« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier
"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

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jeudi 5 février 2009

Des Manques...

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Je reçois régulièrement des questions de lecteurs du blog qui m'interrogent sur la valeur d'un livre. Parfois ces livres ont des manques et mes interlocuteurs s'étonnent que leur valeur potentielle (même si nous savons ici combien la valeur d'un livre est une valeur très relative) en soit très dépréciée: après tout, le texte lui est complet, même si toutes les planches manquent, et un frontispice n'est pas essentiel pour le lecteur. Pour un lecteur non, mais pour un bibliophile, en tout cas pour le bibliophile que je suis, je ne suis jamais autant déçu que lorsque je découvre qu'un de mes ouvrages, que je croyais complet, ou qui m'avait été vendu comme tel, ne l'est pas.

Le Dictionnaire Encyclopédique propose comme définition: n. m. - Déverbal de manquer. Absence d'un élément nécessaire, lacune. En bibliophilie, l'absence d'un élément matériel dans un exemplaire, défaut par rapport à l'exemplaire idéal ou théorique: le manque déprécie de façon certaine un volume proposé à la vente, et son signalement est donc essentiel dans la description qu'établit le catalogue de libraire. 

Le manque peut concerner les pages (manque de papier, de titre, de planche, de cahier, de page, de ligne, ou même quelques caractères à cause d'un trou de ver par exemple), la reliure (manque à la coiffe, à un nerf). Après c'est à chaque bibliophile de définir son niveau d'exigence, voire de l'adapter en fonction de l'ouvrage auquel il a affaire: en ce qui me concerne j'évite comme la peste les ouvrages présentant un manque de texte: c'est un défaut qu'il est impossible de corriger. Pour le reste, face à un exemplaire intéressant, je peux accepter un manque à la reliure (qui se restaure; rappelons en passant qu'un ouvrage dépouillé de sa reliure ne présente pas un manque, c'est une épave), voire un manque de papier, mais je ne vais pas plus loin. Je me suis parfois risqué à acquérir des ouvrages auxquels il manquait une planche et que je croyais rares: erreur, on ne trouve jamais la planche manquante, et si par miracle c'est le cas, il faut se lancer dans des manipulations risquées, longues et ruineuses: ces mauvais achats reposent encore dans ma bibliothèque pour me rappeler à l'ordre!

De même, chacun devra se faire sa propre appréciation face aux catalogues qui présentent des ouvrages avec des manques qui sont le plus souvent affublés de qualificatifs très subjectifs: "léger" manque, "manque marginal". Dans ce cas, la plus grande prudence est de mise et une photo est bienvenue. 

Mais le plus défi reste bien de savoir identifier un manque et c'est là que la science bibliographique se révèle une nouvelle fois vitale pour le bibliophile. Puisque tout est là: chercher, vérifier, collationner pour en avoir le coeur net: la tâche est parfois ingrate, souvent décevante, mais presque toujours passionnante. Et quelle joie de constater qu'une nouvelle acquisition est bien là, dans son intégrité, en face de nous. Puisque nous le savons bien, nous Bibliophiles: le livre n'est pas seulement un texte, c'est un tout. Un tout avec des manques, avouez que c'est diablement moins attirant!

H

5 commentaires:

Bergamote a dit…

En voyant le titre de ton billet, j'avais lu "des mangues"... j'ai cru un instant que tu allais nous parler de livres gastronomiques. Quelle déception *clin d'oeil*

Olivier a dit…

Un désaccord tout personnel (mais je ne suis pas, encore, bibliopégimane).
Un manque à l'ouvrage m'est devenu (presque) rédhibitoire (sauf à douter de la collation, ce qui peut arriver pour le 16ème siècle et avant... où lorsque la raison abdique...).
Quant à la reliure (si le texte est complet, y compris de ses planches) et à condition de le payer très peu cher, je me sens presque un devoir de lui rendre sa fonction de livre relié (restent les délais et le prix) mais c'est ma petite pierre...
Bien à vous tous,
Olivier

Gonzalo a dit…

Triste sort de l'amateur de livre à gravures, ou, comme c'est mon cas, de l'amateur de livres entièrement gravés qui, lorsque les planches ne forment pas une narration mais une simple "collection", sont rarement complets.

Anonyme a dit…

Je partage ton point de vue Hugues, un livre avec des lacunes de texte ou de gravures laisse toujours un goût de regrets dans une bibliothèque...et j'ai hélas quelques regrets.
Cependant il y a aussi quelques livres assez rares pour ne pas espérer les trouver jamais complets, à un prix même déraisonnable. Autre excuse valable, pour moi, le cas du livre d'une provenance exceptionnelle dans une magnifique reliure également exceptionnelle mais avec quelques feuillets en déficit, ou celui d'un livre incomplet mais truffé par son auteur. Ceci n'est défendable que pour les livres véritablement anciens.
Un des risques des achats en brocante, en salle de ventes parfois, voire sur e-bay est justement l'absence de collation. Je préfère lire "absence de deux feuillets de table, sans gravité" chez un libraire honnête mais dépité que de faire cette découverte moi même quelques mois plus tard même si mon carnet d'adresses s'en trouve à tout jamais allégé.
Lauverjat

Anonyme a dit…

Bien d'accord sur vos réflexions à propos des livres incomplets quand au texte mais je le suis un peu moins quant à leur reliure : même en très mauvais état on peut pratiquement toujours sauver l'objet. Il faut évidemment trouver le relieur qui le fera correctement ; comme j'opère moi-même la question ne se pose pas. Et que penser de ces ouvrages dont on a froidement éradiqué la modeste reliure plein veau marbré pour la remplacer par un somptueux maroquin ? Je considère qu'il s'agit là d'une hérésie même si le résultat est superbe.

René de Braine-le-Comte

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