« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier
"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

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samedi 11 mai 2013

Miscellanées Bibliophiles: Le prix de Bibliographie du SLAM 2013, des articles sur Aristophil et des nouvelles de l'extraordinaire Jean Bonna

Amis Bibliophiles bonjour,

Long weekend, on chine, on bibliophile, on a du temps pour lire. Voici justement une sélection de lectures intéressantes autour du livre et de la bibliophilie.

Côté SLAM et Grand Palais, le Prix de Bibliographie SLAM 2013 a été accordé à l'ouvrage "Catalogues régionaux des incunables des bibliothèques publiques de France, volume XVIII".  (Bibliothèque de l'École nationale supérieure des Beaux-Arts. Édité par Dominique Coq. Collection Histoire et civilisation du livre. École Pratique des Hautes Études (EPHE). Genève, Librairie Droz, 2012. 334 p., ill.).


La qualité des ouvrages édités par Droz n'est plus à souligner, et il faut que ce volume soit particulièrement réussi pour mériter ce prix de Bibliographie, alors qu'il ne s'agît que du volume XVIII. Mais l'ensemble est une référence incontestable et constitue une documentation de premier ordre. 

Créée en 1979 à l'initiative de la Direction du Livre, la série des Catalogues régionaux des incunables des bibliothèques de France (CRI) poursuit, parallèlement au Catalogue des incunables de la Bibliothèque Nationale, l'entreprise de recensement général de la production imprimée du premier demi-siècle de l'« ère Gutenberg » (1455-1500) aujourd'hui conservée dans les collections françaises accessibles au public. Sous la responsabilité scientifique du Centre d'études supérieures de la Renaissance, elle participe ainsi à une meilleure compréhension du patrimoine écrit en France.
 En facilitant l'accès des chercheurs à ces documents rares et précieux, les CRI invitent aussi un public plus large à les découvrir à travers la diversité de leurs formes, de leurs contenus et de leurs origines. Vecteurs de toutes les connaissances contemporaines et produits des presses actives dans bon nombre de villes européennes, les incunables témoignent des conditions mêmes de la diffusion du savoir à l'aube de la Renaissance. Au-delà des notices bibliographiques qui au fil des volumes prennent en compte les travaux les plus récents, les descriptions analysent en détail les caractéristiques propres à chaque exemplaire : provenance, reliure, mentions manuscrites, décor peint ... Là où les archives sont irrémédiablement muettes, les CRI apportent ainsi une contribution spécifique et originale à l'histoire culturelle européenne. 
Le Ministère de la Culture et de la Communication apporte depuis plus de trente ans son soutien à une publication qui renouvelle notre regard sur ces témoins d'un moment décisif de l'histoire de l'écrit et de la modernité, sur ce patrimoine qui, aussi robustes que soient ses supports,  demeure vulnérable et requiert toute la vigilance de ceux auxquels incombe sa survie.

Pour mémoire, les derniers prix de bibliographie du SLAM furent:

2012: L'Imitation de Jésus-Christ (1470-1800), sous la direction de Martine Delaveau et Yann Sordet. 
Etudes et catalogue collectif des fonds conservés à la bibliothèque Sainte-Geneviève, à la Bibliothèque nationale de France, à la bibliothèque Mazarine et à la bibliothèque de la Sorbonne. Coédition BnF/ Bibliothèque Mazarine / Bibliothèque Sainte-Geneviève, 2011.
21 x 29,7 cm, relié, 520 pages, 113 illustrations. Diffusion/distribution : BnF.

2011: Henri VIGNES – Bibliographie des Éditions de Minuit. Du Silence de la mer à L’Anti-Œdipe (20 février 1942 – 18 février 1972)
Une co-édition Librairie Henri Vignes – Éditions des Cendres. Paris, 2010.

2010: ARON Paul & ESPAGNON (Jacques). Répertoire des pastiches et parodies littéraires des XIXe et XXe siècles. Paris, PUPS, 2009.

Côté presse, à noter les articles suivants:

Sur Aristophil:

Le premier, dans l'Express, est signé de Jérôme Dupuis, Grand reporter au service Livres de L'Express. L'article a pour titre "Vente de manuscrits: l'étrange système Aristophil". Un article riche en informations, qui couvre aussi bien l'inauguration du beau et luxueux Institut des lettres et des manuscrits, que Gérard Lhéritier, maître des lieux a acheté 34 millions d'euros, une description de l'"Empire de papier" bâti par Gérard Lhériter et de son système: "Sa société, Aristophil, dépense plus de 100 millions d'euros par an en manuscrits, avant de les revendre à une armée de petits épargnants (17 000 à ce jour). Chiffre d'affaires pour 2012: 175 millions d'euros.

On y retrouve les achats importants effectués par Aristophil au cours des dernières années, les ennuis déjà connus de Gérard Lhéritier dans la philathélie (poursuivi pour escroquerie, il passera quelques jours en prison, avant d'être blanchi par la justice). Le rappel de la rentabilité promise, la non obligation pour Aristophil de "racheter les parts de ses "indivisaires", même si elle semble toujours l'avoir fait jusqu'à présent.

Un article passionnant, qui met également en perspective les relations particulières entre Aristophil et de nombreux acteurs du monde du livre, et en particulier les libraires. L'article rappelle que les opinions sur le placement atypique que sont le manuscrit et le livre ancien divergent et que "bien que la Banque de France ait favorablement noté Aristophil (B3 +), la très officielle Autorité des marchés financiers (AMF) ne semble pas tout à fait du même avis que ces experts. Dans un communiqué du 12 décembre 2012, elle appelait "les épargnants à la plus grande vigilance" à propos de certains "placements atypiques". Mais je vous invite plutôt à lire l'excellent article de M. Jérôme Dupuis qui apporte d'autres informations très intéressantes, notamment sur les beaux musées créés par Aristophil à Paris et à Bruxelles.


Le second article, paru dans Valeurs Actuelles (http://www.valeursactuelles.com/palais-des-manuscrits20130506.html), est titré Le palais des manuscrits. Il est paru après l'article de l'Express et est également très intéressant et bien renseigné, il est signé de Gabriel Rivière, dont c'est à ma connaissance le seul article publié sur le site Valeurs Actuelles. Contrairement à la plupart des articles que j'ai vus sur ce site signés par d'autres auteurs, cet article ne précise pas la biographie de Gabriel Rivière (c'est fort curieux, en général, sur le site, chaque contributeur est identifié par une photo et une courte biographie). Je ne sais donc pas qui est Gabriel Rivière. Il est même d'ailleurs très difficile de trouver une trace de lui sur internet, il ne semble pas avoir jamais écrit un autre article. En tout cas, je n'ai pas été capable d'en trouver un seul, après une recherche relativement longue.

Cet article également très intéressant est en fait une présentation du modèle économique d'Aristophil, mettant longuement en avant les nombreux avantages de ce système (qui échappe à la crise, selon l'auteur), il ne reprend en revanche pas la mise en garde de l'AMF, ou la note de la Banque de France. La conclusion, elle, est plutôt positive "Alors ? Tant qu’à investir, autant collectionner. Le marché des manuscrits ne sera pas éternellement haussier, mais, pour l’heure, tout lui sourit et l’on ne voit pas ce qui pourrait le déprimer à l’avenir, au vu des records mondiaux en salles de ventes.".

Deux articles aux vues différentes donc, mais qui mettent bien en lumière Aristophil; les dernières lognes des deux articles divergent d'ailleurs assez notablement:

Express: "Aristophil est hors marché, dans un circuit fermé où l'on ne revend jamais à l'extérieur. Personne n'achèterait leurs manuscrits à des prix si fous. Que se passerait-il si de nombreux épargnants demandaient à sortir du système en même temps?"  
Valeurs Actuelles: "Alors ? Tant qu’à investir, autant collectionner. Le marché des manuscrits ne sera pas éternellement haussier, mais, pour l’heure, tout lui sourit et l’on ne voit pas ce qui pourrait le déprimer à l’avenir, au vu des records mondiaux en salles de ventes."

On notera que l'article de Valeurs Actuelles se conclue par les coordonnées d'Aristophil et de l'Institut des Lettres, ce qui vous permettra d'investir ou de visiter, selon vos envies. Un travail journalistique complet donc... On notera que le Blog du Bibliophile ne prend pas position sur ce modèle, mais ne fait que proposer une "revue de presse" d'articles parus dernièrement sur le sujet, comme je le fais sur d'autres sujets. Le temps nous dira ce qu'il en est.

On notera enfin que le très intéressant article de Jérôme Dupuis sur le site de l'Express est cité par Actualitté (http://www.actualitte.com/economie/aristophil-ou-le-business-des-manuscrits-42279.htm). Ce court article de Victor De Sepausy (dont la biographie, présente, elle, nous apprend qu'il est Rédacteur en chef de ActuaLitté). a suscité un commentaire anonyme: "l intérêt porté a Aristophil se comprend. Système novateur et précurseur dans une vielle niche devenue porteur de dynamisme culturel. Un certain dénigrement aussi, le succès en France déplait , le problème c' est qu'il s' appuie sur des fantasmes politiques et des contre vérités qui servent a véhiculer des suspicions. l article de l'express est un florilége d erreurs et il est bien moins proche de la vérité que celui très flatteur de valeurs actuelles. valeurs 1 express 0". Fautes d'orthographes comprises.

Enfin, terminons avec une lecture plus douce, le portrait de Jean Bonna sur le site des Echos: Jean Bonna, l'homme aux papiers précieux, que vous pouvez lire en suivant ce lien 
http://www.lesechos.fr/culture-loisirs/sorties/expo/0202677875742-jean-bonna-l-homme-aux-papiers-precieux-557679.php. On retrouve l'extraordinaire collectionneur, qui a déjà tant fait, et continue de faire tant pour le livre. A ses frais. 

H

20 commentaires:

Pierre a dit…

Il faut le reconnaitre : les deux articles sont très bien faits et l'on est surpris par l'écart des points de vue. Idem chez les libraires puisque le Syndicat du livre ancien, par sa présidente, semble, lui aussi, inquiet.

Le coup de projecteur sur les manuscrits profite t-il aux ouvrages de luxe anciens ? Un effondrement de leur cours entrainerait-il une même perte de confiance pour eux ? Pierre

Anonyme a dit…

Bonjour,

je conseille les 3 volumes de catalogues (pour l'instant) que Jean Bonna a fait dresser de sa bibliothèque : deux pour le 17e et un le 18e. Ils sont édités chez Droz.
http://www.droz.org/france/fr/138-bonna
Ils sont richement documentés et et illustrés, on y apprend beaucoup de choses.
Le 18e est un peu en dessous, mais c'est relatif quand même... Le 17e est ébouriffant!
On m'a dit que le 16e allait sortir d'ici peu de temps également : ça va faire de la lecture pour les vacances cet été :)

Cordialement,

Wolfi

Anonyme a dit…

Si tous les investisseurs d'Aristohil sont lecteurs de l'Express ça va être la catastrophe !
L'article paraît quand même plus sérieux que celui de Valeurs Actuelles dont l'auteur est peut-être un comparse.
Investir dans l'art : très bien, si on peut en jouir tous les jours comme M. Bonna,( si la valeur s'effondre on en aura moins profité), mais dans des manuscrits qu'on ne peut même pas avoir en mains ou dans des tableaux dans des coffres: Quelle horreur et quelle erreur !
Patrick C.

Anonyme a dit…

Très intéressant et courageux article.
Je ne lis que très rarement Valeurs Actuelles mais ce publireportage est indigne d'un vrai travail journalistique.
S.D.

Charles P. a dit…

Monsieur Lheritier revend-il ses acquisitions dans le marché a un niveau identique auquel ses investisseurs achetent des parts?

Anonyme a dit…

je voulais dire bien sûr : on en aura AU moins profité.

Je me suis mal relu avant de cliquer sur "publier"

Patrick C.

Anonyme a dit…

http://aristophilblog.com/2013/05/13/reponse-de-jean-pierre-gueno-a-un-article-scandaleux-paru-dans-lexpress-le-7-mai-2013/

Matanasius a dit…

Lien intéressant mais hélas totalement discrédité à mes yeux par le fait que M. Gueno travaille pour Aristophil.
Il ne va pas cracher dans la soupe, cela manque par nature d'objectivité. On attend encore l'article d'investigation qui louera les qualité d'Aristophil, écrit par un tiers.
Matanasius

Anonyme a dit…

L'article de l'Express pose des questions et amène au moins Mr. Guéno à tirer sa plume de communicant.

Quand celui de valeur actuelle donne l'envie -outre de rire- d'enfiler ses plus moelleuses pantoufles et de retourner dare-dare à sa sieste.

Nicolas

Anonyme a dit…

*Valeurs Actuelles.

Excusez mon omission du pluriel, j'avais oublié que ce journal en véhiculait plusieurs.

N.

Anonyme a dit…

Étrange le commentaire de Jean Paul Fontaine adressé a Jean Pierre Gueno d'Aristophil, "Je vous soutiens totalement, contre cette campagne de dénigrement, hélas relayée par certains blogs à l’ego surdimensionné, et qui mériterait plainte pour diffamation." Pas près de voir renaître de ses cendres la NRLA si je comprend bien ? ou alors c'est l'amour vache ;-) Enfin quand Mr Fontaine parle d’ego surdimensionné cela prête à rire, venant du grand patron du savoir Cazinophile et l' Elite bibliophilesque ;-)

voir le commentaire de Mr Fontaine : http://aristophilblog.com/2013/05/13/reponse-de-jean-pierre-gueno-a-un-article-scandaleux-paru-dans-lexpress-le-7-mai-2013/

Un bibliophile aculturé

Jacques L a dit…

Ah il est loin le temps où M. Fontaine comparait Aristophil à des voyous. Sourire.

Est-ce l'âge ou l'argent qui perturbe le jugement? Ou les deux?

En tout cas, il est vrai que sur le plan de l'égo, il est expert.

Jacques L.

Hugues a dit…

Comme je l'ai dit ici et là, chacun est libre d'avoir son avis (ou d'en changer).

Personnellement, je ne considère pas la bibliophilie comme un investissement, c'est sans doute ce qui m'éloigne d'Aristophil. Mais c'est une sensibilité strictement personnelle.

Le Blog donne la parole à l'Express comme à Valeurs Actuelles, et ne fait que citer ces deux journaux, sans prendre position. Le mieux sera toujours que tout se termine bien pour chacun, pour Aristophil, ses investisseurs, ses très beaux musées, il faut le reconnaître, pour les bibliophiles et pour le Livre.

En ce qui concerne les interventions de Jean-Paul, je suis aussi étonné que vous, notamment quand on sait combien il a critiqué, et avec une force inouïe d'ailleurs, Aristophil, y compris publiquement via ses commentaires sur ce blog.

Etonné, et surtout je ne comprends pas.

Jean-Paul est visiblement égaré, sur internet comme sur facebook où il tient des propos étonnants.

Sans doute par faiblesse, je lui conserve néanmoins mon amitié. Pierre Desproges ne disait-il pas que la caractéristique principale d'un ami est sa capacité à vous décevoir.

Hugues

Anonyme a dit…

"et qui mériterait plainte pour diffamation" : plutot "mériteraient" non?

De la part d'un esprit de cette pointure! Tssss...

Maitre Capello

sebV a dit…

Attention, Maitre Capello le sait, tout le monde peut prendre n'importe quel pseudo pour commenter un blog

Anonyme a dit…

C'est bien pour ça que je ne souhaite pas me mouiller en mettant mon vrai nom!
Hugues voudra bien pardonner cette coquetterie de collegienne.

Jean-Pierre Descombes

Anonyme a dit…

c'est bien la campagne de dénigrement qui mériterait, et non les blogs, enfin je l'avais compris ainsi...

Un bibliophile aculturé

Anonyme a dit…

On peut effectivement le comprendre comme cela.
Fine remarque qui vient éclairer ma lecture sans doute un peu trop rapide!

C'est ma foi vrai que l'on peut mettre plein de conneries sous couvert d'anonymat en commentaire de blog!

Je retourne à mes chers livres après ce court intermède culturel.

Maitre Capello

Anonyme a dit…

Je ne vois pas pourquoi la réponse de monsieur Gueno serait complètement disqualifiée sous prétexte qu'il travaille pour Aristophil et qu'il ne s'en cache pas. De même la réponse de monsieur Lhéritier mérite d'être lue. Evidemment il faudrait pouvoir tout vérifier.
JérômeDupuis n'a pas forcément raison sur tous les points.
Ceci étant dit : dépenser ( pas investir) pour un tableau, un livre ou un manuscrit n'a, à mon humble avis, d'intérêt que si on aime et on profite de l'objet acheté. Si en plus l'objet de cet achat ne se dévalorise pas , tant mieux.
Patrick C.

sebV a dit…

Misère ! C'est comme si vous disiez à un Hollandais du début du XVIIème de planter ses bulbes de tulipes.

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