« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier
"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

samedi 30 juin 2012

Aux frontières de la bibliophilie: un portrait de De Vinci retrouvé grâce à un recueil du XVIe et trois petits trous d'aiguille


Amis Bibliophiles bonjour, 


30 Janvier 1998, Sotheby's, New York. Peter Silverman est dans la salle. Il n'est pas là pour enchérir sur un livre, mais pour tenter d'acquérir un dessin qu'il a repéré dans le catalogue de la vente. Silverman s'est fait une spécialité de retrouver des oeuvres mal cataloguées, et on lui doit notamment la redécouverte de trois Van Dyck et d'un Raphaël. Dans le catalogue Sotheby's, le dessin est décrit comme un portrait allemand du XIXe, peint sur vélin puis collé sur un panneau de chêne. Silverman cesse d'enchérir à 17 000 dollars, l'oeuvre est adjugée 19 000 dollars.

En 2007, neuf ans plus tard, incroyable coïncidence, il croise à nouveau le dessin chez une célèbre marchande d'art de New York, Kate Ganz. Cette fois-ci pas d'enchères et Peter Silverman achète le dessin. Commence alors une incroyable enquête que Silverman va mener pour confirmer son intuition: selon lui, le dessin n'est ni allemand, ni du XIXe, mais daterait plutôt de la Renaissance italienne et pourrait par exemple être attribué à Ghirlandaio.

Le dessin est présenté à de nombreux experts puis confié au laboratoire indépendant parisien Lumière Technology, dont les travaux font apparaître de nombreux éléments troublants: on reconnaît la patte d'un gaucher sur les clichés en haute définition, la datation au carbone 14 révèle que le vélin sur lequel est dessiné le portrait a été fabriqué au XVIe siècle, la coiffe de la jeune fille semble être une coiffe à la mode à la cour de Ludovic Sforza (une "coazzone"), des similitudes avec La Dame à l'Hermine, portrait peint par De Vinci, apparaissent sur les images multi-spectrales mais aussi, et c'est le plus passionnant pour les bibliophiles, les photos permettent d'identifier trois trous d'aiguille et des entailles dans le bord gauche du dessin. 

Plutôt que de continuer la bataille d'experts qui fait rage, Silverman décide d'explorer cette dernière piste. On sait en effet que des recueils très raffinés étaient produits à la cour des Sforza, à la gloire du duc et de ses proches: les Sforziades. Parmi les quatre répertoriés, l'un fût réalisé à l'occasion du mariage de l'une des filles du duc Ludovic Sforza, Bianca. Les experts du laboratoire français partent donc pour la Pologne et la bibliothèque nationale de Varsovie pour le consulter. Leur intuition est rapidement confirmée: des feuillets du recueil ont effectivement disparus et les trois trous d'aiguille du portrait se superposent à ceux de la reliure du recueil conservé à Varsovie. Le portrait provient donc bien de cette Sforziade, il est bien du XVIe siècle. Il constituait apparemment frontispice du recueil, avant d'être découpé puis collé sur un panneau de chêne. 

Vinci était gaucher, ce qui n'est pas le cas des élèves de son atelier, Vinci a connu la jolie Bianca, qui fût mariée à 13 ans, en 1496, Vinci est l'un des protégés des Sforza, dont il peindra le plafond du chateau en 1498 par exemple. 

Aujourd'hui la présomption que le recueil ait été réalisé par le maître est forte, que le dessin ait été inclus au frontispice de cette Sforzade à l'occasion du mariage de Bianca. C'est en tout cas ce que les experts considèrent désormais, donnant au portrait une valeur désormais inestimable.... même si le consensus n'est pas encore établi, selon certains pour ménager la réputation des experts de Sotheby's.

Pour la petite histoire, la vendeuse qui avait confié le portrait à Sotheby's a attaqué la maison de ventes pour négligence, avant qu'un accord amiable et secret ne soit trouvé entre les deux parties.

Une belle histoire, aux frontières extrêmes de la bibliophilie mais qui encourage définitivement à regarder les coutures et les reliures différemment. Et si je regardais d'un peu plus près mon portrait de Baïf peint par Tabourot? :)

H

jeudi 28 juin 2012

Ebayana, livres anciens en vente sur ebay: EOs, belles reliures, livres à planches, voyages...

Amis Bibliophiles bonjour,

Voici une sélection de livres intéressants actuellement en vente sur ebay:
































H

mercredi 27 juin 2012

Dans la bibliothèque du bibliophile: les Oeuvres Complètes de Baïf

Amis Bibliophiles bonjour,

Quand le bibliophile n'a plus rien à dire, vous l'avez remarqué, il ouvre les portes de sa bibliothèque et vous propose de découvrir un ouvrage.

Aujourd'hui, la fiche d'un ouvrage attachant, les Oeuvres Complètes de Baïf:


Œuvres Complètes de Baïf
Jean-Antoine de Baïf

Paris, pour Lucas Breyer, 1572-1573

Quatre volumes petit in-8°, plein maroquin rouge, dos à 5 nerfs, auteur, titre, lieu et date dorés, fleurons dorés entre les nerfs, grand décor floral (couronne de lauriers) doré au centre des plats, double filet doré sur les coupes et les coiffes, dentelle intérieure. Contreplats et gardes en papier peigné, tranches dorées sur marbrure. Reliure du XIXe signée Trautz-Bauzonnet. Les 4 volumes sont ornés de bandeaux, culs-de-lampe et initiales historiées gravées sur bois.


Les œuvres en rime: Paris, L. Breyer, 1573. 
Les Oeuvres en Rime de 1573 (édition originale), qui se trouvent donner au recueil son titre général, par commodité probablement, et bien que d'une date postérieure à deux des autres ouvrages qui le constituent. 
Collation: 8 feuillets non chiffrés dont le titre, 1 feuillet non signé (extraict du privilège), 272 feuillets foliotés (le f. 84 est paginé 77, du f. 94 au f. 104 toute la pagination est erronée). Tchemerzine signale à tort 10 feuillets préliminaires, l'exemplaire n'en compte que 9. Exemplaire entièrement réglé.


Les Amours: Paris, L. Breyer, 1572. 
Collation: 7 feuillets non chiffrés comprenant le titre avec la liste des livres des Amours au verso, l'épître à Monseigneur le duc d'Anjou et l'épître à Méline ; 232 feuillets chiffrés. 



Exemplaire enrichi d’un portrait de Baïf à la sanguine signé Tabourot et daté de 1594, collé en face du titre. Edition originale des Amours Diverses, divisées en trois livres. On y trouve des pièces (surtout des sonnets) composées après 1555, date de la publication des Amours de Francine (qui suivent les Amours de Méline dans ce recueil), et d'autres qui ont été simplement remaniées. Marcel Raymond note un potentiel plagiat ou imitation de Ronsard par de Baïf, pourtant M. Jean-Paul Barbier y voit plutôt une ressemblance de style avec Jodelle. La parution en 1572 des Amours de Ian-Antoine de Baïf est essentielle dans le processus éditorial de l'ensemble des Œuvres de l'auteur. Ce sont plusieurs recueils qui parurent alors séparément chez le libraire Lucas Breyer (ici réunis).

Les Jeux: Paris, L. Breyer, 1573 [i. e. 1572]. 
Collation; 4 feuillets non chiffrés, 232 feuillets foliotés (le f. 209 est paginé 210, f. 216 est paginé 217, f. 218 est paginé 821, f. 228 non chiffré, f. 230 est paginé 228, f. 232 est paginé 230). 
La date du titre a été changée en celle de 1573 par l'adjonction manuscrite d'un I au chiffre M.D.LXXII comme à plusieurs autres exemplaires connus, dans le but d'uniformiser la datation des 4 volumes.


Les Passetems: Paris, L. Breyer, 1573 [i. e. 1572]. 
Collation: 4 feuillets non chiffrés dont le titre, 128 feuillets foliotés par erreur 126 (l'erreur se produit aux ff. 101 à 104 qui sont paginés deux fois, et aux ff. 114, et non 117 comme l'indique Tchemerzine, et 118 qui font défaut dans la pagination) (Tchemerzine/Scheler, I, 264-279 avec plusieurs fac-similés ; pas dans Adams).


Jean-Antoine de Baïf est le fils naturel de Lazare de Baïf, ambassadeur du roi auprès de la République de Venise. Lazare de Baïf ne pouvait pas se marier à cause de son état ecclésiastique, mais il reconnut l'enfant, en prit soin et, lui-même humaniste extrêmement cultivé, lui fit donner une excellente éducation - un de ses maîtres fut Dorat - et le nomma son héritier universel. Après la mort de son père (1547) Jean-Antoine suivit Dorat au collège de Coqueret, dont son précepteur allait devenir principal, et il y fit la connaissance de Ronsard et de du Bellay. 


Emule de ses amis, il publia en 1552, âgé à peine de vingt ans, son "canzoniere", Les Amours, en deux livres, qui chantent une femme idéale, Méline. Deux ans plus tard, au cours d'un séjour à Poitiers en compagnie de Jacques Tahureau, il fit la connaissance d'une jeune femme, Françoise de Gennes, qu'il a chantée sous le nom de Francine dans Les Amours de Francine, (1555). En quatre livres : près de deux cent cinquante sonnets et une quarantaine de chansons. Etant entré dans les ordres, il put obtenir quelques bénéfices ecclésiastiques et fut enfin nommé par Charles IX secrétaire de la chambre du roi, ce qui lui permit de vivre à Paris dans l'entourage immédiat du souverain. S'étant associé avec le musicien Thibaut de Courville, il fonda en 1570, grâce à la protection du roi, une "Académie de poésie et de musique", qui se proposait notamment la réalisation, sur un plan expérimental, d'une idée chère à la Pléïade à ses débuts, celle de l'association intime entre poésie et musique, première ébauche, en fait, du Conservatoire. En 1572 il fit paraître ses Oeuvres en rime, en quatre volumes, réunissant sa production de vingt ans, neuf livres de Poèmes, neuf livres d'Amours, cinq livres de Jeux, cinq livres de Passetemps.

"Il [me] parait évident que le poète commença par donner une nouvelle édition de ses Amours, puis un volume de Ieux, avec de concevoir le projet d'une édition collective. On se rappelle que Ronsard avait déjà réalisé une telle ambition en 1560 (en 1573, il en était à sa quatrième édition collective!), et l'on peut comprendre que son ancien disciple et intime ait eu envie, lui aussi, d'aligner plusieurs tomes sur les étagères de la postérité. Les Amours et les Ieux, vendus séparément par Breyer, avant l'impression des Eouvres en rime, se trouvent parfois avec de jolies reliures en vélin doré ou en maroquin." (Jean-Paul Barbier, Ma bibliothèque poétique, partie III, Ceux de la Pleiade, 60).

"C'est l'audace de Baïf qu'on retiendra, comme son esprit toujours novateur : il s'est essayé à tous les genres avec une hardiesse qui n'a d'égale que son goût de l'invention formelle, et son souci de variété. Il laisse une oeuvre immense, assurément imparfaite et insuffisamment relue, mais foisonnante de trouvailles poétiques, l'une des plus riches de son siècle." (Jean Vignes, Nouveau dictionnaire des auteurs, I, 216).

"Baïf fonde en 1570, dans sa maison du faubourg Saint-Marceau, l'Académie de poésie et de musique dont le rayonnement fut très important. C'est dans ce cadre qu'il publie les Étrennes de poésie française en vers mesurés (1574) ; ses autres œuvres en vers mesurés, soit un psautier complet, un psautier incomplet et plusieurs livres de chansonnettes, sont restées inédites. Fascinée par l'Antiquité gréco-latine, la Renaissance européenne a connu de multiples tentatives d'introduire la métrique quantitative (reposant sur la longueur, ou poids des syllabes) dans des langues qui n'étaient pas toujours bien équipées pour la recevoir. C'est à ce projet que Baïf a consacré une partie très importante de son énergie créatrice, allant jusqu'à créer un système graphique qui permette de rendre compte aussi bien de la phonétique que de la métrique de ses vers. Il ne doit pas pour autant être considéré comme un « réformateur » de l'orthographe au même titre que Louis Meigret, Jacques Peletier du Mans ou Pierre de La Ramée : il n'a jamais, en effet, cherché à modifier les usages graphiques traditionnels, réservant sa graphie propre à ses vers mesurés. Considérés comme « maladroits » par des critiques qui, le plus souvent, n'ont pas pris le temps de s'y plonger, les vers mesurés « à l'antique » de Baïf, notamment les Psaumes et les Chansonnettes, même si leur diffusion est restée confidentielle, n'en constituent pas moins un fait littéraire aussi important que méconnu. Exploitant de manière ingénieuse les oppositions de quantité qui subsistaient dans la langue française de la Renaissance, Baïf propose, avec ses vers mesurés, un système de versification extrêmement élaboré qui, s'il n'est, comme toute forme d'art, pas totalement exempt d'artifice, est loin d'être aussi arbitraire qu'on a pu le penser. En outre, mis en musique par des compositeurs comme Claude Le Jeune ou Jacques Mauduit, les vers mesurés de Baïf ont eu une influence majeure sur la manière dont, jusqu'à la fin du XVIIe siècle, se sont organisés les rapports de la musique avec le texte."

Références : Le Petit, Bibliographie des principales éditions originales françaises, 1888, p. 87. Tchémerzine, Editions originales et rares, I, 265. Jean-Paul Barbier, Ma bibliothèque poétique, partie III, Ceux de la Pleiade, 60. Rahir, La bibliothèque de l'amateur, 303.

Bel exemplaire des œuvres complètes de Baïf, en édition originale et dans une reliure homogène de Trautz-Bauzonnet, enrichi d’un portrait ancien de Baïf par Tabourot.

A ma connaissance, cet ouvrage n'est jamais passé en vente, il provient de la bibliothèque du bibliophile Adolphe Bordes.

H



lundi 25 juin 2012

Vol de livres à la Bibliothèque Girolamini de Naples... 1500 livres disparus et un conservateur sous les verrous

Amis Bibliophiles bonjour,

Le vol de livres fait frémir le bibliophile mais avouons que la probabilité de se faire voler un livre dans sa bibliothèque reste très faible, alors qu'elle est beaucoup plus forte dans les bibliothèques publiques ou universitaire, et cela encore plus lorsqu'elles sont confiées à des mains peu scrupuleuses.

Une nouvelle bibliothèque prestigieuse a fait les frais d'un vol important, la bibliothèque Girolamini de Naples, et une nouvelle fois les coupables travaillaient pour l'institution. Mais revenons aux faits...

Peu après la réouverture de la bibliothèque Girolamini de Naples, en avril 2012, son conservateur, Marino Massimo de Caro, annonçait que 1500 ouvrages étaient portés manquants, ce qui provoqua la fermeture de la bibliothèque par le procureur de Naples le 20 avril. Le conservateur fût également suspendu et fît l'objet d'une enquête. 

Le 18 mai dernier, 1000 livres, dont 240 portaient le tampon de la bibliothèque Girolamini étaient retrouvés stockés dans la maison de Marino Massimo de Caro à Verone... et le 24 mai, M. de Caro et quatre complices étaient arrêtés pour détournement; un mandat étant lancé pour un 5ème complice. Rapidement, Marino Massimo de Caro confessa le vol de milliers d'ouvrages du 15e au 17e siècle et aida la police à essayer de les retrouver.


Un certain nombre d'entres furent confisqués par les autorités à Munich (16), Londres (28), New York et Tokyo.


Selon les estimations et en fonction des confessions de Marimo Massimo de Caro on évalue le nombre total de livres volés à plus de 1500 mais aucune liste définitive n'a été publiée par les autorités italiennes jusqu'à aujourd'hui.

Une partie de ces livres peuvent être identifiés grâce au tampon rouge qu'ils portent, mais tous n'étaient pas marqués. 

Les autorités italiennes ont fait appel à l'assistance d'Interpol. Si vous croisez un de ces livres, vous pouvez entrer en contact avec la ILAB.


Une nouvelle fois cela ne fait que me conforter: je ne ferai jamais don de mes ouvrages à une bibliothèque, il connaîtront plutôt le feu des enchères, pour aller vivre une nouvelle et belle histoire avec un autre bibliophile.

H

samedi 23 juin 2012

Bibliophilie et Sciences: dater le fer...

Amis Bibliophiles bonsoir,


Une fois n'est pas coutume, notre ami bibliophile et physicien range sa bibliothèque et en a profité pour  photographier quelques fers...












Au hasard, sur les rayons quelques fers. Les dates des ouvrages, dans le désordre: 1734, 1786, 1752, 1759, 1811, 1739, 1782, 1752, 1741, 1756. Ces dates sont très rapprochées, mais, avec un peu (beaucoup ?) de chance ... Essayez.

H

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