Conquêtes de Charlemagne (Bibliothèque royale de Belgique) accompagné du bon daté de 1460 pour payer l’enlumineur Jehan Tavernier. Avec un peu d’attention on peut ainsi  apprendre que la reliure de velours noir du premier a laissé la place à un veau ainsi que le cuir blanc du second. Côté reliure qui n’était bien sûr pas le sujet, une reliure ornée à froid sur ais de bois offre la particularité d’être signée sur la garde par jan Guillebert dit Jean Meese actif à Bruges en 1480.

miniatures fl 568 : Jacques de Guise, Chroniques de Hainaut,
Rogier Van der Weyden, 1446. (BRB)
Pour en revenir aux enluminures, il faut se laisser séduire par la beauté et le faste des livres présentés, les grisailles de Jean le Tavernier sur les “Conquêtes de Charlemagne”, le spectaculaire et coloré “grand armorial équestre de la toison d’or” (Arsenal), le foisonnement   de détails des scènes de batailles du manuscrit des “Chroniques de Froissart”réalisées pour Louis de Gruuthuse par Loyset Liedet (souvenez vous il illustrait nos livres d’histoire au collège), l’expressivité du massacre d’Orphée par les Ménades (Maître de Marguerite d’York) ou la représentation talentueuse et humoristique, BD avant l’heure, du roman “Gérard de Nevers”par le Maître de Wavrin.

En fin de visite, des pupitres permettent de feuilleter virtuellement quelques livres exceptionnels, et de voir un vidéogramme belge sur la fabrication et la conservation des manuscrits.

Une copieuse et luxueuse somme est publiée à cette occasion au prix de 49 euros. Voir aussi :

Lauverjat

vendredi 6 janvier 2012

Agenda du Bibliophile: Mille ans d'écriture dans l'Oise

Amis Bibliophiles bonjour,


Les Archives Départementales de l’Oise présentent jusqu’au 27 avril 2012 une exposition intitulée “1000 ans d’écriture dans l’Oise”.



Certes le bibliophile a peu d’occasions d’enrichir sa collection de pièces semblables à celles réunies à Beauvais dans un écrin soigné. 

Charte de 1255 en français
Raison de plus, pour contempler ces grandes chartres médiévales sur parchemin, impeccablement calligraphiées munies de leurs sceaux de cire. Notons que la plus ancienne date de 983 et provient de l’évêché de Senlis, et que cependant la dernière acquisition des archives de l’Oise à Drouot le 25 juin 2011 concerne une donation à l’abbaye de Chaâlis sur parchemin scellé datée de 1178. Si le parchemin ou la peau de porc ne vous convainquent  pas vous vous arrêterez probablement devant ces tablettes de cires autrefois assemblées en codex et qui de  1319 et 1320 analysent la comptabilité des dix années précédentes.

Fragment de bible XIIe siècle

Cartulaire enchainé de Senlis
Parmi les pièces qui attirent le plus mon attention de bibliophile le livre enchaîné de Senlis, cartulaire municipal du XIIIe siècle. Il ne faut pas manquer les coutumes de Beauvaisis de Philippe de Beaumanoir copie manuscrite du XVe, un étonnant terrier recouvert de peau de loup relié au XVe siècle, ou l’Épître d’Othéa de Christine de Pizan copie illustrée contemporaine de l’auteur. La pièce la plus précieuse est peut-être l’évangéliaire de Morienval (habituellement conservé à l’Hôtel de ville de Noyon) enluminé au IXe siècle et relié au siècle suivant sur ais de bois recouvert de basane et de corne et incluant des plaques d’ivoire sculptées. La pièce la plus curieuse sera un acte de vente de maison de 1526, sur un rouleau de morceaux de parchemin cousus, long de six mètres.


Reliure en peau de loup
Quelques enluminures, reliures, instruments d’écriture, papiers et peaux complètent l’exposition. À vous maintenant de parler vidimus, charte, cartulaire, bulles, onciale, caroline et précaroline, cursive, etc.

Lauverjat

Un livre accompagne l’exposition sans la retracer totalement : Scripturae, Trésors médiévaux des Archives de l’Oise, 15 euros.

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