« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier
"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

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jeudi 24 mai 2007

Les livres qui tuent ou rendent fous

Nous avons récemment évoqué le Nom de la Rose, d'Umberto Eco, mais saviez que l'un des ressorts essentiels du livre (les pages empoisonnées), est en fait directement inspiré d'un fait réel? Ce même fait qui inspira également Alexandre Dumas puis Patrice Chéreau (au cinéma) pour la Reine Margot.


Il faut remonter au 14ème siècle, et au règne de Jean de Bavière (1375 - 1424) pour retrouver les faits. Prince-évêque de Liège, puis duc de Bavière, Jean était un souverain autoritaire qui se brouilla rapidement avec ses sujets. Chassé et déposé, il revint au pouvoir avec l'aide de son beau-frère Jean Sans Peur, le duc de Bourgogne. Son despotisme n'en fût que renforcé et il prît rapidement le nom de Jean Sans Pitié, décapitant les veuves de ses défunts adversaires.

Ce charmant personnage finît par avoir des vues sur les terres hollandaises de sa nièce Jacqueline, et mît la main sur celles-ci grâce à une alliance avec le propre mari de la nièce en question. Jacqueline quitta son mari et le continent, épousa le duc de Gloucester et revînt pour reconquérir ses terres à la tête d'une armée anglaise.


Parallèlement, elle mît au point l'empoisonnement de son rival : un noble hollandais, familier de Jean et apparenté aux deux rivaux, enduit le livre de prières personnel de Jean d'un poison lent... On ne sait si la mort fût causée par inhalation, ingestion ou par le toucher mais Jean mourût à Delft en 1424... Le complice mourût également.

L'assassinat ne fût naturellement pas revendiqué mais il est repris dans diverses chroniques de l'époque dont la Chronique des duchés de Lorraine et du Brabant, d'Edmond de Dynter.

Autre cas intéressant d'ingestion fatale... celui de Ménélik II (1844-1913), le Négus ou Roi des Rois d'Ethiopie, de 1889 à 1913. Cette fois-ci la victime est le Négus lui-même, qui fût pourtant un souverain progressiste : après avoir fondé Addis-Abeba, il repoussa l'armée italienne et la mît en déroute, puis il introduisit le télégraphe, l'automobile, le chemin de fer, et d'autres nouvelles techniques.

Hélas... Ménélik fût victime d'un infarctus en 1913... qui s'il ne lui fût pas fatal... lui mît de drôles d'idées en tête. En effet, celui-ci, très croyant et persuadé des vertus curatives de la Bible, entreprît d'ingérer patiemment mais goulûment le Livre des Rois (logique me direz-vous), en le déchiquetant de ses propres dents. Le résultat ne se fît guère attendre et Ménélik mourût dans de terribles souffrances, les intestins bouchés et collés...

Enfin, que dire de ce New-Yorkais, allez appelons le Thibault, qui manqua périr enseveli sous les centaines d'ouvrages de sa collection, qui s'étaient effondrés sur lui et empêchaient tout accès à son appartement.

Quand je pense que certains imaginent que la bibliophilie est une passion tranquille, qui se vît charentaises aux pieds, chat sur les genoux et thé dans la main... ils se trompent lourdement, nous vivons dangereusement!

Tiens, je connais un libraire, allez appelons le Bertarnd, qui est un fin connaisseur du Nom de la Rose... Imaginez que l'encre lui monte à la tête et qu'il se mette à recouvrir chacun des livres qu'il envoie à ses clients des quatre coins de la France, d'un poison aussi indétectable que fatal... Voilà un bon sujet pour un roman noir bibliophile...

Brrr... je retourne mettre mes gants!

H

3 commentaires:

Bertrand de Baskerville a dit…

euh ! je tiens à confirmer que les livres que j'expédie à mes amateurs de clients sont dénués de toute substance toxique...

Amicalement, Bertrand,

PS : bonnes vacances sous-marines...

Bertrand de Baskerville a dit…

Dans le nom de la Rose je crois que la phrase exacte est : "... un livre qui tue ou pour qui l'on tue..." et ce lorsque Messire Guillaume tente de comprendre les mystèrs qui ensanglantent l'abbaye...
Et bien on peut également citer "la neuvième porte", film avec le très "ésotérique" (ça plait aux dames...) Johnny Depp..., film tiré du roman "Le Club Dumas" d'Arturo Perez-Reverte. Si vous ne l'avez pas vu, louez-le en DVD, l'ambiance y est très "livres rares" même s'il est à déplorer à mon avis quelques zones ombrageuses non résolues dans le scénario... surtout sur la fin... Mais doit plaire aux bibliophiles en grande majorité. D'ailleurs si d'autres ont des références de livres, films, etc concernant le sujet (peu traité) des livres rares, etc... je suis preneur,

Amicalement, Bertrand

dede155 a dit…

Les livres maudits de Jacques Bergier dans la collection J’ai Lu.
Un touche à tout ce Bergier.
En complément les grand livres mystérieux de BECHTEL.
Mais en tant que libraire vous devez au moins connaître le second ;-)

Cordialement.

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