« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier
"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

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lundi 29 décembre 2008

Paris - Province, où sont les meilleurs prix?

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Je rentre à peine d'une petite sortie dont le but était de me mettre quelques pages anciennes sous la dent et comme à chaque fois lorsque je suis dans ma province natale, la Lorraine, je rentre bredouille: trop marquée par les guerres et l'annexion allemande, la région ne propose que peu de livres anciens, il n'y a d'ailleurs qu'un libraire d'ancien. Le pire, c'est que lorsque je finis par dénicher un livre intéressant, ce qui est rarissime, il est systématiquement proposé à un prix dissuasif.

En ce qui me concerne, c'est certain, il y a plus de livres qui passent à ma portée dans la capitale. Reste la question des prix, ou le match Paris - Province comme titre ce mois-ci le magazine Antiquités Brocante. Des lecteurs m'ont déjà posé la question par email, sans que je puisse apporter de réponse. Il ne me semble pas d'ailleurs qu'il y en ait: j'ai assisté à des ventes aux enchères en province où "tout était pour rien", comme le dit un ami libraire, notamment une, non cataloguées, où j'ai dû appeler un taxi pour m'aider à transporter mes achats imprévus, et à d'autres ventes en province, où tous les notables bibliophiles et les libraires de la région s'étaient rassemblés et bataillèrent comme s'ils n'avaient plus vu de livres depuis des lustres (ce qui était peut-être le cas, peu de belles bibliothèques passant dans des petites villes de province).

A l'inverse, la masse des livres proposés à Drouot, même s'il y a beaucoup de libraires et d'amateurs qui sont autant d'acheteurs potentiels, fait que les livres peuvent encore être dénichés à des prix intéressants.

Chez les libraires, j'ai l'impression que les prix sont plus lissés, que ce soit à Paris ou en province, pour la simple raison que la plupart d'entre-eux disposent d'internet pour comparer leurs prix avec ceux de leurs concurrents. Néanmoins, comme toujours chez le libraire, la possibilité de négocier un bon prix est souvent liée à la relation que l'on entretient avec lui: c'est plus simple si vous passez le voir trois fois par semaine que si vous n'êtes qu'un voyageur de passage. Ce qui est en passant un argument supplémentaires pour faire des visites régulières à vos amis libraires.

Difficile donc d'établir des règles, tout dépend du moment, de la taille de votre porte-monnaie et de vos habitudes: si vous achetez tous vos livres au salon du Grand Palais, il est probable que vous allez trouver les prix intéressants en province, que ce soit dans une salle des ventes ou chez un libraire.

Si je le devais, je ne garderais que deux principes en tête: plus le livre est de qualité, plus le prix a des chances d'être lissé et les ventes non cataloguées peuvent être intéressantes, ou pas... Encore faut-il d'ailleurs, pouvoir comparer deux livres entre-eux. Ce qui est loin d'être évident. L'un de vous m'a proposé une petite étude sur les prix sur ebay, je vous la proposerai prochainement, c'est assez édifiant et décourage immédiatement toute théorisation sur le prix des livres.

H

13 commentaires:

Pierre a dit…

Bonjour Hugues

"trop marquée par les guerres et l'annexion allemande, la région ne propose que peu de livres anciens, il n'y a d'ailleurs qu'un libraire d'ancien". La guerre, je comprends. Mais l'annexion, je comprends moins.... Pouvez-vous éclairer ma lanterne? Cette relative misère n'est-elle pas plus simplement à mettre sur le compte de l'absence pdt des siècles d'une classe aisée commercante et bourgeoise?


Ceci dit, je réside au Grand-Duché de Luxembourg. Et là non plus, il n' y a pas à ma connaissance de libraire d'anciens. Faut aller à Paris ou à Bruxelles...
Pierre.

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Les livres rares et précieux sont en général plus chers en province que dans la capitale parce qu'ils y sont encore plus rares.
En outre, il est plus facile de trouver un livre intéressant à tous points de vue dans une masse importante de livres que sur un rayonnage de quelques mètres.
Enfin, la culture de l'amateur en matière de livres anciens est tellement hétéroclite qu'elle est à l'origine des prix incohérents constatés sur e-bay....et également à l'origine de la naissance de La Nouvelle Revue des Livres Anciens.

Le Bibliophile Rhemus a dit…

La guerre a certainement fait disparaître bon nombre de bibliothèques en Alsace-Lorraine, où "la classe aisée commerçante et bourgeoise" n'a jamais été absente. Pendant l'exode qui mena mon grand-père maternel à Lourdes, sa bibliothèque restée à Metz a disparu, comme le reste du mobilier d'ailleurs.

Gonzalo a dit…

Je ne suis pas parisien, mais quelques expériences des librairies parisiennes m'avaient plutôt laissé pensé que les tarifs sont plus élevé en boutique à Paris qu'en province. Pour ce qui est de Drouot ou des quais, je n'y ai jamais acheté et je les ai peu fréquenté.

En revanche, pour ce qui est de la question de l'alignement des prix par internet, je pense qu'il convient de le relativiser. Les prix sont effectivement alignés sur la toile. Mais je fréquente quelques libraires dont je sais par ailleurs qu'ils sont présents en ligne (ebay et autre), et je constate que, s'ils alignent leurs prix en ligne, ils ne les changent pas en boutique. Tel ouvrage que je peux acquérir 80 euros sur ebay m'est offert à 45 euros en boutique, parce que le vendeur sait que le public intéressé ne fréquente pas sa boutique: donc un prix faible en boutique, et un prix élevé en ligne.

pierre a dit…

Bien vu Gonzalo !
J'ai aussi remarqué que certains libraires affichent des prix inférieurs en boutique que sur Ebay en achat immédiat. Je parle pour la province, bien sûr, où le client (touriste, bibliophile, badaud) est moins dense qu'à Paris...
L'importance d'une clientèle étrangère (souvent aisée) est-elle de nature à tirer les prix vers le haut à Paris en ce qui concerne le livre ancien ?
Avec mes meilleurs vœux de bonheur pour 2009. Pierre

Vincent P. a dit…

Je pense très sincèrement que ce match n’est malheureusement plus guère, à quelques exceptions près, d’actualité.

En effet comme vous le signalez Hugues, les prix sont lissés par internet, et dorénavant à moins qu’un ouvrage ne se trouve en ligne (et là comme sur Ebay on peut encore faire de beaux « chopins »), n’importe quel libraire lissera et s’alignera sur les prix des exemplaires proposés.

Il y a environ 10 ans il était encore possible de chiner en « Province ». Les prix étaient très intéressants par rapport à Paris, et on pouvait revenir avec des valises d’ouvrages achetés moins cher qu’à Drouot.

Ce n’est plus le cas…même si les libraires de « Province » ont vécu pendant des décennies des ces achats parisiens : l’écart des prix se justifiant alors par des coûts moindres qu’à Paris, et ce au niveau des loyers des magasins et des achats (il était impossible aux particuliers à cette époque de comparer les prix, sauf de se balader d’un libraire à un autre avec ses livres sous le bras).

Et même si les libraires de « Province » (j’exècre ce terme…) ont encore actuellement moins de frais que ceux de Paris (je connais des libraires à Bordeaux ou à Lyon qui paient moins de 1000€ mensuels pour de belles boutiques), ils sont devenus plus gourmands (et je les comprends, pas folles les guêpes) et donc vendent à des niveaux de prix qui sont comparables à ceux de leurs confrères parisiens.

D'ailleurs on ne voit plus guère de libraires parisiens chiner en "Province", où alors c'est qu'ils y sont pour les vacances, ou pour une vente...

Pendant longtemps Paris a drainé les libraires en devenir qui y ont installé leurs magasins, mais depuis quelques années on assiste à l’installation des « jeunes » libraires en « Province » et même au départ de quelques librairies parisiennes (ou du grand Paris). Ce n’est pas l’exode, mais cela est révélateur…

Le Bibliophile Rhemus a dit…

TRES
BONNE ANNEE 2009
A TOUTES ET A TOUS !

Jean-Luc a dit…

Province est un terme très connoté et son emploi doit être réservé à un propos péjoratif.

On ne peut l'utiliser dans une réflexion intelligente. Ainsi ici, ce serait nous faire croire que le prix des livres anciens est le même dans toute la France sauf Paris. C'est stupide. Des différences de prix sont énormes entre un même livre à Brest et à Marseille. D'autant que dans une seule et même ville, Paris compris, on constate des prix très différents.

Cessons d'utiliser le terme "province" comme si il était neutre, il ne l'a jamais été et il conduit toujours celui qui l'utilise droit dans le mur.

Hugues a dit…

Ouh la, un provincial en colère! Je remarque que Paris étant peuplé de provinciaux qui en sont fiers, il n'y a plus qu'en province que certaines personnes attribuent curieusement un sens péjoratif au mot "provincial", dans un complexe démodé... enfin je veux dire que depuis que les années 80 sont finies, ce cliché a vécu...! Sourire.
Je suis moi même parisien, et j'ai vécu toute ma vie en province avant de venir dans la capitale faire mes études. Je retourne tous les week-ends ou presque en province et les hasards de la vie font que je vais aller me réinstaller en province dans quelques mois.
Tout ceci pour dire que n'en déplaise à certains, il y a une vraie différence entre la vie à Paris et la vie en province, notamment en termes de prix, ce qui était le sujet (comparez l'immobilier par exemple), mais c'est certain que vous trouverez toujours des contre-exemples particuliers: Saint-Emilion est plus cher que Malakoff, et MM. Sourget et Latude sont plus chers que bien des libraires parisiens. Ce qui ne veut rien dire... Surtout pas qu'il n'y a aucune différence entre Paris et Province.
Du reste, dire qu'il y a des différences entre Paris et la Province ne signifie pas affirmer qu'il n'y a pas de différences entre deux grandes villes de province. Vous réduisez considérablement le propos et me faites dire ce que je n'ai pas dit.
Oups, j'ai utilisé au moins 6 fois le mot "province" dans mon message, deux solutions: on m'écartèle de suite, ou bien on considère simplement que je ne peux avoir une "réflexion intelligente"... :)

Je préfère bien sûr la deuxième, ça fait moins mal et cela montre que des provinciaux peuvent aussi avoir des réflexions "parisianistes"... Ce qui tend à démontrer par l'absurde que vous avez raison Jean-Luc, aucune différence entre Paris et province à ce niveau là....
Pour terminer (vous aurez noté que je suis contrarié), et sans être dans le mur, "provinciaux de toutes régions, décoinçons nous un peu,je n'ai jamais entendu dire, ni considéré, que provincial était un terme péjoratif". Enfin pas depuis 1985.
Hugues (qui part flâner dans les rues de Metz, comme un bon provincial, les sabots crottés et le front bas...). Et sans rancune, car c'est bien connu, le provincial est d'un bon naturel.
:)

Emmanuel a dit…

Loin de moi l'ambition de répondre à votre vaste question mais habitant la province et ayant vécu à Paris, voici mon ressenti. La marchandise "moyenne" est chère en province contrairement à Paris, c'est le cas de tours (pour les deux salles des ventes), angers un peu moins mais alors on voit débarquer les parisiens, les nantais et autres bibliophiles plus fortunés. De plus il y a encore quelques années les ventes courantes en province offraient des très bonnes surprises, mon père s'est fait une très bonne bibliothèque via les ventes courantes, depuis quelques années les ventes courantes et les fameuses manettes sauf exception n'offrent plus grand chose car des ventes spécialisées avec experts cassent le potentiel.. Internet a bouleversé les cartes. Les bons articles st vendus directement à Paris respectivement 55' de tours et 1h30 d'angers en TGV.
bonne année à vous
Amitiés
Emmanuel

Jean-Luc a dit…

Je concourrais pour le 5000ème commentaire, mon intention n'était pas de te froisser. Pour autant je persiste et signe.

Province EST péjoratif, le nier c'est méconaître le problème. Pour exemple : http://fr.wikipedia.org/wiki/Province_(littérature)

Ce débat est loin d'être clos depuis 1985 :) et ce n'est pas l'apanage d'indépendantistes enragés. C'est sans agresivité aucune que je ne manque pas une belle occasion de dénoncer le piège du terme "province".

Je ne condamne pas ceux qui utilisent le terme sans penser à mal, je condamne le terme tout court. Son utilisation induit une manière de réfléchir qui aboutit toujours à une impasse.

Par exemple, lorsque tu dis "je vais aller me réinstaller en province dans quelques mois", tu dis juste que tu vas quitter Paris.

Est-ce bien neutre d'utiliser le vocable "province" en lieu et place de "France", de considérer que n'importe quel coin de France en vaut un autre pour s'installer et que Paris n'est pas en France ?

Hugues a dit…

Bon, admettons, et puis de toutes façons, ce n'est pas le débat quand on voît ces livres d'heures filer vers la capitale du Monde, les EU, dont nous ne sommes qu'une province éloignée! :)
Juste une chose: j'ai dit "province" pour mon déménagement, parce que je cultive mon anonymat sur le blog jusqu'à ce point, pas du tout parce que pour moi une région en vaut une autre. D'ailleurs j'ai voulu ce déménagement, on ne m'y a pas obligé, et j'ai choisi l'endroit.
Mais bon, je le dis alors, je vais déménager à Lyon, s'il y a des émeutes de lectrices du blog à mon arrivée en gare de la Part-Dieu -je vais faire ça façon Mick Jagger-, Jean-Luc, ce sera à cause de toi!
Sourire.
H
P.S.: et avant que les féministes ne me tombent dessus, après les provincialistes, je précise que je réserverai un accueil tout aussi sympathique aux bibliophiles lecteurs du blog. Bon, à la vérité, je risque de me retrouver seul sur le quai, mais on peut rêver, non? "You can't always get what you want!".
:)

Jean-Luc a dit…

Ha alors, justement, j'allais en parler du machisme flagrant de ce blog !

Je plaisante, bonne année à toi et à tous les passionnés de ce blog.

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