« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier

"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

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dimanche 21 avril 2013

Les sociétés de bibliophiles I - La doyenne des sociétés de bibliophiles, la "Société des Bibliophiles François", avec une présentation des Commentaires de la Guerre Gallique.

Amis Bibliophiles bonjour,

Si certaines existent encore, formelles ou informelles, au grand jour ou pas, les sociétés de bibliophiles furent la grande affaire des XIXe et XXe siècles. Je vous propose de redécouvrir ces principales sociétés de bibliophiles à travers un cycle d'articles qui leur seront consacrés.


La Société des Bibliophiles François, fondée en 1820, est la doyenne de ces sociétés (on ne connaît qu'une seule société qui soit sa doyenne, le Roxburghe Club de Londres, mais nous aurons l'occasion d'y revenir). 

En 1819, en effet, MM. de Chateaugiron, de Pixerécourt, Walckenaër, de Malartic, Durand de Lançon, Bérard, Edouard de Chabrol et de More-Vindé, tous grands amateurs et possesseurs de bibliothèques, conçurent le projet de former une société dans le but de faire imprimer des ouvrages inédits, ou de réimprimer des ouvrages très rares, ce qui restera sa caractéristique principales et sa différence majeur avec les autres sociétés qui furent créées par la suite (et dont l'objectif fut souvent de publier des livres d'art, bien illustrés, tirés à petit nombre).

Cette société, fondée le 1er janvier 1820, prît le nom  de Société des Bibliophiles François.  Aux 8 membres fondateurs, cités ci-dessus, s'ajoutèrent bientôt 16 autres membres et 5 membres associés étrangers, portant l'effectif à 29 (la société atteindra un chiffre maximal de 35 membres).

C'est l'objectif recherché par la Société lui-même qui de facto, définira le recrutement des membres. En effet, la Société des Bibliophiles François n'intègre pas de bibliophiles amateurs de belles estampes, et désirant illustrer somptueusement, idéalement de façon annuelle, un chef-d'oeuvre de la littérature française, en accordant un soin particulier au choix du papier, des caractères, de l'illustrateur, de la composition et du tirage. 

La Société des Bibliophiles François est plutôt une réunion de savants, de gens du monde possesseurs de bibliothèques, d'archives de famille, susceptibles d'apporter à la Compagnie un manuscrit précieux encore inédit, de faire une trouvaille historique ou littéraire, telle des lettres de Louis XIII au Cardinal de Richelieu..., ou de proposer par exemple la réimpression de Roti-Cochon, ouvrage de 1689 destiné à enseigner la lecture aux enfants... ou encore les Commentaires de la Guerre gallique.

La Société des Bibliophiles François publia ainsi moins d'une cinquantaine d'ouvrages, qui sont tous aujourd'hui devenus rares et très recherchés des amateurs. On le voît, cette Société peut presque être considérée comme une académie privée des inscriptions et belles lettres, un salon. Les réunions se tenaient d'ailleurs dans le salon d'un des membres de la Société, ou chacun, comme dans une académie, retrouvait son "fauteuil", portant son numéro d'ordre d'admission.

Les jetons de présence et le papier à lettres de la Société des Bibliophiles François s'ornent de l'effigie de Jacques Auguste de Thou, "patron de la compagnie", qui incarne parfaitement l'objectif historique que s'était donné la Société. 


On y retrouvera bien sûr la noblesse (le Comte de la Bédoyère, le baron Pichon, le duc d'Aumale, le prince de Metternich), l'armée et des bourgeois (Ambroise Firmin-Didot, Jules Janin, etc.) et même, c'est à souligner... quelques femmes ainsi la marquise de l'Aigle, la comtesse de Galard, la duchesse de Broglie, la duchesse de Clermont-Tonnerre, la duchesse de Bisaccia.

Ces membres se réunissaient tous les 15 jours de décembre ou janvier à mai ou juin. Un banquet annuel réunissait les membres de la Société. Le plus célèbre d'entre eux, fut celui organisé par Prosper Mérimée au cours duquel furent servis successivement un potage, un turbot, de la selle de mouton, un poulet à la marengo, une timbale à la portugaise et sorbets... pour terminer le premier service, avant de reprendre avec des poulardes truffées, une terrine de Nontron, des asperges en branches, des écrevisses, puis enfin les entremets et les gâteaux; laissant Mérimée sur sa faim puisqu'il se plaignît de ne pas avoir pu se procurer des "huîtres de Marennes ou d'Ostende".

S'il était naturellement accepté que les membres vendent des ouvrages (soit de façon organisée via des ventes aux enchères, soit de façon occasionnelle), aucune personne faisant commerce de livres ne pouvait y être admise. 

Le baron Jérôme Pichon
Cette Société se caractérise également par son absence de président à l'origine, les membres fondateurs dirigeant à tour de rôle les débats et occupant le fauteuil "présidentiel". C'est un président, néanmoins, qui lui donnera un essor notable et permettra de multiplier les publications: le baron Pichon, qui la présida de 1844 à 1894 (réélu chaque année), et accueillit les réunions chez lui, dans son appartement de la Rue Blanche, puis dans son hôtel de Lauzun, quai d'Anjou.

A partir de cette seconde moitié du XIXe, le bureau de la Société des Bibliophiles François se composait du président, d'un secrétaire et d'un trésorier. La Société imposait à ses membres des cotisations annuelles de 200 francs, doublées d'un droit d'entrée de 800 francs. Ce sont ces cotisations qui permettaient de financer les frais d'impressions des ouvrages, qui furent soit imprimés uniquement pour les membres, soit tirés à un nombre d'exemplaires plus importants, et proposés aux amateurs qui non membres par le libraire de la Société, M. Francisque Lefrançois (cette vente annexe permettant d'équilibrer le financement d'un ouvrage).

La Société, si elle ne se focalisa qu'à quelques occasions sur l'illustration, apporte un grand soin à ses ouvrages, allant même jusqu'à acquérir des caractères anciens (par exemple ceux gravés en 1730 par Fleischmann pour les Westein, utilisés à la composition de l'Heptaméron de Marguerite de Navarre en 1853-1854).

La Société des Bibliophiles François occupe donc une place bien à elle dans les sociétés de bibliophiles françaises: académie privée à la dimension historique plus que littéraire, nombre de sièges extrêmement réduit, présence significative de femmes, publications curieuses, livres rares et d'érudition, plutôt que fuite en avant dans la recherche du "beau livre". 

Focus: 
Les Commentaires de la Guerre Gallique (1894), orné de 24 portraits, 61 miniatures et 3 cartes, tiré à 31 exemplaires, 29 pour les membres de la Société, un pour la Bibliothèque Nationale et un pour le British Museum.


Les Commentaires de la Guerre Gallique est l'un des ouvrages les plus remarquables publiés par la Société des Bibliophiles François. Il illustre parfaitement la mission que s'était donnée la Société. J'ai le plaisir de vous présenter cet ouvrage, dont je possède un exemplaire (exemplaire Prince de Metternich, reliure de Carayon).


Au lendemain de Marignan, le Roi François 1er se souvint que quinze siècles auparavant un grand capitaine avait vaincu les Suisses et raconté sa campagne dans un livre immortel. Le Roi voulut le lire et commanda qu’on lui mît en bon français le récit de ce prédécesseur.

La Société des Bibliophiles François, sous l’inspiration d’un Prince issu du même sang glorieux que le Roi François 1er, le duc d'Aumale, décida de reproduire ces trois volumes, et ils furent réimprimés pour ses vingt-neuf membres.

Le destin de cet ouvrage fût cahotique... On suppose ainsi qu'il fut sorti du trésor royal au temps de la Ligue, soit par le pillage du cabinet du roi Henri III dont les dépouilles furent vendues à l’encan devant l’Hôtel de ville, soit par les vols commis dans la bibliothèque du Roi, transportée de Fontainebleau à Paris sous le règne de Charles IX.

Jean Gosselin qui était à cette époque garde de la bibliothèque, dans une note écrite au verso de la reliure d’un manuscrit intitulé La Marguerite des vertus et des vices, accuse le président de Nully « de s’être saisi de la bibliothèque Roi environ la fin du mois de septembre, ayant fait rompre la muraille pour entrer en ladite librairie, laquelle il a possédée jusqu’environ la fin du mois de mars de l’an 1594… Durant le temps susdit ont été emportés de la dicte librairie plusieurs livres dont le commissaire Chenault fit enquête après que le dict Président eut rendu cette librairie ». A la suite et dans une seconde note, Jean Gosselin signale les tentaives faites par le célèbre ligueur Rose, évêque de Senlis, familier ami du Président susdit, et d’autres ligueurs de moindre importance « pour posséder la dicte librairie. Mais feu de bonne mémoire le président Brisson, à ma requête et sollicitation, a empêché leur intention».

Ce certificat délivré au président Barnabé Brisson est en contradiction avec un passage des lettres de Scaliger qui l’accuse d’avoir transporté à son hôtel beaucoup de livres et de manuscrits de la librairie du Roi qu’après sa mort sa veuve avare vendit pour un morceau de pain (vidua avara frustro panis, si ita loqui fas est, dividendi).

Dispersés par les événements, les trois volumes des Commentaires de Guerre Gallique sont restés séparés. Et ils le sont toujours.

Le tome premier reparaît peu de temps après dans la bibliothèque de Christophe Justel, conseille et secrétaire du Roi, ainsi que l’apprend une note écrite au recto du premier feuillet (bibliothecae Christofori Justelli)… Quelque temps avant la révocation de l’édit de Nantes, Justel passa en Angleterre avec sa bibliothèque. Il devint bibliothécaire du Roi d’Angleterre et mourut en 1698. Après lui ce premier tome passa dans la bibliothèque de lord Harley et entra avec la collection Harléienne au British Museum.

Le deuxième volume est arrivé aux mains de M. Van Praet d’une source inconnue. Il a été acheté par lui pour le compte des frères de Bure, les grands libraires, qui l’ont légué à la Bibliothèque Nationale où il est entré en 1852.

Le troisième était la propriété d’un Tourangeau, qui après l’avoir gardé quarante ans dans son armoire, le donna au colonel Lacombe sans dire d’où il était venu (...). Il fut acheté par le libraire Téchener, qui l’a revendu en 1854 à Mgr le duc d’Aumale. Il est maintenant un des joyaux de la bibliothèque de Chantilly.

Grâce à la Société des Bibliophiles François, les trois livres furent rassemblés le temps de réimprimer l'ouvrage. 

L’œuvre consiste en un dialogue entre François 1er et César. La première apparition du romain au roi de France est supposée avoir eu lieu « le dernier jour d’Avril, ung moys après la nativité de son second fils en son parc de Saint-Germain-en-Laye ». S’ensuivent plusieurs apparitions dans des forêts ou des parcs.




Au-delà des qualités de l’impression, c’est la beauté de l’illustration qui frappe le lecteur : les miniatures sont magnifiques, admirablement réhaussées par les miniaturistes Benard et Guerrier, et le style de Godefroy est superbe, qui mélange les costumes romains, comme on les comprenait à la Renaissance, et les costumes italiens des premières années du XVie siècle.

Laissons la parole à Janin dans l'Almanach du bibliophile pour l'année 1898, pages 131-132.
« Terminons enfin cet exposé critique des livres de l'année, sur le dernier volume des Commentaires de la Guerre Gallique, réédités aux frais de la Société des Bibliophiles François. Les Commentaires de la Guerre Gallique ne sont point un livre, mais un manuscrit, en trois tomes, que les Bibliophiles françois ont reproduit en fac-simile, pendant le cours des années 1895, 1896 et 1897.

Mais c'est, à coup sûr, une curiosité de bibliothèque, et plus encore une œuvre de grand art, par le soin minutieux qui a été apporté à la reconstitution exacte de l'original. Les nombreuses et superbes miniatures que fit Godefroy le Hollandais pour illustrer la traduction libre de Albert Pighe, de Campen, en Hollande, mathématicien ami d'Erasme, à qui François 1er avait confié le texte, — première traduction française de l'ouvrage de Jules César, — ont été rendues avec la fidélité scrupuleuse que permettent aujourd'hui les procédés photographiques mis en œuvre avec habileté, et corrigés par un artiste. Le texte, manuscrit dans l'original, est imprimé, dans la reproduction, avec un corps antique de noble aspect. L'ouvrage ainsi transposé a un caractère de réelle grandeur, et mérite les éloges les plus absolus.


Les manuscrits sont, l'un au British muséum, l'autre à la Bibliothèque Nationale, le troisième à Chantilly ; la réédition n'a été faite qu'à 31 exemplaires, dont deux seulement ont été déposés dans les collections publiques, du British, à Londres, et de la Nationale, à Paris. C'est certainement l'ouvrage le plus rare de cette année 1897, qui, en fin de compte, n'aura pas été l'année de la Comète du livre. »

Cet ouvrage est typique de l'oeuvre de la doyenne des sociétés de bibliophiles françaises, la Société des Bibliophiles François. 

H

Dictionnaire Encyclopédique du Livre
Histoire des Sociétés de Bibliophiles, Raymond Hesse

dimanche 3 mars 2013

Miscellanées bibliophiles de Monsieur H. : nouvelle maquette pour le blog, nouvel outil à venir, belle exposition à visiter absolument!

Amis Bibliophiles bonjour,

Comme vous pouvez le constater, le blog a changé de présentation. C'est en fait un simple clic malencontreux qui est à l'origine du changement et qui a nécessité quelques petites heures de travail sur cette nouvelle maquette. Est-ce satisfaisant? Je ne sais pas. En fait, je ne suis qu'à moitié satisfait, si vous avez des idées, n'hésitez pas à m'en faire part.

Le blog avait démarré en noir, si je me souviens bien, puis était longtemps resté en marron/beige avant que l'avalanche de nouveaux blogs dans ces couleurs ne me donne envie de changer d'apparence. C'est toujours délicat, et au bout de quelques heures de travail, difficile d'être encore objectif. Le changement a ses vertus, n'est-ce-pas?


Il m'a par exemple conduit à renouveler la rubrique des liens, et à remettre un peu d'ordre dans les rubriques de manière générale. Avis? 

Ce qui est cocasse, c'est que cet incident s'est produit le 3 mars, le jour de l'anniversaire du blog, qui fête aujourd'hui ses 6 ans, ses quasi 1500 articles, ses 11 500 commentaires, ses presque 8000 images, un peu plus de 1,5 million de pages vues, à une cadence qui se situe entre 50 000 et 60 000 pages vues par mois actuellement.

Pour fêter ses six ans, le Blog va d'ailleurs offrir dans les jours qui viennent un nouvel outil (sur un autre site) à ses lecteurs, que vous êtes déjà quelques uns à découvrir en version test. Je pense qu'il devrait être prêt d'ici une semaine, étant encore relativement instable techniquement. Ce site sera gratuit, et devrait changer quelques habitudes. Il n'est pas consacré à la bibliophilie, c'est un outil qui, espérons-le, devrait permettre à chacun de modifier sa façon d'acheter ou de chiner.

Revenez régulièrement cette semaine pour vous tenir informés de sa mise en ligne, ou inscrivez-vous ici, dans la colonne de droite (soit en devenant membre), soit en saisissant votre email dans le cartouche en dessous de la rubrique facebook) pour recevoir automatiquement les mises à jour du site.

Pendant ce temps là, notre ami Pierre Brillard (http://livresanciens-tarascon.blogspot.fr) met une touche finale à l'organisation de l'exposition proposé avec Bernard Avella autour de Louis Jou. Cette exposition se tiendra du 7 au 16 mars à la librairie Liber à Marseille.

Si vous êtes dans les environs, il faut absolument y aller, Louis Jou (1881-1968) est une vraie personnalité du monde du livre et ses ouvrages en laissent jamais indifférents!

H

mardi 26 février 2013

Miscellanées bibliophiles de Monsieur H.: agapes, zombies du Pérou, Nodier qui perd la boule et bientôt... un nouveau site

Amis Bibliophiles bonsoir,

Il est toujours amusant de dîner avec un ami bibliophile. On devise, mais j'y reviendrai, on découvre des ouvrages inconnus, des auteurs inconnus même, on découvre de ces petites histoires qui secouent le petit monde du livre et de la bibliophilie. On parle libraires, on parle ventes aux enchères, on épluche un ou deux catalogues, on se marre en regardant les estimations des "experts", on découvre même qu'on était les deux derniers enchérisseurs à monter l'un contre l'autre lors de la dernière vente sur un délicat petit manuscrit bien relié.  Quand on est pas l'acheteur, on se console en se disant que le volume va terminer dans la bibliothèque d'un ami. 

Nous avons parlé ex-libris aussi. Il en a un, je n'en ai pas... la question reste en suspens, je m'interroge, parfois c'est oui, parfois c'est non, parfois c'est trop tôt. Et puis je ne saurais pas quoi mettre sur cet ex-libris, et puis je les trouve souvent totalement affreux. Bon, en même temps je n'ai pas de fils... Le complexe d'Erostrate du bibliophile, l'ex-libris. 

Bref, il faut dîner ou déjeuner avec des amis bibliophiles, la discussion est désintéressée, on apprend beaucoup, on finit par se poser des questions. Ca devrait être obligatoire, ou remboursé par Alde. 

Les zombies sont à la mode. C'est la "faute à" Nodier. Connaissez-vous le Zombi du grand Pérou, belle anecdote de la bibliophilie du XIXe? C'est à un petit poète satyrique et aventurier normand, Pierre Corneille Blessebois, que l'on doit ce roman exotique, paru anonynement, où l'on croise des fantômes et des amours adultères sous les tropiques. C'est Nodier qui le redécouvrit au XIXe et s'enthousiasme pour le texte, soutenant qu'il avait été imprimé aux Antilles, avant que les bibliographes ne lui donnent tort et rendent aux imprimeurs de Rouen ce qui leur appartient.


Nodier s'enflamma pour le titre, il écrit ainsi dans le catalogue Pixerécourt:

"Blessebois (Pierre Corneille) - Le Zombi du  grand Pérou, ou la Comtesse de Cocagne. Sans nom de lieu, 1697, petit in-12.
Le Zombi du grand Pérou a excité, entre M. Brunet et moi, une de ces polémiques courtoises où les combattants n'ont rien à risquer. Je cédai les honneurs du champ de bataille à mon savant adversaire, et j'eus tort, car j'ai acquis depuis la conviction des deux points principaux de mon hypothèse, savoir : 
1° que le Zombi a été imprimé aux Antilles, en 1697 ; 
2° que le Zombi est de Corneille Blessebois, ou de l’aventurier qui avait pris ce nom, et qui s'y faisait appeler M. de Corneille. C'est ce que j’établirai d'une manière invincible quand je n'aurai rien de mieux à faire, et M. Brunet est parfaitement d'accord avec moi sur le peu d'importance de la question. - Quant au prix que la fantaisie peut attacher à ce volume, sous le rapport de la rareté, M. Brunet sait bien qu’il n’y a rien de plus arbitraire, surtout pour les livres de caprice. 

Il estime lui-même 500 F la Galcomyomachia d'Alde, qui vaut aujourd'hui davantage, et qui s’est vendue six francs chez Maittaire, à une époque où la réputation de ces éditions grecques n'était pas nouvelle. 

Qu'est-ce donc du Zombi, qui n'est qu'un libelle obscène, comme la plupart des autres ouvrages de l’auteur ? Il est vrai que le Zombi se trouve mentionné dans trois catalogues sur mille ; en y joignant mon catalogue, et en dernier lieu celui de M. de Pixerécourt, cela fera cinq catalogues qui ne constatent réellement que deux exemplaires. Est-ce là un argument contre sa rareté ? La Vergine Venetiana, de Postel, est portée dans sept catalogues, et c’est peut-être le livre le plus rare du monde. Je n'ai jamais vu que deux exemplaires du Zombi, et j’en connais au moins huit des Œuvres satyriques de Blessebois.

Certains (Dumas de mémoire?) supposèrent même que Nodier avait organisé la rareté de l'ouvrage. Jolie petite histoire en tout cas que j'ai croisée récemment dans un ouvrage sur la bibliophilie. 

Anniversaire: le blog aura 6 ans dans quelques jours, 1460 messages et 11 500 commentaires! Je devrais essayer de trouver le temps de changer quelques petites choses au niveau du look, réviser les liens (oui Jean-Paul, je suis dessus), mais je vais surtout essayer de vous présenter une nouveauté assez importante dans quelques jours, une sorte de nouveau site, un outil sous forme de site plus exactement qui aidera ce qui le veulent. C'est un nouvel outil/site, qui ne ressemble en rien à ce qui existe, pas un énième blog. Il est actuellement en train d'être finalisé... A suivre donc.

H







Anniversaire

jeudi 14 février 2013

Lettre d'un candidat ou l'entrée à Bibliopolis, ou l'histoire de la bibliophilie en une centaine de vers par A. Girard.

Amis Bibliophiles bonjour,


Comment écrire l'histoire de la bibliophilie en une centaine de vers? Voici la lettre d'entrée d'un candidat à l'entrée à Bibliopolis, celle d'A. Girard. J'ai réalisé que ce texte n'était pas disponible sur internet, le voici.




Lettre d'un candidat ou l'entrée à Bibliopolis

L'aurore bien des fois a de ses doigts rosés
Rouvert ses portes d'or dans les cieux embrasés,
Depuis que je languis, moi, devant cette porte,
Porte de bronze, aux clous de fer, épaisse et forte.

Là, demeure un mortel très expert, dont les mains
Voluptueusement palpent les parchemins.
Son nom est Pailletos.
                                      Il règne dans l'enceinte
De Bibliopolis et garde l'arche sainte.
Le Maître a près de lui des compagnons choisis.
Moi, qui depuis des mois et mois veille ici,
J'attends que mes accents l'émeuvent, qu'il découvre
Mon mérite, m'accueille à ses côtés, et m'ouvre
La porte de son temple aux profanes fermé!
Que faire?
                 J'ai - l'esprit de désirs consumé - 
Consulté l'autre jour la sybille delphique;
Et la sybille, dans un accès horrifique,
M'a répondu par cet oracle souverain:
"La clef d'or ouvrira cette porte d'airain."
Mon esprit flotte, esquif en proie au dur tangage;
"La clef d'or?..."
                      Si c'était la clef d'or du langage!

INVOCATION

O muse au beau front lauré,
Qui charmes le bois sacré
De l'Hélicon, et qui joues
Du luth d'or divinement,
Au point qu'un trouble charmant 
Pâlit et rougit les joues
De qui t'écoute un moment;

O Muse, accours, viens à moi,
Fais plus touchant ton émoi,
Et prête-moi l'harmonie
Qui pénètre dans les coeurs,
Et fait taire les moqueurs;
Oui, prête-moi ton génie
Pour que j'entre ici vainqueur.



LA MUSE

Me voici. Je descends du sublime empyrée
Et veux bien te prêter cette lyre dorée
             Qui charme les lions
Et construit les remparts de la ville rêver,
             Et dont se sert Orphée,
             Et dont use Amphion.

Mortel épris des vieux vélins et des des grimoires,
Où des temps disparus revivent les mémoires,
             Chante, on t'accueillera.
Chant, et, ravi des sons que la muse t'inspire
             Non sans un doux sourire,
             Pailletos t'ouvrira.

Chante les noms aimés des artistes du Livre,
In-quarto, manuscrits aux lourds fermoirs de cuivre,
              Cuirs roux gaufrés de lis,
Missels jadis gravés avec un art suprême,
              Chante la gloire même
              De Bibliopolis.

GIRARDOS

Eh bien! je chanterai, puisque l'on m'y convie,
Ceux-là qui, confiant aux signes leur esprit,
Firent le Livre, doux passe-temps de la vie
Où pour l'éternité brille le Verbe écrit.

Moines au front rasé, penchés dans vos cellules
Sur le parchemin blanc, ô bons bénédictins,
Je vous vois composant de nobles majuscules,
Avec la plume d'oie, aux horaires latins.

La lettrine en couleurs est compliquée et large;
Dessinée au trait rouge, elle éclate dans l'or
Et semble, débordant, superbe, sur la marge
Une fleur oubliée et toute fraîche encor.

Et voici Jean Fouquet, oeuvrant le livre d'Heures
Du contrôleur royal Etienne Chevalier,
Peignant Agnès Sorel qu'un léger voile effleure,
Charles VII et René, piétons et cavaliers.

Puis, voici Bourdichon pour Anne de Bretagne,
Figurant tour à tour de son subtil pinceau
La fleur, le fruit qui sur le rameau l'accompagne,
Et Jésus et les saints, et l'insecte et l'oiseau.

Memling, Van Eyck, d'un trait sûr, d'une touche vive
Immortalisent l'art flamand sur le vélin.
Puis des Italiens la Renaissance arrive
Et de l'enluminure apporte le déclin.

L'on taille dans le bois de menus caractères,
On les presse, enduits d'encre, à plat sur le papier,
C'est la xylographie. Enfin, sortant de terre,
L'Imprimerie avec Gutenberg va briller.

Pour envahir le monde, elle est née à Mayence.
Wolgemuth, Schongauer, vieux maîtres allemand,
Albert Dürer, au fin buron plein de vaillance,
Par elle ont reproduit leurs caprices charmants.

Venise à ce moment rayonne sur le monde,
Manuce fait régner son ancre et son Dauphin.
Après Vostre et Vérard, chez nous le livre abonde;
Dans Paris est Estienne et dans Anvers Plantin.

Au gothique pointu succède l'italique,
Les Elzevier à Leyde impriment Cicéron,
Cependant que Callot, au crayon satirique,
Précède Abraham Bosse au trait moelleux et rond.

La Régence caresse un livre maniable,
Où la vignette est due au délicat Watteau;
Cochin le fils y montre un talent agréable,
Boucher sait y graver des nymphes sans manteau.

Eisen ajoute encore aux vers de La Fontaine,
Moreau le jeune illustre et Molière et Rousseau,
Donne entre tous au livre une gloire certaine,
Et d'un siècle galant y met l'éternel sceau.

Dirai-je les Didot? La gloire du Racine?
Deveria gravant des fronts mystérieux!
Borel et les sujets macabres qu'il dessine,
Et Prudon révélant Chloé nue à nos yeux;

Meissonier façonnant des clichés impeccables,
Et Traviès et Daumier amusant le Journal,
Gavarni, caricaturiste infatigable,
Et Granville voyant l'homme dans l'animal;

Et Doré, ce Michel-Ange de la vignette,
Et l'éditeur Curmer? Et ceux-là, moins connus,
Dont le nom se déchiffre aux pages qu'on feuillette,
Dont les talents divers jusqu'à nous sont venus?

Non, je me dois encore aux belles reliures:
Soit que l'ivoire y soit patiemment taillé,
Ou que la perle y brille au milieu des dorures
Et de la riche étoffe et du cuir travaillé.

Voici les coins ferrés des évangéliaires
Vêtus de soie ou de velours ou de damas;
Les psautiers de drap d'or, livres nobiliaires
De diverse épaisseur et de divers formats.

Grolier avec amour couvre le dos des livres
De rinceaux somptueux; il décore les plats
De fleurons azurés. Le Gascon va le suivre
Et combine à son tour d'élégants entrelacs.

Et nos contemporains, quelle illustre phalange!
Trautz, Padeloup, Cuzin et Marius Michel,
Et Derome... Chacun dans mes rythmes se range,
Gruel, Lortic... Chacun répond à mon appel.

Beraldi plein d'humour, Brunet, Brivois, Uzanne
Chevauchant la chimère en vol vers l'idéal.
Leloir peignant Manon, suave courtisane,
Grasset campant les fils Aymon sur leur cheval.

Avril, Delors, Rudaux, pleins de charme et de grâce.
Rochegrosse les yeux éblouis d'Orient;
Adam, Merson fixant le passé qu'il embrasse,
Et Flammeng, et Toudouze, et Beaumont, et Le Blant.

L'inimitable Rops peint la femme charnelle,
La prêtresse d'Eros. Le crayon de  Forain
Apporte à la satire une forme nouvelle;
Vidal voit d'un autre oeil l'amour contemporain.

Bons graveurs, imprégnant vos cuivres de votre âme,
Boisson, Bida, Boilvin, Champollion, Jacquet,
Gaujean, Lalauze, tous, la gloire vous réclame.
Puis vous dont la vitrine a des trésors, Conquet,

Aimable et souriant, Ferroud, homme olympique;
Boussos, que les badaus lorgnent au boulevard;
Jouaust trop abondant, Mame l'évangélique,
Et trop vite partis!... Vous Launette et Testard!!!

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Et Girardos ému devant la maison close
De Pailletos chantait. Et le nuage rose,
Et l'arbre vert debout sur le chemin, l'oiseau
Qui s'enfuit, et le vent qui courbe le roseau,
Le nid qui chante et l'eau des ruisseaux qui murmurent,
Tout l'écoutait.

                         Alors les huis de fer s'émurent,
Et l'on vit comme un père au-devant de son fils
Apparaître le Chef de Bibliopolis.



Albert Girard.


Les images sont tirées de l'exemplaire n°73 de l'édition originale et unique, imprimée pour Girard en 1896 par Chamerot et Renouard, avec les compositions de Paul Avril. Exemplaire de De Claye, relié par Carayon, avec envoi de l'auteur.




dimanche 10 février 2013

Miscellanées Bibliophiles de Monsieur H.: la BNF numéri-privatise 70 000 livres anciens, Camille Aboussouan nous a quittés, le Magazine du Bibliophile devient trimestriel?

Amis Bibliophiles bonjour,

La Bibliothèque Nationale accusée de privatiser le domaine public.


Un récent communiqué commun du ministère de la Culture, du commissariat général à l'investissement et de la BNF nous apprend qu'un nouveau partenariat a été conclu pour la numérisation et la diffusion des collections de la Bibliothèque nationale de France (BNF) avec la société ProQuest, éditeur de bases de recherches historiques et culturelles, couvrant les livres anciens et les fonds musicaux. Cet accord la numérisation de 70.000 livres anciens français datant de 1470 à 1700.

Le projet concerne tous les exemplaires des incunables imprimés avant 1500 et un exemplaire par édition pour les imprimés des XVIe et XVIIe siècle. Cet accord s'inscrit dans le programme européen «Early European Books», auquel participent quatre grandes bibliothèques européennes, et dont l'objectif est la création d'une bibliothèque numérique virtuelle rassemblant les principaux ouvrages parus avant 1700.

Une sélection de 3.500 ouvrages, choisis par la BNF, sera en libre accès immédiat sur sa bibliothèque numérique Gallica (...A condition de savoir bien chercher... NDLR). Puis, progressivement, à mesure de la numérisation, les autres ouvrages seront accessibles à tous les lecteurs de la BNF pendant dix ans avant d'être mis en libre accès à leur tour sur Gallica. L'accord prévoit aussi l'exploitation  commerciale exclusive pour 10 ans des oeuvres par Proquest. Un accord qui suscite de nombreuses et vives réactions.

Ainsi l'Association des Bibliothécaires de France (ABF) pose la question des conditions d'accès aux contenus numérisés, demande la publication des accords et "la suppression de toute clause réduisant la communication des oeuvres concernées à une prestation marchande".  

On peut en effet se demander ce que Proquest va faire de ces droits exclusifs? Les commercialiser?  Pour certains, tel Philippe Aigrain, dirigeant de Sopinspace (Société pour les espaces publics d'information), c'est un exemple d'expropriation et de privatisation du domaine public. Si l'accès gratuit au contenu demeure possible sur le site même de la BnF, il sera cependant payant pour la plupart des institutions culturelles françaises et étrangères, comme pour les particuliers qui ne pourraient se déplacer à la BnF. Ce qui n'est pas conforme à la recommandation du Comité des Sages de l'Union européenne souhaitant que les oeuvres du domaine public ayant fait l'objet d'une numérisation dans le cadre d'un partenariat public-privé soient accessibles gratuitement dans tous les Etats membres de l'Union européenne. 


Pour Bruno Racine, président de la BnF, la numérisation des 70 000 livres anciens sans partenariat aurait pris 25 ans. Il ajoute que les deux tiers du coût de la numérisation des livres seront assumés par ProQuest, et qu'il est par conséquent "logique qu'en contrepartie, et pendant une période donnée, ils puissent rentrer dans leurs frais". Je ne sais que penser... surtout quand Google numérise à tour de bras et met les documents numérisés (comme ceux de la bibliothèque de Lyon) à la disposition du public. 

Doit-on attendre impatiemment que Google rachète la BNF? :)


Camille Aboussouan (né le 30 août 1919 à Beyrouth, décédé le 15 janvier 2013 à Paris), n'est plus. Il est décédé à Paris à l'âge de 93 ans. Triste nouvelle pour les bibliophiles. Comment ne pas connaître le bibliophile très averti (il a possédé jusqu'à 12 000 volumes dont des livres précieux du XVe au XIXe siècle) et le grand mécène. On continuera de croiser avec plaisir son ex-libris dans les ventes.

Triste nouvelle - mais attendue -, le nouveau numéro du Magazine du Bibliophile sortira "pour la Saint Valentin"... Il est donc devenu.. trimestriel ou presque, aussi officieusement que discrètement. Si vous êtes abonné et que vous n'êtes pas sur facebook, et bien, vous n'avez qu'à attendre. 
Sur la page facebook du MdB
On gage que les abonnés auront droit à un numéro triple en termes de pagination, ou à une remise. 


H


dimanche 3 février 2013

Miscellanées bibliophiles de Monsieur H.: combien pour un Redouté incomplet, les Luynes aux enchères, le Grand Palais s'affiche

Amis Bibliophiles bonjour,

Selon Dominique Laucournet, expert de la vente, « la dispersion d'une telle bibliothèque sera un événement dans le monde des amateurs de livres anciens et de bibliophilie » et d’ajouter « Une telle bibliothèque ne s’est pas présentée sur le marché depuis la vente de la bibliothèque du château de La Roche-Guyon, succession de Gilbert de La Rochefoucauld, organisée par Sothebys en 1987 ».

La bibliothèque des Ducs de Luynes, au château de Dampierre.
Crédits photo : WestImage - Art Digital Studio/Sotheby's
Cette vente est celle de l’incroyable bibliothèque des ducs de Luynes, sise au chateau de Dampierre. Elle sera mise en vente en deux parties chez Sotheby’s à Paris. La première partie se tiendra les 29 et 30 avril, elle devrait proposer 1500 à 2000 volumes réunis en 500 à 1000 lots selon les sources. Elle sera consacrée aux ouvrages couvrant la période de Louis XIII à la Révolution. La seconde partie de la vente se tiendra en automne.

Défileront sous le marteau « l’album unique des Fêtes données à Paris à l’occasion du mariage du Dauphin, fils du Roi Louis XV avec l’infante d’Espagne, en 1745, orné de 19 aquarelles originales présentées dans un livre-coffret relié en maroquin aux grandes armes Luynes (estimation entre 200.000 et 300.000 euros). » ou « le recueil d’Androuet du Cerceau sur les « Excellents Bastiments de France, 1576-1607″, avec les planches représentant le premier château de Dampierre (Yvelines) ».

Honoré Théodoric d'Albert de Luynes
Cette vente est destinée à financer les travaux de restauration du château de Dampierre, où se trouve la bibliothèque des ducs de Luynes.  Les propriétaires actuels espèrent récolter de 2 à 3 millions d’euros.

Contrairement à beaucoup de commentaires lus ici ou là, je ne parviens pas à réellement me désoler de cette nouvelle.  Il est bon que les livres tournent, et gageons que l’Etat ou de grandes institutions patrimoniales préempteront quelques ouvrages. J'y serai, et ce d'autant plus que le salon du Grand Palais se tiendra du 26 au 28 avril. Timing parfait donc, on imagine que Sotheby's y a également pensé.

Le salon du Grand Palais donc (http://www.salondulivreancienparis.fr), qui aura cette année comme invité d'honneur la bibliothèque du Museum national d'Histoire naturelle. Grand moment également, on peut d'ailleurs se demander si les amateurs seront prêts à faire des folies, quelques jours à peine avant la vente Luynes. Je pense que cela aura forcément des conséquences sur mes acquisitions potentielles. En passant, j'ai été surpris en découvrant l'affiche du salon, une nouvelle fois fort peu figurative. 


C'est toujours un choix qui m'étonne quand on connaît l'attrait visuel des livres anciens auprès des amateurs, mais aussi des promeneurs, qui sont souvent nombreux au Grand Palais.

Combien vaut un "Choix des plus belles fleurs" de Redouté? Environ 60 000 euros si l'on croit le libraire américain Arader... ou 6 000 euros sur ebay comme c'est le cas actuellement:


... mais avec 6 planches en moins. Le vendeur affiche en effet 138 planches au lieu des 144 habituelles.  6000 euros contre 60000 euros... 6 planches. Equation délicate à résoudre, mais qui semble attirer de nombreux acheteurs. Vous connaissez mon opinion sur les incomplets, mais dans ce cas, que vaut-il mieux pour un amateur rêvant de cet ouvrage et n'ayant pas 60000 euros? Payer celui-ci quelques milliers d'euros et s'en contenter?

Ou verrons-nous, plus vraisemblablement, cette vente se terminer au profit d'un libraire qui saura trouver les planches manquantes, les insérer et signaler cet ajout?

Nul doute que cela vaut la peine d'être suivi et de mettre quelques "marqueurs" sur l'ouvrage, en attendant de le voir réapparaître.

Mais vous, amis lecteurs, quelle valeur donneriez-vous à ces 6 planches manquantes?

H

dimanche 27 janvier 2013

Les grands livres de la bibliophilie: La Topographia Galliae de Merian

Amis Bibliophiles bonsoir,


Gaspard (ou Kaspar) Merian était à la fois le fils et l’élève du graveur Matthias Merian. À la mort de son père en 1650, il prit sa suite à la tête de sa maison d’édition à Francfort sur le Main. Ce faisant Gaspard Merian héritait également de la Topographia Germaniae, atlas topographique des provinces de  langue allemande, gravé par son père pour les planches et dont les textes étaient dus à Martin Zeiller. Les premiers volumes étaient parus en 1642. Gaspard allait poursuivre cette publication et l’enrichir progressivement de la topographie de la France, de l’Italie, des Pays-Bas, de la Suisse.


De 1655 à 1661, Gaspard Merian édite en allemand et en caractères gothiques, les 13 parties de la Topographia Galliae. Le “Merian” comme on le nomme parfois en France est un célèbre recueil in-4° de gravures illustrant la France du XVIIe siècle. Le titre de l’ouvrage dans son édition originale allemande “Topographia Galliae, oder Beschreibung und Contrafaitung der vornehmsten, unnd bekantisten Oerter, in dem mächtigen und grossen Kônigreich Franckreich.” peut se traduire par Topographie de la France ou description et (visage?) des lieux les plus connus du grand et puissant royaume de France.”. L’auteur du texte n’en est pas moins le géographe allemand d’Ulm, Martin Zeller, qui parcourut la France pendant un an et demi. L’illustration profuse de cette topographie constitue tout l’intérêt de la publication. Gaspard Merian s’est également inspiré de gravures déjà publiées de Nicolas Tassin, Israël Sylvestre, Jan Peeters ou Jean Marot


L’édition compte un frontispice général, 13 titres gravés ou typographiés, 18 cartes dépliantes à double page et 307 planches offrant près de 400 vues et plans de monuments ou villes, en ce qui concerne mon exemplaire. Cependant les collations donnent de 296 à 312 planches.


Le dénombrement des planches varie autant semble t-il selon les bibliographes et les libraires que suivant les exemplaires. Le décompte des planches est en effet rendu un peu complexe par le fait que les feuilles collées ensemble qui composent quelques planches sont répertoriées, par l’éditeur lui même, comme autant d’estampes. Ainsi les deux grandes vues de Paris comptent-elles pour 5 estampes dans la table! Les planches dépliantes ou non comportent souvent deux voire trois gravures.

Le frontispice de l’édition originale représente, posées sur un piédestal, la couronne de France un lys au naturel et une fleur de lys héraldique. Les colliers de Saint-Louis et du Saint-Esprit entourent le titre sur ce socle. Au premier plan, le dieu Seine tient une rame, ou un safran, d’une main (ce qui me fait écarter l’hypothèse du dieu Neptune trouvée ici ou là), une corne d’abondance de l’autre. La ville de Paris se devine en arrière plan (la Bastille est à gauche, le Temple à droite). Il existe un autre frontispice représentant Clovis et Louis XIV.
La première partie de l’ouvrage est la plus spectaculaire et la plus dense. Elle concerne Paris et sa banlieue illustrées en 110 planches parmi lesquelles deux vues panoramiques dépliantes de Paris et deux plans relief.  La promenade permet de découvrir des monuments disparus, Saint-Victor, le Temple, la tour de Nesle...


Au fil des livres l’illustration est moins abondante et moins originale. On retrouve de plus en plus de vues copiées dans d’autres ouvrages et de reproductions de plans un peu sommaires. Comme toutes les grandes productions, vers la fin, l’éditeur tire le coût de revient.

Signalons toutefois les grandes vues dépliantes de Rouen, La Charité, Nevers, Bordeaux, Saumur, Tonnerre, Saint-Malo, etc, qui offrent des panoramas que peu de cités ont préservés aujourd’hui. Au fil des pages on découvre des monuments singuliers (acqueducs de Fréjus et de Saintes, le Mont Saint-Michel), des forteresses (Marcoussy, Pignerol), des châteaux et des jardins de plaisance (Meudon, Tanlay, Richelieu)…

Il serait bien sûr vain de chercher la Corse par exemple dans cette édition, mais rien n’interdit de compléter avec les publication des pays voisins de l’époque. L’Alsace pays de langue allemande était paru en 1646.



L’édition originale sera suivie d’une édition latine (à Francfort chez Mérian en 1655) puis d’une édition flamande (à Amsterdam chez la veuve J. Boersz et Appelaer, 1660-1662) qui reprennent les mêmes gravures.



Pour ne pas être trop Parisien j’ai choisi quelques estampes de villes élues par des bibliophiles bien connus de la blogosphère, mais Mérian n’a pas représenté toutes les villes...

Lauverjat


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