« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier

"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

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mardi 16 avril 2013

Messier, relieur parisien méconnu de l'époque romantique

Amis Bibliophiles bonsoir,


Chacun connaît les grandes signatures des relieurs de la Restauration, Simier, Thouvenin, Ginain, Vogel ou encore Purgold, (bien que la production de ce dernier semble moins considérable en quantité que sa réputation). Tous sont abondamment cités par les spécialistes de la reliure et les bibliophiles.

Messier, en revanche, est un relieur parisien de l’époque romantique sur lequel les bibliographes sont laconiques. Certes il ne fréquente pas comme ses prestigieux confrères les Expositions des produits de l’industrie en vogue sous la Restauration.
 
Voltaire, 1816, : Librairie Du Cardinal /Livre-rare-book.com
Je n’ai pas trouvé sa naissance ni même son prénom. Peut-être ce Jean-Baptiste Messier maître doreur à Paris qui épouse le 24 novembre 1774 Marie Louise Mardelle est-il de sa famille ? Ou cet autre Messier qui enseigne, à la fin du XVIIIe siècle, à Tournai, la buffleterie et peut-être la reliure, à Donat Casterman, futur relieur imprimeur libraire?

Il exerce en tous cas 13, rue des Marais-Saint-Germain à Paris, de 1826 à 1842. Cette ancienne rue porte actuellement le nom de rue Visconti. Aussi faut-il observer que le relieur Doll exerçait à cette adresse jusqu’avant sa retraite en 1825. Cependant en 1826 et 1827 on y trouve aussi brièvement un autre relieur du nom de Chaumont. S’agit-il d’une association fugitive ? L’étude des fers employés par Messier permet cependant d’identifier du matériel employé précédemment par Doll (à la réserve de pouvoir comparer les livres des deux
relieurs simultanément).

Œuvres Millevoye, 1827, librairie Gribaudo Vandamme
A la même adresse exerce encore Charles Motte un imprimeur lithographe. Messier affectionne le veau glaçé. Il orne les plats d’un encadrement de filet au noir, à froid ou doré, doublé à l’intérieur d’une roulette de palmettes dorée ou à froid. Le plus souvent il pousse au centre une plaque restauration. La variation de l’usage des combinaisons au noir, à froid ou doré multiplie les compositions avec un nombre de fers et de plaques réduit. Les
coupes sont ornées de roulettes ou de filets hachés dorés. Les caissons du dos présentent parfois un fleuron serti dans un double ou triple encadrement de filets dorés. Au final, ses décors ne diffèrent pas de ses concurrents de l’époque tels Duplanil ou Simier.




Ses livres sont cependant très soignés et bien équilibrés, « agréables à tripoter » comme dit Beraldi. Le bibliophile Jean-Baptiste Tenant de Latour, ancien bibliothécaire du roi, parle de lui comme de « mon excellent relieur, l’honnête Messier » en 1827. Jean-Baptiste Huzard le fait travailler, ainsi que Laurent de Bure, libraire-éditeur, sur ses classiques français de la Bibliothèque de l’Amateur au format in-8. De Bure propose en effet ses livres reliés par les artisans en vue du moment Simier, Germain-Simier, Thouvenin, Caron, etc.

Pour autant Messier avait-il la faveur de l’élite des bibliophiles de l’époque? Le sondage auquel je me suis livré laisse apparaître sa signature sur une très large majorité de livres contemporains. On lui reproche aussi d’avoir outrageusement rogné pour en dorer les tranches un manuscrit sur peau de vélin mais cette pratique tient à son époque.

En 1842 Messier cesse son activité, reprise sur place par Prévost jusqu’en 1849 et dont la carrière nous est encore plus obscure.

Lauverjat

lundi 13 août 2012

La reliure par l'image: la reliure papillotante


Amis Bibliophiles Bonsoir,

La reliure dite "papillotante" est l'une des formes les plus raffinées de reliures décorées du 18ème siècle. Ces reliures, réalisées notamment par Derôme, Dubuisson (au milieu de ses plaques) et Padeloup sont des reliures de luxe.
En pratique, la reliure papillotante se compose d'une reliure classique, en veau ou en maroquin (voire en soie), proposant un décor, généralement au centre des plats, qui est soit peint soit métallique et protégé par une fine lame de mica. Le plus souvent, ce sont des armes que l'on trouve sous cette lame de mica, mais on rencontre également des miniatures, et des portraits.
Ces reliures sont évidemment très recherchées mais finalement pas si rares que cela, si vous êtes un visiteur assidu de l'hôtel Drouot, vous en croiserez quelques exemplaires par an.

H

samedi 11 août 2012

la reliure par l'image: les belles reliures de Pierre Duodo

Amis Bibliophiles Bonsoir,

C'est le portrait de Lauverjeat (http://bibliophilie.blogspot.com/2008/06/portrait-dun-bibliophile-gilles-alias.html) qui me mît la puce à l'oreille: notre expert en héraldique rêvait d'une reliure de Duodo. Mais qui donc est ce Duodo que je ne connaissais pas? Et qu'ont de particulier ses reliures?

Pierre Duodo n'est pas l'un de ces grands relieurs de l'histoire, c'est l'un de ces grands bibliophiles qui ont donné leur nom à un style de reliure, comme Grolier par exemple. Diplomate vénitien du 16ème siècle, Pierre Duodo (1554 - 1610) fut ambassadeur auprès de Henri IV. Il fit relier à Paris environ 150 volumes (133 sont aujourd'hui identifiés, qui correspondent à 90 ouvrages) qui ont marqué la bibliophilie pour plusieurs raisons: le choix de couleurs de maroquin spécifiques selon le genre de l'ouvrage, le décor particulier qui donnera l'expression "à la Duodo", et l'erreur d'attribution de ces reliures, dont on ignora longtemps le commanditaire.

Les maroquins de couleurs: Duodo opta pour des maroquins de couleurs différentes pour chaque genre d'ouvrage. Ainsi le maroquin citron était destiné aux ouvrages de sciences, principalement la médecine et la botanique, le maroquin rouge réservé aux ouvrages de théologie, de droit, de philosophie et d'histoire, et le maroquin vert olive pour la littérature.

Le décor choisi par Duodo pour ces maroquins est extrêmement caractéristique et pourrait se décrire comme suit: un semis régulier de 14 ovales floraux (pour chaque plat), inscrit dans un cadre composé d'une bande de feuillages et de palme, et bordé d'un double filet doré. Les ovales sont composés de couronnes de branches de laurier enserrant une fleur (qui peut être une pivoine, un pavot, une pensée, etc.). Au centre des plats, on trouve les emblêmes de Duodo: sur le premier plat dans un ovale légèrement plus grand "une bande courbe chargée de trois fleurs de lys", et sur le second plat, dans un même ovale, un pied de trois lys au naturel entouré de la devise familiale des Duodo "Expectata non eludet". Le dos est orné des mêmes fers ovales et d'un encadrement de feuillage. Quand le dos est trop étroit, comme sur un des volumes d'Esmerian, l'encadrement est alors absent.
Les 133 volumes qui lui sont aujourd'hui attribués (et dont certains apparaissent régulièrement lors de grandes ventes) ont également ceci de caractéristique qu'ils sont tous de petits formats, généralement in-12, ce qui peut donner à penser qu'ils formaient une forme de bibliothèque de voyage. Dans tous les cas, l'approche méthodique qui attribue une couleur de maroquin à un genre est très intéressante à mes yeux.

En fait, les volumes apparurent d'un seul bloc sur le marché anglais de livre à la fin du 18ème siècle (c'est aussi ce qui c'est passé pour les Pillone, il semble que ces bibliothèques extrêmement cohérentes, en particulier au niveau de la reliure, résistent mieux à la dispersion sur le long terme). Elles furent acquises par un libraire qui les dispersa ensuite. Jusqu'à ce que Ludovic Bouland démontre en 1920 que ces reliures avaient en réalité appartenu à Pierre Duodo, elles furent longtemps injustement attribuées à Marguerite de Valois (1553 - 1615), première épouse d'Henri IV. Bouland a en effet apporté la preuve que la bande courbe aux trois fleurs de lys correspondait aux armes de Duodo: le diplomate vénitien se vît remettre un diplôme royal l'autorisant à introduire les armes de France (les fleurs de lys) dans ses propres armes le 3 septembre 1597. Il est donc quasi certain que les reliures furent exécutées après cette date, ce qui laisse un laps de temps très court à l'atelier, probablement trop court même, puisque Duodo quitta Paris 2 mois plus tard. Reste à savoir quand il en prît exactement possession : lui fût elle envoyée ou en prît-il possession lors de passage suivant à Paris, qui n'eût lieu que 6 ans plus tard?

Je n'ai pas vécu au début du 17ème et je ne sais pas quelle confiance on pouvait alors accorder à la malle poste, mais je suis bibliophile et si je mets à la place de Duodo, il me semble impossible qu'il ait attendu 6 ans: replaçons nous dans le contexte, Duodo imagine une bibliothèque unique, avec des couleurs de maroquin spécifiques, il fait frapper ces reliures d'une dorure particulière et des armes de France, etc.
On peut donc penser que cette bibliothèque, ces ouvrages, revêtent une grande importance à ses yeux, et qu'il a du mal à s'en séparer (ils sont d'ailleurs de petit format et peuvent laisser penser que c'est une bibliothèque de voyage de luxe qui s'est ainsi construite sous nos yeux)... il ne pourra donc raisonnablement attendre 6 ans pour les caresser et les lire. Et on ne peut imaginer que l'atelier n'ait eu besoin que de deux mois pour relier et dorer 133 volumes, à moins que les ouvrages ne fussent prêts et qu'il ne restât plus qu'à frapper les armes (peu crédible, non)? A moins encore que les volumes ne lui aient été envoyés au fur à et à mesure de l'atelier. Cette partie de l'histoire des Duodo reste à élucider. Certains experts pensent même que Duodo ne rentra finalement jamais en possession de sa bibliothèque et qu'elle l'attendit en vain pendant 200 ans à Paris avant que les vicissitudes de la Révolution de la conduisent de l'autre côté de la manche.

De même que le nom de l'atelier, qui reste aujourd'hui encore inconnu. Dans tous les cas, l'uniformité des fers utilisés et même des coutures des reliure démontrent qu'un seul atelier eu la responsabilité de ce travail. La qualité de cet atelier fait penser à celui de Clovis Eve (c'est l'option de R. Esmerian) mais l'emploi sur deux d'entre elles d'un décor spécifique à également conduit Hobson à identifier un autre atelier, nommé l'"Atelier de la seconde Palmette". Le décor à la Duodo, qui n'est pas très éloigné des fanfares de la même époque fût par la suite copié, notamment au 19ème siècle par Thibaron-Joly.

H

La référence: L. Bouland, Livres aux armes de Pierre Duodo.

jeudi 9 août 2012

La Gaufrure: un décor particulier pour les reliures


Amis Bibliophiles Bonjour,

Apparue entre les années 1820 et 1830 la gaufrure est un procédé spécifique utilisé par les relieurs de l'époque. Ceux-ci cherchaient en effet à agrémenter les plats de leur reliures sans pour autant orner ceux-ci de plaques comme celles de la fin du XVIIIème siècle ou de petits fers, qui étaient forts complexes et revenaient finalement chers aux bibliophiles. Aussi, pour des livres de qualité intermédiaire, une nouvelle tendance fît son apparition: la gaufrure.
On considère généralement que c'est Courteval qui eût le premier l'idée de d'appliquer simultanément sur les deux plats des plaques de bois ou métal crénelées en sens inverse. Pour que le procédé soit efficace il était nécessaire d'exercer une très forte pression, le plus souvent au moyen d'une presse ou d'un balancier. On obtenait alors un décor à froid qui dans son exécution n'était pas sans rappeler les reliures "estampées à froid" de la fin du Moyen Age. Gaufrer, en fait, n'est ni plus ni moins que graver profondément en relief des décors dont la complexité varie. Dans le cas de la gaufrure des années 1820 - 1830, l'objectif recherché était d'obtenir un résultat satisfaisant, rapidement et à un moindre coût. 

Néanmoins, cela restait un travail délicat qui même s'il ne nécessitait pas d'or faisait des attributions du doreur. Celui-ci devait veiller à appliquer des plaques chauffées à la juste température, afin de ne pas brunir le cuir. 
Le succès fût au rendez-vous et après les premiers décors simples, reposant sur des lignes entrecroisées, d'autres motifs furent également proposés aux amateurs. Finalement, le procédé faisant ses preuves, les ateliers en vinrent finalement à dorer la gaufrure, aboutissant à de magnifiques reliures dignes des plus belles réussites du 19ème siècle.

Les trois relieurs emblématiques ayant employé la gaufrure sont Courteval, Thouvenin et dans une moindre mesure Bozérian. On croise finalement assez peu de ces reliures "intermédiaires", mais elles sont aisément reconnaissables et plutôt recherchées des bibliopégimanes.

H

mardi 7 août 2012

La reliure par l'image: les reliures d'almanachs


Amis Bibliophiles Bonjour,

Qu'il est difficile pour un bibliophile de fixer son attention sur un domaine particulier entre la littérature, les voyages, les Cazin, l'ésotérisme... j'ai choisi de ne pas choisir, même si ce choix s'est imposé à moi, puisque que toute bibliothèque est à l'image de son propriétaire: non pas que j'ai des difficultés à choisir, non, plutôt des difficultés à me limiter, ou à me cantonner à un seul domaine et à limiter ainsi ma curiosité. Au milieu de tous domaines, j'ai ainsi une tendresse particulière pour les almanachs: d'une part les almanachs "de colportage", comme Le Messager Boiteux, dont j'ai déjà parlé ici, parce qu'ils constituent des témoins passionnants de la culture populaire d'une époque, et d'autre part les almanachs que l'on pourrait presque qualifier "de cour", notamment pour leur reliure.
reliures d'almanachs en maroquin
En effet, à la fin du 18ème siècle la France a vu se multiplier la publication de d'almanachs. Ceux-ci paraissaient à la faveur de la nouvelle année et constituaient en fait de charmants "agendas de poche" pour l'époque, ils étaient du reste souvent offerts à l'occasion des étrennes de nouvel an (d'où l'appellation étrennes qui figure régulièrement sur leur page de titre). On connaissait ainsi les Etrennes Mignonnes, le Calendrier des Dames, le Calendrier de la Cour, l'Almanach de la toilette et de a coiffure des Dames françaises, l'Almanach des Folies de l'Amour, les Etrennes Spirituelles, plus sages, l'Almanach des Folies Modernes, L'amour dans le Globe ou l'almanach volant, etc.
reliure maroquin almanach
Avec le petit format et leurs illustrations, la reliure est l'un des éléments caractéristiques de ces almanachs. Elle était le plus souvent en maroquin, et la dorure, bien que la plupart du temps réalisée en série, sortait des meilleurs ateliers de l'époque. Il s'agissait souvent de plaques, soit à dentelle, par exemple celles de Dubuisson, soit de compositions florales ou de décors originaux: coiffure de dame, montgolfière. 
reliure maroquin almanach
Le raffinement allait parfois plus loin en offrant à ces petits bijoux des reliures peintes, mosaïquées ou agrémentée d'une miniature protégée par une plaque de mica. 
reliure maroquin mica
Les dorures allégoriques sont également légion à partir de la période révolutionnaire et donnent un parfum particulier aux almanachs de cette période: bonnet phrygien, guillotine, personnages de l'histoire.
reliure maroquin almanach
reliure maroquin almanach
C'est d'ailleurs ce que j'aime dans ces almanachs: leur contenu est définitivement ancré dans une époque et leur reliure est également le témoin de cette époque: raffinement de la fin de l'Ancien Régime, ou porteuses des messages de l'époque, la superficialité des toilettes des dames, ou les figures emblématique de l'époque révolutionnaire. 
reliure maroquin almanach
Charme qui ne gâche rien pour le bibliophile qui manque de place, ces charmants petits volumes prennent encore moins de place que des Cazin!

H

dimanche 5 août 2012

Une certaine forme de bibliophilie, ou quelques repères sur les livres minuscules...


Amis Bibliophiles Bonsoir,


Ce soir Jean-Paul partage avec vous quelques repères sur les livres minuscules... (je n'ai pour ma part qu'un seul minuscule, en voici quelques images. Si vous en avez de votre côté, n'hésitez pas à m'en envoyer. Sa taille: 50 mm x 40 mm.).
À la BnF, les « nains », comme ils disent, sont rangés dans des boîtes ou des enveloppes, pour ne pas les perdre, dans la « Réserve des livres rares et précieux » : on en compte environ 1 200. Le plus ancien date de 1538 et s’intitule Les espèces de pièces d’or et d’argent qui ont cours. Certains sont d’une très grande rareté.
L’âge d’or des minuscules fut le xviiie siècle. Les almanachs breloques ou portatifs datent de 1760-1770 : Le Réveil-matin, almanach pour 1766, et le Bijou mignon des dames, almanach pour 1769, sont parmi les plus rares. D’autres furent édités par les relieurs-doreurs de la rue Saint-Jacques, à Paris :

Jubert et Janet, son successeur, réalisèrent des minuscules reliés en maroquin rouge, vert ou citron, dont le Télescope des clairvoyants (1791). Jubert, spécialiste des dorures aux petits fers, a édité son premier almanach minuscule en 1789 : Les Passe-temps des paresseux ou la morale analysée.
Marcilly fut l’éditeur le plus prolifique de 1798 à 1849. Ses almanachs étaient reliés en maroquin rouge et vert. Il fut l’éditeur en 1799 des Jeux de l’enfance, entièrement imprimé en sanguine.

Les almanachs minuscules de Le Fuel, entre 1817 et 1830, contiennent des figures, des chansons et des petites pièces de poésie.

En 1827, Didot « le jeune », qui avait fabriqué des caractères pour les minuscules, édita les Maximes de La Rochefoucauld, chef-d’œuvre de typographie.

A la fin du XIXe siècle, on édita des classiques (Fables de La Fontaine, Contes de Perrault, etc.).

Tous les relieurs, gens minutieux, ont réalisé des minuscules : Paul Bonet, Rose Adler, Pierre-Lucien Martin, Alain Devauchelle, Colette et Jean-Paul Miguet, Georges Leroux, etc. dont la plupart ont travaillé pour l’éditeur Pierre-André Benoît, alias « PAB », Daniel Knœderer, etc.
On peut ajouter à la bibliographie déjà donnée sur le blog :
Les almanachs minuscules français. In Bulletin du bibliophile, 1959, n° 1.
Tissandier (Gaston). Livres minuscules : la plus grande bibliothèque des plus petits livres du monde. Collection de Georges Salomon. Paris : Masson, 1894.
Catalogue d’une jolie collection d’almanachs illustrés des xviiie et xixe siècles, provenant du cabinet de feu M. Félix Meunié. Paris, Leclerc, 1920.
Quatre siècles de livres minuscules. Collection Hubert Silvain. Québec : Bibliothèque nationale, 2005.

Merci Jean-Paul,

Hugues

vendredi 3 août 2012

La reliure par l'image: les tranches peintes ou fore-edge paintings


Amis Bibliophiles bonjour,

Les tranches peintes sont l'une de ces petites subtilités bibliophiliques qu'il est difficile de ranger dans une catégorie. S'agît-il d'un complément à l'illustration d'un ouvrage, cela tient-il plus de la reliure, n'est-ce qu'une simple fantaisie héritée de l'ère victorienne, aucun des trois?
Mais avant tout, que sont les tranches peintes? En fait, l'expression tranches peintes ne définit pas réellement les tranches peintes que l'on peut trouver sur les Pillone (http://bibliophilie.blogspot.com/2008/09/un-monument-de-la-bibliophilie-les.html), mais plutôt une décoration aquarellée que l'on peut parfois trouver sur les tranches des ouvrages (en anglais fore-edge painting). Sur les Pillone, la décoration se présente verticalement et est visible en permanence, ce qui n'est pas le cas habituel des tranches peintes, qui ne se découvrent qu'en modifiant légèrement les tranches. Ainsi les tranches d'un livre à tranches peintes semblent elles le plus souvent totalement normales si on ne manipule pas l'ouvrage de façon à les faire apparaître, pour mieux comprendre, voici une vidéo éloquente.



Les premières tranches peintes semblent dater du 14ème siècle et sont le plus souvent symboliques. L'exemple connu le plus ancien de tranches peintes disparaissant lorsque le livre est fermé date de 1649. C'est à partir du milieu du 18ème siècle, et presque toujours au Royaume Uni, que les tranches peintes deviennent figuratives et commencent à représenter des paysages, des portraits, des scènes religieuses, voire des scènes érotiques, d'abord de façon monochrome, puis rapidement en couleurs.

L'intérêt des tranches peintes réside dans leur rapport au livre qu'elles décorent, même si ce n'est pas toujours le cas. A partir de l'ère victorienne au tout au long du 19ème siècle la décoration avec des tranches peintes devient une pratique assez courante sur les livres précieux.


Cela reste assez rare en France et personnellement je n'ai croisé que deux ouvrages français aux tranches peintes, tous les deux proposés par la librairie Cambon. L'un était un ouvrage de poésie du 18ème et fut vendu pendant le pourtant court laps de temps que je mis à me décider, le second sur un ouvrage plus courant du 19ème, mais le décor n'était pas figuratif et cela m'a semblé moins intéressant.

J'avoue un faible pour ce type de décoration pour deux raisons: la première est le rapport à l'ouvrage, j'ai ainsi croisé un ouvrage anglais sur Naples dont les tranches peintes représentaient une vue ancienne de la ville. La seconde est liée au fait que les tranches peintes ne se dévoilent finalement qu'aux bibliophiles qui le méritent et qui prennent réellement le temps de découvrir un ouvrage: le livre fermé, elles sont impossibles à détecter, il faut le prendre dans ses mains, l'ouvrir, le découvrir sous tous les angles pour espérer révéler l'oeuvre peinte. Cela ne m'est jamais arrivé, mais j'imagine quelle délicieuse surprise cela doit être pour un bibliophile qui découvre une tranche peinte insoupçonnée.

Deux détails pratiques: pour être crées, les tranches nécessitent de placer délicatement un ouvrage dans un étau afin de donner une "courbure" à la tranche. On peint alors le sujet choisi, on laisse sécher et on enlève l'ouvrage de l'étau, la tranche redevient alors "droite" et l'oeuvre peinte disparaît.


On distingue trois sortes de tranches peintes:
- Les "tranches peintes" simples, lorsqu'un seul décor apparaît sur la tranche. Dans ce cas, une dorure sur tranche est souvent appliquée pour rendre l'oeuvre totalement indécelable.
- Les tranches peintes doubles, plus compliquées à expliquer. Il s'agît d'ouvrages faisant apparaître un décor peint lorsque l'on "évente" le livre dans un sens par exemple de bas en haut lorsque le livre est présenté à plat, et un autre décor quand on retourne le livre et qu'on "l'évente": deux décors différents apparaissent selon la façon de manipuler l'ouvrage.

- Les tranches peintes triples: il s'agît de tranches peintes doubles sur lesquelles on peint un troisième décor à la place de la dorure ou de la marbrure. Ce troisième décor devient donc visible. Je n'en ai jamais croisé, mais cela ouvre des perspectives intéressantes pour les bibliophiles à l'imagination fertile... ou ayant des choses à cacher.
Enfin, on parle de tranches peintes panoramiques lorsque les trois tranches sont décorées, mais cela reste plus rare. En voici une en vidéo:

H

mardi 24 juillet 2012

Connaissance de la reliure: les reliures en peau humaine

Amis Bibliophiles bonjour,

Cette année, j'ai eu deux fois l'occasion d'assister à une vente au cours de laquelle une reliure en peau humaine a été mise en vente. La première fois, c'était à Drouot, et le livre en question était une Danse de la Mort du 18ème, d'après Holbein (réimposée dans un volume in-4 au 19ème, de mémoire) et la seconde fois, dans une vente à Versailles, où le livre était une petite curiosité, mi curiosa, mi ouvrage pour dames, du 18ème, dans un format in-12.

Ces deux ventes m'ont amené à réfléchir sur ces reliures. Pour tout dire, lors de la première vente, je suis allé à l'exposition la veille et le matin de la vente. La première fois, je n'ai pas osé prendre le livre en main, il était d'ailleurs présenté dans une sorte de cellophane. Mais le lendemain, je l'ai pris en main. A Versailles, quelques moi plus tard, je l'ai prise en main directement.

Dans les deux cas, j'ai participé aux enchères, dans les deux cas, je n'ai pas remporté le lot (de mémoire 6000-7000 euros pour la Danse de la Mort, et 1800 euros pour le curiosa). Je collectionne les Danses de la Mort, et je suppose que c'est la raison pour laquelle j'ai finalement participé aux enchères. La seconde fois, ce fût plus pour l'objet. Je précise que je n'ai aucun goût pour les objets macabres, et que c'était plus une démarche à mi-chemin entre la bibliophilie et le cabinet de curiosité.

Finalement, j'ai effectué quelques recherches sur ce type de reliures, et je me dis aujourd'hui qu'il y a là matière, si j'ose dire, à écrire un message pour le blog.

Le 20ème siècle n'est pas loin, et si vous me lisez régulièrement, vous savez, ou vous avez compris quelle horreur m'inspire le 3ème Reich et son sinistre cortège. Ma famille en a d'ailleurs directement souffert. Je fais ce petit préambule, parce que moins de 100 ans après ce génocide atroce, il est encore dans nos mémoires et les reliures et objets en peau humaine font partie des images qui peuvent être associées aux actes impardonnables de ce régime abject. Mes lectures sur le sujet, sans fascination morbide, mais par pure curiosité bibliophilique cette fois-ci, m'ont permis de comprendre que les reliures en peau humaine ont existé bien avant 1939 et n'ont rien à voir avec le 3ème Reich.

En fait, même s'il est probable qu'elles aient existé avant, et sans doute depuis que l'homme sait tanner une peau et relier un livre, les premières reliures de ce type avérées datent du 18ème siècle, et probablement de la période de la Révolution. Et elles n'étaient pas aussi rares qu'on peut le penser. Aussi, toutes les grandes bibliothèques disposent elles de ce type de livres, qu'elles préservent le plus souvent du regard des visiteurs.

En réalité, n'en déplaise à Lovecraft qui évoque ce type de reliure pour son Necronomicon et autres ouvrages occultes, ce sont principalement des ouvrages de médecine ou des Danses de la Mort qui ont bénéficié de ce type de reliures. Ce fait mériterait d'être vérifié (Philippe, c'est vous l'historien), mais il semblerait qu'une tannerie spécialisée dans ce type de peau ait existé à Meudon sous la Terreur (sous toutes réserves)... Ce qui est certain en revanche, c'est qu'un des livres les plus connus avec ce type de reliure est un exemplaire de la Constitution de 1793. Cet exemplaire, qui a eu plusieurs possesseurs, dont le marquis de Turgot et Villenave, a été acheté en 1889 par la bibliothèque Carnavalet.


C'est au 19ème siècle semble-t-il qu'on relié le plus "fréquemment" des livres avec de la peau humaine... Je précise que la peau était prélevée sur des cadavres, généralement eux-mêmes confiés aux Facultés de Médecine. Dans l'exemplaire qui fût mis en vente à Drouot, il était précisé des conditions dans lesquelles la peau avait été prélevée, sur un corps "à l'étude", à la Faculté (il y avait même le nom de la personne).

C'est sans doute pour cela que les livres reliés en peau humaine appartinrent le plus souvent à des médecins (sans doute "immunisés") et recouvrirent le plus souvent des ouvrages de médecine. On connaît ainsi un Vesalius relié en peau humaine, conservé dans une bibliothèque américaine (... c'est un in-folio... je vous laisse imagine la surface... Bon ok, un peu d'humour, ça détend l'atmosphère, non?). En dehors de ces livres d'anatomie, et encore plus souvent de dermatologie, le 19ème siècle verra quelques amateurs confier des Danses macabres à des relieurs pour qu'ils les relient ainsi. L'approche est alors plus ironique.

Quelques livres cependant ont une histoire particulière : ainsi les confessions de George Walton (Narrative of the Life of James Allen alais George Walton), dont l'auteur exigea qu'un exemplaire fût relié avec son épiderme après sa mort. Cet exemplaire porte d'ailleurs l'insription "HIC LIBER WALTONIS CUTE COMPACTUS EST" sur le 1er plat, ce qui signifie, ce livre a été écrit par Robert Walton et relié dans sa propre peau.On connaît également l'histoire du livre ayant appartenu à l'astronome français Camille Flammarion (conservé à la bibliothèque de l'observatoire de Juvisy), relié en peau humaine, et qui aurait été relié avec la peau d'une connaissance de Flammarion, après le décès de celle-ci. Si l'exemplaire est bien réel, diverses versions existent sur la provenance de la peau.

D'autres exemples : La bibliothèque de Cleveland possède un Coran, relié avec la peau d'un croyant, à sa demande, après sa mort. On connaît aussi une traduction des Georgiques de Jacques Delille, reliée avec un morceau de sa peau, qui aurait été volé sur son corps après son décès. Enfin, la bibliothèque de Harvard possède un exemplaire de la Danse des Morts de 1816, qui fût reliée en peau humaine par le grand relieur londonien Joseph Zaehnsdorf en 1893. Pour la petite histoire, Zaehnsdorf envoya un courrier à son client pour lui dire qu'il n'avait pas assez de matériau et qu'il allait donc devoir répartir la peau.

Pour tout vous dire, pour avoir eu deux exemplaires entre les mains, il est difficile de faire la différence avec un vélin, c'est peut-être plus sombre, mais je pense que c'est lié à la méthode utilisée. Le toucher... et bien... aisé à imaginer. C'est la sensation qui est étrange. D'ailleurs, les bibliothèques précisent en général que ces reliures sont de grande qualité et ne nécessitent aucun entretien particulier.

Ce message ne traite bien entendu que des reliures réalisées ainsi avant le début du 20ème siècle, l'évolution des moeurs ayant fait disparaître cette pratique par la suite. Je m'abstiendrai de juger, je pense qu'il faut considérer cela comme une curiosité (comme les têtes Jivaro, les reliques, etc.). On peut simplement émettre une réserve sur le fait que les personnes décédées n'avaient pas toujours donné leur accord pour ce type de prélèvement en confiant leur corps à la science (quand ce fût le cas). Pour les autres, qui furent volontaires et organisèrent le prélèvement sur leur propre peau après leur trépas... finalement, ils ne firent de mal à personne.

Nulle fascination, mais de la curiosité, qui n'est pas morbide, je le rappelle. Pour vous le prouver, je prépare un message sur les reliures en porcelaine, comme quoi!

Je rappelle que si vous avez envie d'ajouter des images de reliures dans l'expo virtuelle que je vais faire sur le blog, vous pouvez m'envoyer des images. Elles seront bienvenues.

H

Images : des reliures en peau humaine, justement.

samedi 21 juillet 2012

Connaissance de la reliure: de l'identification des cuirs utilisés en reliure


Amis bibliophiles Bonsoir,

Je vous propose de poursuivre notre route sur le chemin de la reliure avec aujourd'hui un article sur l'identification des cuirs utilisés en reliure. Merci à Xavier pour ces précisions, si cela vous semble compliqué, c'est normal, pour les peaux, rien ne sert plus que de les avoir eu en main une fois pour les reconnaître ensuite.

Les parties en gras et en italiques ont été ajoutées par moi, simples transitions.

Avant toute chose, il est nécessaire de maîtriser le vocabulaire spécifique de la reliure, je laisse la parole à Xavier :

Côté chair : Face intérieure de la peau qui adhérait à la chair de l'animal. Côté opposé à la fleur

Côté fleur : Face extérieure de la peau qui portait le poil de l'animal. Sur cette face se situent les follicules aidant à l'identification des peaux. On utilise également le terme "côté poil."

Follicule : Petite formation arrondie au sein d'un tissu, d'un organe, délimitant une cavité ou une substance particulière

Tan : Ecorce de chêne pulvérisée utilisée pour la préparation des cuirs

Sumac : Mot Français d'origine Arabe, arbuste aux nombreuses variétés; sumac des teinturiers, des corroyeurs, vénéneux, radicant, vernis du Japon (fournissant une gomme-résine utilisée pour les vernis, la tannerie, etc.)

Noix de galle : Excroissance riche en tanin de la galle du chêne, utilisée pour la fabrication de teintures et d'encres.

Tannage : est l'opération qui consiste à transformer la peau en cuir grâce à des tanins, substances de différentes natures (végétale, minérale comme les sels de chrome, organique) qui permettent de passer d’une peau putrescible, sensible à l’eau chaude et très hydratée à une matière imputrescible, résistante à l’eau chaude et peu hydratée. La transformation des peaux se fait par les tanneurs quand il s’agit de vachette, de veau, de croco ou d’autruche… et par les mégissiers pour la chèvre et le mouton.

Galuchat : nom de l'inventeur, décédé en 1774, obtenu après traitement de la peau de certains poissons sélaciens (squales, raie)

Alun : Sulfate double de potassium et d'aluminium hydraté, utilisé en teinture, mégisserie, médecine (astringent et caustique). L'alun est tiré en partie de l'alunite

Comme pour les papiers, il y a une hiérarchie entre les cuirs , dont voici les principaux:

1 - Le maroquin

Un maroquin
2 - Le veau blond
3 - Le veau granité
4 - Le veau de couleur (violet, bleu)
5 - La basane
6 - Le cuir de Russie
7 - Le galuchat

Le mouton est communément appelé Basane. A l' origine ce terme désignait seulement le mouton tanné au tan (écorce de chêne). Aujourd'hui tannées au sumac ou à la noix de galle. Sa fleur est unie, mais on y décèle des pores visibles et espacés; c'est une peau peu solide, à chair lâche, pour reliures ordinaires; elle a diverses présentations :
Mouton mat, de teinte uniforme

Un chagrin
Mouton bigarré, raciné, moucheté, suivant l'aspect du coloriage.
Mouton chagriné et maroquiné, avec grainage artificiel à l'imitation de la chèvre (convient surtout à la reliure industrielle).

Mouton (Basane)
Peau sciée, s'obtient par le dédoublage en deux, trois ou quatre d'une peau pleine, en général de mouton. Le côté fleur est plus solide. Elle sert particulièrement aux pièces de titre, et, pour cet usage, est striée en largeur. Le côté chair, teint, en vert, s'utilise pour les coiffes de registre.
Agneau-velours, préparé pour être utilisée côté chair, en "daim"

Agneau-velours
La chèvre a une fleur à grains et une chair serrée beaucoup plus résistante que celle du mouton, elle convient au travail de qualité; suivant les espèces, son grain peut-être rond, carré, du Levant, ou long après un traitement particulier.
Les peaux sont différentes :
Chagrin, chèvre de nos pays, la plus commune, à grains assez petits.
Chèvre Madras, d'origine exotique (Inde), très appréciée pour son petit grain régulier et serré. Se polit très bien.
Maroquin, a très gros grain, peau épaisse provenant d'animaux de grande taille. Importé naguère du Cap (Afrique du Sud) ou du Levant, il est réservé à la reliure de luxe; plus tard un maroquin à grain long d'origine anglaise, plus mince et plus facile à traiter tout en conservant une grande qualité aura tendance à le supplanter.

Maroquin à gros grain
Chèvre à grain long, (en chagrin ou maroquin aminci, passé au laminoir et présentant un grain allongé artificiel) réservé à la reliure de luxe.
Chevreau, plus fine que le Maroquin et à grains peu marqués. Elle convient à des plats auxquels on veut donner une certaine souplesse.
Oasis, chèvre du Niger à grains irréguliers, à l'épiderme élastique.

Le veau.
Peau solide, à fleur très lisse et mate, légèrement satinée, souvent veinée; On peut la rendre polie et brillante, beaucoup plus fine que celle du mouton; Elle sert aux reliures de qualités et est assez délicate à travailler. Il existe plusieurs formes de veau en reliure :
Le box, peau de veau tannée au chrome (et non selon le procédé du tannage végétal pratiqué avant 1890). Le box offre une surface lisse, souple et brillante qui convient à la confection de reliure de luxe. C'est le seul cuir imperméable.

Un box
Le veau glacé, aspect lisse et luisant obtenu par pressage.

Un veau raciné
Le veau granité, la surface est criblée de très petites tâches noires rapprochées. La basane et le vélin pouvaient, particulièrement, au XVIIe siècle, recevoir le même traitement.

Chagrin écrasé
Le veau velours : peau chamoisée, extrêmement souple, très en vogue actuellement pour doubler les reliures de luxe.
Le veau porphyre, peau à l'image du marbre de même nom, a été semée de fines tâches de diverses couleurs.
Le veau raciné, peau ornée de veinures rappelant en principe des racines, mais ressemblant plus souvent à des planches de bois sciées dans le sens des fibres. La marbrure est obtenue selon différentes recettes utilisant des teintures et des produits chimiques souvent corrosifs.



Un veau estampé à froid
Le veau jaspé, a l'apparence du jaspe qui est une pierre colorée en brun, rouge ou vert.

Un veau jaspé
Le Parchemin.
Il provient ordinairement du mouton (de chèvre ou de veau). L'origine du mot est "Pergame", ville d'Asie mineure renommée dans l'antiquité pour la préparation spéciale des peaux destinées à l'écriture. Il a un aspect blanc et translucide. On l'a utilisé à toutes les époques pour recouvrir les livres.
Côté chair il ressemble à du papier, côté fleur on distingue les pores et des veines de la peau. Pour la reliure on préfère les plus minces. Se méfier des peaux plastifiées dans lesquelles sont imprimés de faux grain.
Mais le parchemin n'est pas à proprement dit un cuir, puisqu'aucune espèce de tannage ne fait partie de sa préparation. On appelle ainsi toute peau qui a été simplement nettoyée, épilée, débarrassée des parties inutiles, enfin étendue, égalisée et desséchée.

Le Vélin.
Il se présente comme un parchemin de belle qualité. Le vélin provient du veau (très jeune, ou mort-né) ou de la chèvre. Dans le parchemin et le vélin, le coté chair est plus lisse que le coté fleur; ce dernier plus dégraissé, se prête mieux à la décoration (peinture, enluminure, dorure ou mosaïque).

Un vélin
Le vélin souple, répandu au XVII et XVIIIe siècle en Europe occidentale et particulièrement en Italie. La peau de vélin n'était pas collée sur carton, elle était fixée au dos et seulement doublée de papier sur les plats.

La peau de truie.
Peau de porc, elle n'est pas tannée par les moyens ordinaires qui la fragiliseraient, mais préparée à l'alun, substance qui lui conserve sa résistance naturelle. Elle offre une surface raboteuse et inégale, très élastique, on peut l'utiliser côté chair en "daim".
Elle ne met pas la dorure en valeur; en revanche elle s'accommode très bien des frappes de motifs ou de plaques à froid.
Les pays de culture germanique l'ont privilégiée, particulièrement au XV et XVIe siècle pour les reliures monastiques.

Le cuir de Russie.
Le cuir de Russie se prépare avec de la peau de cheval, de veau et de chèvre. Pour la reliure, on emploie seulement les veaux minces et les chèvres. Pour matière tannante, on fait usage d'écorce de saule, de pin ou de bouleau, ou d'un mélange de ces trois écorces qui l'immunise contre les moisissures et les insectes. Quant à l'odeur qui le caractérise, on la lui communique en l'imprégnant, du côté de la chair, d'une huile empyreumatique provenant de la distillation de l'écorce de bouleau. Cette huile, qu'on appelle vulgairement huile de Russie, doit elle-même sa propriété aromatique à un principe particulier qui à reçu le nom de bétuline.
Enfin, la couleur roussâtre se donne avec une décoction de santal rouge et de bois de Brésil dans l'eau de chaux. Depuis plusieurs années, on imite à Paris, à Vienne et à Londres, le cuir de Russie, et les imitations sont quelquefois aussi belles et aussi durables que les produits d'origine russe, dont elles ont d'ailleurs les autres propriétés (selon Roret). C'est une matière de luxe.

Le galuchat.
C'est une peau de poisson, requin ou raie qui servait au XVIIIe siècle pour les reliures d'almanachs. Il redevint à la mode en 1925.

La Peau humaine. Introuvable en peausserie…et comme il n'y à plus de bourreau... pourtant la matière première ne manque pas et court les rues!
Les plus anciens livres connus reliés en peaux humaine ne remontent pas au-delà du XVIIIe siècle. L'Angleterre et l'Amérique sont également riches en spécimens de cette nature, mais c'est en Grande-Bretagne que se rencontrent les plus anciens, datant de la seconde moitié du XVIIIe siècle. La B.N possède une bible du XVIIIe (fond de la Sorbonne), des manuscrits sur peaux de femmes et une Danse de la Mort d'Holbein relié primitivement par Mr Firmin-Didot avec la peau d'un matelot tatoué d'étranges histoires d'amour et des portraits de ses officiers, les coins recouverts avec ses deux seins et les plats avec la peau de sa poitrine.
Bref, de Crauzat consacre quinze pages à ce genre de reliures.

La peau humaine est proche de celle du cochon : le pore du porc (!) est triangulaire, tandis que celui de l'humain forme un quadrilatère, un examen à l'aide d'une loupe permet de les différencier. (Hugues : cette distinction a été apportée par Christian Galantaris lors d'une vente à laquelle j'ai assisté)
Un exemplaire relié en peau humaine est passé en vente en aout 2007, lors des quatre jours de vente à Montignac (je n'ai pas le résultat pour ce lot, l'estimation était de 2500e). (Hugues : j'ai enchéri deux fois sur ce lot, la première fois où il est passé en vente à Versailles et a été remporté par un libraire parisien, pour 1500 euros, la seconde fois lorsque le libraire l'a remis en vente à Montignac, mais je n'ai plus le montant d'ajudication).
Il s'agissait d'un manuscrit in-12 de 56 ff., relié type cuir de Russie havane, dos à nerfs orné, coupe filetés, dentelle intérieure, reliure de l'époque, 56 sentences contrecollés tirées pour la plupart de Sénèque, ou de l'imitation de Jésus-Christ, une étiquette manuscrite de l'époque indique que la reliure serait en peau humaine (Hugues : ayant l'ouvrage entre les mains, je précise que les sentences étaient sur les femmes, et qu'il était précisé très exactement : "reliure en peau de femme"... l'exemplaire parfait, si on ose dire).
A relire également sur le blog : http://bibliophilie.blogspot.com/2007/06/les-reliures-en-peau-brrr-humaine.html

Le chagrin.
C'est une peau de cheval, d'âne sauvage ou de mulet. Pour matière tannante, on se sert de tan de chêne ou d'alun. Enfin, on produit le grain d'une façon assez bizarre. Après avoir ramolli la peau, on l'étend dans un châssis, puis on répand, sur le côté de la chair ; la semence dure et noire de l'Arroche sauvage (Chenopodium album des botanistes), après quoi on la piétine pour y faire bien pénétrer les graines, et l'on fait sécher. Quand la peau est devenue sèche, on la secoue pour en faire tomber les semences ; elle paraît alors criblée de petites cavités produites par la pression des semences. Plus tard, à la suite de certaines manipulations, toutes ces parties déprimées augmentent de volume et, en se soulevant, donnent naissance aux tubercules que l'on veut produire.
Un chagrin
Un autre chagrin
La fabrication du chagrin existe en Europe, notamment en France, depuis une cinquantaine d'années au moins, mais elle n'y a pris quelque importance qu'après 1830. Elle n'emploie, du moins pour la reliure, que des maroquins ou des moutons maroquinés.


Autre chagrin
Enfin, il convient de rappeler que le veau est certainement le plus employé de tous les cuirs. Selon sa qualité, il a revêtu différentes apparences, du veau jaspé dont les tâches masquaient les imperfections au superbe veau de couleur de l'époque romantique, en passant par le veau blond, si prisé au XVIIIe siècle.

Des peaux exotiques peuvent êtres employées pour couvrir les livres : telles celle de serpent, de requin, autruche, lézard, phoque, saumon, esturgeon, buffle, caïman, perche du Nil, Julienne, …

Reliure en peau de serpent
Le stockage des peaux se fait dans du papier, dans un local ni trop chaud ni…trop humide, les peaux grainées roulées côté fleur vers l'intérieur, les peaux lisses côté fleur vers l'extérieur, ou bien dans des tiroirs à plats.

Où acheter des peaux aujourd'hui? Chez des peaussiers, tanneurs, notamment Jullien (42, rue St Jacques, Paris) et Relma qui vend aussi du matériel de reliure (6, rue Danton, Paris)

Sources consultées :
Mme Wolf-Lefranc, Ch. Vermuyse (professeurs à l'école Estienne)-La reliure, J.B Baillière 1979, 3éme édition (il existe une 4éme édition)
Chistian Galantaris-Manuel de bibliophilie, partie dictionnaire, Ed. des Cendres, 1998
Henri Desmars-Histoire et commerce du livre, G.I.P.P.E, 1998
Annie Persuy et Sün Evrard-La reliure, Denoël, 1983
Et aussi, http://www.moulinduverger.com (manuel Roret en ligne)
Pour les reliures en peaux humaines : E.de Crauzat-La reliure Française de 1900 à 1925, 2 volumes
Merci Xavier,
H

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