« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier
"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

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samedi 19 mai 2007

Edition Originale?

Je suis resté intrigué par notre débat d'il y a quelque temps sur la notion d'Edition Originale, et j'ai cherché à en savoir plus.


Contrairement à ce que disait Thibault, l'Edition Originale n'a rien à voir avec ce cousin du caribou qui peuple les plaines du grand nord Canadien. Désolé Thibault!

En fait, l'expression date de la fin du 18ème siècle. A cette époque, l'auteur confiait son texte à un libraire-éditeur, à charge pour celui-ci de le faire imprimer avec le privilège du roi puis de procéder à la mise en vente. Les problèmes survenaient ensuite, en effet, une fois le livre mis en vente, il était très fréquent que d'autres éditeurs s'emparent de l'oeuvre et la réimpriment sans scrupules sous un faux nom, et surtout sans que l'auteur ne touche aucun droit d'auteur.
Le terme "Edition Originale" a donc été inventé pour désigner l'édition approuvée par l'écrivain, à savoir celle qui a été confiée par lui à un éditeur.

Au 19ème, les contrefaçons ne faiblirent pas, notamment de la part d'éditeurs belges qui produisent des copies d'oeuvres françaises à un prix très modiques. Après la réplique des éditeurs français et notamment de Girardin qui proposa des livres à un prix encore plus faible, mettant en difficulté l'édition belge, les auteurs français toucheront finalement des droits d'auteur sur ces édition belges.

Il sera alors difficile de discerner ces éditions belges, approuvées par l'auteur et qui paraissent avant l'édition française, mais dans des formats réduits et d'une qualité modeste, des premières éditions françaises, très soignées sur le plan typographique et souvent reliées. Et ce d'autant plus que certaines de ces pré-originales belges étaient en fait des compilations de textes parus en feuilletons dans des journaux.

Au final, on retiendra 3 éléments :
- L'Edition Originale est la première publication en librairie d'un ouvrage avec le consentement de l'auteur (définition du libraire Lefebvre).
- Si un texte est publié dans un périodique avant la parution du livre, le livre compilant les parutions périodiques est alors dite édition pré-originale (cas de certaines éditions belges du 19ème).
- Si une édition est revue, corrigée ou complétée par son auteur, elle est qualifiée d'édition en partie originale (ou EPO.... naan je plaisante!). Pour les Maximes de la Rochefoucauld, on compte ainsi neuf éditions en partie originale.

Voilà! Il y aussi les princeps... mais c'est une autre histoire.


H
Image : La Rochefoucauld himself.

6 commentaires:

Anonyme a dit…

Bonsoir,

pour alimenter le débat,
en tant que libraire j'hésite quelques fois entre la dénomination Edition Originale et Première Edition, car si l'on prend l'exemple des Lettres de Mme de Sévigné, la première édition sous ce titre date de 1725 (mais elle est introuvable et connue je crois à seulement 3 ou 4 exemplaires, tous dans des dépôts publics), la première édition portant ce titre pour laquelle on revendique le titre d'Edition Originale est celle en gros caractères, sans lieu ni nom d'éditeur, publiée en 1726 (vraisemblablement à Rouen), mais peut-on la taxer pour autant d'EO ? de PREMIERE EDITION (elle ne l'est pas en fait) ?? Tout en sachant que les premières lettres de la Marquise publiées le furent au coeur des Mémoires de son Cousin Bussy-Rabutin dès 1696 (quelques lettres seulement), est-ce là alors la véritable EO ?? En fait je crois que dans tout ceci il y a l'important et l'accessoire, le détail et la loupe... Bref, il faut bien souvent se ranger à l'avis d'une majorité de scientistes, de bibliographes et autres fouilleurs de paperasses... Pour ma part EO n'a pas dans ma tête la signification d'une publication avec l'assentiment de l'auteur. Quid alors des publications posthumes ? des manucrits redécouverts tardivement, etc ?? Il faut bien trancher. EO pour moi est la première publication d'un texte d'un auteur moderne (pour les anciens on parlera de princeps), mais avec la nuance qu'il faudra distinguer les publications licites des publications clandestines (...encore que quelques fois il n'y a eu que des publications clandestines pour un auteur, bien avant que le texte "officiel" ne soit donné au public paré d'un privilège en bon et due forme....
Tout ceci est bien compliqué en fait et il faut s'accorder à penser comme la majorité pour ne pas déroger comme on dit...

Amis penseurs bonsoir,

Amicalement,

Bertrand

Hugues a dit…

Je suis d'accord avec Bertrand en fait.. j'ai la même vision, mon message rassemblait en fait la théorie des puristes...

Dans les faits : édition originale = première publication licite. C'est je crois ce qui peut prévaloir dans 99% des cas.

Hugues

Anonyme a dit…

Bonjour,

en ce qui me concerne, la première parution d'un livre pirate est une EO. La première parution officielle de ce même livre est un autre EO (celle de la version officielle).

Ce qui ne nous éclaire pas plus sur le problème de la reliure. Un plein veau vaut plus cher qu'un demi, n'est-ce pas ? Un livre avec reliure dite d'attente (simple carton, pages pas encore découpées) vaut donc encore moins ? Pourtant, il s'agit de l'EO originale dans sa forme origi-NELLE, non ? :)

Il me semblait important de recentrer ce débat car on s'éloigne un peu des caribous du grand nord depuis quelque temps... Ce qui me chagrine.

TE

Hugues a dit…

Grrrummph (cri du caribou au fond des bois)

Alors là, je suis assez catégorique: sauf exception (armes, etc) et toutes choses égales par ailleurs, un maroquin vaut plus qu'un plein veau, qui vaut plus qu'un demi-veau, qui lui vaut plus qu'un broché, même non coupé.

Et cela, je le repête, toutes choses égales par ailleurs, et dans 99% des cas.

H

Anonyme a dit…

un bémol est nécessaire ce me semble,
il est des livres plus prisés s'ils sont brochés en parfait état avec leurs couvertures d'origine, ou dans leur cartonnage (fragile) de l'époque. Exemple, les EO des grands romantiques, Stendhal, Hugo, etc. Je ne dis pas qu'une reliure en plein maroquin de l'époque sur la chartreuse de Parme en EO sera moins cotée qu'un exemplaire broché en parfait état avec les couvertures, mais je dirais qu'il n'y aura pas de différences notables dans l'appréciation du prix de l'exemplaire. Ceci est beaucoup moins vrai pour les EO du XVIè au XVIIIè s. encore que... Voir quelques catalogues de libraires de haut vol.

Bonne soirée,

Hugues a dit…

Merci pour ce commentaire, nous essayions de définir des règles qui peuvent fonctionner dans la plupart des cas... et il vrai que nous parlons essentiellement de livres anciens, donc antérieurs au 19ème, pour lequel le veau par exemple se fait plus rare...

Naturellement, il y a des exceptions, c'est ce qui fait la beauté de la bibliophilie!

:)

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